MISE AU POINT AU SUJET DU TRAITEMENT DES INFESTATIONS PAR LES PUCES

Au début du mois de mars dernier docteur Michael W. Dryden, parasitologiste et chercheur réputé dans le domaine de la biologie des puces et le traitement des infestations, est venu donner une conférence. Il nous a présenté une approche originale pour lutter contre l’apparition de résistance aux nouveaux médicaments utilisés contre la puce. Suite à cette présentation, nous avons reçu beaucoup d’appel et nous avons donc décidé de vous émettre notre opinion pour mettre cette approche en perspective dans notre contexte québécois.

Les éléments pris en considération par docteur Dryden pour implanter cette approche sont les suivants : malgré le fait que l’imidacloprid (Advantage~) soit le meilleur adulticide présentement sur le marché, son utilisation ne permet pas un contrôle à 100% des populations de puces en particulier après la troisième semaine suivant le traitement . Il est donc possible que quelques puces survivent et pondent des œufs. Ces derniers formeront une nouvelle génération qui a toutes les chances d’être moins sensible à l’imidacloprid. Au fil du temps, des puces résistantes peuvent émerger et rendre moins efficace l’utilisation de l’imidacloprid. De son côté, le lufénuron (Program~) inhibe le développement de 98,2 à 100% des œufs ou des larves récemment écloses pendant 32 à 44 jours.

Pour lutter contre l’apparition de résistance, docteur Dryden propose une approche intégrée faisant appel autant à des moyens mécaniques (aspirateur, etc) qu’à des médicaments. Il propose en particulier de combiner l’utilisation de l’imidacloprid et du lufénuron chez un animal infesté de puces. Le lufénuron compléterait l’action de l’imidacloprid à partir du moment où l’efficacité de celle-ci diminuerait pour laisser quelques puces adultes vivantes.

L’approche présentée ici vise à augmenter la durée de vie utile de l’imidacloprid en supposant que la résistance risque moins de se développer si on utilise le lufénuron. L’expérience nous a pourtant appris qu’il n’y a aucune substance qui puisse être à l’abri de ce phénomène. De généraliser l’utilisation d’une substance comporte toujours le risque de voir apparaître de la résistance à plus ou moins brève échéance. L’utilisation combinée de deux substances à mode d’action différent ne peut empêcher complètement l’apparition de résistance ; elle ne peut que la retarder.

Toutefois, avant d’imposer aux gens un tel fardeau financier il faut s’attarder sur l’état actuel de la résistance aux antiparasitaires chez la puce au Québec. A notre connaissance, il semble n’y avoir aucune résistance démontrée contre le lufénuron ni contre l’imidacloprid tandis que selon docteur Dryden, il y aurait de la résistance contre le méthoprène depuis 1995. Cependant, il est très difficile de connaître l’étendue de ce phénomène même si on a pu le démontrer dans une population localisée.

Chez nous sous nos climats, les puces ont peu de chance de développer de la résistance pour les raisons suivantes : l. les puces résistantes ou non, sont fortement affectées par différents facteurs environnementaux dont le faible taux d’humidité, la trop forte humidité générée par les pluies abondantes, les rayons directs du soleil et le gel à l’hiver ; la très grande majorité des puces sont ainsi éliminées. 2. Les puces se font rares sous nos climats. Le nombre d’animaux affectés est bas et la charge parasitaire faible. Il y a moins de puces soumises aux pressions sélectives si on se compare avec des régions à climat plus clément.

En conclusion, il n’y a pas lieu d’implanter pour le moment des programmes de lutte à la résistance des puces contre les insecticides. Il pourrait s’avérer cependant téméraire de croire que nous n’aurons jamais ce phénomène chez nous. Pour cette raison, il serait sage de faire une certaine rotation de produit (imidacloprid, lufénuron et méthoprène) ou de ne pas soumettre tous les animaux d’une région au même médicament. Plus important encore serait d’implanter un programme préventif de lutte aux puces en débutant tôt en saison, probablement aussi tôt que le début mai, en fonction du climat de votre région. A ce moment, le nombre de puces est à son plus bas et les chances de survie des puces chez les animaux traités également au plus bas. De cette façon, nous pourrons utiliser les produits disponibles longtemps, avec peu de risque de voir apparaître de la résistance.

Sylvie Fortier, DMV, MSc

Alain Villeneuve DMV, PhD

Faculté de médecine vétérinaire

Saint-Hyacinthe