Spirit of the Wolf Marc Savard  L'auteur
Premier séjour outre-mer, Gabon

Mercredi 15 mars 1989

Je ne sais pas si j'ai pris la bonne décision en prenant la 520. Ce n'est pas une autoroute à accès limité. Bon, où est ce maudit terminus; Berri. Le stress provoqué par " le tout à la dernière minute ". En arrivant au hangar de Viking cet avant-midi, la première information que je reçois de Tina, c'est que mon passeport est encore à l'Ambassade du Gabon a Ottawa!

* Peux-tu,s'il-te-plait, me dit-elle, aller le chercher au terminus Voyageur au centre-ville de Montréal à 15:30?

* Euh...oui...

J'avais vraiment pas besoin de cela. A 16:30, l'autobus n'est toujours pas rentré, bien entendu, et n'oublions pas que je dois être à Mirabel à 18:00! À 16:45, enfin je l'ai. Maintenant, en plein dans le gros de la circulation cauchemardesque Montréalaise! Pas le temps de retourner chez Viking pour stationner ma voiture. Dollard-des-Ormeaux c'est moins loin. Je n'ai pas obtenu Jacynthe au travail. J'arrive chez eux à 17:15. Pas mal. Personne. Je laisse la clé de la Toyota à la voisine et un mot dans la boîte aux lettres. Celle-ci (la voisine, pas la boite, ha ha) appelle gentiment un taxi.

17:20, en route vers Mirabel. Le chauffeur est très content de finir sa journée avec une course à Mirabel. $38.+ $5. de pourboire, merci. Il trouve mon histoire amusante et aimerait connaître la suite dans six semaines.

Pas de siège sur l'avion. Quoi? J'ai un statut " OK ", c'est-à-dire réservé, non? J'ai vraiment hâte d'être dans les airs, aux commandes de mon appareil; ma " pilule " anti-stress. Je n'ai aucune appréhension face à ce qui m'attend. Ça va être une délivrance comparé à ce que je viens de vivre aujourd'hui. Enfin dans l'avion, décollage à 20:15 en retard, bien entendu! Le reste, c'est du gâteau! Bon souper sur l'avion.

Il faut souligner ici que, étant donné qu'il n'y avait plus de place en économie, on a dû me mettre en classe affaire. Je trouve que c'est de toute façon le minimum pour une envolée de plus de cinq heures. Mais Viking en a décidé autrement. Le somnifère fait effet. Je dors bien.

M'accompagnent pour cette traversée a bord du 747 d'Air France, Karl Hartlen, assistant-chef-pilote; il veut aller voir s'il est capable, lui aussi de la faire cette " job "; Bryne Nuttall, qui sera mon mécanicien pour la durée de ces six semaines; Georges Hawkins, pilote du 212 basé au camp 395; enfin, Georges Delaney, vice-président de Viking Hélicoptères.

Jeudi 16 mars 1989

Nous arrivons a l'aéroport Charles-de-Gaulles de Paris vers 9:00 local. Six heures de décalage, mais je suis en forme, n'ayant pas subi le " jet lag " grâce à mon dodo! Deux heures d'attente.

Nous embarquons sur un DC 10 de UTA. Ca prend plus de cinq heures de vol jusqu'à Libreville. Nous survolons le Sahara; j'aperçois le mont Cameroun, 13,000 pieds, depuis le poste de pilotage du DC 10.

À l'arrivée,c'est le choc thermique. On est à l'Équateur. Je suis bien reposé, encore grâce au somnifère. On s'enregistre à l'hôtel Tropicana. Je passe le reste de l'après-midi sur la plage et à nager dans l'océan. Il semble que les femmes soient allergiques au haut de maillot de bain ici! On ne va pas s'en plaindre.

L'hôtel n'est pas ce qu'il y a de mieux, mais il coûte seulement 130,000 CFA ($52. can) par nuit. La salle à manger n'a à pas de mur, mais à quoi bon? On peut aussi manger sous des abris en feuille de palmier directement sur la plage.

Je me baigne à minuit, dans l'océan. Il fait chaud. Je dors très bien, grâce à l'air climatisé et ce, malgré les coquerelles!

Vendredi 17 mars 1989

C'est la journée d'acclimatation. Je marche tout l'avant-midi sur la plage. Après-midi, je vais au hangar de Viking à l'aéroport. Je parle avec la gérante, Wendy, embauchée sur place par Viking. Je me demande pourquoi elle est là. Elle ne connaît absolument rien aux hélicoptères. Tout le monde la déteste.

Souper tardif en ville avec les autres. Jean Lalumière est du groupe, depuis trois semaines au Gabon. Les gars nous amènent dans un bar supposé très correct. " Les folles de nuit ", hum? Un bar à putes! On rit, on s'est fait avoir. Une bière et on repart. Faut voir.

Je dois supporter les discours à Georges Delaney jusqu'à minuit. Dommage de gaspiller une si belle soirée. Je me couche après avoir trop mangé... et trop bu. Je manque mon bain de minuit et c'est mieux ainsi tel que je l'apprendrai plus tard. Je dors très peu et très mal.

Samedi 18 mars 1989

Lever à 6:00 heures, pas en forme. L'avion d'Air Gabon, un Fokker F28 comme celui qui s'est écrasé en Ontario, décolle seulement à 8:00 heures. Je n'ai pas pu déjeuner et on ne sert rien sur l'avion étant donne la courte durée de l'envolée. On atterrit à Lambarèné, localité d'environ cinq milles âmes. À l'aéroport, l'unique piste est en gravier rouge.

Richard Bérubé, le gars que je vais remplacer, nous attend avec l'hélicoptère. Dix minutes de vol et on se retrouve au camp 394. Quelle chaleur humide! Vais-je m'y habituer? Transpiration abondante, même au repos et à l'ombre. Je vais en vol à titre d'observateur avec Richard. Je suis si épuisé que je dors un peu, même durant les mouvements brusques de l'appareil causés par les manœuvres d'élingue. J'essaie moi-même la ligne de deux cent pieds. OK!

On mange correct, pas trop de moustiques, enfin c'est la brousse. Je relaxe. Fait déplaisant à souligner: six minutes de marche entre l'héliport et le campement et en montant la colline. Donc, pour aller dîner avec le soleil complètement à la verticale, c'est dur!

Dimanche 19 mars 1989

J'ai très bien dormi. Je commence le travail. Le pire problème, c'est de localiser les aires d'atterrissage dans cette jungle plate ou tout se ressemble. On n'a même pas de carte et de toute façon, il n'y a aucune référence visuelle au sol. Je me fâche. Je retourne au camp et embarque Richard avec moi. Quelques petits trucs avec la boussole et voilà, j'ai figuré la grille au sol et jamais plus je n'aurai de problèmes. L'élingue c'est difficile mais ça va très bien. Je ne suis pas trop tendu. Apparemment, je suis le plus rapide!

La buanderie et le repassage est fait chaque jour. Ce soir, mes pantalons courts sont mystérieusement disparus. C' est pas la valeur, mais le fait que j'en ai besoin.

Ensembles, les six gars de Viking, on prend quelques verres. Fun. On me dit que les requins se nourrissent la nuit au bord de la plage à Libreville. Plus de bain de minuit lorsque j'y retournerai. Pas de douche, pas de ventilateur, je dors très mal.

Ce camp a proximité du lac Ezanga, consiste en une vingtaine de tentes une ou deux places. Je suis seul dans la mienne. La cuisine, une immense bâche étendue sur une charpente d'arbres assemblés avec de la corde.

Lundi 20 mars 1989

Je me lève très fatigué. J'ai mal dormi. Petit déjeuner avec les fourmis sur la table et les moustiques dans l'assiette. Je fais une bonne journée de travail. Je ne retrouve pas mes pantalons. Karl m'en prête une paire. Je me couche tôt. On subit un gros orage. J'ai un ventilateur ce soir, et je dors très bien jusqu'au lendemain. La douche a fonctionné. (deux pour tout le camp). L'eau est filtrée, chlorée et emmagasinée dans des réservoirs souples.

Mardi 21 mars 1989

Je vole en avant-midi seulement. Richard n'est pas encore parti et vole en après-midi. Je vais visiter le village d'Alonha. J'ai demande à Alexis, un noir, conducteur de chaloupe, s'il pouvait m'y conduire. Les autres conducteurs sont jaloux, mais Alexis leur réplique que le chef (c'est moi) lui a demandé, il ne peut pas refuser.

Le village est tel que ceux qu'on voit parfois dans les films sur l'Afrique. Manque d'hygiène évident. Des gens gênés me regardent; parfois accueillants, parfois méfiants ou défiants, même. Je suis le seul blanc ici. Je prends plusieurs photos après avoir demandé la permission. Je bois une orangeade au petit bar crasseux, avec Alexis. C'est une randonnée vraiment grisante en bateau. Alexis va ma montrer le lieu ou il a abattu un hippopotame. Le crâne y est toujours.

Déjà, (ou enfin), je m'adapte à la chaleur. Ce soir je me couche trop tôt. Je dors très mal.

Mercredi 22 mars 1989

Comme à chaque réveil après une mauvaise nuit, je suis dépressif. Je me sens las, déjà écœuré. Par contre, une fois que je suis en vol, c' est la transfiguration. J'aime voler.

Cet après-midi, je vole en 212 avec Karl. Ce soir, je me couche tôt. Sommeil moyen.

Jeudi 23 mars 1989

Je me réveille couvert de boutons sur le corps, probablement une réaction à la chaleur. Je suis quand même inquiet.

Ce soir, gros orage. À venir à date, il pleut tous les soirs. Je dors bien jusqu'au lendemain.

Vendredi 24 mars 1989

Je me lève en forme, sans le sentiment de dépression habituel. J'ai très mal à une gencive. Ça m'inquiète. Par contre, les boutons ont diminué.

Je vole en 212 cet avant-midi. Je vole le Twinstar cet après-midi. Richard a décidé. J'ai hâte qu'il parte. Selon moi, il y a trop " d'overlap " dans la cédule. Je dois partager les vols avec lui.

Je travaille avec des noirs. C'est parfois amusant. Ils sont peu instruits, mais la plupart sont sympathiques. Ils sont tous musclés sans graisse.

Mon habileté à la " long line " va en s'améliorant tous les jours.

Ce soir, je bois deux Regab, la bière locale. Je dors mal. Karl lui, fait des cauchemars Africains. (guerriers noirs avec des lances, etc). On dirait que cette bière a des pouvoirs maléfiques mystérieux. Je me lève le lendemain matin avec un affreux mal de tête, déprimé.

Samedi 25 mars 1989

L'avant-midi est très dur. Je suis mal en point. Je n'ai presque pas mangé. De plus j'ai très mal à la gencive qui a encore plus enflé. En après-midi, j'ai la chance de faire une sieste dans l'appareil.

Un noir me félicite au nom de ses copains pour la manière dont je dépose les paniers avec l'hélicoptère. On ressent constamment leur attitude polie et soumise. À tour de rôle, à date, on s'adresse à moi en m'appelant Capitaine, mon Capitaine, Chef, Monsieur Marc, Patron, Maître, et on me vouvoie toujours, bien entendu.

La nature est vraiment impressionnante. Les arbres sont d'une grande beauté, souvent atteignant deux cent pieds de hauteur. La forêt est très dense, pleine de lianes reliant les arbres et les branches dans un fouillis impénétrable.

J'ai vu et entendu un volier de perroquets Gabonnais aujourd'hui. Pas de pluie ce soir.

Dimanche 26 mars 1989

Je me lève en forme. Je prends ma dose hebdomadaire de chloroquine (Aralen 500mg). Un gros orage en fin d'après-midi me force à rentrer plus tôt. Depuis que Richard est parti, je viens dîner à une heure plus raisonnable, malgré les insistances du client.

Mon mécanicien Bryne a accompagné les boss en bateau à un petit village au lac Evaro. Ils ne reviendront pas ce soir. Ils couchent à un certain hôtel ou des allemandes en vacance se font bronzer seins nus!

C'est Pâques, et la bière est gratuite. J'évite la Régab. La Heineken, c'est mieux. J'essaie d'appeler Nathalie par radio HF. C'est toujours occupé. Je dois me résigner à abandonner, c' est l'heure d'aller dormir.

Lundi 27 mars 1989

Ce soir, je parviens à rejoindre Nathalie. Par la radio HF, j'appelle la Garde Côtière Américaine en Floride. Ceux-ci me rendent service, puisque je dois prétendre que je suis à bord d'un navire. On est sur une fréquence maritime (illégal). Je leur donne mes coordonnées, ils ajustent leur antenne puis me relaient à une téléphoniste. De là, c'est un appel à frais virés à six dollars la minute.

J'ai toujours très mal à la gencive. Étant donné que Western Geophysic nolise un avion de Libreville demain, et que Georges Hawkins est disponible pour me remplacer, il est décidé que j'irai me faire soigner.

Mardi 28 mars 1989

J'embarque à bord d'un Piper Aztec. La piste de brousse est affreuse et trop courte pour ce type d'avion. Le décollage est épeurant.

J'arrive à Libreville vers 9:00 heures. Je vais chez la dentiste, une Vietnamienne, à midi. Je reçois un rince-bouche pour la gencive et je profite de la visite pour faire réparer une carie. Je refuse l'anesthésie locale, par crainte du SIDA. 28,000 CFA (115. dollars). Wow! L'assurance va-t-elle couvrir tout ca?

Libreville est tout ce qu'il y a de plus exotique, contrastant beaucoup avec les villes nord-américaines.

Je me prends à aimer travailler ici, pour l'exotisme et aussi pour rencontrer plein de gens différents. Ceux qui voyagent, ils sont intéressants.

En après-midi, je vole avec un Twinstar jusqu'au camp 395, à quinze minutes de Libreville. Je survole le palais présidentiel, zone interdite, presque en rase-mottes. Vont-ils me tirer dessus?

Ce soir je me retrouve à l'hôtel Tropicana. C'est pas le gros luxe, mais ça va. Je pique une tête dans les vagues vers 18:30 heures. Que ça fait du bien!

Après souper (qui ne débute jamais avant 20:00 heures), je vais m'asseoir sur la plage, seul et rien à faire. On a beau être à l'Équateur, l'oisiveté et la solitude pèsent. Que j'aimerais avoir ma petite famille ici, pour marcher sur la plage avec moi; expliquer à Roselyne pourquoi il y a des vagues.

Ce n'est pas sécuritaire pour un blanc de sortir seul le soir en ville. Donc, je m'ennuie au motel.

Mercredi 29 mars 1989

Je passe la journée entière sur la plage. C'est peut-être ma seule chance de prendre du soleil. Jusqu'à maintenant, seuls les bras et le nez sont bronzés!

Je passe des heures a l'eau. C'est plus chaud que la Jamaïque. C'est ma journée de convalescence, quoi! Au moins, une belle journée de vol m'attend demain. Je vais longer la côte du pays en entier, aller-retour.

Jeudi 30 mars 1989

J'ai mal dormi. L'air climatisé ne suffit même pas à rafraîchir la chambre. Donc, lever à 5:45 heures. Je ne peux même pas déjeuner. Je décolle vers 6:15 heures, direction sud pour Port-Gentil. Les clients m'y attendent. Une heure de vol et je suis rendu.

Après avoir pris les passagers, je mets le cap au sud en suivant la côte. On met une heure et trente minutes pour atteindre Gamba. On fait le plein et on repart vers le sud.

On installe une radiobalise temporaire à vingt minutes de vol plus au sud. Ensuite, on se rend à Mayumba. Un petit paradis. Un petit village de pêcheurs relié à la civilisation par une piste impraticable en saison de pluie. En d'autre temps, le conducteur ne peut s'en remettre qu'a soi-même pour traverser le pays. Aucune certitude quant à trouver de l'essence, et certainement pas de dépannage. C' est ça l'Afrique. La route ici, c'est de la " trail ".

De Mayumba, on vole un autre trente minutes jusqu'à la frontière du Congo. Deux autres radiobalises ont été installées. Seulement de la plage tout le long de la côte.

Au retour, en fin d'après-midi, on a la chance d'apercevoir des éléphants par centaine, ainsi que des buffles, des sangliers et des crocodiles. Formidable!

Ce soir, je couche à Port-Gentil, a l'hotel Méridien, après une journée de sept heures de vol. Ca coûte la modique somme de 30.000 CFA ($170. can). Le jardin entre la salle à manger et la section des chambres est de toute beauté. Palmiers et arbres en éventails sont magnifiques.

Je vais souper en ville avec les gars de CGG, mes passagers, des Français très sympathiques.

La ville de Port-Gentil est la capitale économique du Gabon. Elle est plus petite et plus " Africaine " que Libreville. Il semble que l'on a beaucoup moins besoin de se méfier, et ceci m'est confirmé par mes copains.

Il y a dans la baie, beaucoup de plates-formes de forage, quelques-unes actives, étant exploitées par Shell, Elf, ou d'autres pétrolières.

Comme de raison, notre présence ici est pour la recherche du pétrole. La " sismique ", c'est une méthode de topographie souterraine. Des équipes au sol étendent des câbles qui relient des géophones plantés en terre. Le long de ces lignes, des explosifs sont placés. L'explosion est déclenchée à partir du laboratoire, qui recueille les lectures transmises par les géophones. On peut ensuite tracer un profil des couches profondes du souterrain, et par circonstance, déterminer ou le pétrole peut se trouver.

L'hélicoptère sert à déménager le laboratoire, à faire avancer le matériel à mesure que le travail progresse, et à assumer tout l'approvisionnement pour les équipes au sol ainsi que leur mouvement.

La compagnie Héli-Gabon avait le contrat des installations de radiobalises maritimes, mais n'ayant pas de pilotes disponibles, ils ont du faire appel a Viking.

Je rencontre Francis Lacourt, un pilote Français que j'ai connu à la Baie James il y a onze ans. Le monde est petit!

Vendredi 31 mars 1989

Ça prend comme d'habitude un temps fou pour remplir un plan de vol. J'effectue l'envolée vers Libreville en avant-midi. En Afrique, être pressé, c'est de la folie. Autant se faire à l'idée.

Retour au Tropicana. Pas de baignade, car j'ai la figure trop brûlée par le soleil. Les chambres sont sous les arbres. À tout instant, des fruits tombent sur le toit avec un bruit qui fait sursauter. Pas surprenant pourquoi les nuits sont difficiles.

Samedi 01 avril 1989

L'appareil que je dois piloter pour retourner au camp 394 est hors d'usage, à cause de la pression d'huile de la transmission. Les clients là-bas me réclament. Donc, réservation sur Air Gabon pour Lundi le 3 avril, destination Lambaréné.

Je fais la connaissance de Dave Thompson, un Ontarien, nouvellement arrive comme mécanicien sur le 212. Trente cinq ans, il ne semble pas être le compagnon idéal pour rire. Il s'avère que c'est tout le contraire.

On va manger ensemble chez Wou, restaurant Chinois en ville. Ca devient très drôle, surtout après une Régab, un litre de rouge et trois " chiew ", boisson chinoise un peu particulière (60% d'alcool).

Plus tard, on se rend à la discothèque le Komo. A $14. can. la consommation, inutile de dire qu'on ne s'y éternise pas. On arrête à la foire au retour. Trop tard, tous les kiosques sont en train de fermer. Nous sommes les seuls blancs dans toute cette foule. On se dirige donc dans un vrai bar Africain, petit, mal aéré et crasseux. A 200 CFA la Regab, faut pas trop en demander, si tu te sens bien avec une clientèle exclusivement noire.

Un violent orage dure toute la soirée. On rentre au motel a 1:30 heure.

Dimanche 02 avril 1989

Fait surprenant, je me lève en forme. On ne peut pas en dire autant de Dave!

Cet après-midi, le vent se lève du nord-ouest, les vagues devenant fortes. J'essaie une planche à voile, mais les éléments sont trop violent pour mon calibre. Je me contente de surfer sur les vagues avec la planche.

Ce soir, souper libanais au restaurant Les Cèdres.

Lundi 03 avril 1989

Je prends le Fokker F28 d'Air Gabon à destination de Lambaréné. Je retourne au camp 394 et reprends le travail immédiatement. Une bonne journée encore, avec plus de cinq heures de vol.

Mardi 04 avril 1989

6:30 heures, je récupère mes pantalons courts! Ca commence bien la journée.

En Afrique, on doit prendre des précautions auxquelles on n'est pas habitué. Les filets qui servent au transport des charges externes sous l'hélicoptère, sont roulés et rangés par terre à l'héliport. En déplaçant un de ces filets, je découvre un scorpion qui y avait élu domicile. Charmante petite bête! Par chance qu'on l'a découvert avant de charger le filet dans la cabine de l'hélicoptère.

La pluie et le tonnerre s'installent pour de bon cet après-midi. Ça rafraîchit un peu l'air. La nuit, la température baisse à 26 degrés Celsius, et l'humidité devient telle que nos vêtements donnent la sensation d'être mouillés le lendemain. Le jour, la température oscille entre 36 et 40 degrés, avec des pointes à 42 degrés au soleil. Je bois au moins quatre litres d'eau par jour. Sur le camp, les bouteilles d'eau potable sont fournies à volonté, ainsi que les boissons gazeuses et jus. L'eau courante est filtrée et chlorée pour tuer les parasites, mais ne sert qu'au lavage et à la douche.

Il y a l'électricité par génératrice, distribuée dans toutes les tentes. Tout le ravitaillement arrive par barge, depuis Port-Gentil. Environ deux jours complets de navigation sur le fleuve Ogooué. On peut dire que pour du camping, c'est toute une organisation!

Les noirs, bien sur sont employés à toutes les tâches ardues. De très grosses journées à petit salaire; selon les standards africains, ils sont bien. Ils gagnent entre six et huit cent dollars par mois.

Ils logent sous de grandes bâches communautaires, et doivent dormir dans des filets moustiquaires. Leur campement est séparé de celui des blancs. La plupart des travailleurs jouissent de leur paye entièrement à titre de divertissement. Ils n'ont à peu près pas de dépenses obligatoires à rencontrer. Pas de maison ou voiture à payer, à la différence de nous.

Ce soir, encore un meeting de sécurité. Les clients discutent à propos de mon heure de dîner. Ils ne veulent tout simplement pas que j'arrête. Pourtant, c'est selon moi un minimum de sécurité, justement.

C'est quand même une vie difficile, dans un milieu ferme où on doit conserver de bonnes relations entre tous. Malgré tout, je suis content d'être ici. Au moins on m'apprécie pour le travail que j'accomplis, à la différence d'Hydro Québec.

L'habit de travail, c'est une paire de short et un T-shirt, avec des espadrilles. Ce qu'il y a de beau à l'Équateur, quand on se lève le matin, on ne se demande pas comment on va s'habiller.

À bord des appareils, on transporte scie, hache, machette, " jungle kit ", premier soin ainsi qu'une trousse de morsure de serpents.

Jeudi 6 avril 1989

Cet après-midi j'aperçois de près toute une colonie de singes macaques. Ça saute partout dans les arbres, apeurés par l'hélicoptère.

Ce soir, l'air est moins humide et plus frais (façon de parler). Ça dors vraiment bien; les ventilateurs dans chaque tente ne sont tout de même pas un luxe.

Vendredi 7 avril

La mouche tsétsé effraie beaucoup les noirs. Ceux-ci s'acharnent à en chasser une qui me tourne autour. J'ai appris plus tard qu'il n'y a pas eu de cas reportés de maladie du sommeil depuis les années 60.

La journée est pénible. La chaleur est écrasante. Le taux d'humidité relative se situe entre 80 et 90%. Ce soir, l'air demeure lourd, chaud et humide. Même après la douche à 20:00 heure, on continue de transpirer abondamment. J'ai hâte de sortir d'ici. Il ne faut pas que j'y pense...

Samedi 8 avril 1989

Sur notre petit campement, plusieurs nationalités ainsi que des langues différentes se côtoient. La compagnie Western Geophysic est américaine. Elle emploie aussi des Britanniques et des Français. L'équipe d'ouvreurs de ligne est Brésilienne. Ceux-ci parlent le Portugais. D'autre, d'Amérique centrale parlent l'Espagnol.

Dimanche 9 avril 1989

Quel travail! Les manœuvres à exécuter avec un câble de deux cent pieds, en référence verticale, sont un défi à chaque approche. La concentration exigée est grande, mais la satisfaction retirée est comme une drogue.

Je suis forcé de me poser dans une savane à cause des violents orages électriques qui se referment sur moi. Je suis témoin de la foudre qui frappe à environ un kilomètre devant moi. Hasard inquiétant.

Lundi 10 avril 1989

Cet après-midi, je prends une marche dans la jungle. C'est très sombre et très humide à cause du couvert des arbres, si dense. On entend plein de bruit, de chants d'oiseaux inconnus. Très impressionnant, différent.

Jeudi 13 avril

Si j'ai diminue l'écriture, ce n'est pas que le temps s'est arrêté. C'est que passant le cap des quatre semaines, je suis déprimé. Je m'ennuie. J'ai hâte de revoir Nathalie et Roselyne.

J'aime mon métier et de ce fait, l'aspect " nouveau " du contrat ici en Afrique peut paraître alléchant à celui qui n'y est pas, mais les sacrifices imposés sont immenses, presque inhumains parfois. Le manque de communication avec les miens m'isole beaucoup plus que la distance.

En descendant la colline qui mène à l'héliport, alors que j'étais à moitié éveillé, un scorpion s'est retrouvé en travers de mon chemin, dard relevé, en position d'attaque. J'ai joué un peu avec lui avant de continuer mon chemin.

La journée a été extrêmement chaude. Malgré la chaleur, j'ai repris l'entraînement physique. Un esprit sain dans un corps sain!

Après-midi, un violent orage s'abat sur le camp. Plusieurs gros arbres cassent. C'est impressionnant.

Ce soir je parle à Nathalie par radio HF. Ça me remonte le moral. J'apprends que CHC a acheté Viking. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire?

Dimanche 16 avril 1989

Ce soir, la rencontre de sécurité ajourne sans avoir rien réglé, comme d'habitude. Un problème particulier concerne les hélicoptères. Le mauvais suivi de vol. Une seule fréquence est utilisée pour toutes les opérations de sorte que si une urgence se produisait, on ne parviendrait pas à passer notre message. De plus, l'opérateur est incompétent.

Mercredi 19 avril

C'est le premier matin que la météo est aussi misérable. Ça s'éclaircit tout d'un coup a 11:00 heure.

Les gars de Libreville nous ont envoyé un cadeau. Trois bouteilles de 26 onces de boissons variées. Ce soir, c'est la fête dans la tente à Bryne.

Jeudi 20 avril 1989

Le lendemain de la veille! Mémorable, il va sans dire. Je suis dans un état lamentable. Pas de petit déjeuner. pas de dîner. J'en profite pour dormir un peu. Je me remets péniblement.

Un python de un mètre cinquante a été capturé par un pêcheur. On me photographie avec le serpent vivant autour du cou.

Les noirs ont très peur de ces bestioles. Roger, un Camerounais, me dit que je suis imprudent; il est vraiment impressionné, et ne cesse de me regarder d'un air bizarre. Dorénavant, son attitude envers moi ne sera plus la même.

Vendredi 21 avril

Je passe une partie de l'avant-midi au sol a l'hélipad 15B. Je jase avec un Gabonnais et un Zaïrois. Ils sont très intéressants. Contrairement à ce qu'on pense, la jungle est aussi nouvelle pour eux que pour moi. Ils trouvent ça dur. Ils sont très intéressés par le Canada, s'informent des études possibles, etc.

Ce soir au souper, je parle avec Adrien, un Gabonnais de Libreville. Il est du clan des Pongoués qui font partie des Bantous. Très cultivé, il a été en France et aux États Unis, onze ans en dehors du Gabon.

Il dénonce la politique de Bongo, le président, dixième homme le plus riche au monde. La propagande utilisée pour engourdir la jeunesse, ce qui lui permet de s'enrichir.

Le Gabon est un pays riche, et c'est sa faiblesse, parce que convoité par les grosses têtes. On n'a jamais donné la chance au peuple de se développer, et d'avoir ainsi sa part du gâteau. Aussi visée est la compagnie Western Geophysic, avec sa mission actuelle. Les noirs embauchés sont traités pire que des esclaves. Comme le dit Adrien, les esclaves mangeaient bien, eux! Ils pouvaient s'affranchir, et de toute façon, ils étaient respectés par leur maître.

Ici, le prétexte du salaire permet aux patrons d'abuser des gars, et la politique couvre ces abus. De même, ce camouflage permet aux Américains de Western Geophysic d'être opportuniste, ce qu'ils ne manquent pas de faire. Américains typiques. Et si les noirs se montent contre les patrons blancs, on dira d'eux que l'instinct sauvage refait surface. Je dois admettre que dans de pareilles conditions, mon instinct sauvage aurait déjà fait surface depuis longtemps!

Il y a beaucoup de préjugés racistes, bien entendu. Les Américains croient tous ces gens stupides sans prendre le temps de les écouter.

Ces gars travaillent douze heures par jour, sept jours par semaine. Leur campement temporaire est déménagé tous les jours par hélicoptère. C'est dire que ça doit être réduit au minimum. Souvent, la pluie trempe tous les effets personnels.

On ne leur fournit pas d'insecticide. Pas de distribution de cigarettes. Seulement pour les Blancs. Aucune faveur. Le cuisinier fait ses repas et souvent le déménagement coïncide. Les chaudrons chauds, pleins sont chargés à bord de l'hélicoptère et déménagés au site suivant! Chez nous, une opération semblable utiliserait un hélicoptère supplémentaire pour voyager les travailleurs matins et soir sur les lieux de travail. Esclavage des temps modernes. Adrien dit que c'est bien que des Canadiens viennent au Gabon. En parlant aux habitants, on montre que tous les Blancs ne sont pas pareils.

Le Gabon est une République dont la France a le monopole. Ces gens auraient peut-être préféré vivre en harmonie avec eux-mêmes et la nature, plutôt que de voir le progrès les envahir, trop rapidement, sans qu'ils aient le temps de s'adapter comme nous. Plusieurs vivent dans des cabanes à regarder " Dynastie " et " Dallas " à la télévision. Le rock, Michael Jackson aussi ça marche ici.

Lundi 24 avril 1989

7:00 heure: brouillard au sol au camp 394. On part en hélicoptère vers Lambaréné. Louis St-Pierre, mon remplaçant, pilote l'appareil. On n'arrive pas à trouver l'aéroport. On atterrit sur une ferme. De là, on se fait conduire en Suzuki a l'aéroport, pour $20. La piste est très mauvaise. L'aventure en brousse!

Nous embarquons finalement sur l'avion qui nous amènera à Libreville avec escale à Port-Gentil.

Dans l'après-midi, je me baigne à la plage, encore au motel Tropicana. Ce soir, je soupe au restaurant le Séoul pour l'équivalent de $60. can. Je vais ensuite au bar Le Paris. Je n'ai pas l'humeur à la fête. Je reviens tôt au motel avec Alain Perriault.

Mardi 25 avril 1989

Avant-midi, rapport sur les événements au camp. Après-midi, la plage. Ce soir, achat de souvenirs avec Robert Masson.

Ensuite, enregistrement des bagages à l'aéroport. On contourne facilement les étapes de sécurité, étant identifiés comme membres d'équipage.

Je dors bien dans l'avion grâce au somnifère. À Paris, en faisant la demande à UTA, on obtient gratuitement des chambres d'hôtel de luxe pour se reposer en transit.

Le 747 d'Air France décolle avec deux heures de retard, à 14:20 heure locale. Je débarque finalement à Mirabel, accueilli par Julienne et Louis. La joie du retour au pays!

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