La lÉgende de «Eau blanche»

Par Diane Veilleux Garneau
Le cheval de glace du Mont-Saint-Hilaire
(dédié à mon ami artiste-peintre Marcel Gagnon)

Un garçonnet rêvant de posséder un bel étalon grandit à l'adret d'une vallée ensoleillée.  Une nuit, alors devenu homme, il vit en songe un splendide cheval blanc à l'ubac de la montagne, là où il n'allait jamais.  Mû par une force occulte, il entreprit un furtif voyage pour voir ce que dissimulait la montagne…

À l’ombrée de la géante, il vit d’abondantes sources d’eau.  Scrutant l'horizon, son regard s’arrêta sur deux yeux d’une profondeur insondable se reflétant au travers la plus magistrale source.  Le choc fut tel que ses yeux se figèrent au contact de ce puissant regard… Se croyant encore dans son rêve fou, il chancela tant la joie lui faisait mal

Il tendit sa main rugueuse de paysan pour toucher l'eau de la source dans l'espoir d’en voir surgir l'objet de son rêve d’enfant… Tout à coup, il sursauta.  L'eau n'était plus limpide mais d'un blanc pur… L'animal docile fit quelques pas vers lui en présentant une crinière féerique…  Deux âmes sœurs venaient de se croiser. L'homme, n'en pouvant plus, perdit connaissance…  Le pur-sang resta prêt de celui qu'il choisit d'instinct comme maître. Lorsque celui-ci rouvrit les yeux à nouveau et aperçut l’animal, le serrement de sa poitrine se tranquillisa soudain.

Bête et homme firent le chemin inverse.  Pendant cette marche silencieuse, le paysan décida de surnommer le magnifique cheval Eau Blanche

Les premières saisons se déroulèrent très bien…  Puis vint un printemps froid et humide.  Après plusieurs semaines d’attente et craignant que sa famille ne finisse par mourir de faim, et ce, malgré le froid interminable de cette fin de printemps, il décida de semer advienne que pourra…

Mais avant même la première pelletée de terre soulevée, il entendit des hennissements de douleurs ! Jour et nuit il prit soin de son cheval tombé malade, oubliant pour un temps les graines en attente de vivre… jusqu’au jour où, enfin, l’étalon repris des forces.

Après cet incident, l’homme, ayant jasé avec les gens des alentours, se rendit compte que la maladie de son cheval venait de sauver sa récolte puisque s’il avait semé trop tôt ses embryons séchés porteurs de vie, le gel les auraient fait mourir à peine éclos dans leur ébène refuge…

Avant de semer l'année suivante, il observa son cheval, convaincu qu’il avait un don.  Eau Blanche allait bien mais refusait de sortir de l’enclos !  Le paysan comprit : l’étalon l’empêchait de commettre la même erreur que les gens avaient faite l’année d’avant, soit l'erreur de semer trop tôt…  Il suivit son instinct et attendit que le cheval sorte de l’enclos par lui-même.  Cette décision lui valu une splendide récolte !

Pendant 25 ans, Eau Blanche continua ses prédictions printanières, ne sortant que le jour où son maître pouvait semer ses graines. L’histoire devint même publique : l’étalon avait un don exceptionnel… Presque tous attendaient donc de le voir sortir de son enclos chaque fin d’hiver avant de semer…

Le cheval était aimé de tous ! Une fable surgit même de son vivant, si les cultivateurs obtenaient une superbe récolte, pour eux, c'était à cause de Eau Blanche et disaient : « Seulement l'Eau Blanche peut donner de telles récoltes ! »

Un jour, un étranger voulant connaître le secret de cette mystérieuse eau blanche faisant des miracles à Mont St-Hilaire, posa la question à un passant qui lui répondit qu’il s’agissait en fait de Eau Blanche, un pur-sang au don exceptionnel…

Un jour, le malheur frappa.  Le cheval tomba malade… Tous s'inquiétèrent.  « Il faut que notre Eau Blanche survive, disaient-ils, pour pouvoir avoir encore de spectaculaires récoltes ! »  Mais les Voix divines restèrent de glace…  Le pur-sang rendit son dernier souffle…  Le cœur déchiré, le paysan se coucha par-dessus le vieux corps éteint dont la magnifique robe blanche avait soudainement jaunie… Il promit au pur-sang de le rendre à la montagne… 

Aidé des hommes du village, Eau Blanche retourna dormir pour toujours derrière la magnifique source d'eau dans le versant de la montagne… Le paysan tourna ta tête du cheval vers la source là où son regard et celui de la bête s'étaient croisés pour la première fois…

Les villageois de Mont St-Hilaire repartirent silencieusement, laissant l'ami esseulé.  Quand il repartit, il n'aperçut pas le spectacle dans son dos…  Une vive lumière blanche apparut sortant du sol sous la majestueuse source. Des étincelles surgirent… L'âme de Eau Blanche retournait au lieu de sa naissance à l'endroit même où l'homme perdit connaissance près de 30 ans auparavant…

Chaque printemps, la montagne laissait sortir l'âme de la source.  Le vieux paysan aura été le premier et le seul à l’apercevoir, c’est pourquoi elle se changea en ce que désirait le plus fort l’homme…

Le printemps suivant la mort de Eau Blanche, tous les gens du Mont St-Hilaire demeuraient endeuillé… Leur peine était grande car ils craignaient de revivre le désastre survenu 30 ans plus tôt.

Mais un jour, le paysan aperçut à flanc de montagne ce qu’il croyait être la silhouette d’un cheval blanc… Voulant en avoir le cœur net, il se rendit sur les lieux et constata qu’à la place où était Eau Blanche il y avait un amoncellement de glace si épais qu’il semblait dessiner rien de moins qu'un cheval ! L'homme comprit ! Eau Blanche, né de la source continuerait de venir l'avertir du moment propice aux semences…

De retour, il alla directement au village raconter ce qu'il venait de voir. Dans un fol espoir, les hilairemontais ont cru eux aussi au retour de Eau Blanche

Comme ils ont eu raison car après des centaines et des centaines d'années, Eau Blanche continue si fortement de nourrir l'imagination des gens du Mont St-Hilaire, que cette histoire s'inscrit aujourd'hui dans la légende… Chaque année, ils attendent avec joie la venue du cheval de glace.  Pour eux, c’est un pur bonheur de le voir surgir de la source et quand il disparaît, c'est le signe que le temps est propice à la semence…

(Source: "À Flanc de culture", magazine culturel de Mont-Saint-Hilaire, Mars 2006, Numéro 7)

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L'affriolante montagne
Diane Veilleux-Garneau

La montagne s'étant vêtue d'un décolleté de nuages
Avait décidément trop osé.
On pouvait voir le galbe de ses seins
Qu'une verte dentelle de feuillages
Rendait encore plus sexy !

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DIANE VEILLEUX-GARNEAU


Diane... des doigts d'or, des yeux d'enfant et une âme sensible et généreuse.  Intelligemment drôle et drôlement intelligente.  Telle une fée dont la baguette magique est tantôt plume, tantôt pinceau, tantôt crayon graphite, et tantôt crochet, elle embellit tout sur son passage....

Grande passionnée, elle a su préserver sa capacité d’émerveillement :  la naissance d’une fleur, une fourmi transportant plus du double de son poids, un sphinx colibri infiltrant une fleur non éclose avec sa longue trompe afin d’y retirer le pollen, un vieillard penché au-dessus du lit de celle qui a partagé sa vie depuis toujours, un chat lové sur ses genoux, un chien dormant sur le dos ses pattes sur le nez, la terre qui renaît au printemps, les odeurs, les fleurs, les paysages d’hiver, le vagissement d’un bébé naissant, le rire clair et la spontanéité d’un enfant, le gazouillis des oiseaux et le bruissement du vent dans les feuilles alors qu’elle erre sur un lac calme en canot à rame, la nature sauvage et bien d’autres choses encore…  Tout tout tout l’émerveille ! Pour elle, tout est si beau, si…

Ceux qui la connaissent disent d’elle qu’elle est d’une simplicité désarmante et d’une transparence déconcertante avec un charisme qui met tout le monde à l’aise instantanément.  Voilà ce qui décrit très bien Diane, cette femme aux mille et un projets qu’elle mène toujours à terme…

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