Quand le lilas fuit mauve

Quand le lilas fuit mauve
aux branches de la peine
on enterre sa joie
au tréfonds de ses veines

Quand le lilas fuit mauve
au soir de la déveine
on relègue à jamais
le grand rêve rêvé

Alors
on supplie la bonté de l’air
on franchit à gué la lumière de ses propres pas
on retrouve le sens de la marche
le sens de tout

Des reflets naissent à l’œil
et montent au cœur
des ruisseaux de sang clair

Par une sentier d’odeur en soi
un sentier
tenu longtemps, trop longtemps secret
on accède au matin des lilas

Comment mesurer la distance qui nous sépare
d’une joie en attente
d’une joie prête à refleurir

Vivre est la seule joie qui vaille

© Tous droits réservés, Gisèle Guertin , Juillet 2005,

Le faucon pÈlerin, notre emblÈme aviaire

Évoquer la falaise de Dieppe, ce pan rocheux bien en vue, c'est à la fois évoquer les hôtes qui y ont élu domicile.

Recensé officiellement au mont Saint-Hilaire en 1935, le faucon pèlerin disparut par la suite à cause du DDT utilisé en agriculture. Ce poison amincissait la coquille des œufs. Suite à son interdiction, à la protection des aires de nidification, et aux programmes de lâchers de jeunes, élevés en captivité, entre 1974 et 94, les populations du Canada et de la côte américaine ont grossi. Au Québec, 256 faucons pèlerins furent ainsi lâchés.

La présence de ces rapaces est déjà signalée au 13e siècle, en Australie, en Afrique du sud, en Patagonie. Réfractaires à la présence humaine, ils vivent en nombre restreint. D'où la censure imposée aux grimpeurs téméraires, qui parfois, attirés par les parois abruptes, en restent prisonniers et réclament des secours d'urgence.

Des serres en forme de faux, du latin falco, valent au faucon son nom. Pendant longtemps, ne trouvant pas son aire de nidification, on le qualifiait de peregrinus, «venu d’ailleurs». D’où l’appellation : «pèlerin».

Le faucon perçoit, dit-on, à quelque trois kilomètres de distance, une proie aussi menue qu'un oiseau ou un mulot. Reconnu pour l’oiseau au vol le plus rapide au monde, grâce à ses longues ailes pointues, il exécute des piqués verticaux pouvant atteindre 320 km/h. À l’aide de son bréchet, il percute ses proies en plein vol. Sur le site de nidification ses grè grè grè, sortes de grommellements saccadés semblent sourdre des entrailles du roc. En d’autres temps, il émet des gigigig plus claironnants.

Disparus de plusieurs endroits, les faucons pèlerins font un retour en force dans les falaises et les arbres évidés, se nourrissent de pigeons et de petits oiseaux sauvages. Le pigeon bizet a leur nette préférence. Les trois ou quatre œufs couvés par le couple pendant 32 à 34 jours, sont déposés dans des dépressions du sol. Le faucon s'accommode de ces cuvettes naturelles et les renouvelle chaque année pour contrer les bactéries et les prédateurs. Au bout de 35 à 42 jours, les fauconneaux peuvent voler. La longévité du faucon pèlerin est d’environ 16 ans.

Réapparu ici vers les années 80, le faucon pèlerin est maintenant l’emblème aviaire de notre ville. Ce n’est pas peu dire lorsqu’on considère la puissance et le vouloir vivre de l’espèce. Sa survie reste cependant subordonnée à l’attitude que nous adopterons à son endroit. Souhaitons que la falaise élue pour son odyssée parmi nous favorise son expansion.

Tributaires de son destin comme il l’est du nôtre, puissions-nous faire ensemble un long «pèlerinage». Lui, dans sa haute loge rocheuse. Nous, dans les sphères royales de l’esprit qu’il nous inspire et nous relie aux forces en présence.

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Leduc et les Écrivains de chez nous

L’année 2005 fut jalonnée d’événements sur la vie et la conception artistique de l’œuvre d’Ozias Leduc. Et Leduc que dit-il de lui-même? J’allais à l’école, confie-t-il à Suzette Dorval Cardinal, et je dessinais comme les autres enfants. C’est tout. Je n’ai pas eu de maîtres. J’ai visité en pèlerin, l’Art, diverses villes étrangères et, pour mon travail, plusieurs endroits du Canada, m’arrêtant quand il y avait lieu, dans les musées, profitant de tout ce qui satisfaisait mon esprit, me délectant de la vue, à mon sens, des plus belles images qui me plaisent.¹ Leduc eut-il imaginé toutes les études plastiques sur son œuvre, lui qui, modestement, en relation intime avec lui-même et son milieu, épris de son art, le compare à un produit devant avoir la franchise du sucre d’érable et de la belle pomme fameuse de Saint-Hilaire.

En plus d’être portraitiste, peintre en art religieux, paysagiste, Leduc établit un commerce amical avec les penseurs, poètes et écrivains d’ici. Ainsi, en 1899, il illustre pour le Dr Choquette un roman du terroir, Claude Paysan, suivi de Les Carabinades, en 1900. Claude Paysan vaut à son auteur le 1er prix, (prix Robidoux) lors du concours public de littérature de la Province de Québec. L’osmose entre la description des paysages, le discours des protagonistes et les toiles de Leduc est saisissante tout au long du roman. À preuve, ce passage : Longtemps, il resta ainsi, sans mouvement, sans autre vie apparente que celle de son âme, dont il sentait avec acuité les vibrations profondes. On s’imagine devant le portrait du sage de Saint-Hilaire… Cet autre passage: (…) son regard s’était arrêté sur une pauvre chose, posée là, au milieu de la table. C’était un vase où quelques fleurs, blanches encore, achevaient de mourir. Des trilles blancs, à n’en pas douter… La filiation est prégnante dans cet autre extrait : à travers cette désolation de novembre, un homme se promène dans son champ, au pas lent des chevaux. Ici, l’expression bucolique d’un labour d’automne. Peinture et écriture font bon ménage et participent d’un même attachement territorial. Ces iconographies d’une époque révolue sont précieuses. La famille Choquette, à ce temps, avait commandé au peintre trois toiles à caractère rural : la maison familiale, une scène du temps des foins, et labour d’automne.

En 1918, Leduc collabore et illustre la couverture d’un magazine sur l’art dirigé par de jeunes poètes: Le Nigog (harpon). Ces derniers veulent inscrire la littérature dans la modernité et la libérer de son terreau canadien. Ne pouvant faire poids «aux vieilles choses, vieilles gens», la revue s’éteint à l’intérieur de la même année.

Aussi, au chapitre des lettres hilairemontaises du début du siècle dernier : le médecin-poète Guy Delahaye (Guillaume Lahaise). De tous les livres que j’ai lus, d’affirmer le psychiatre, peu avant sa mort, ce sont encore les poésies de Nelligan qui m’ont le plus impressionné, Nelligan, c’était un dieu. De 1924 à 1941, il en avait été le médecin.

Âgé de dix ans, le jeune Guillaume traverse la rue Sainte-Anne et passe des heures entières à regarder Leduc peindre². Ce dernier s’adonne à la décoration de l’église. En 1910, lors de la publication d’un premier ouvrage intitulé Les Phases, le poète, traduit son indéniable amitié envers Leduc en lui dédiant une tranche de l’ouvrage: Poèmes Corps et Âme. En 1910-1911, le peintre réalise trois portraits du jeune poète. Tout aussi à l’aise dans l’œuvre ésotérique de Delahaye qu’il le fut dans l’œuvre du terroir de Choquette, il illustre Mignonne, allons voir si la rose…, un ouvrage qualifié par la tradition littéraire de mystico-surréaliste. Chez Delahaye, mysticisme, médecine et poésie sont les leviers d’une même fondamentale expression. Durant 12 ans, tous deux correspondent, et jusqu’à la mort du peintre survenue en 1955, mensuellement, Lahaise visite le «patriarche de la montagne», à son atelier dit Correlieu, endroit où le cœur est en tout. Souvent écorché par la critique, méconnu, le poète, en ces vers magnifiques, intitulés Noms sous l’écorce, exprime son attachement pour la nature de Saint-Hilaire.

(…) D’ailleurs, tous nous étions vraiment de ses fidèles (le poète fait ici allusion à la montagne)
Et tant d’assiduité nous créaient les modèles
Des amants de forêts, de lacs et de sommets.
Non contents d’admirer, nous fîmes l’écriture
Se cacher sous l’écorce, en cœur qui se soumet
Pour goûter de plus près l’âme de la nature.

En 1927, La Campagne canadienne, d’Adélard Dugré, se gratifie, à son tour, des dessins d’Ozias Leduc. Les illustrations se voient souvent à dessein amputées d’un côté de leur cadrage pour une meilleure intégration au texte.

Ainsi, la vie du peintre de Saint-Hilaire fut jalonnée de longues amitiés littéraires et artistiques, choisies en raison d’une affinité d’âme avec l’hôte en présence. L’an 2005 l’a rappelé à notre mémoire. Certains l’ont découvert. D’autres, redécouvert. Leduc est plus vivant que jamais.

1. Suzette Dorval, Interview d’Ozias Leduc, Amérique française vol.3, no3, mars-mai 43, p.21
2. Laurier Lacroix et coll. Dessins inédits d’Ozias Leduc, 46

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Aliment de saison

C’est la blancheur tous azimuts. En train de déjeuner, j’entends des pépiements aigus. Une bande de cardinaux assiège le sumac vinaigrier de ma cour. Robes vermillon pour les mâles, chamoisées pour les femelles, j’ai peine à les différencier des rougeâtres lumignons arbustifs.

Je m’amuse à les compter, à les contempler, mais ça déménage vite ces entités à plumes! De leur bec conique, picorant tantôt l’une, tantôt l’autre des chandelles nourricières, ils en extraient un maigre petit déjeuner. Mais quelle fête pour l’œil et quelle joie de les voir s’alimenter à même ces panicules cramoisies qui flamboient dans l’air cru de décembre.

Puis soudain, bat retraire le régiment des petits Soviets à la huppe rugissante. Un présent de saison,  certes, un cadeau de l’hiver! Leur froufrou pourpre continue d’alimenter ma pensée.

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Le rouleau À neige

C'est avec bonheur que je lis quelques lignes sur le "rouleau à neige", d'un bref chapitre intitulé Neige 1905, dans Confidences de Ringuet, Éditions Fides, 1965. Le Dr. Philippe Panneton scrute "cette neige, vivante en l'air et morte au sol, ces copeaux de silence blanc où s'enlisait à jamais le monde. (…) Tout était blanc, trop blanc ; d'un blanc sans tache, sans rupture, sans fantaisie ; d'un blanc glacé car le gel était venu sceller la neige. Alors arrivait le rouleau."

À l'instar de Ringuet à la pensée lumineusement vigoureuse, je me souviens et j’aime me souvenir du rouleau à neige. Et pour cause, mon père faisait office de "rouleux" de chemin. Ce qui lui était octroyé par contrat annuel pour la somme de quarante dollars.

Affecté à l'entretien de la route dite de la Pomme d'Or, il se devait de surveiller de près la température. Combien de fois, ne l'ai-je vu plongé dans l'almanach du peuple afin d'en extraire les pronostics saisonniers. Cycles lunaires, chutes de neige, redoux, étaient passés au peigne fin. Papa se devait de les prévoir et d'en veiller l'évolution afin d'uniformiser au rouleau la bordée fraîchement tombée avant que le froid et les vents ne s’en emparent. Sans quoi, bob sleighs, carrioles, traînes sur patins, saintes catherines sur hautes lisses, bref, tout l'arsenal des véhicules d'hiver n'eût pu franchir ces voies où l'hiver exerçait ses prérogatives.

Ainsi le colossal cylindre de bois tiré par un tandem de chevaux exceptionnels continue de rouler en force dans ma mémoire. Entre les longues tiges de givre que le froid esquissait aux fenêtres, nous épiions notre père. Juché sur une banquette en hauteur, il dirigeait d'une main experte le quadrige hiémal tiré par d'héroïques chevaux de ferme. Parti pour de longues heures, papa avait vêtu capots d'étoffe, casques à visière, mitaines doublées, et avait chaussé ses bottines de feutre. Ce qui ne l'empêchait de revenir gelé jusqu'aux os, cagoulé de givre et porteur de sourcils similaires à ceux du père Noël. Ponctué d'un roulement sourd, son retour était rassurant.

La vie pouvait reprendre son cours. Boulanger, postillon, curé, docteur, habitants reprenaient la route se déroulant comme un long ruban hivernal. Nous étions fiers de notre père et de nos bêtes dont le souffle avait figé en d'épaisses mentonnières qui en faisaient les démiurges de l'hiver. J'éprouve une certaine gêne à associer homme et bêtes mais je ne m'en écarte pas, tellement ils étaient liés par la tâche impitoyable, se devaient mesurer avec les éléments, tenir tête au froid, au vent, à l'hiver…

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GISÈLE GUERTIN


[...«Aucune vie ne dure autant que l’écriture, alors je la prolonge, la colore, la densifie.

Les textes courts me ravissent même si je sais qu’ils ne trouvent pas leur place dans le milieu de l’édition. Le passé j’aime bien. La mémoire joue un rôle de transmission essentielle. Il se produit à l'heure actuelle une coupure avec le passé. J'ai parfois l'impression d'une civilisation, non pas perdue, mais disparue, comme les deux actes successifs d'un drame, d'un monde qui se renie et s'appelle à la fois.

Le récit de vie ou œuvre de la mémoire doit être vu comme un acte de création. Il était une fois: tous les récits ne commencent-ils pas ainsi? Pas la peine de se donner du mal pour dire autre chose… Le « il » est si souvent le « je »...»]

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