Les familles Anctil en Amérique ©

Allocution de Ducey en 1985.

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Le vieux pont de Ducey, construit en 1613.

Il enjambe la Sélune sur la route qui reliait Paris et Brest.

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Extrait des allocutions prononcées à Ducey, par les représentants des autorités civiles et ecclésiastiques de l'endroit, lors du dépôt de notre plaque commémorative, le 6 septembre 1985. Furent présents: Armand Anctil, Benoit Anctil, Berthe-Alice Anctil, Cécile Anctil, Flavius Anctil, Georgette Anctil, Lilianne Anctil, Marcel Anctil, Marguerite Anctil, Mariette Anctil, Michel Anctil, Pierre Anctil, Roger Anctil, Simone Anctil, Thérèse Anctil, ainsi que plusieurs conjoint(e)s et ami(e)s.

Abstracts from the speeches made by the civil and religious authorities on September 6, 1985, in Ducey on the occasion of the unveiling of our commemorative plaque. Presents: Armand Anctil, Benoit Anctil, Berthe-Alice Anctil, Cécile Anctil, Flavius Anctil, Georgette Anctil, Lilianne Anctil, Marcel Anctil, Marguerite Anctil, Mariette Anctil, Michel Anctil, Pierre Anctil, Roger Anctil, Simone Anctil, Thérèse Anctil, some of them with their partner and close friends.


- RENÉ LÉON

Il est un honneur pour moi de vous recevoir aujourd'hui, en l'église Saint-Pair de Ducey, en compagnie de mes deux collègues de la municipalité. Je ne voudrais pas oublier de saluer l'abbé Garnier, curé doyen également présent parmi nous en cette circonstance, ainsi que le père Bernard Labbé, ancien doyen de Ducey.

En tout premier lieu, je me dois d'excuser l'absence du docteur Jean-Pierre Tison, sénateur-maire, retenu au chef-lieu du département par ses occupations de conseiller-général. Croyez bien qu'il regrette beaucoup de n'avoir pu personnellement être là ce matin, pour accueillir les membres des familles Anctil, et m'a chargé de le représenter.

C'est avec une émotion certaine, il y a quelques instants, que nous avons assisté au dépôt de cette plaque commémorative. Je sais quelle importance toute particulière revêt pour vous ce geste qui était à l'origine de votre déplacement.

D'après mes recherches, effectuées à partir des registres de l'époque, ce serait en 1708 que votre ancêtre, Jean Anctil, aurait été baptisé sur les fonds baptismaux de notre paroisse. Il semblerait, malgré tout, que le nom des Anctil apparaisse déjà en 1668. Puis, votre aïeul partit pour rejoindre la Nouvelle-France, où il s'établit définitivement. Il était sûrement loin de s'imaginer que trois siècles plus tard, en l'an 1985, ses descendants organiseraient un véritable pélerinage sur les terres qui l'avaient vu naître.

À l'occasion de ce séjour en France, sur les traces de ce lointain passé, vous avez tenu à réserver une journée complète à notre cité et à consacrer les instants présents pour vous recueillir en mémoire de votre ancêtre.

Au nom de monsieur le sénateur, de mes deux collègues adjoints et bien sûr à titre personnel, je tiens à vous exprimer mes remerciements très chaleureux et très sincères pour avoir bien voulu nous associer à cette cérémonie familiale du souvenir.

Pour vous témoigner à notre tour que nous avons été particulièrement sensible à votre démarche, je me fais l'interprète du Conseil Municipal de Ducey, pour vous inviter ce soir, à l'Hôtel de ville, afin que nous puissions partager tous ensemble le verre de l'amitié et fêter ces retrouvailles. D'ici là, je vous souhaite à tous de passer une agréable journée en faisant connaissance avec notre région.

- BERNARD LABBÉ

Voici quelques compléments sur Jean Anctil. L'acte de baptême est donc daté du 25 janvier 1708. Les parents sont Louis Anctil et Jeanne Fontaine. Il se nomme Jean-Louis, ses parrain et marraine sont Jean Pichot et Louise Paturel.

La famille de Jean Anctil, outre ses père et mère, comprend: Mathurin, frère aîné, baptisé le 18 août 1704 et, Julien-Francois, baptisé le 29 janvier 1711. Je n'ai pas fais de recherche avant 1700 et après 1715. Le père, Louis Anctil, a un frère René qui a épousé Louise de Guette et qui ont des enfants nés en 1704, 1705, 1707, 1711. Il y a aussi le foyer de Pierre Anctil et de Louise Juin qui ont des enfants nés en 1712, 1713, 1714, et 1716. Il y a aussi une Françoise Anctil qui a épousé Guillaume Vimont et fait baptisé un fils en 1704.

Le départ de Jean Anctil au Québec en 1734, n'est pas un départ isolé. De la région d'Avranches, on connaît les noms d'une dizaine d'hommes qui ont fait le même choix: Jean Blier, de Ducey, né en 1732 et qui eût treize enfants; André Chapdelaine, de Plomb, treize enfants; Jacques Devost de Saint-Plancher qui s'est marié en 1740 à Kamouraska et qui eût dix enfants; Denis du Taillis, de Grandville; René Lebellé, de Poyé, tout près d'ici, dix enfants, né vers 1736; un autre de Bassily; un autre qui s'est marié à Rimouski et qui a eu douze enfants; un autre de ville Beaudon; deux autres d'Eviard, une commune à côté, dont un Thomassin et un autre que je connais un peu plus parce que c'est un de mes paroissiens. Je suis curé à une dizaine de kilomètres d'ici et j'ai retrouvé la trace grâce à la famille états-unienne de ses descendants. Il s'agit d'Etienne-Nicole Lesbois, qui est né à La Poivre-en-Chaim en 1728, qui est allé en Illinois et qui est mort en 1778, empoisonné par ses esclaves. De là-bas, on m'a envoyé la photocopie du jugement qui condamne à mort les deux esclaves qui avaient tué leur maître.

Pourquoi ces jeunes hommes d'ici sont-ils allés chercher fortune au Québec? Pour être bref, il faut signaler la pression démographique: familles nombreuses, des fils à caser, d'où ces nombreux départs. À l'époque, on se faisait marin ou pêcheur au long cours à partir de Dieppe, Le Havre, Granville et Saint-Malô: cité des corsaires.

Je signalerai le contexte économique d'alors. L'histoire de France signale comme une période extrêmement froide, qu'on appelait la petite période glacière du dix-huitième siècle, une série d'hivers de 1703 à 1710. Par conséquent, votre ancêtre a dû avoir beaucoup froid dans le début de son existence. L'année de sa naissance, il y avait dans la région une épidémie dont on sait qu'à Saint-Jame, un pays de deux milles habitants, qui est à dix ou quinze kilomètres d'ici, il y a eu 300 morts, l'année de la naissance de votre ancêtre. C'est vous dire que vraisemblablement, toute la région était affectée. Je ne veux pas m'écarter pour le moment, mais ces années-là c'était la famine, l'épidémie et la faim. D'où l'obligation de chercher d'autres terres moins inhospitalières.

Il faudrait étudier de plus près les actes de départ vers le Québec avant le traité d'Utrecht et avant le traité de Paris. Mais enfin, c'est un autre problème.

Cette misère était aussi le fait d'une situation politique mauvaise. Les dernières années du règne de Louis XIV virent des expéditions militaires malheureuses, une grande souffrance due à la pression fiscale pour amortir les dépenses causées par la mégalo- manie du Roi. Que l'on songe au Palais de Versailles.

Il est d'autres causes à cette aventure coloniale: la haine des Anglais guerroyant contre notre présence en Amérique du Nord, la publicité des compagnies d'exploitation de ces terres neuves qu'il fallait peupler et les autres avantages accordés aux familles nombreuses.

Enfin, il faut faire place à des raisons religieuses. Â cette époque des origines du Canada, la Nouvelle-France ne se dissocie pas de l'action missionnaire poursuivie par les Jésuites, les Récollets et tant d'autres communautés. Que l'on se rappelle la Mère de l'Incarnation, que vous connaissez très bien, et ces religieuses, et ces dizaines et ces centaines de filles qu'on faisait venir de France pour épouser les Français qui allaient là-bas.

Dans nos campagnes, l'attrait pour le Québec était entretenu par des colporteurs qui proposaient des récits, missionnaires ou coloniaux qui intéressaient l'opinion publique. Au Québec, .l e clergé n'était pas non plus, étranger à l'entretien de cet intérêt.

Voilà ce que, très simplement, on peut dire à propos des circonstances dans lesquelles votre ancêtre est parti au Québec.

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