L'Art naïf
Chacun de nous garde dans son cœur les souvenirs tristes et merveilleux des quelques années où nous étions enfants.

Cette période, que nous avons tous connue, laisse pour toujours des marques au fond de nous : des sensations inexplicables, des atmosphères, des parfums, tout un monde de rêve, un univers merveilleux, un voyage de ravissement et d'enchantement.

Certains artistes-peintres créent des tableaux représentant des scènes de ce temps merveilleux et presque inconscient que nous avons tous en nos cœurs. L'art naïf fleurit dans tous les pays et ne connaît pas de frontière.

Claudine Pieters



L'art naïf, celui qui éclate en toute spontanéité et s'affiche sans gêne dans le créneau du hors-normes académiques, n'est peut-être pas né à la fin du XIXe siècle avec le Douanier Rousseau, comme le dit l'histoire.
Il ne s'inscrit pas dans la suite naturelle de l'impressionnisme, pas plus qu'il n'annonce le symbolisme ni l'expressionnisme.
Le génie de l'art naïf existait bien avant d'être nommé. On peut même parler d'intemporalité puisque cette simplicité d'expression toute naïve se retrouve à l'état pur jusque dans les grottes de la préhistoire.

L'art naïf trouve sa source et plonge ses racines les plus fécondes dans la grande mouvance des arts populaires. Dès le XVIIIe siècle, les grands voyages suscitent la réflexion de l'homme sur la nature. Mais c'est le XIXe siècle qui découvre les arts populaires en reconnaissant le rôle imminent que le romantisme assigne à la notion de peuple comme élément actif et primordial, en opposition avec les élites.
Fils d'un ferblantier de Laval qui espère bien le voir reprendre son affaire, Henri Rousseau (1844-1910) est quatre ans clarinettiste sous les drapeaux, avant de prendre un emploi à l'Octroi de Paris, ce qui lui vaudra le surnom de Douanier. Il commence à peindre aux alentours de 1880. Au Salon des Indépendants 1886, les naïfs se font véritablement connaître. Henri Rousseau y expose une de ses toiles qui suscitera la risée du public et des critiques. Ayant pris une retraite anticipée en 1889, il donne des cours de violon, de poésie et d'aquarelle aux gens de son quartier, dont il brosse des portraits, en prenant leurs mesures avec un mètre de couturière.
Il est vrai que ce peintre a été le tout premier à s'inscrire lui-même dans le genre naïf, cristallisant à jamais un terme à connotation réductrice qui a toujours été regardé de haut par les intellectuels de l'art.
Lancé par Alfred Jarry, bafoué par les critiques, ridiculisé par certains auteurs comme Courteline, Rousseau devient l'ami de Picasso, de Delaunay et d'Apollinaire: certains artistes de son temps lui reconnaissent une singulière originalité, que ne démentira pas, après sa mort, le succès de ses œuvres.

Les artistes naïfs sont presque tous des transplantés.
L'art naïf est l'art de la liberté créatrice d'un seul individu et c'est pourquoi cette expression d'art ne s'enseigne pas et que l'œuvre d'un peintre demeure très différente de celle des autres.
La seule logique de l'art naïf, c'est de ne pas en avoir !
À des âges impossibles, les peintres naïfs sont encore de jeunes peintres : on les voit prendre le pinceau pour la première fois à soixante-douze ans, ou parce qu'ils se sont cassé la jambe, ou qu'ils sont au chômage, ou à la retraite. Car le travail est l'ennemi de l'art, comme il est l'ennemi de l'amour. Du moins pour les simples gens, qui ne peuvent penser à l'art, pour la plupart, que du jour où ils peuvent penser à eux-mêmes, à leur propre plaisir. Ils se découvrent alors des choses à dire, à peindre, à sculpter. Un immense réservoir de rêves les habite et apparemment ils n'en savaient rien.

On trouve l'expression non classique "peintres instinctifs" qu'il faudrait peut-être mentionner. Trop souvent on raconte que les naïfs sont des autodidactes, ce qui est faux pour la majorité d'entre eux ! La peinture naïve est pratiquée par ceux qui ne prétendent pas imiter les tendances artistiques de leur temps: les différentes appellations sous lesquelles on les retrouve : "naïfs", "peintres du dimanche", "peintres instinctifs" ou encore "primitifs", révèlent combien ils résistent à tout classement.
Admirable naïveté, qui ne peut faire rire que les sots. Elle est tout simplement la figure de la générosité de quelqu'un qui sait les choses sans les savoir. L'art naïf a donné naissance à de véritables écoles, comme en Europe centrale et en ex-Yougoslavie. L'"école de Hlébine" rassemble des "peintres-paysans" croates, parmi lesquels Mirko Virius, Franjo Mraz et Ivan Generali, qui s'inspirent directement des traditions nationales.

Un phénomène analogue se développe en Amérique du Sud, aux Antilles et, surtout, à Haïti, où la peinture assure le lien avec la nature et les coutumes ancestrales, comme le culte vaudou dans le cas d'Haïti.
Aux États-Unis, les naïfs pratiquent un art qui remonte aux primitifs des XVIIIe et XIXe siècles, qui étaient souvent de simples artisans demeurés anonymes, tels des peintres d'enseignes. Scènes de l'existence quotidienne des fermiers, paysages, animaux, natures mortes et portraits constituent l'essentiel des sujets traités.
Plus près de chez nous, des travaux de recherche sur les peintres populaires de Charlevoix ont permis d'apprendre que dès 1937, un groupe d'une dizaine d'artistes populaires de cette région expose ses œuvres à la East River Gallery de New York sous le titre French Canadian Primitives.

North Hathley est aussi un haut lieu de la peinture naïve. Madame Jeannine Blais, propriétaire d'une galerie qui porte son nom, a organisé durant plusieurs années un concours international d'art naïf. Elle possède dans ce domaine la plus grande expertise en Amérique du Nord.


Crédits : Encyclopédie Yahoo
Encyclopedia Universalis
Art contemporain Mouvements peintre sculpteurs plasticiens
North Hatley, cent ans d'histoire (Hélène Laberge)
http://www.museedartnaif.com/cadre.htm
http://www.linfonet.com/articles/voix/000405/art5/
http://cyberpresse.cndp.fr/num7/do06.htm

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