Les familles Anctil en Amérique ©

QUATRIÈME GÉNÉRATION

Jean-Marie Anctil et Mathilde Hudon

Photographiés le 30 septembre 1862 à S.A.P.

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Le présent document fait suite au livre «Les familles Anctil en Amérique», dans lequel nous avons parlé de l'arrivée de notre ancêtre Jean Anctil en Nouvelle-France, de l'implantation de notre famille sur le continent américain, de même que de l'histoire de chacun des membres des trois premières générations d'Anctil et de leur descendance jusqu'à nos jours. Ce livre s'adresse à tous les Anctil intéressés à leur histoire .

Rappelons que Jean Anctil est originaire de France, plus précisément de Ducey en Normandie. Il s'établit à Sainte-Anne-de-la-Pocatière après son mariage avec Marguerite Lévesque, en 1738. Ils ont eu sept enfants dont un seul garçon, Jean-Baptiste.

Ce dernier épouse Elisabeth Fournier en 1765. Quinze enfants, dont huit de leurs fils, assureront la présence du patronyme Anctil à travers l'Amérique. Un de ceux-ci, François, lie sa destinée à Françoise Martin en 1803. Ils ont eu quatre enfants dont Jean-Marie.

Dans l'ouvrage proposé ci-dessous, nous ferons donc plus particulièrement connaissance avec ce Jean-Marie, un arrière-petit-fils de Jean Anctil et Marguerite Lévesque, de son épouse et de leur descendance.

Tout comme ses ancêtres, Jean-Marie s'établit à Sainte-Anne. Il épouse une fille de la paroisse, Mathilde Hudon dit Beaulieu, en 1827. Ils ont une nombreuse progéniture. Plusieurs de leurs descendants habitent le Québec, l'Ouest canadien et les États-Unis.


 

JEAN-MARIE (1805-1879)

NAISSANCE - MARIAGE - ETABLISSEMENT A SAINTE-ANNE - PROPRIETAIRE TERRIEN - CAPITAINE DE MILICE - PRETEUR - PROSPERITE ET AISANCE - UNE FAMILLE NOMBREUSE - ETABLISSEMENT DES ENFANTS - DECES ET SUCCESSION DE JEAN-MARIE - DECES ET SUCCESSION DE MATHILDE - UNE VIE FRUCTUEUSE


 

NAISSANCE

Jean-Marie est né et baptisé le 8 juin 1805 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière1. Il est le deuxième fils de François Anctil, agriculteur et de Françoise Martin. Ses parrain et marraine sont Alexandre Gagnon et Elisabeth Fournier, sa grand-mère paternelle. Le père est absent au baptême, comme semble le vouloir la tradition!

Nous savons peu de choses de la jeunesse de Jean-Marie. On peut quand même supposer qu'il a fréquenté l'école car il sait lire, écrire et surtout compter, comme nous le verrons plus tard.

 

MARIAGE

Le 20 novembre 1827, Jean-Marie épouse Mathilde Hudon à Sainte-Anne. Elle est la fille de Germain Hudon dit Beaulieu, cultivateur de l'endroit et de Victoire Martin. Mathilde, née à Sainte-Anne le 1er septembre 1809, a deux soeurs Luce et Délima.

Seuls Jean-Marie, les deux pères et l'officiant, le curé Charles-François Painchaud signent l'acte de mariage, le matin de sa célébration.

Avant de se marier et comme l'usage le veut, les futurs époux passent un contrat de mariage2. Il est mentionné que Jean-Marie est agriculteur à Sainte-Anne, tout comme son futur beau-père. Jean-Marie et Mathilde s'épousent en communauté de biens.

Mathilde reçoit de ses parents la somme de 50 livres soit 200$, dont une moitié payable à la signature du contrat de mariage et l'autre à sa majorité.

Elle apporte aussi dans la communauté "un lit garny hors les rideaux", soit un lit avec sa literie, deux courtepointes d'indienne, une de petite étoffe, deux pairs de taies d'oreillers, dix nappes, douze essuie-mains, deux pairs de draps, douze assiettes, six cuillers et fourchettes, deux vaches à lait, quatre moutons, un porc, un rouet, un buffet et un chaudron.

En retour, Jean-Marie ne met rien dans la communauté bien qu'il soit déjà propriétaire terrien. Aussi, il est précisé que tant les armes à feu appartenant à Jean-Marie que les bijoux de Mathilde ne font pas partie de la communauté.

De plus, on précise que dans l'éventualité de la renonciation à la communauté par l'épouse ou les enfants à naître, ils pourront reprendre ce que celle-ci a apporté en mariage ainsi que toutes les héritages qu'elle aurait pu avoir après mariage, plus une somme de 100$.

Cette clause avait pour but de protéger les héritages éventuels de Mathilde, notamment les biens venant de ses parents, ceux-ci n'ayant pas de fils à qui léguer leurs biens.

Les parents des futurs époux, les grands-parents maternels de Mathilde, un des deux frères de Jean-Marie, Joseph ainsi que quelques autres parents et amis sont tous présents lors de la rédaction du contrat. L'événement se déroule dans la maison des parents de la mariée, à Sainte-Anne. Le futur époux, son frère, les pères ainsi que quelques autres signent le document avec le notaire.

 

ETABLISSEMENT A SAINTE-ANNE

Jean-Marie et sa nouvelle épouse Mathilde s'établissent dans le premier rang de la seigneurie de La Pocatière. En fait, ils s'installent sur la ferme que Jean-Marie avait reçu par donation de ses parents, l'année précédente en 18263.

La maison et les bâtiments de ferme étaient construits sur un circuit de terre qui mesurait un arpent de large et qui longeait le chemin de l'Eglise, depuis le terrain de celle-ci en direction nord, jusqu'à mi-chemin environ vers le fleuve.

De plus, la donation comprenait une plus grande terre, sans bâtiments, située un peu plus à l'ouest, mesurant en moyenne deux arpents de front sur quarante-deux de profondeur et allant du fleuve jusqu'au deuxième rang.

Jean-Marie recevait aussi un certain nombre d'animaux et de meubles qu'il a dû réclamer à ses parents suite à son mariage.

En retour de cette donation, Jean-Marie et ses deux frères, François-Pepin et Joseph devaient fournir à leurs parents certains services et certains biens de consommation versés annuellement, afin de leur assurer une fin de vie convenable.

De plus, Jean-Marie et son frère Joseph devaient réserver et entretenir une chambre pour leurs parents dans les maisons qu'ils leur avaient données et leur permettre l'accès à certains lieux communs dont la cuisine et la cave.

Quatre ans plus tard, soit en 1831, la mère de Jean-Marie, maintenant veuve, décide de compléter la donation provenant de la succession de son époux4. Jean-Marie reçoit deux circuits de terre. Le premier est situé dans "la plaine" à Rivière-Ouelle et l'autre dans le troisième rang de La Pocatière. Le même jour et par le biais d'échanges avec ses deux frères, il concentre sa propriété à Rivière-Ouelle5.

 

PROPRIETAIRE TERRIEN

Au cours de leur vie, Jean-Marie et Mathilde vont se porter acquéreur d'autres terres situées dans la seigneurie de La Pocatière. Elles serviront éventuellement à établir trois de leurs quatre fils: Barthélémie, Georges et Jacques.

En 1853, ils possèdent les propriétés suivantes toutes situées dans le premier rang de la paroisse de Sainte-Anne6:

1- une terre mesurant près de deux arpents de large par quatorze de long, depuis le fleuve Saint-Laurent jusqu'aux terrains appartenant à la corporation du Collège de Sainte-Anne, sans bâtiments. Ce terrain faisait partie d'une plus grande terre donnée par les parents de Jean-Marie en 1826 et qui s'étendait alors jusqu'au deuxième rang.

2- une terre mesurant de un à deux arpents de large sur environ quatorze de long depuis le fleuve, en longeant le chemin de l'Eglise, jusqu'à l'équerre de la côte de celui-ci. Jean-Marie avait obtenu une partie de cette terre de ses parents en 1826, notamment la maison et les bâtiments situés dans le haut de la côte où il vivait avec sa famille.

Par la suite, il avait agrandi cette terre par un échange de terrains en 1832 avec l'abbé Charles-François Painchaud7, fondateur du Collège de Sainte-Anne et par diverses acquisitions dont une en 1837 de Sixte Miville8, et une autre en 1849 de Germain Grondin9.

Cette dernière transaction comprenait, en plus de deux terrains, une maison et des bâtiments de ferme situés en bas, probablement près du chemin de l'Anse. Ces différents ajouts lui avait permis d'étendre sa terre initiale jusqu'au fleuve.

3- une terre d'environ un arpent de large par 21 de long, de biais à l'ouest, avec la façade du Collège jusqu'au deuxième rang. En fait, il s'agissait de la poursuite de la première terre que Jean-Marie avait eu de ses parents en 1826. Celle-ci était maintenant coupée par l'établissement du Collège.

En 1832, Jean-Marie, rappelons-le, avait fait une échange de terrains avec la corporation du Collège. Il cédait à cette nouvelle institution une partie - le milieu- de la terre reçue en 1826 et, en retour il recevait un lopin limitrophe à celle qu'il habitait.

En 1854, Jean-Marie cédera pour quelques dollars, une bordure de terre, située près du deuxième rang, à la compagnie du Grand-Tronc10. Celle-ci est à construire la ligne ferroviaire entre Lévis et les provinces Maritimes.

4- une terre d'environ deux arpents de large sur quarante-deux de long, allant du fleuve jusqu'au deuxième rang et comprenant une maison et des bâtiments de ferme11. Cette propriété, acquise en 1849 de Louis Pelletier, comprenait aussi des droits de chasse, de pêche et d'exploitation de la grève. Ce dernier se gardait quand même un droit sur la grève et un droit de passage à perpétuité. Jean-Marie avait payé cette terre 1,865$.

5- une terre d'environ un arpent de large sur quarante-deux de long, depuis le fleuve jusqu'au deuxième rang et comprenant une maison et des bâtiments de ferme12. Cette terre, la moitié d'une plus grande, venait des parents de Mathilde, Germain Hudon et Victoire Martin qui, n'ayant pas de descendance mâle, lui avait léguée en 1852.

L'autre moitié était allée à une des deux soeurs de Mathilde, Délima mariée à Eusèbe Pelletier. Cette autre moitié de terre reviendra éventuellement dans la famille Anctil13.

La donation des Hudon comprenait également des animaux, des instruments de ferme ainsi que le contenu de la maison.

En retour, Jean-Marie, exécuteur testamentaire de son beau-père, et de son beau-frère Eusèbe Pelletier, cultivateur à Saint-Roch, devaient assurer une rente viagère, sous forme de biens de consommation, à leur belle-mère, la faire soigner et la faire inhumer suite à son décès.

Victoire Martin, la veuve de Germain Hudon, se gardait aussi l'occupation d'une chambre dans la maison donnée ainsi que l'usage de la cheminée, d'une partie du grenier et de la cave, du fournil, du four, de la laiterie, de deux jardins potagers et d'un verger.

Enfin, Jean-Marie devait administrer un certain montant d'argent dont les intérêts devaient être remis à sa belle-soeur célibataire, Luce et lui remettre le capital lors de son mariage.

6- en 1831, il était mentionné que Jean-Marie détenait, également de la succession de ses parents, une terre dans le troisième rang de Sainte-Anne, puis un terrain à Rivière-Ouelle.

En 1854, Jean-Marie vend ce dernier terrain, situé au "petit moulin", au forgeron Augustin Hamel14. Le prix de vente est 300$, dont 50$ payé comptant, et la balance en cinq paiements annuels de 50$, payables à Noël, plus les intérêts.

Quelques années plus tard, soit en 1861, Jean-Marie obtiendra un jugement de la Cour supérieure de Kamouraska contre Hamel15. Ce dernier avait négligé de rencontrer la plupart de ses paiements annuels.

Jean-Marie et Mathilde avaient acquis quatre autres terres mais ne les ont pas gardées. En fait, il s'agissait plutôt d'un système d'achat avec option de rachat; les vendeurs endettés se réservant un droit de rachat dans un délai prévu. On appelait ces transactions des ventes à réméré. Ce système s'apparente à celui de lease and release qui disparaîtra avec les prêts garantis par hypothèques enregistrés.

Par exemple, Moïse Hudon avait emprunté à Jean-Marie un montant de 1,200$, sous forme de billets et d'obligations. Pour le rembourser, il lui cède, en 1839, sa terre comprenant une maison et des bâtiments de ferme pour le montant déjà reçu16.

Hudon bénéficie d'un délai de huit ans et huit mois pour racheter sa terre. Entre-temps, il doit verser un loyer annuel de 120$ à Jean-Marie, payer les droits seigneuriaux, entretenir les fossés et les clôtures et cultiver la terre "en bon père de famille"17.

Six ans plus tard, le 22 décembre 1845, Hudon reprend sa terre moyennant la somme de 1,668$, capital et intérêts, qu'il s'engage à payer en six ans avec des paiements annuels d'au moins 100$18. Le même jour, il donne la terre à sa fille et à son époux qui prennent en charge une partie de la dette envers Jean-Marie19.

En 1849, Gagné réglera sa créance envers Jean-Marie en lui cédant une obligation qu'il avait consentie en faveur de Jean-Marie Gagnon et Eusèbe Anctil20. Ces derniers paieront une somme de 800$, plus intérêts, en quatre paiements à venir.

En 1839, Henri Miville vend un terrain à Jean-Marie pour la somme de 300$ qu'il a déjà reçue21. Il a deux ans pour le racheter au même prix. Entre-temps, il doit payer un loyer annuel de 80$. Lui aussi semble avoir exercer son droit de rachat.

Toujours en 1839, Clément Soucy cède un terrain à Jean-Marie pour un montant de 100$ déjà reçu22. Le vendeur a neuf ans pour le racheter. En attendant, il doit payer un loyer annuel de 100$! Quatre ans plus tard, Jean-Marie vend le terrain à Joseph Hudon23. Quelques jours plus tard, Clément Soucy exerce son droit de rachat auprès de ce dernier24.

En 1843, Jean Dubé vend à Jean-Marie une terre dans le deuxième rang de Sainte-Anne pour la somme de 160$ avec faculté de réméré25. Lui aussi semble avoir exercé son droit de rachat à l'intérieur de la période prévue de quatre ans.

 

CAPITAINE DE MILICE

En 1858, on apprend que Jean-Marie est capitaine de milice. Cette fonction, qu'il détient des autorités militaires du pays, lui confère des responsabilités locales, un certain prestige et un ascendant qui appelle le respect de ses concitoyens.

Chaque paroisse compte au moins une compagnie de miliciens qui doivent s'entraîner au moins une fois par année, pendant quelques jours. Ils doivent être prêts à répondre aux appels des autorités gouvernementales.

Sorte d'officier de police, le capitaine de milice est plus souvent appelé à maintenir l'ordre dans la paroisse. Il jouit également de certains privilèges à l'église ou lors de cérémonies officielles.

 

PRETEUR - PROSPERITE ET AISANCE

En plus de cultiver la terre, Jean-Marie prête de l'argent. A l'époque, l'accès au crédit se faisait par le truchement des notaires qui connaissaient quelques cultivateurs à l'aise et disposés à prêter de l'argent. Comme son père auparavant, Jean-Marie était un de ceux-là.

Jean-Marie prêtera par le biais de plusieurs notaires de la région de La Pocatière et même de Québec. Parmi ceux-ci, on peut nommer les notaires Ovide Martineau, Florent de Guise, Luc-François Moreau, Amable Bélanger et Joseph Anctil de Sainte-Anne; Rémi Piuze et Amable Morin de Saint-Roch-des-Aulnaies; Etienne-Médard-Adélard Boucher et Polydor Langlois de Saint-Louis de Kamouraska et J.B.C. Hébert de Québec.

Il serait trop long d'énumérer toutes les transactions financières que Jean-Marie a signées durant sa vie, aussi nous n'en donnons qu'un échantillonnage.

Jean-Marie débute ses activités financières dès l'âge de vingt ans. En 1825, il prête une somme de 100$ à Antoine Ouellet, pour une période de deux ans, à 6% intérêt légal, payable annuellement26. Jean-Marie a l'habitude de protéger ses prêts en exigeant une garantie hypothécaire sur les biens de l'emprunteur; dans le cas de Ouellet, une terre dans le deuxième rang de Sainte-Anne.

En 1829, il vend une jument âgée de quatre ans à Pierre Leclerc dit Francoeur, cultivateur à Sainte-Anne27. En retour, l'acheteur lui signe une obligation pour un montant de 80$ portant intérêt à 6%, pour une durée de vingt-huit mois. Francoeur acquittera sa dette quinze mois plus tard28.

Fait unique Jean-Marie emprunte cette fois-ci de l'argent. En mars 1830, il signe deux obligations en faveur de Angélique Lebel29 et de Jean-Baptiste Caron30, forgeron, tous deux de Saint-Roch-des-Aulnaies.

Dans le premier cas, il s'agit d'un montant fort appréciable pour l'époque, soit 1,660$ (83$ d'Espagne) et dans l'autre de 100$ (25 louis). Le capital est remboursable sur demande et les intérêts de 6% sont payables annuellement. En plus de donner une garantie hypothécaire sur ses biens, les père et beau-père de Jean-Marie s'en portent garants.

En 1834, il prête une somme de 80$ pour six mois, sans intérêt, à Urbain Martin, menuisier à Sainte-Anne31. Deux ans plus tard, il vend quarante-six minots de blé de semence au cultivateur Jean Bérubé de Sainte-Anne32. En retour, ce dernier promet de lui payer un montant de 80$ sur demande, avec intérêt de 6%.

En 1836, Jean-Marie prête 1,000$ à Pierre Ouellet, cultivateur de la paroisse33. Ce prêt porte intérêt à 6%. Celui-ci s'engage à le rembourser sur demande. Deux ans plus tard, Jean-Baptiste Lemière dit Courcy, cultivateur à Sainte-Anne, emprunte 600$ payable sur demande et portant intérêt à 6%34. L'année suivante, c'est Paschal Lévesque, agriculteur du canton d'Ixworth qui emprunte la somme de 50$, portant intérêt à 6% et payable sur demande35.

Puis en 1840, c'est à l'aubergiste de Sainte-Anne, Louis Clermont, que Jean-Marie avance la somme de 100$ pour une période de sept mois à 6%36. Trois ans plus tard, il accorde un prêt de 100$ à Vital Tremblay, cultivateur à Sainte-Flavie de Rimouski37. Il s'agit d'un prêt portant intérêt à 6%, remboursabledans sept ans38.

En 1843, Jean-Marie garantit un prêt de son frère Joseph auprès d'Antoine Langevin, prêtre missionnaire du Madawaska au Nouveau-Brunswick39. Il s'agit d'un montant de 400$ avec intérêt, pour une période de deux ans. Pour plus de sécurité, Jean-Marie donne une terre en garantie.

En 1845, c'est Pierre Plourde, un cultivateur de Rivière-Ouelle qui emprunte la somme de 90$, payable sur demande40. Deux ans plus tard, Jean-Marie se porte acquéreur d'une obligation payable à Joseph Dionne, marchand à Sainte-Anne41. Cet emprunt d'un groupe de citoyens est remboursable dans quatre ans. Entre temps, ils doivent payer un intérêt annuel de 6%, taux légal.

En 1861, Jean-Marie prête 200$ à Bernard Ouellet de Saint-Roch-des-Aulnaies42. Les intérêts à 8% sont payables annuellement alors que le capital est remboursable sur demande. Sept ans plus tard, Jean-Marie accorde une quittance à Jean-Baptiste Pelletier qui était maintenant détenteur de l'obligation43.

L'année suivante, Jean-Marie prête 350$ à Joseph Dionne, maître de poste et juge de paix à Sainte-Anne44. L'obligation porte intérêt et doit être remboursée sur demande. Neuf ans plus tard, Jean-Marie accorde une quittance à François Lévesque qui était alors responsable d'honorer cette obligation45.

En 1863, c'est le docteur Roy qui emprunte 200$ de Jean-Marie46. Celui-ci accordera une quittance en 1877 à son fils Charles-François, avocat et député à la Chambre des communes47.

Jean-Marie prête aussi de l'argent à la corporation du Collège de Sainte-Anne. En mars 1858, il avance aux autorités collégiales un montant de 600$ à 6%, les intérêts payables les 8 mars et le capital remboursable sur demande48. L'emprunt est complètement remboursé huit ans plus tard49.

Puis cette dernière année, Jean-Marie se porte acquéreur d'une créance du Collège en faveur d'Etienne Bois, cultivateur à Sainte-Anne, autre bailleur de fonds avec qui Jean-Marie fait souvent affaires50. Il s'agit d'un montant de 500$ à 6%, payable dans un an. Le prêt sera renouvelé jusqu'en octobre 186951.

Dans une lettre rédigée de sa main le 29 juillet 1870, adressée au procureur du Collège, l'abbé B. Leclerc, Jean-Marie demande le remboursement d'un prêt de 283$ plus les intérêts52.

Jean-Marie prête à ses concitoyens non seulement de Sainte-Anne, de sa région et du Bas-du-Fleuve, mais aussi de la Beauce et des Cantons-de-l'Est. Parfois, il préfère se rendre à Québec pour effectuer ses transactions devant le notaire Hébert, à qui son fils Joseph était associé de 1865 à 1870.

Alors que ce dernier était étudiant en droit à l'Université Laval en 1864, il avait négocié, pour son père, un prêt de 1,000$ avec Prudent Pelletier, cultivateur à Saint-Louis de Kamouraska53. Le prêt était d'une durée de six ans à 8%, calculé et payable deux fois par année.

Le document avait été contresigné par Jean-Norbert Anctil, notaire et cousin de Joseph, en stage chez le notaire Hébert, également signataire.

N'ayant pas été capable de rencontrer les termes de son obligation, Pelletier devra céder sa ferme de Kamouraska à Jean-Marie, en 187254. En plus d'effacer le prêt de l,000$ plus des intérêts de 120$, Jean-Marie s'engage à payer deux autres obligations du vendeur envers des citoyens de Québec: John Fraser pour 2,000$ plus 100$ d'intérêts et Jean-Thomas Taschereau pour 200$ incluant les intérêts et remettre une somme de 8$ à une demoiselle Fortin de Kamouraska.

L'année suivante, Jean-Marie vend la terre à Louis Garon du même endroit pour 4,800$ et réalise un profit de plus de 1,300$55.

En novembre 1865, Jean-Marie prête un montant de 800$, pour une période de quatre ans à 8%, à Edouard Ennis, ingénieur et mécanicien de l'Islet56. Quelques jours plus tard, il signe toujours devant le notaire Hébert, un prêt à son cousin Augustin Anctil de Sainte-Anne57. Il s'agit d'une somme de 400$ pour une période de trois ans à 8%. Pour garantir son emprunt, Augustin hypothèque la terre que son père lui avait donné quelques années auparavant.

Le 5 janvier 1866, le notaire Hébert passe une bonne partie de la journée chez Jean-Marie à Sainte-Anne, où on signe plusieurs transactions. En voici quelques-unes.

D'abord, Jean-Marie cède à Maurice Gagné, un concitoyen aussi cultivateur à Sainte-Anne présent, une obligation de Joseph Miville Déchêne du même endroit58. Ce prêt de 150$ portant intérêt légal avait été consenti par Jean-Marie en décembre 1856. Le prix payé par Gagné à Jean-Marie comprend le montant du prêt, plus les intérêts à venir.

Puis, Jean-Marie achète une créance de Prospère Dubé, cultivateur à Sainte-Anne59. Il s'agit d'une obligation de 50$ consentie par Louis Lévêque, cultivateur à Saint-Pacôme, venant à échéance dans deux ans, sans intérêt. Jean-Marie paie à Dubé seulement le montant du prêt.

Toujours le même jour, Jean-Marie consent à prêter un montant de 300$ à Etienne Bois, cultivateur à Sainte-Anne60. L'obligation sera d'une durée de trois ans et portera intérêt à 7 1/3%. Le prêt sera de courte durée car Jean-Marie en accepte le remboursement dès le 15 mai suivant, ce qui aura pour effet indirect la levée de l'hypothèque sur la terre de Bois.

Enfin le même jour, Jean-Marie et ses fils Barthélémie et Georges donnent une procuration à Joseph, le fils notaire, pour qu'il fasse des prêts en leurs noms, à ses clients à Québec. Joseph fait partie de l'étude Hébert & Anctil, située dans la haute-ville.61

C'est donc en tant que procureur de son père qu'en mai 1866, Joseph accepte un prêt à Pierre Boudreau de Ham-Nord, dans les Cantons-de- l'Est62. Il s'agit d'un montant de 800$ pour deux ans, avec intérêts à 8%, calculés et payés deux fois par année.

Le prêt sera reconduit au delà de la période initiale car, en 1873, un protêt sera logé contre les terres hypothéqués, dans les cantons de Ham et Chester, par Boudreau pour garantir son prêt63.

Au cours du mois suivant, Joseph signe, au nom de son père, un prêt à Joseph Dionne, cultivateur à Saint-Pascal de Kamouraska64. Il s'agit d'un montant de 800$ pour quatre ans à 8%, calculé et payé deux fois par année.

Quelques mois plus tard, en novembre 1866, Joseph agissant toujours comme représentant de son père, prête à Narcisse E. Ricard, curé à Saint-André d'Acton dans les Cantons-de-l'Est65. Il s'agit d'un montant de 400$ pour une période de deux ans à 8%, les intérêts calculés et dûs à tous les six mois.

Pour garantir son emprunt, le curé hypothèque les biens de la Fabrique dont les terrains, l'église et le presbytère. Une quittance sera accordée aux représentants de la Fabrique en 186966.

En septembre 1867, Joseph, au nom de son père, prête à Joseph Bégin, père et fils de Saint-Isidore de Dorchester, une somme de 420$ pour un an à 8%, intérêts calculés et payés deux fois par année67.

Le prêt sera renouvelé pour une plus longue période et une quittance sera donnée par Jean-Marie aux Bégin quelques jours seulement avant sa mort, en novembre 187968.

Parfois les obligations changent de mains à plusieurs reprises. En juillet 1868, Joseph transfère à son père une obligation de Joseph Gasse, cultivateur à Saint-Germain de Rimouski69. Il s'agit d'un prêt de 800$ à 8%, remboursable sur demande.

Joseph et son associé, le notaire Hébert, s'étaient portés acquéreurs de cette créance de Magloire Danjou, marchand à Saint-Simon, l'année précédente, en juin 1867. Ce dernier avait consenti cette obligation à Gasse, deux ans plus tôt, en mars 1865.

Jean-Marie n'hésite pas à recourir à la justice pour se faire rembourser ses prêts. En 1866, il obtient un Jugement de Cour et fait saisir les biens des enfants mineurs de feu Odilon Pelletier et de Joseph Pelletier de Rivière-Ouelle70. Les immeubles saisis sont vendus par le shérif à la porte de l'église, suite à la messe du dimanche.

Quelques jours avant Noël 1866, Charles Pelletier de Sainte-Anne doit remettre à Jean-Marie une jument de quatre ans à défaut du paiement d'une créance d'environ trente dollars71. C'est le huissier Pierre Ouellet qui est chargé d'exécuter le jugement rendu par la Cour de Circuit.

Jean-Marie accepte quand même que Pelletier puisse reprendre son cheval à condition de rembourser sa dette à l'intérieur d'un mois et de le dédommager pour la nourriture et les soins donnés au cheval!

Après la mort de Jean-Marie, son épouse Mathilde poursuit ses activités financières. En décembre 1880 elle prête, pour une période de 10 ans à 6%, un montant de 500$ à Siméon Pelletier, cultivateur à Sainte-Anne72. Quelques jours plus tard, elle avance un montant de 400$ à 7%, remboursable sur demande, aux cultivateurs Pierre et Louis Gagnon de Rivière-Ouelle73.

En décembre 1882, un an avant son décès, Mathilde prête une somme de 200$ à 6,5% pour deux ans à François Caron, de Sainte-Anne74. Toutes ces transactions sont signées devant son fils Joseph.

Les revenus supplémentaires que rapportaient ces prêts ont permis à Jean-Marie et à sa famille de vivre au-delà de la moyenne de la population de l'époque, comme on pourra le constater par certains biens laissés par son épouse, en 1883, et par la succession léguée à leurs héritiers.

 

UNE FAMILLE NOMBREUSE    (en savoir plus)

Jean-Marie et Mathilde auront 19 enfants nés entre 1828 et 1851. En voici la liste avec leurs dates de baptême (B), mariage (M) et sépulture (S), ainsi que les noms de leurs conjoints et de leurs enfants lorsque retrouvées:

1- Jean-Marie, B. le 23 juillet 1828, Sainte-Anne,

S. Avant 1842.

2- Mathilde, B. le 29 août 1829, Sainte-Anne,

S. le 29 avril 1830, Sainte-Anne.

3- Michel Elzéar, B. le 3 octobre 1830, Sainte-Anne,

S. le 24 octobre 1831, Sainte-Anne.

4- Barthélémie, B. le 9 mars 1832, Sainte-Anne,

M. Adèle Hudon dit Beaulieu, le 7 février 1853, Sainte-Anne,

M. Zélie Pelletier, le 8 février 1858, Sainte-Anne,

S. Adèle, 18 mai 1853, Sainte-Anne,

S. Barthélémie, le 31 mars 1916, Sainte-Anne, décédé le 30, à Québec.

5- Joseph, B. le 11 mai 1833, Sainte-Anne,

M. Eugénie Michaud, le 11 septembre 1885, Sainte-Anne,

S. Joseph, le 10 janvier 1895, Sainte-Anne,

S. Eugénie, le 26 novembre 1929, Sainte-Anne.

6- Luce, B. le 7 mars 1835, Sainte-Anne,

M. Alexandre Dionne, le 27 juillet 1858, Sainte-Anne,

S. Alexandre, 1906, Rivière-du-Loup,

S. Luce, 1918, Rivière-du-Loup.

7- François-Xavier, B. le 3 décembre 1836, Sainte-Anne,

S. le 8 novembre 1839, Sainte-Anne.

8- Alexis, B. le 13 avril 1838, Sainte-Anne,

S. le 3 septembre 1839, Sainte-Anne.

9- Anonyme, ondoyé, Sainte-Anne,

S. le 12 juin 1839, Sainte-Anne.

10- Georges, B. le 9 juillet 1840, Sainte-Anne,

M. Délia Potvin, le 10 juin 1861, Sainte-Anne,

M. Elisa Lizotte, le 29 avril 1867, Saint-Roch-des-Aulnaies,

B. Délia Potvin, le 10 décembre 1838, Sainte-Anne,

S. Délia Potvin, le 10 mars 1866, Sainte-Anne,

S. Georges, le 12 juillet 1916, Sainte-Anne,

S. Elisa Lizotte, le 30 août 1920, Sainte-Anne.

11- Anonyme, ondoyé, le 17 juin 1841, Sainte-Anne,

S. le 18 juin 1841, Sainte-Anne.

12- Jean-Marie, B. "sous condition", le 29 mars 1842, Sainte-Anne,

S. le 1er avril 1842, Sainte-Anne.

13- Marie Alexandrine, B. le 22 novembre 1842, Sainte-Anne,

S. le 24 novembre 1842, Sainte-Anne.

14- Thomas Elzéar, B. le 12 septembre 1843, Sainte-Anne,

S. le 16 septembre 1843, Sainte-Anne.

15- Arthémise (Elmire) B. le 2 octobre 1844, Sainte-Anne,

M. le 26 janvier 1869, Alexis Fortin, Sainte-Anne,

S. 1907, Kankakee, IL.

S. Alexis Fortin, 1920, kankakee, IL. (82 ans)

16- Louis Stanistlas, B. le 3 octobre 1845, Sainte-Anne,

S. le 5 octobre 1845, Sainte-Anne.

17- Philomène, B. le 20 juillet 1847, Sainte-Anne,

M. Timothée Fortin, le 26 janvier 1872. À Chicago, Illinois,

S. Timothée Fortin, 1912, Kankakee, Il, (79 ans).

S. Philomène, 1916, Kankakee, Il.

18- Jacques, B. le 23 juillet 1848, Sainte-Anne,

M. Exilda Ouellet, le 12 février 1872, Saint-Pascal de Kamouraska,

M. Elise Hudon, le 10 septembre 1883, Sainte-Anne,

M. Célestine Tremblay, le 12 juillet 1892, Sainte-Luce, Rimouski,

S. Exilda Ouellet, le 25 juillet 1883, Sainte-Anne. Inhumée dans l'église,

S. Elise Hudon, le 3 mai 1892, Sainte-Flavie, Rimouski,

S. Célestine Tremblay, le 3 août 1900, Saint-Gabriel, Rimouski,

S. Jacques, 2 janvier 1924, Rivière-du-Loup. Inhumé au cimetière St-Patrice.

19- Alphonse, B. le 3 avril 1851, Sainte-Anne,

S. le 8 décembre 1854, Sainte-Anne.

Pendant qu'au moins six des enfants mourront à la naissance, cinq autres décéderont en bas âge et seulement sept (prénoms soulignés dans la liste ci-haut) atteindront l'âge adulte!

 

ETABLISSEMENT DES ENFANTS

Parmi les enfants de Jean-Marie et de Mathilde, quatre garçons et trois filles vivront suffisamment longtemps pour s'établir. Trois fils seront cultivateurs à Sainte-Anne. Il s'agit de Barthélémie, Georges et Jacques. Le quatrième fils, Joseph, sera notaire à Québec, puis dans son village natal.

Les filles épouseront aussi des cultivateurs. Deux d'entre elles, Philomène et Elmire, se marieront aux frères Timothée et Alexis Fortin et émigreront dans le Mid-West américain, à Kankakee en Illinois. La troisième, Luce épousera Alexandre Dionne de Rivière-Ouelle. Ils vivront sur une terre à Saint-Patrice de Rivière-du-Loup.

C'est grâce à des donations de leurs parents que Barthélémie, Georges et Jacques s'installeront sur des terres, les meilleures, toutes situées dans le premier rang de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Le 15 mars 1865, Jean-Marie et Mathilde donnent aux deux premiers chacun une terre comprenant maison et bâtiments de ferme75. Le 8 février 1872, ils remettent une première terre à Jacques, sans bâtiments, quelques jours avant son mariage76.

Puis, le 26 octobre 1879, ils complètent la donation de leurs biens immobiliers77. A Georges, ils remettent une terre comprenant des terrains à revenus et à Jacques la terre qu'ils habitent, incluant maison et bâtiments de ferme.

La terre que Barthélémie reçoit, en 1865, mesure près de deux arpents de large sur quarante-deux de long, allant du fleuve Saint-Laurent jusqu'au deuxième rang. En plus d'une maison et de bâtiments de ferme, la donation comprend un droit de chasse et de pêche. En revanche, Barthélémie doit partager l'usage de la grève avec son voisin, Léandre Pelletier.

On a reconnu la terre que les parents de Barthélémie avaient acheté de Louis Pelletier seize ans auparavant et qu'il occupait, sans doute, depuis son mariage en 1853. En retour, Barthélémie doit payer une rente annuelle de 40$ à ses parents, paiement qui diminuera de moitié à la mort de l'un et s'éteindra au décès de l'autre.

Le même jour de 1865, Jean-Marie et Mathilde lèguent deux terres de dimensions différentes, à leur fils Georges.

La première terre est située entre le chemin des Côtes et le deuxième rang, face aux terres appartenant à la corporation du Collège de Sainte-Anne. Elle mesure environ un arpent de large sur vingt de long et comprend certains emplacements, situés le long du chemin des Côtes, loués par bail emphytéotique. Le bout de la terre, près du deuxième rang, est traversé par le chemin de fer du Grand-Tronc.

Jean-Marie et Mathilde se réservent quand même les revenus des terrains loués pour la durée de leur vie. On a reconnu une partie de la terre que Jean-Marie avait reçu par donation de ses parents, François et Victoire Martin en 1826.

La deuxième terre mesure un arpent de large sur quarante-deux de long. Elle va du fleuve jusqu'au deuxième rang. Elle comprend des bâtiments dont une maison. Jean-Marie et Mathilde se gardent la partie située entre le chemin des Côtes et le rocher, allant vers le nord. En fait, il s'agit d'emplacements situés au coeur du faubourg naissant, à l'est de l'église.

On a reconnu, cette fois-ci, la terre venant des parents de Mathilde, Germain et Victoire Hudon. Georges habite probablement cette terre depuis son mariage, quatre ans plus tôt.

En février 1872, Jean-Marie et Mathilde donnent une première terre à leur plus jeune fils, Jacques qui sera également cultivateur à Sainte-Anne, du moins pour un certain temps.

Il s'agit d'un terrain qui mesure un peu moins d'un arpent de large sur quatorze de long, sans bâtiments. Cette donation est faite "gratuitement & pour récompenser le dit sieur donataire... pour lui tenir lieu de tous gages & salaires...".

On a reconnu une partie de la terre que Jean-Marie avait reçu de ses parents en 1826. Il en avait déjà donné une autre partie à Georges sept ans plus tôt et en avait échangé un morceau, en 1832, avec l'abbé Painchaud, supérieur du Collège de Sainte-Anne.

En octobre 1879, quelques semaines avant le décès de Jean-Marie, ce dernier et son épouse complètent la donation de leurs biens immobiliers en faveur de leurs fils Georges et Jacques.

A Georges, ils donnent le lopin de terre qu'ils s'étaient réservés dans le faubourg, à l'est de l'église, entre le chemin des Côtes et le rocher. Une partie de ce terrain, qui fait un arpent de large sur environ trois de profondeur, est déjà loué pour de longues périodes, habituellement de trente à quarante-cinq ans, à trois locataires qui y ont construit des maisons.

Il s'agit de Firmin Proulx, Ferdinand Bélanger et Alfred Ouellet. Georges s'engage à respecter les baux. Ces contrats de longue durée était, à l'époque, une pratique courante. C'était une façon de s'assurer un revenu annuel garanti.

A Jacques, Jean-Marie et Mathilde laissent la terre paternelle, comprenant maison et dépendances mais sans leur contenu ou biens meubles. Cette terre voisine l'église et le collège et longe le chemin de l'Eglise, en descendant vers le fleuve. Elle mesure en partie deux arpents puis un arpent de front sur quatorze arpents de profondeur, depuis le fleuve jusqu'au chemin des Côtes.

Cette dernière donation comprend certaines réserves et obligations. Mathilde se réserve sa vie durant tout le terrain situé entre les chemins de l'Anse et des Côtes, incluant la maison et les bâtiments. Elle se garde le revenu des terrains cédés à Georges.

Les donataires, soit Georges et Jacques, devront à l'avenir payer les rentes seigneuriales, les taxes municipales et scolaires et s'acquitter de certaines charges municipales dont l'entretien des chemins et routes qui bordent leurs propriétés.

Jacques n'aura pas à payer les rentes seigneuriales, appelées cens et rentes, pour la terre qu'il vient de recevoir de ses parents. Jean-Marie les avaient rachetées à perpétuité quelques mois plus tôt de Elisée Dionne, le seigneur de La Pocatière78.

Depuis l'abolition du régime seigneurial en 1854, les occupants des terres, appelés censitaires, avaient la possibilité de racheter les anciens droits seigneuriaux ou encore de continuer à les payer annuellement à la Saint-Martin, le 11 novembre.

La plupart des censitaires continueront de s'acquitter des redevances annuelles qui n'étaient que de quelques dollars. Ce n'est que dans les années 1940 que le gouvernement du Québec rachètera définitivement les anciens droits seigneuriaux.

Enfin, il est bon de noter que ces donations en faveur de Barthélémie, Georges et Jacques sont conditionnelles à ce que ces terres soient éventuellement données à leurs enfants ou, s'ils n'en ont pas, à leurs frères et soeurs.

Il faut dire que Jean-Marie et Mathilde perpétuaient la tradition qui visait à garder la terre dans la famille afin d'en assurer la pérennité et ainsi protéger le bien le plus important de l'époque contre la prodigalité de certains enfants, ce qui ne sera pas toujours réussi.

Par ces différentes donations, Jean-Marie et Mathilde s'étaient assurés que trois de leurs quatre fils, qui avaient choisi de devenir cultivateurs, étaient bien établis.

Aussi, ils avaient été capables de les installer non loin d'eux, dans leur paroisse natale. Ceci à une époque où les bonnes terres se faisaient de plus en plus rares et que les jeunes devaient s'exiler, notamment aux Etats-Unis, pour assurer leur subsistance et fonder une famille, but ultime de l'époque.

Quant à leur fils Joseph, qui avait choisi de devenir notaire, ses parents lui avaient assuré l'instruction classique nécessaire à son choix de profession.

A l'époque où la très grande majorité de la population vivait de la terre et que sa transmission se faisait de père en fils, sauf en absence d'héritier masculin, les filles recevaient leur part à leur mariage, sous forme de dot. Celle-ci comprenait habituellement du linge et des meubles de maison et, parfois des animaux et une somme d'argent. Tout dépendait évidemment des moyens des parents.

Sur ce dernier sujet, Jean-Marie et Mathilde n'ont pas manqué à leurs obligations, D'autant plus qu'ils avaient envoyés leurs filles étudiées au couvent des Dames de la congrégation Notre-Dame à Rivière-Ouelle, privilège réservé à la classe aisée.

 

DECES ET SUCCESSION DE JEAN-MARIE

Jean-Marie décède dans sa maison, à Sainte-Anne le 6 décembre 1879, à l'âge de 74 ans. Il est inhumé cinq jours plus tard dans l'église paroissiale, honneur réservé aux citoyens en vue et en "moyen".

A ses funérailles, on remarque la présence de l'honorable Jean-Charles Chapais, Père de la Confédération, membre du Sénat à Ottawa, ancien député et ministre conservateur de Kamouraska dans l'ancienne législature du Canada-Uni; de François Langelier, député libéral et ministre à l'Assemblée législative à Québec et de Joseph Sirois, préfet de comté.

La messe des défunts est présidé par Charles Trudelle, supérieur du collège de Sainte-Anne, en présence des marguilliers de la paroisse, dont Antoine Dionne.

Par le compte rendu des dépenses funéraires, on apprend que l'on a fait brûlé vingt-six livres de cierge autour de la dépouille de Jean-Marie. Celui-ci avait été exposé en chapelle ardente pendant quelques jours, dans sa maison de la côte de l'Eglise.

Quelques semaines auparavant, soit le 26 octobre, le jour même où lui et son épouse avaient complété la donation de leurs biens immobiliers, Jean-Marie avait dicté son dernier testament au notaire Boucher de Rivière-Ouelle79. L'événement se passait dans sa maison, à Sainte-Anne.

Jean-Marie confirme les deux donations de terre faites le même jour en faveur de Georges et de Jacques. Il donne à Mathilde, "son épouse bien aimée", les biens meubles de la terre paternelle donnée à Jacques le même jour, incluant le matériel roulant et le contenu de la maison.

On se rappelle que, dans la donation à Jacques, Mathilde s'était réservée "sa vie durant" sur cette ferme. Elle pourra éventuellement disposer de ces biens mobiliers auprès de ses enfants, comme bon lui semblera.

Jean-Marie donne à ses deux filles Philomène et Elmire et à ses trois fils Barthélémie, Georges et Jacques, des sommes respectives de 725$; à son autre fille Luce un montant de 800$ et à son fils Joseph le notaire 400$.

Il laisse une somme de 400$ à sa petite-fille Clorinthe, fille de Georges. Cette dernière est alors âgée de quatorze ans.

Jean-Marie lègue la somme de 100$ aux soeurs de la Charité de Sainte-Anne à condition que cet argent serve à éduquer les enfants les plus pauvres de sa famille.

Il demande d'être inhumé dans l'église de Sainte-Anne, qu'on lui fasse chanter un service lors de son inhumation et un autre l'année suivante ainsi que cinquante messes de requiem.

Enfin, Jean-Marie nomme comme exécuteur testamentaire son gendre Timothée Fortin, cultivateur de Kankakee, dans l'état de l'Illinois aux Etats-Unis.

On peut se demander pourquoi il n'a pas confié cette tâche à son fils Joseph qui était notaire et résidant à Sainte-Anne! D'ailleurs, Fortin ne pouvant demeurer sur place, donnera éventuellement pleins pouvoirs au notaire Boucher de Rivière-Ouelle pour qu'il puisse compléter le règlement de la succession de son beau-père.

Dès le lendemain des funérailles, soit le 12 décembre, on assiste à une réunion de famille. Mathilde, six de ses sept enfants, Barthélémie, Joseph, Georges, Jacques, Philomène et Luce, celles-ci autorisées par leurs maris présents, sont réunis dans la maison paternelle. Seuls Elmire et son époux, Alexis Fortin, sont absents. Ils ne sont pas venus des Etats-Unis.

Le but de la rencontre est "de régler à l'amiable et faire le partage des biens qui ont composé la communauté qui a existé entre le dit feu sieur Jean-Marie Anctil et la dite dame Marie Mathilde Hudon dit Beaulieu son épouse"80.

La journée avait plutôt mal commencé car Joseph aurait mal accepté que son père ne l'est pas nommé exécuteur testamentaire. Aussi, son beau-frère, qui agit comme exécuteur testamentaire, est obligé de le faire aviser par le notaire Boucher qu'il procédera sans plus tardé à l'inventaire de la succession avec ou sans sa présence81.

Joseph s'est vite rallié car, toujours la même journée, il est présent à la réunion de famille lorsque que le notaire procède à l'inventaire et au partage des biens de la communauté entre Mathilde et les héritiers de Jean-Marie. Etant mariée en communauté de biens, l'épouse a le droit à la première moitié.

La communauté comprend principalement des prêts sous forme d'obligations et de billets sur demande, des parts dans des institutions bancaires et une assurance-vie. Il faut se rappeler que Jean-Marie et Mathilde avaient déjà disposés de tous leurs biens immobiliers en faveur de trois de leurs fils.

On s'entend donc pour le partage suivant:

A Mathilde:

1- six parts de 100$ chacune dans la banque Union du Bas-Canada;

2- cinq parts de 100$ chacune dans la banque Stadacona;

3- un prêt de 3,300$ consenti sous forme de deux obligations à Louis Garon, cultivateur de Kamouraska, les 5 avril 1877 et 16 avril 1878;

4- un prêt de 800$ consenti sous forme d'une obligation à Jean Ennis, cultivateur de Kamouraska, 1e 28 décembre 1878;

5- un prêt de 800$ consenti sous forme d'une obligation à Olivier Bérubé le 5 avril 1877; transport d'une obligation en faveur de Polydore Langlois, notaire de Kamouraska du 14 janvier 187l;

6- un prêt de 800$ consenti sous forme de deux obligations à Ambroise Dufour, cultivateur de Kamouraska, les 18 mars et 26 avril 1871;

7- un prêt de 500$ consenti sous forme d'une obligation à Pierre St-Onge, cultivateur à Saint-Philippe-de-Néri, le 19 avril 1879;

8- un prêt de 200$ consenti sous forme d'une obligation à Joseph Ouellet, cultivateur à Sainte-Anne, le 1er mai 1858;

9- un prêt de 324$ consenti sous forme d'une obligation à François L'Italien, cultivateur à Sainte-Anne, le 7 avril 1861;

10- un prêt de 200$ consenti sous forme d'une obligation à François et Achille Dubé, cultivateurs à Sainte-Anne, le 14 janvier 1878;

11- un prêt de 200$ consenti sous forme d'une obligation à Cyrias Thibault, cultivateur de Kamouraska, le 17 janvier 1877.

Aux héritiers de Jean-Marie:

1- sept parts de 100$ chacune dans la banque Union du Bas-Canada;

2- quatre parts de 100$ chacune dans la banque Stadacona;

3- un prêt de 800$ consenti sous forme de deux obligations à Théotime Lagacé, cultivateur à Saint-Paschal, les 13 janvier 1877 et 16 février 1878;

4- un prêt de 100$ sous forme de billet à Odile Déchêne, veuve de Georges Ouellet, cultivateur à Sainte-Anne, le 8 mai 1879;

5- un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation à Henri Ouellet, cultivateur à Sainte-Anne, le 5 février 1873;

6- un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation au révérend Hyacinthe Gagnon, curé de Frampton en Beauce, le 12 janvier 1866;

7- un prêt de 800$ consenti sous forme d'obligation à Joseph Dionne de Saint-Paschal, le 5 juin 1866;

8- un prêt de 600$ consenti sous forme d'obligation à Jean Hudon dit Beaulieu, le 26 avril 1877;

9- un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation à François Alfred Sirois, médecin à Saint-Paschal, le 16 janvier 1877;

10- un prêt de 800$ consenti sous forme d'obligation à Georges Michaud, cultivateur de Kamouraska;

11- une balance de 100$ sur un prêt de 400$ consenti sous forme d'obligation à feu Thomas Ward, cultivateur et charretier de Kamouraska;

12- un prêt de 100$ consenti sous forme d'obligation à Paul Jeffrey, cultivateur à Sainte-Anne, le 9 novembre 1877;

13- un prêt de 140$ consenti sous forme d'obligation à Nazaire Sirois, cultivateur à Sainte-Anne, le 1er février 1879;

14- la somme de 836$ due par Barthélémie Anctil, un des intéressés;

15- la somme de 421$ due par Alexandre Dionne, un des intéressés;

16- la somme de 101$ due par Georges Anctil, un des intéressés;

17- la somme de 350$ de l'assurance Nationale.

La part de Mathilde totalise donc un montant de 8,224$ tandis que celle des héritiers de Jean-Marie est de 7,448$. La différence s'explique par les intérêts divers à percevoir sur les obligations en cours et le legs de 400$ à Clorinthe, représentée par sa grand-mère et inclut dans sa part.

Dans son testament, Jean-Marie avait stipulé que l'excédent de la succession sur le total des montants alloués à ses héritiers devra être réparti entre eux, après paiement de ses dettes, s'il y a lieu. On devra prendre compte des dépenses occasionnées par son décès, dont cinquante messes et le legs particulier au couvent de Sainte-Anne.

Les deux parties, Mathilde d'une part et les enfants d'autre part, acceptent ce partage de la communauté de biens. Timothée Fortin se charge d'en faire accepter le détail par sa belle-soeur Elmire et son frère Alexis, lors de son retour aux Etats-Unis.

Toujours le même jour du 12 décembre 1879, les héritiers de Jean-Marie s'entendent pour débuter le partage entre eux de la succession82. En fait, on départage les différentes obligations selon le montant des héritages respectives. On doit bien prendre soin de calculer les intérêts à percevoir et à venir, tout en prenant en compte d'une répartition juste et équitable de l'excédent de la succession.

Un an plus tard, le 14 décembre 1880, Mathilde, ses quatre fils, sa fille Luce et son mari, tous réunis à Sainte-Anne, dans la maison paternelle, donnent une quittance à l'exécuteur testamentaire, Timothée Fortin83. Ils sont satisfaits de la succession.

Les héritiers présents affirment avoir reçu leur juste part et partagé un premier excédent de 572$. Leur mère leur a déjà remis le legs particulier de 400$ laissée à la petite-fille Clorinthe, décédée le mois d'octobre précédent. Enfin, il reste un surplus de 1,329$ à se partager.

Quelques mois plus tard, Elmire, Philomène et leurs maris, à cause de leur éloignement, donneront une procuration au notaire Boucher afin d'accepter en leurs noms la balance de leurs parts84.

En somme, Jean-Marie a laissé une succession en valeurs mobilières de 15,672$, plus les intérêts sur les obligations en cours. La part de Mathilde enlevée, le legs particulier de 100$ au couvent payé, les dépenses occasionnées par le décès réglées, ses enfants se sont partagés une somme de plus de 7,128$, plus les intérêts. Pour l'époque il s'agit d'un montant intéressant.

 

DECES ET SUCCESSION DE MATHILDE

Mathilde décède à Rivière-du-Loup et est inhumée dans l'église de Sainte-Anne le jour après Noël 1883. Elle est âgée de soixante- quatorze ans. Elle demeurait depuis peu chez sa fille Luce et son gendre Alexandre Dionne.

Malgré que ses quatre fils demeurent à Sainte-Anne, aucun signe son acte de décès! Aussi, la cérémonie funèbre est présidée par le vicaire de la paroisse.

Bien que Mathilde eût le droit d'habiter dans la maison paternelle léguée à Jacques, elle demeurait, en 1881, en pension, avec "sa servante" Eugénie Michaud, chez la famille de François Richard85. Son fils Joseph, toujours célibataire, habitait avec elles.

Puis, le 11 novembre 1883, on retrouve Mathilde chez sa fille à Rivière-du-Loup. "Gisant au lit malade de corps, saine néanmoins d'esprit,... considérant la certitude de la mort et l'incertitude de son heure..." elle dicte ses derniers volontés au notaire Jean-Baptiste Beaulieu86. Celui-ci est venu expressément du village voisin de Cacouna.

Avant de partager ses avoirs monétaires, Mathilde y va de legs particuliers pour ses biens meubles:

1- à ses filles à se partager, son "écran", tous les "ouvrages" qu'elles ont faits au couvent et qu'elle garde dans son salon de sa maison de Sainte-Anne; ses vêtements, un lit double garni avec sa " paillasse à spring", un lit de plume dans la "chambre neuve", six chaises en crin, une table à jeu et sa boîte à ouvrage;

2- à Barthélémie, sa carriole, un lit double garni sauf les rideaux, une table en acajou, une horloge;

3- à sa petite-fille Zélia, sa commode, trois rideaux rouges et trois blancs;

4- à Jacques, un lit garni, un sofa, un tapis de laine, un canapé;

5- à Georges, un lit garni, un tapis de laine, une table en acajou;

6- à Georges et à Jacques, à se partager les chaises de la salle à manger et de la cuisine;

7- à Eugénie Michaud, sa servante, le buffet de la "chambre neuve";

8- à Joseph, le piano, un sofa en crin, le tapis du salon, les rideaux, six chaises en cannes, une table à jeu, les parures des tables de toilette, un bureau et les objets restants du salon;

9- à Joseph et à Luce, à se partager l'argenterie et la vaisselle du buffet de la salle à manger;

10- à Barthélémie, Georges et Jacques, à se partager la vaisselle de cuisine;

Puis, Mathilde répartit ses avoirs monétaires de la façon suivante:

1- 800$ à Joseph;

2- 200$ à chacun des enfants de son fils Barthélémie: Alphonsine, Zélia, Louise, Charles, Philippe, Raoul, Odilon et Jeanne;

3- 250$ à Georges;

4- 750$ à Luce;

5- 700$ chacune à Elmire et à Philomène;

6- 100$ à Jacques;

7- 100$ à sa "servante" Eugénie Michaud;

8- 50$ aux pauvres de la paroisse;

Elle lègue le surplus de tous ses biens monétaires et matériels à Luce et à son mari, Alexandre Dionne, où elle habite momentanément à Rivière-du-Loup, et qu'elle institue ses légataires universels. Aussi, elle nomme ce dernier exécuteur testamentaire.

Enfin, elle demande qu'elle soit inhumée dans l'église de Sainte-Anne, qu'on célèbre un service de "première classe" lors de son inhumation à Sainte-Anne et un autre semblable un an après. De plus, elle demande le paiement de quatre cents messes pour le repos de son âme.

Mathilde a donc distribué, en valeurs monétaires seulement, plus de 5,000$ à son entourage. Dès quelques jours après son décès, son exécuteur testamentaire donne suite à ses volontés87. Il débute le transfert de ses biens monétaires qui sont sous forme d'obligations ou prêts, à ses héritiers. Puis, une de ses bénéficiaires, Eugénie Michaud, lui accorde une quittance88.

 

UNE VIE FRUCTUEUSE

Jean-Marie et Mathilde avaient trimé toute leur vie pour atteindre une certaine aisance et aussi pour assurer un avenir à leurs enfants.

Les renseignements que nous possédons sur les biens laissés à la mort de Mathilde nous laisse entrevoir un confort qui n'était pas partagé par l'ensemble de ses concitoyens. Seules les maisons bourgeoises possédaient piano, argenterie, tapis de laine et meubles en acajou.

Pour ce qui est de leurs enfants, à trois de leurs fils Jean-Marie et Mathilde les ont établis sur de bonnes terres, près d'eux; au quatrième ils lui ont assuré une profession en vue; à leurs filles ils les ont envoyées au couvent et ont veillé à ce qu'elles épousent de "bons partis". A l'époque, c'était déjà une réussite.

En plus, ils leur ont laissé une succession en argent, ce qui était plutôt le cas d'une minorité de gens de leur condition.

Dans le prochain chapitre, nous verrons comment les enfants de Jean-Marie et de Mathilde réussiront leur vie.


 


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