Spirit of the Wolf Marc Savard  L'auteur
RÉSERVE D'ANIMAUX SAUVAGES DU GRAND BAM BAM
Jungle Trouble in GRAND BAM BAM

RÉSERVE D'ANIMAUX SAUVAGES DU GRAND BAM BAM

Lorsque j'étais arrivé à Oyan à la fin de mars, j'avais entendu parler du cirque du Grand Bam Bam. Tout le monde voulait monter à bord de l'hélicoptère lorsqu'on devait aller prendre des relevés satellites dans la région ; c'était l'attraction. La faune autour de l'endroit est omniprésente. Buffles et éléphants surtout. Plus tard, le mot m'est venu à l'oreille que l'endroit est sacré. Il faut dire que ce cratère représente un endroit très curieux. Dépendamment de l'angle du soleil, les couleurs reflétées par les différentes couches de sol sont un régal visuel, un peu comme le Grand Canyon. Il s'agit d'un gigantesque effondrement de terrain, plus d'un kilomètre de diamètre et environ trois cent mètres de profondeur. Partout autour à la surface, c'est la savane et au fond, c'est la jungle. De plus, des arrêtes non écroulées de 20 mètres de haut sont alignées vers le centre du cratère. Des arbres de 50 mètres poussent sur ces arrêtes, précairement aggripés à un sol extrêmement instable.
 
 J'ai parlé de mon projet d'excursion à certains amis Gabonais. Ils m'ont vite mis en garde au sujet des légendes et de la malédiction qui pèse sur ceux qui violent ce lieu. Selon certaines sources, il y avait autrefois un village au fond du cratère. Il y aurait, parait-il des vestiges intacts ainsi que des statuettes qui gardent ces lieux. D'autres rumeurs font foi que des centaines d'esclave y furent jetés et leur esprit hante l'endroit, prêts à se venger. Le forestier de l'endroit, un Français me conseille de ne pas ébruiter mon projet. Pas un seul Gabonais n'acceptera en tout cas de s'approcher de ce site. Premier juin, le client n'a pas besoin de l'hélicoptère au camp. J'avais déjà parlé de mon projet à Denis Fecteau, mon mécanicien et il est intéressé aussi. Il faut se préparer en secret et c'est rapide. Pour tout bagage, nous emportons six litres d'eau potable, une machette mal aiguisée, deux couteaux, une trousse de morsure de serpent, une corde et les appareils photo. La seule information valable nous vient d'un géologue qui a trouvé une piste tracée par des animaux. Il n'a jamais eu le temps de la suivre mais est persuadé que ça nous conduira jusqu'au fond. En survolant à basse altitude, nous croyons en avoir trouvé le point de départ. On va pouvoir descendre. En atterrissant, on ne parvient pas à identifier les animaux qui fuient vers un couvert.
 
 La piste descend tout droit vers le fond sur une pente couverte de végétation. A peine à cinq mètres du bord, avec une inclinaison de 45 degrés, on ne voit pas plus d'un mètre devant nous, tellement les broussailles et les lianes sont tissées serrées. On rampe dessous, les pieds devant, en priant pour ne pas arriver sur une vipère gabonaise, nombreuses dans la région, et très dangereuses. Enfin, on est maintenant sous le plus haut couvert de la jungle et la visibilité s'améliore. La piste abrupte descend sur une crête très étroite, vers le centre. Parfait. Partout, des traces du passage récent d'une panthère. Le cri des oiseaux rompant le silence semble nous traiter d'intrus. Après une demi-heure, nous atteignons le fond. A partir d'ici, nous utilisons la boussole dans le but de traverser le cratère du sud au nord. On essaie de laisser des traces de notre passage pour nous faciliter le retour et retrouver la piste qui remonte à la surface. On ne voit pas loin devant. Si ce n'était d'un sentier d'animaux, on serait bloqué par la densité de la végétation. On parvient à un lit de ruisseau asséché que l'on décide de suivre. On se rend vite compte que ce ruisseau est un piège dangereux pour les inexpérimentés de la jungle que nous sommes, car il s'agit de sable mouvant! Une fois arrivés à peu près au centre, nous bifurquons vers l'est. Nous sommes bloqués à maintes reprises par des crêtes que nous devons grimper, escalade périlleuse. Après multiples escalades et glisses, nous débouchons sur un autre ruisseau, plus profond, encadré d'escarpements hauts et friables. Donc, impossible de s'y agripper si le sable tente de nous avaler.
 
 Apres une demi-heure de ce rythme, toujours pas de falaise en vue. On décide d'escalader la plus haute crête que nous rencontrons. Les prises sont faibles et très friables. La paroi quasi-verticale atteint vingt mètres. On ne l'escalade pas en vain. La vue qui s'offre à nous est extraordinaire. Le flanc nord du cratère, observé depuis le fond. On remarque les passes à franchir pour atteindre le pied de la paroi dénudée, constituée de glaise durcie et de sable compacte, striée de fissures géantes que le ruissellement des pluies a façonné avec le temps. J'espère pouvoir utiliser une de ces fissures pour escalader directement ce mur de trois cent mètres. Après avoir avalé une bouteille d'eau et terminé la séance de photos, nous reprenons la marche. La progression est lente, la route étant barrée de plus en plus souvent par des crevasses de deux mètre avec les sables mouvants au fond. Une fois arrivés au pied de la paroi, on s'assit pour se reposer. Il faudra bien l'entamer cette grimpe, car le délai de temps disponible s'écoule plus rapidement que prévu. Pas question de rebrousser chemin. Tout au long de la montée, je me répète que je préférais de la roche. Nous sommes dans un mélange de sable et glaise séchée, instable. Nous craignons à tout instant de débouler avec une parti de la paroi, ensevelis par celle-ci. Encordés, nous parvenons à nous hisser sur une crête pointue, trop mince pour marcher. Assis à cheval, le visage contre la boue, on ne peut que serrer avec nos quatre membres et se hisser centimètres par centimètres, jusqu'à deux mètres du bord supérieur, un beau surplomb, bien entendu. Denis est découragé et veut retourner. Je lui demande de bien s'ancrer pour m'assurer. Si je parviens à franchir ce dernier obstacle, on est sorti. Il faut que ça tienne, sinon c'est la chute. Personne ne viendra nous chercher ici, puisque l'excursion est secrète. Nous parvenons à nous hisser hors du cratère. C'est l'euphorie de la réussite qui suit les moments intenses qu'on a vécu, la limite des sensations qu'on a approché en l'espace de quelques heures.
 
 Une explication sensée sur les légendes serait le fait que l'endroit est si riche en gibier que certains chasseurs ont du inventer des histoires pour faire fuir la compétition. L'endroit est maintenant à l'intérieur d'une réserve faunique, mais le cachet mystérieux y attire les rares touristes en safari-photo. Par contre, ceux-ci n'en contemplent le fond qu'à partir de la surface de la savane. Il est vrai que le sol instable est dangereux, propice à d'autres effondrements. En acceptant que les légendes demeurent, le danger vient des habitants locaux qui pourraient trouver des moyens d'empoisonner ceux qui ont violé le "sanctuaire". La victime alors deviendrait la preuve que c'est un lieu sacré protégé par des esprits.

WILDLIFE RESERVE OF GRAND BAM BAM

After I arrived in Oyan at the end of March, I heard about the Grand Bam Bam circle. Everybody wanted to go aboard on the helicopter when satellite data had to be retrieved in the area. It was the attraction. The fauna around the place is omnipresent; especially buffaloes and elephants. Later, the word came to my ears that the place is sacred. We must admit that this crater represents a very curious place. Depending on the angle of the sun, colors reflected by the various layers of ground are a visual delight, a bit similar to the Grand Canyon. This crater is a gigantic sinkhole, more than a kilometer in diameter and about three hundred meters deep. Everywhere around the surface, it is the savanna and jungle at the bottom. Furthermore, crests standing 20 meters high are in line towards like radius the centre of the crater. Trees of 50 meters grow on these crests, gripping in a precarious way on an extremely unstable ground.

I spoke about my excursion project to few Gabonese friends. They warned me about the legends and about the curse which presses on those that violate this place. According to certain sources, there was formerly a village in the heart of the crater. There would be, adorned intact vestiges as well as statuettes which guard the place. The other rumors are that hundreds of slaves were thrown in it and their spirit readily haunts the place to take revenge. The on site forest ranger, a Frenchman advises me not to go on with my project. No single Gabonese will agree even to approach this site. On June first, the customer does not need the helicopter at the camp. I had already spoken about my project to Denis Fecteau, my colleague mechanic and he is interested to come. We must prepare in secret and fast. For any baggage, we take six liters of drinking water, a badly sharpened machete, two knifes, a snake bite kit, a rope and cameras. The only valid information we have is from a geologist who found an animal path. He never had time to follow it, but is convinced that will lead us down to the bottom of the crater. Flying low, we believe we found the point of departure. We will be able to get down there. Just before landing, we’re unable to identify animals running away towards the bush.

The track descends straight towards the bottom on a hillside covered with vegetation. We’re only a few meters away from the edge, on a 45 degrees slope and can't see more than one meter in front of us. That is how tight bushes and lianas are. We crawl down, feet first, praying not to meet a gabonese viper, numerous in the region, and very dangerous. Finally, we are now under the highest jungle canopy and the visibility improves. The steep track goes down on a very narrow crest towards the centre; this is perfect. Everywhere, we see tracks of the recent passage of a panther. The birds shouting and breaking the silence seem to treat us as intruders. After half an hour, we reach the bottom. From here, we use the compass with the goal of crossing the crater from South to North. We try to leave tracks of our passage to facilitate the return and find the track up the savanna. We can't see far in front. If it was not for the animal's track, we would be blocked by the density of the vegetation. We reach a dry brook bed which we elect to follow. We suddenly realize that this brook is a dangerous trap, for the inexperienced jungle explorers we are, because it is quicksand! After we reach the centre of the crater, we turn off eastward. We are blocked repeatedly by crests which we must climb precariously. After multiple ascents and glides, we reach another brook, deeper, framed by high, brittle and steep slopes. It would be impossible to hold in a fall, as the sand could swallow us.

After an hour and a half of this rhythm, there is still no main cliff in sight. We decide to climb the highest crest that we reach, to have better visibility. The holds are weak and brittle. The quasi-vertical wall reaches twenty meters. Wee don't climb it in vain. The sight offered is extraordinary: the north side of the crater, observed from the bottom. We make mental notes of passages to cross to reach the foot of the wall. They are made of hardened clay and compacted sand, streaked with huge cracks which the streaming of rains shaped with time. I hope to be able to use one of these cracks to climb the three hundred meters wall. We first drink a bottle of water and after then end the photo session, and then resume the walking. The progress is slow, the walk being more and more often blocked by two meters cracks with quicksand at the bottom. Once arrived at the foot of the wall, we take a rest. We must climb the face, because there is little time left, going slower than foreseen. There will be no turning back at this point. Throughout the ascent, I wish it was solid rock. This is rather a mixture of sand and dried unstable clay. Constantly, we fear tumbling down with part of the wall, buried by it. Precariously secured with a rope, we succeed in raising ourselves on a sharp thin crest. Seated like on a horseback, face against the mud, we can only squeeze with our four members and raise ourselves centimeters by centimeters, up to two meters of the edge, which is overhanging. Denis is discouraged and wants to return. I ask him to anchor himself, to belay me. If I succeed in climbing this last obstacle, we will make it out. I must succeed, otherwise we will fall. Nobody will come to look for us here, because the excursion is secret, and nobody knows we are here! We finally manage to pull ourselves outside the crater. We feel the euphoria of the success that follows the intense moments we lived, in only a few hours.

A sensible explanation on the legends would be the fact that the place is so rich in wildlife, that local hunters had to invent stories to avoid competition. The place is now in part of wildlife reserve, but the mystery attracts the rare tourists doing photo safari. However, visitors contemplate it from the surface of the savanna only. It is true that the unstable ground is dangerous, prone to more collapses. To make legends live, the danger comes from local inhabitants who could find means to poison those who violate the "sanctuary". The victim then would become the proof that it is a sacred place protected by spirits.

 

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