Les familles Anctil en Amérique ©

TROISIÈME GÉNÉRATION

François Anctil et Françoise Martin

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FRANÇOIS (1770-1830)

NAISSANCE, JEUNESSE ET ACCIDENT - MARIAGE AVEC FRANÇOISE MARTIN - CORDONNIER, AGRICULTEUR ET HOMME D'AFFAIRES À SAINTE-ANNE - LES ENFANTS - DONATION ET ETABLISSEMENT DES ENFANTS - DECES - UNE VIE DIFFICILE, UNE DESCENDANCE PROMETTEUSE


 

NAISSANCE, JEUNESSE ET ACCIDENT

François est né le 14 septembre 1770 et baptisé le lendemain à Sainte-Anne. Un voisin, François Lévesque est parrain tandis que la marraine est Louise Anctil, tante de l'enfant.

Avant de se marier, François défriche pour lui-même deux terres situées à Rivière-Ouelle. Il s'y construit une maison et des bâtiments de ferme, avec l'aide de son père. De plus, il prête main forte à son frère Noël, son voisin, pour la construction d'une maison et d'une étable.

François a la pleine jouissance de ces terres, toujours la propriété de ses parents, depuis que Noël a eu de ces derniers la terre voisine, la veille de son mariage, en 1796.

En fait, il semble bien que les deux frères aient eu l'intention de s'établir comme voisins, dans la 'côte des beaubiens', à Rivière-Ouelle, aujourd'hui Saint-Philippe-de-Néri. Le destin en aurait décidé autrement.

Selon une tradition familiale, François se serait blessé grièvement à une jambe en défrichant la terre. Il aurait alors appris le métier de cordonnier qu'il pratiquera, par la suite, à La Pocatière.

Aussi, lorsque ses parents lui donnent les terres dans la "côte des beaubiens", sa part dans le patrimoine familial, quelques mois avant son mariage, François les revend le lendemain, le 2 octobre 1802, à Hilaire Lévesque1.

La vente comprend une maison et des bâtiments de ferme et un morceau de terre adjacent qu'il avait échangé le même jour avec Noël. Ce dernier reçevait, en retour, une autre partie de terre, limitrophe à la sienne et acquise par François, quelques mois auparavant de Charles Thibault.

Lévesque doit assumer la rente viagère que François devait payer à ses parents, du blé ou de l'orge, plus un certain montant d'argent.

Quelques années plus tard, François donnera quittance aux Lévesque et à son frère Henri-Benoit qui s'était porté acquéreur, entretemps, des terres vendues2.

Ainsi, c'est à cet endroit que Henri-Benoit s'installera, voisin de Noël, et y élèvera une famille nombreuse. Quant à François, il reviendra s'établir dans sa paroisse natale.

 

MARIAGE AVEC FRANÇOISE MARTIN

François épouse Françoise Martin le 14 juin 1803, à Sainte-Anne. Elle est la fille de feu Pierre Martin de Marie-Anne Gagnon. Sa soeur Marie est mariée au seigneur Laughlin Smith, présent à la signature du contrat de mariage3.

La nouvelle épouse ne reçoit aucune dot de ses parents. Elle apporte quand même en mariage une certaine somme d'argent et son trousseau qui lui appartient suite à ces "ménagements, travaux et industries".

Quant au nouveau marié, il avait déjà reçu, quelques mois auparavant, sa part dans la succession de ses parents. En plus des deux terres de Rivière-Ouelle, il avait obtenu des animaux, des meubles et des effets personnels.

En retour, il devait verser une rente annuelle et viagère à ses père et mère sous forme d'orge ou de blé. On a déjà vu que cette rente serait éventuellement payé par Henri-Benoit.

 

CORDONNIER, AGRICULTEUR ET HOMME D'AFFAIRES À SAINTE-ANNE

Quelques jours avant de se marier, François s'était porté acquéreur "d'un lopin de terre" à La Pocatière4. Situé dans le voisinage de l'église, ce serait à cet endroit qu'il aurait eu sa boutique de cordonnier.

François est un homme occupé. Il est à la fois cordonnier, agriculteur et homme d'affaires.

Afin de l'aider, François embauche un employé ou "compagnon cordonnier", le 12 septembre 18085. Le contrat avec Joseph Walters est signé devant le notaire Jean-François Fournel, beau-frère de François.

Walters s'engage à faire tous les ouvrages découlant du métier de cordonnier, d'être assidu à la boutique sauf les dimanches et fêtes et d'avertir son patron si quelqu'un voudrait lui nuire. Il confectionnera, en moyenne, dix paires de souliers par six jours de travail, lorsqu'il ne travaillera pas à d'autres tâches.

En retour, François lui versera un salaire calculé sur une base quotidienne, en plus de le loger, le nourrir, le chauffer et le coucher "convenablement et décemment".

Le contrat est d'une durée de six mois seulement. Rien ne nous empêche de croire que François n'ait pas pris à son compte d'autres engagés.

Malgré sa blessure à une jambe, François est également agriculteur. Encore une fois, il est probale qu'il ait eu des hommes engagés pour travailler pour lui.

Avant de se marier, nous avons vu qu'il avait défricher et probablement cultiver deux terres à Rivière-Ouelle. A La Pocatière, il s'était porté acquéreur d'un morceau de terre, quelques jours avant de se marier. Puis, au cours des années suivantes, il acquiert, au même endroit, trois fermes comprenant maisons et bâtiments.

En 1805, il achète une première ferme de Maurice Grondin6. Située dans le premier rang, elle mesure environ deux arpents de front sur quarante-deux de profondeur. En 1816, il se porte acquéreur d'une deuxième ferme située dans le même rang7. Acquise de Pierre Rouleau, cette terre mesure environ deux arpents sur trente-neuf de profondeur.

Enfin, François acquiert une troisième terre, située dans le deuxième rang, lors d'une vente par shérif8. Elle fait deux arpents de front sur quarante-deux de profondeur. Cette ferme appartenait probablement au notaire Fournel, son beau-frère, décédé prématurément.

François achète également des morceaux de terre, en 1811 dans le premier rang; en 1827 dans le deuxième9.

En 1813 et 1814, par quatre transactions dont deux conjointement avec son frère Paul, il acquiert différents terrains limitrophes dans la "plaine", à Rivière-Ouelle10.

François est également homme d'affaires. Aussi, il est probable qu'il retire certains revenus en louant à long terme des emplacements sur les différents terrains achetés, notamment dans le faubourg de Sainte-Anne11.

François se fait également entrepreneur en achetant des "coupes de bois"12. Il fait de l'argent en vendant le bois qu'il fait bûcher.

A l'époque où les institutions de crédit dont les banques et les caisses n'existaient pas, les gens empruntaient de l'argent de particuliers. Chaque village ou paroisse avait 'ses' prêteurs reconnus, habituellement des agriculteurs à l'aise. François était un de ceux-là.

A titre d'exemples, François prête de l'argent à Vincent Plourde en 1802; à Charles Thibault la même année; à Alexandre Plourde, l'année suivante et à Vincent Paradis en 180513. Tous sont de Rivière-Ouelle.

La terre obtenue en 1805, de Maurice Grondin, est en fait le produit d'un prêt. Ne pouvant pas honorer les conditions de son emprunt, Grondin a dû céder sa terre qu'il avait mise en garantie. A l'époque on parlait "d'une vente à réméré".

En 1820, Charles Rouleau hypothèque ses biens pour garantir un emprunt auprès de François14.

Si François prête de l'argent, il en emprunte également. En 1805, il signe une obligation monétaire en faveur de son beau-frère, le seigneur Laughlin Smith15.

Cet argent sert possiblement à financer le prêt qu'il fait le même jour à Maurice Grondin. Cette transaction finit par rapporter gros à François. Il obtiendra éventuellement la terre de ce dernier en retour d'un prêt qu'il fait financer par son beau-frère.

François emprunte à nouveau de son beau-frère en 181616. Smith lui en donnera quittance, quelques années plus tard17. En 1828, il signe un reconnaissance de dette en faveur de son frère Augustin, marchand18.

Administrateur averti, François est choisi tuteur pour Louise-Esther Fournel, suite au décès de son père, le notaire Fournel19. En sa qualité de tuteur, il administre les biens de sa nièce, notamment de l'argent qu'il prête20.

Enfin, ses qualités d'homme d'affaires honnête et, sans doute, de bon paroissien sont reconnus lorsque François est choisi, en 1823, pour faire partie du comité en charge de l'établissement d'un collège à Sainte-Anne21.

Les différents intérêts manifestés par François serviront certainement à faire vivre sa famille de façon convenable, probablement au-dessus de la moyenne de ses concitoyens.

 

LES ENFANTS

À leur mariage, François a 33 ans et son épouse Françoise 37. L'âge avancé de cette dernière explique peut-être qu'ils n'ont eu que quatre enfants, trois garçons et une fille. Cette dernière meurt peu de temps après sa naissance.

Voici la liste des enfants avec le nom des conjoints, ainsi que leurs dates date de baptême (B), mariage (M) et sépulture (S):

1- François-Pepin, B. 1er mars 1804, Sainte-Anne.

M. Emélie Miville-Deschênes, 16 novembre 1824, Sainte-Anne.

S. François-Pepin, 1856, Sainte-Anne.

2- Jean-Marie, B. 8 juin 1805, Sainte-Anne.

M. Mathilde Hudon, 20 novembre 1827, Sainte-Anne.

S. Jean-Marie, 1879, Sainte-Anne.

S. Mathilde, 1883, Sainte-Anne

3- Joseph, B. 28 août 1806, Sainte-Anne.

M. Edwidge Miville-Deschênes, 2 février 1830, Sainte-Anne.

4- Adélaïde, B. 2 avril 1812, Sainte-Anne.

S. Adélaïde, 12 mai 1812, Sainte-Anne.

Tout comme leur père, les trois fils signent leur nom et savent probablement lire et écrire. On peut penser que François pouvait envoyer ses enfants au moins à la petite école. Son rôle dans la construction du collège de SainteAnne démontre son intérêt pour l'instruction.

A une époque où les bonnes terres, dans la vallée du Saint-Laurent, sont pratiquemment déjà toutes occupées, ce qui forcera bientôt des centaines de familles à émigrer aux Etats-Unis, François réussira à établir ses trois garçons près de lui, à La Pocatière.

Par surcroit, il leurs léguera les meilleures terres, dans les premier et deuxième rangs de la paroisse.

 

DONATION ET ETABLISSEMENT DES ENFANTS

Le 23 novembre 1826, François et son épouse répartissent la plupart de leurs biens entre leurs trois garçons22. Agé à peine de 56 ans, la maladie force peut-être François à une demie-retraite. Il continuera de s'occuper de certaines affaires, notamment la tutelle de sa nièce Louise-Esther Fournel.

François-Pepin reçoit la ferme du deuxième rang, mesurant deux arpents de front sur quarante-deux de profondeur, ainsi qu'une partie d'une terre voisine, soit un demi arpent sur environ vingt-sept.

La ferme comprend des bâtiments dont probablement une maison. Ces terres, ayant appartenu probablement au notaire Fournel, avaient été acquises par François lors d'une vente par shérif.

Jean-Marie obtient une des fermes du premier rang, de dimensions semblables à celle remise à son frère, plus le circuit de terre sur lequel est construit divers bâtiments, dont possiblement la boutique de son père.

Il s'agit de la ferme acquise de Maurice Grondin en 1805, incluant un morceau adjacent venant de Pierre Dubé en 1811 et d'une partie du circuit acheté de Jean Martin en 1803.

Joseph se voit octroyer l'autre ferme du premier rang qui mesure environ deux arpents de large par trente-neuf de profondeur et sur laquelle se trouvent divers bâtiments dont une maison. En plus, adjacent à cette terre, il obtient un circuit de dix perches sur environ sept arpents de profondeur.

Les terres remises à Joseph avaient été achetées par son père de Pierre Rouleau et de son fils, en 1816.

En plus, chacun des fils reçoit des animaux dont des chevaux, des vaches, des porcs, des moutons et des oies; des instruments de ferme dont une charrue et deux harnais; des voitures dont une cariole et une "robe de cariole", une calèche et deux "traines".

Aussi, s'ajoutent des meubles dont un poële de fer, une huche, une table et huit chaises, un coffre et deux lits; des instruments de cuisine dont une poële à frire, une cuillère à pot, un braisier, une "bombe", quatre douzaines de terrines et un chandelier.

François-Pepin pourra réclamer les animaux et les meubles l'été suivant; Jean-Marie sur demande tandis que Joseph les a déjà reçus.

Joseph, le dernier des fils, reçoit également "la coupe de bois" sur une terre du deuxième rang et "le droit de prendre toutes sortes de bois" sur une autre terre du même rang.

En retour des biens reçus, François-Pepin s'oblige à payer une rente annuelle et viagère en biens et services à Jean Dionne et à son épouse, au nom de son père.

En effet, la même journée que François donnait ses biens à ses fils, il signait une entente avec les Dionne par laquelle il s'obligeait à leur payer cette rente23. Cette obligation découlait de l'achat de l'une des terres données à François-Pepin.

Quant aux deux autres fils, Jean-Marie et Joseph, ils se répartissent le paiement d'une rente semblable à leurs parents.

La rente annuelle comprend les produits de consommation suivants: trente minots de blé réduit en farine plus le son; deux cents livres de lard; dix livres de saindoux; deux petits porcs engraissés; deux agneaux ou un mouton; un quartier de boeuf; quarante livre de sucre du pays; vingt livres de suif, un minot et demi de pois pour cuire; deux minots de sel; cent pommes de choux; vingt-quatre pots de rum; dix pots de "bon vin d'Espagne"; vingt-six livres de morue séchée et dix minots de patates.

Aussi, les parents recevront la provision annuelle de bois suivante: douze cordes moitié "franc", moitié bois mou "débité en bois de poele et cheminée un an d'avance" et, au besoin, du bois de four; plus une somme d'argent.

A leur père, Jean-Marie et Joseph doivent lui donner chaque année "un habillement d'étoffe du pays croisée, grisée, foulée, lequel habillement contiendra culotte, gillet, une veste...avec les doublures et fournitures nécessaires..." deux chemises de toile du pays et une paire de souliers de boeuf. A tous les trois ans, on lui fournira un chapeau et, au besoin "des bottes fines".

A leur mère, on lui fournira chaque année quatres aulnes de "petite étoffe du pays", deux chemises de toile du pays et, au besoin "des souliers français et bottines françaises".

Les deux fils devront payer le salaire et entretenir une fille pour assister leurs parents, les faire soigner par un médecin, leur procurer tous les secours spirituels et matériels "justes et raisonnables".

François et son épouse se réservent le droit d'occuper "une chambre" dans chacune des maisons données à leurs deux fils. Celles-ci seront entretenus par ces derniers. Ils se gardent l'usage du grenier et de la cave de ces pièces et le droit d'utiliser la cuisine des deux maisons.

On leur fournira des nappes et des essuie-mains "blancs" et on changera les "draps blancs" tous les mois.

Jean-Marie et Joseph devront fournir à leurs père et mère une voiture, entretenir un cheval, deux vaches à lait et deux brebis et devront paccager six poules, un coq et trois oies.

Les parents se réservent un terrain faisant partie de la terre donnée à Joseph, le verger situé sur cette dernière terre et un potager sur le terrain chez qui ils choisiront de rester.

Au décès de l'un des parents, la rente diminuera de moitié sauf pour certains produits dont le bois de chauffage.

Enfin, les deux fils feront inhumer leurs parents, chanter chacun un service et vingt messes basses.

 

DECES

François meurt en novembre 1830 et est inhumé à Sainte-Anne le vingt-trois24. Il a seulement 60 ans.

Trois mois après le décès de son mari, la veuve de François donne à ses trois fils les terres situées dans la "plaine" de Rivière-Ouelle25. Celles-ci avaient appartenu à son mari. Le même jour, ces derniers échangent entre eux ces terres et leurs parts dans une autre propriété située dans le troisième rang de Sainte-Anne26.

Françoise Martin survit dix-huit ans à son mari. Elle décède le 29 mai 1848 et est inhumée deux jours plus tard à Sainte-Anne. Elle avait 82 ans.

 

UNE VIE DIFFICILE, UNE DESCENDANCE PROMETTEUSE

Homme de plusieurs occupations, citoyen en vue, agriculteur à l'aise, François, à l'aide de son épouse, avait réussi ce que tout bon père de famille espérait pour l'époque: laisser de bonnes terres à ses enfants.

Pourtant, la vie ne s'annonçait pas aussi prometteuse pour François. Blessé en travaillant sur sa terre, il a dû se réorienter, du moins pour un moment, afin de gagner sa vie.

Marié dans la trentaine, ce qui était plutôt tard à l'époque, avec une femme encore plus âgée, ils réussiront à élever et surtout à établir solidement leurs trois fils. Par surcroit, ceux-ci leurs assureront une nombreuse descendance.

François et Françoise devaient être fiers d'eux lorsqu'ils dictaient leurs dernières volontés, à Sainte-Anne, l'après-midi du 23 novembre 1826, dans la maison donnée à Jean-Marie.

 


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