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Séjour au Zaïre, la traversée d’Afrique Déjà le début de l’année 1995 et il ne semble pas que CHC se détourne des contrats de l’ONU. Bien qu’on avait failli perdre deux appareils et les équipages au Rwanda l’an dernier, nos patrons sont déterminés à y retourner. En effet, lorsque des rebelles avaient descendu l’avion présidentiel avec le président du Rwanda ainsi que celui du Burundi à son bord, mes collègues en place avaient dû subir le chaos civil qui en avait résulté. Vers le milieu de la journée, la vannette de FedEx se stationne dans ma cour. Je n’ai aucun doute sur ce qu’ils viennent me livrer. C’est la méthode classique de ma Compagnie pour nous faire parvenir notre billet d’avion, ainsi qu’un chèque d’avance pour dépenses de voyage. Il me reste deux jours pour faire mes valises, la destination sera Kigali, capitale du Rwanda. Je transit par Londres, d’où je prendrai un vol de British Airways en direction de Nairobi au Kenya. De là, la prochaine étape doit être coordonnée sur place, car le Rwanda étant en guerre civile, on y entre avec un avion affrété spécialement pour l’ONU. On atterrit à Nairobi vendredi à onze heures du soir. D’habitude, si on n’a pas quelqu’un pour nous rencontrer à destination ou en transit, on reçois des instructions sur notre trajet, incluant un numéro de téléphone ainsi qu’un hôtel. Comme je n’en ai pas reçu, je ne m’inquiète pas. Je cherche du regard quelqu’un qui doit avoir une pancarte avec mon nom dessus. Peine perdue, après une heure, je me résigne à prendre un taxi vers le centre-ville. C’est la fin de semaine, et CHC au Canada n’a pas de numéro pour rejoindre quelqu’un. Maintenant, personne ne sait où je suis. Samedi, je vais marcher en ville. Le commis de l’hôtel m’a mis en garde contre les bandits. Il insiste pour que j’enlève ma chaîne au cou, ainsi que ma montre. Comme les banques sont fermées, je devrai changer de l’argent sur la rue, ce qui est interdit. J’entre dans un petit restaurant et demande au commis. En swahili, il s’adresse à un voisin qui a tôt fait de héler un gars dans la rue. Celui-ci entre dans le restaurant. Je lui demande le taux, et lui montre mon billet de cent US. Il me montre la pile d’argent kenyan, et m’indique de compter. Il s’empare de mon billet de cent et s’enfuit à la course. Avant même d’avoir eu le temps de regarder la pile d’argent que je tiens, je réalise trop tard que je viens de me faire arnaquer. Le premier ainsi que le dernier billet de la pile sont effectivement de l’argent. Par contre le milieu de la pile est constitué d’enveloppes du même format. Furieux, je jette le tout. Ce soir, je vais au Hard Rock Café. Je me demande quoi faire maintenant. Le lendemain dimanche, j’embauche un taxi pour une demi-journée. Le chauffeur trouve le quartier général de l’ONU. Je mets la main sur une liste de numéros de téléphone. Je communique avec le répartiteur de vols du Hercules C130 qui fait la navette entre Kigali et Nairobi. Celui-ci accepte de me réserver un siège sur l’avion cargo, qui partira lundi matin à 5:30. Le Hercules transporte en majeur partie du matériel, ainsi que des Bérets Bleus, militaires de différents pays affectés à UN. Il y a une odeur de mauvaise haleine qui flotte à la grandeur de la cabine. Entre temps, Brian à Kigali a déjà entamé des recherches pour me localiser. Wayne aurait dû me rencontrer à Nairobi, mais ne l’a pas fait. On est lundi matin, et personne n’a idée où je me trouve. Nous atterrissons à Kigali vers neuf heures du matin. Je n’ai pas de visa, et aucune idée où se trouvent mes collègues. Dans le terminal de l’aéroport, j’aperçois un officier militaire Indien arborant son turban bleu, qui porte un Walkie-Talkie Motorola à la ceinture. Je lui emprunte, et appelle « Canadian Helicopter » à tout hasard, sur les deux canaux utilisés. Enfin, Brian répond, et me demande qui je suis. Il semble surpris de constater que je suis ici. Brian est impressionné que j’aie pu me rendre seul jusqu’ici. Ironiquement, je devrai retourner à Nairobi, car on voulait que je ramène un hélicoptère de la Compagnie. Je repartirai le lendemain seulement. J’ai fais mon possible, s’il faut taper les doigts de quelqu’un, ce ne sera pas les miens. Je passe quelques jours à Nairobi, pendant que les mécaniciens terminent une inspection ainsi que des réglages sur l’appareil. Mon patron m’apprend que je devrai livrer cet hélicoptère à Malabo en Guinée Équatoriale, sur la Côte ouest de l’Afrique. On m’explique que le bureau a coordonné l’envolée, et que des agents se trouveront à chaque escale. De plus selon eux, je n’aurai pas besoin d’attendre pour un visa du Zaïre, le simple fait de porter mon uniforme devrait suffire. Là-dessus je suis sceptique. Comme je n’ai pas tout les cartes et registre d’aéroports en main, mes collègues à Kigali effectuent préparatifs et calculs pour moi. La première journée, de Nairobi j’atteins aisément la première escale de Mwanza en Tanzanie. Deux heures de vol plus tard, je suis à Kigali au Rwanda. Après plusieurs consultations avec mes collègues, on convient qu’il serait plus sûr d’avoir un visa pour le Zaïre. Je me sens mieux ainsi. J’envoie mon passeport à Nairobi, et devrai attendre quelques jours avant qu’il me soit retourné. Mon mécanicien Joe Petlak a terminé le chargement de l’appareil. Bien que les deux réservoirs auxiliaires de 90 gallons soient installés, on transporte trois barils de 45 gallons, que Joe devra transvaser en vol, avec une pompe électrique. Cette quantité de carburant nous permettra une autonomie de six heures de vol sans escale, ce qui donne environ 1100 kilomètres. La météo est excellente en ce samedi matin. Nous entrons au Zaïre au-dessus de Goma. Nous effectuons notre première escale à Kisangani. Les agents d’immigration nous demandent nos passeports. Par curiosité, je leur demande ce qu’il serait advenu si on n’avait pas de visa. Ils me font remarquer qu’on n’aurait pas été autorisé à aller plus loin, jusqu’à l’obtention de visas, ce qui aurait pris plusieurs jours. Le chef demande que j’aille à son bureau. Il est évident qu’il s’attend à un cadeau en échange de l’étampe requise dans les passeports. Je m’installe bien confortablement dans son bureau, prêt â attendre. Je n’ai aucune intention de rien donner. On se trouve encore dans la partie civilisée du pays, je ne vais pas commencer à gaspiller ici. Je gagne cette première guerre de patience. Les autorités aéroportuaires me font remarquer à plusieurs reprise que la prochaine escale de Mbandaka n’est pas sécuritaire. Ils doutent même que j’y trouverai du carburant. De toute manière, ils affirment que je ne devrais certainement pas prévoir y passer la nuit. Je les remercie de leur conseils, et leur réplique que mes patrons ont déjà pris des mesures pour m’assurer une escale sécuritaire. Nous décollons. Graduellement, il y a moins de terres cultivées, et la portion de jungle va en augmentant. Après moins d’une heure de vol, on ne voit plus aucun signe de civilisation en-dessous de nous, que de la jungle. Lorsque nous approchons de Mbandaka, je scrute tout l’horizon aux alentours. Le terrain est plat, que de la jungle. Il y a une antenne près de l’aéroport, pas plus de 50 mètres de hauteur. J’en prends note mentalement. Le ciel est gris en cette fin d’après-midi. Ce n’est pas bon signe. On est engagé, il n’y a plus de retour en arrière possible. Le rotor n’a pas encore fini de tourner, que déjà plusieurs individus en uniforme de soldats, portant mitraillettes de type AK47, nous entourent. Je leur fais signe de demeurer à distance jusqu’à ce que j’immobilise le rotor. J’ai à peine mis le pied dehors que je suis entouré de soldats. Je demande à m’adresser au chef du groupe. J’informe celui-ci de notre raison d’escale, et demande à voir son supérieur. Il l’enverra chercher. Entre temps, je veux faire le plein. Il n’y a aucune pompe. J’ai bien essayé en vain de rejoindre notre soi-disant agent d’escale sur la fréquence HF que le bureau m’avait donné. Un soldat me dit qu’il y a un camion avec du carburant, mais le préposé est en congé, on est samedi. Je réalise notre erreur d’avoir entamé cette traversée en fin de semaine. Le même soldat m’indique la direction où le pompiste habite, à environ trois kilomètres. On se met d’accord pour que je loue sa bicyclette rouillée pour un dollar. Je laisse Joe qui ne parle pas un mot de français, seul à garder l’hélicoptère. Me voici pédalant sur une route de terre battue en plein cœur de la jungle Africaine, à la recherche du seul gars qui peut me fournir le carburant pour sortir de ce guêpier, en plein « Far West » Zaïrois. Il fait chaud et humide. Je prie pour qu’il soit à la maison. Le gars est sympathique et m’inspire confiance. Il met la bicyclette dans le coffre de sa vieille voiture, et nous repartons vers l’aéroport. Il me demande combien de litres on veut, car il n’est pas certain d’en avoir assez. Entre-temps, la foule de militaires autour de l’hélicoptère a augmenté à une douzaine, et Joe est très nerveux. Je réalise que j’aurais dû payer mon pompiste à l’avance, loin de tous ces yeux. Lorsque vient le temps de payer, impossible de ne pas en avoir un par-dessus l’épaule à scruter mes moindre mouvements. C’est pas bon signe. Quand je leur dit que nous ne partons pas, que nous couchons ici, ils se mettent tous à rire. Il est six heures du soir. Si je n’étais pas si fatigué, j’aurais continué de nuit. Il n’y a pas de taxis, pas de restaurants, pas d’hôtel. Joe a tout donné nos rations d’urgence en cadeau aux « requins ». Le pompiste nous vient en aide en m’offrant de nous conduire à la ville. Nous préparons notre hélicoptère pour la nuit. Nous fermons les barils de carburant si serrés, que ce serait difficile de les ouvrir sans la clé spéciale. Bien que je ne leur fasse pas confiance, je n’ai pas le choix de demander à trois jeunes militaires de garder notre appareil pendant le nuit, en leur promettant une récompense le lendemain. Il est fréquent en Afrique de se faire voler du carburant. On a besoin de tout ce précieux liquides, si on veut se rendre à destination. Normalement, ça aurait été préférable de remplir seulement le lendemain, mais j’ai des craintes que d’autres difficultés vont se présenter. Il n’y a plus de fils suspendus aux poteaux. Tout a été volé et vendu au marché noir pour le poids du cuivre. Les fenêtres de devanture de commerces sont toute cassées. Le pompiste nous conduit chez un copain qui a une bâtisse qui fût un hôtel jadis. Celui-ci accepte de nous héberger. Le pompiste repasse nous prendre à huit heures, pour aller souper dans son humble demeure avec toute sa famille. Après souper, comme c’est samedi, nous partons faire le fête avec lui, son épouse et ses copains. Je fais comprendre à Joe que c’est peut-être notre dernière nuit, autant qu’elle soit mémorable. La disco a lieu dans un stationnement. Le DJ a un lecteur de cassette géant. Tout le monde danse au son d’une musique délirante. Joe et moi rentrons vers minuit. Il n’y a pas d’eau courante. Le propriétaire a remplis un sceau d’eau boueuse, pour nous permettre de se laver. Il nous a mis une vieux drap sur les lits. Comme les fenêtres sont cassées, c’est chaud, humide et plein de moustique. Je ne parviens pas à dormir. Je suis inquiet pour le vol du lendemain, qui sera long et fatiguant. Je me demande si les autorités nous laisseront même sortir. Le plafond est bas et il pleut fort. Le pompiste nous a promis de nous conduire à l’aéroport. Je lui ai demandé de nous prendre à sept heures, car je veux battre les autorités de vitesse. Il arrive vers huit heures. Il y a déjà pas mal de monde autour de l’hélicoptère. Les trois soldats à qui j’ai promis une récompense sont toujours là. Le chargé de douane me dit que nous ne pourrons pas partir, qu’il y a des irrégularités. Il donne des ordres aux militaires de ne pas nous laisser partir. Bon, c’est maintenant que les cartes commencent à se jouer… Joe effectue une inspection et prépare l’appareil. Pendant ce temps, je vais à la tour de contrôle, remplir un plan de vol transfrontalier. Les contrôleurs sont sympathiques. Je leur parle du douanier et de son histoire d’irrégularités. Bien sûr ça les fait rire, car on sait tous qu’il veut me soutirer de l’argent. Sauf que c’est un jeu difficile à jouer. Quand on « graisse ». il faut que ce soit le bon, au bon moment, dans les règles de l’art. Les contrôleurs me racontent l’histoire peu rassurante d’un avion qui avait fait escale dans des conditions semblables et n’est jamais reparti. Ils ne savent pas ce qui est advenu de l’équipage. Ils me conseillent fortement de ne pas attendre et de m’échapper si je le peux. Après le plan de vol soumis, je repars en direction de l’hélicoptère. Le gérant d’aéroport nous invite à attendre à son bureau. En anglais, je dis à Joe de ne pas venir, je prépare un plan « d’évasion ». J’explique au gérant que Joe a des ajustements à effectuer sur l’hélicoptère. Une fois dans son bureau, le gérant commence sa rengaine, ils sont tous impayés, pauvre, etc. Selon lui le chef douanier n’est pas commode, et on ne partira pas aujourd’hui, jour férié. Je pars expliquer la situation à Joe. On accepte de prendre une chance. Les trois jeunes soldats sont armés de mitraillettes AK47. Leur supérieur a un pistolet. Je demande à Joe de trouver quelque chose pour attirer le chef, une distraction de l’autre côté de l’appareil. J’en profite pour soudoyer les trois jeunes militaires à mitraillette. Un billet de vingt dollars chacun, c’est plus qu’ils gagnent en un mois. Mon plan simple consiste seulement à créer une confusion. Joe me confirme que l’appareil est fin prêt. Comme nous sommes sous garde armée, je n’irai pas effectuer mon inspection pré-vol. Nous prétendrons sommeiller dans le cockpit. Les portes sont ouvertes. La pluie a diminué un peu. Le chef au pistolet est assis sur le ski droit de l’appareil, les trois soldats sont debout devant, souriant de ce qu’ils viennent de recevoir. C’est le temps d’agir, car le chef douanier peur arriver à tout moment, et il sera trop tard. Je mets les pompes en marche et engage les démarreurs un à un. Le chef me regarde tout surpris. Je lui dis que c’est seulement un test. Je prends moins d’une minute à démarrer les deux turbines. Comme il se lève, je lui pointe le rotor et lui fais signe de se baisser pour ne pas être décapité. Bien que ce ne soit pas dangereux, il est évident que ces gars-là ne sont pas familiers avec des hélicoptères. Je commence à augmenter la puissance. Ne sachant plus que faire, le chef indique à ses soldats de tirer. Ceux-ci sont indécis, et c’est tout le temps qu’il me faut pour décoller. Avec les trois barils plein, nous sommes à environ deux cent livres en surcharge. Le Bell 212 est un appareil puissant et robuste, donc ça ne m’inquiète pas. On se traîne un peu les skis sur l’aire de circulation, et finalement la vibration caractéristique de l’atteinte de vol de translation, on monte. On n’a pas pris le temps de s’aligner sur la piste pour des raisons évidentes. Heureusement la veille j’avais noté l’absence d’obstacle dans la direction où nous grimpons. La pluie forte a repris de plus belle. On est à peine à cinq cent pieds qu’on perd le sol de vue. Joe et moi on se regarde avec un petit sourire qui en dit long sur ce qu’on ressent. Dans le langage de l’aviation, on a déjà atteint le point de non-retour. On se met en palier au-dessus de la première couche nuageuse à 6,000 pieds. Il pleut toujours. Théoriquement, on est en VFR, c’est-à-dire vol à vue… Les contrôleurs de Mbandaka me souhaitent bon vol et m’instruisent de contacter le contrôle de Brazzaville au Congo. On me demande mon numéro de permis de survol de l’espace aérien Congolais. Le bureau m’avait pourtant dit que je n’en avais pas besoin. Je prétends ne pas avoir entendu, que la communication est mauvaise. À Joe je fais la remarque que j’espère que leur Force aérienne n’est pas trop « forte ». On a hâte de compléter la traversée de leur espace, et que je contacte le Gabon. Joe commence le transfert de carburant. L’adapteur pompe-réservoir fuit abondamment. Ça ne va pas bien. Comme Joe ne cesse de jurer sur l’intercom, je lui promets de l’amener en sécurité à destination s’il me donne le carburant nécessaire. Ça semble le calmer. De mon côté, je suis extrêmement fatigué, à cause du manque de sommeil. Le radar météo a complètement cessé de fonctionner. La météo ne fait qu’empirer. On n’a aucun moyen légal de navigation. Seul le GPS me guide, et je prie pour qu’il ne flanche pas. Ironiquement, je crains de perdre ma job si mes patrons viennent au courant de tout cela. J’ai un envie pressant d’uriner. J’engage le SCAS (augmentateur de stabilité). J’utilise une bouteille d’eau vide. C’est la première fois dans ma carrière que je devrai en venir à cette mesure. Une heure et demi après qu’il eut commencé, Joe m’annonce qu’il a enfin réussit le transfert. Bien que j’avais prévu une escale à Franceville, j’ai décidé de voler direct vers Libreville. Si le vent n’est pas défavorable, on sauvera beaucoup de temps, et d’autres problèmes peut-être. Aussi, je suis à cent milles au nord de Franceville quand j’effectue un autre calcul d’autonomie, et j’annonce à Joe qu’on va direct à Libreville sans escale. Je demande à Joe de ne pas dormir et de me surveiller, car je m’endors. On est encore à une heure de vol de Libreville quand le contrôleur me contacte, et me lit le dernier rapport météo, mauvaises conditions IFR, c’est-à-dire vol aux instruments. Ils me demandent mes intentions. Je suis officiellement en vol à vue, mais les contrôleurs ici sont habitués à ces situations. Par contre je n’ai pas les plans d’approche aux instruments de Libreville, et pas de copilote. Heureusement, je me souviens de l’alignement de piste. Je demande une autorisation d’approche aux instruments, qui m’est accordée sans problème. Près de six heures après notre départ de Mbandaka, nous atterrissons à Libreville au Gabon. Je porte nos passeports au bureau d’immigration. On n’a pas de visa. Je suis familier ici, et bien que je n’y suis pas venu depuis deux ans, je me sens en sécurité. Je rencontre des pilotes français qui trouvent mon aventure pour le moins amusante. Tous s’accordent à dire que c’est un miracle que je sois sorti du Zaïre. Ils me disent que même les habitués ici n’oseraient pas effectuer une telle envolée. Nous sommes partenaires avec GAT. Le président croyait qu’on contournait le Zaïre par le Sud, il dit que de le traverser est de la folie. Et je me fiais sur lui pour venir me chercher en cas de pépins… C’est dimanche après-midi, l’hôtel Gamba offre un buffet face à la plage. Joe et moi n’avons pas déjeuné, aussi nous nous empressons d’aller festoyer. Demain peut attendre. Lundi matin, on remplit un plan de vol transfrontalier, avec pour destination Malabo sur l’Ile de Bioko en Guinée Équatoriale. C’est à 500 kilomètres au nord, donc on ne prendra pas plus de trois heures de vol pour l’atteindre. À l’arrivée, pour tout remerciement, Norm nous demandera : « pourquoi ça vous a pris si longtemps? ». Sur la base de Malabo, Norm n’a pas assez d’argent pour nous payer des billets d’avion. Heureusement, Joe et moi avons des surplus personnels. Le prochain vol de Cameroun Airline est mercredi dans deux jours, et l’attente ici serait ennuyante. Mardi matin, je parviens à convaincre un pilote local de nous amener à Douala gratuitement, s’il a des sièges libres. Ça marche. Au moins la ville de Douala aura plus de distractions que Malabo. Mercredi, nous prenons un vol qui nous ramène directement de Douala à Kigali au Rwanda. Et là, c’est le travail qui recommence comme si de rien n’était… |
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