Académie du vin

Dégustation du 16 mai 2018

Brunello di Montalcino II 

Organisée par Louis Landry



L’année dernière, la demande avait été tellement grande pour la dégustation de Louis sur le Brunello di Montalcino qu’il a accepté de remettre ça cette année, pour ceux qui n’avaient pas pu avoir une place la première fois.

Il a débuté la soirée par une présentation très étoffée sur cette DOCG de Toscane, une des plus réputées d’Italie. Après avoir couvert l’histoire de cette appellation et l’avoir située géographiquement, il a mis l’emphase sur le thème principal de sa dégustation : il n’y a pas un Brunello di Montalcino, mais plusieurs. En d’autres mots, la configuration géographique, l’orientation des vignes et les variations géologiques et climatiques qui en découlent font en sorte que le style du vin varie beaucoup d’une zone à l’autre. Cela devient assez évident lorsqu’on regarde une carte en trois dimensions de la région.

https://youtu.be/YX3LqL_AuRE

Il a identifié les zones les plus importantes : celle autour de Montalcino (élégance, longue garde); celle de Torrenieri à la pointe nord-est de la DOCG (plus fraîche, vins plus légers); dans le sud, plus chaud, Camigliano à l’ouest (vins savoureux), Sant’Angelo Scalo (vins musclés, à boire jeune) et Castelnuovo dell’Abate (plus chaud, plus venteux, élégance et puissance).



Zone du Brunello


Chaque zone a ses qualités et ses défauts et peut être favorisée ou non, selon les caractéristiques du millésime. Les douze vins dégustés (en double aveugle) ont été sélectionnés afin d’illustrer ces différents styles et la façon dont certains producteurs assemblent des cuvées de différentes zones pour obtenir le style de vin désiré.


Première volée

On commence avec deux vins d’Altesino (no 13 sur la carte), une azienda située au nord de Montalcino, mais qui possède aussi des vignes dans le sud (à Castelnuovo dell’Abate, entre autres). Les vins sont le Brunello di Montalcino 2003 et le Brunello di Montalcino Riserva 2012.

2003 a été un millésime caniculaire en Europe, qui a surtout donné des vins « énormes », mais qui est quand même considéré comme excellent en Toscane. Le vin est grenat clairet, bien tuilé, très évolué, au nez bien ouvert, peu fruité et plutôt tertiaire (sous-bois, cuir, tabac, herbes séchées), avec un début d’oxydation (carton mouillé)… dépassé pour certains. En bouche, il est rond, délicat, sans lourdeur, parfaitement équilibré par une bonne acidité et une astringence encore marquée; ce n’est qu’en fin de bouche qu’on perçoit du fruit (cuit) et une légère chaleur (13,5 %).

Le Riserva 2012 (millésime remarquable) est totalement différent. Il est également grenat clairet, mais avec des reflets rubis de jeunesse. Il est bien aromatique, très fruité (griotte), mais marqué par des arômes fermentaires, médicamenteux, qui rappellent un peu le pamplemousse; on dénote aussi un caractère végétal, des champignons, du caoutchouc chauffé et un côté résineux. L’attaque est plutôt rustique (fruit primaire et tannins rugueux), mais le vin est bien gras, très vif, légèrement perlant et, comme au nez, très fermentaire et l’équilibre est encore approximatif. Aucune surprise en finale : c’est très fruité, un peu rêche, mais assez persistant. À attendre.

Suivent deux vins d’un millésime extraordinaire, de la maison Casanova di Neri (située à l’est de Montalcino, no 48) : le Brunello di Montalcino 2007 et le Brunello di Montalcino Tenuta Nuova 2007.

Le brunello 2007 générique est assez clair, avec des reflets brique de maturité. Le nez assez ouvert est très intéressant, torréfié (chocolat noir) et plutôt évolué (viande, cèdre, feuilles mortes). En bouche, il est tout en rondeur et en finesse, avec des tannins délicats, mais bien présents et encore du fruit, le tout avec un équilibre exceptionnel. La finale chocolatée, peu astringente fait beaucoup saliver et est très longue.

Le Tenuta Nuova (un « single vineyard ») est beaucoup moins évolué (reflets rubis) et plus foncé; plus discret au nez, mais aussi chocolaté. L’attaque est vive, c’est gras, corsé, bien fruité, assez acide et les tannins sont très fins, ce qui donne un bon équilibre. La fin de bouche est très torréfiée, très sèche, astringente même, légèrement alcooleuse (14 %) et bien persistante.

Deuxième volée

D’abord, deux autres vins du même millésime : le Brunello di Montalcino 2007 de La Serena et le Pian delle Vigne 2007 de Marchesi Antinori.

La cantina La Serena est une entreprise familiale (Andrea Mantengoli), située à l’est de Montalcino (no 109). Ce 2007 semble surprenamment jeune à l’œil et très foncé pour du sangiovese. Le nez est d’intensité moyenne, très fruité, boisé (sans excès), grillé et certains y ont détecté des arômes de cola; le vin évolue beaucoup dans le verre et devient plus complexe, avec du tabac, de la réglisse et des épices (cannelle). Il est très bien équilibré, torréfié, fruité, assez tannique et finit sur les fruits mûrs (cerise), le noyau et une note chaude (14,5 %).

La maison Marchesi Antinori produit le Pian delle Vigne depuis 1995, près de Camigliano, dans le sud-ouest de l’appellation (no 104). Ce 2007 est très pâle, très évolué. Le nez est intense, mais également très avancé (début d’oxydation), avec des notes florale, végétale, du sucre brun, du goudron, du cuir et il est encore fruité malgré tout. Il semble beaucoup moins évolué en bouche qu’au nez. Il est rond, soyeux, avec de beaux tanins granuleux assez fondus, un bon fruité (doucereux pour certains) et l’acidité qu’il faut pour un très bon équilibre. En fin de bouche, c’est juteux, les arômes tertiaires arrivent et c’est très long.

Suivent le Brunello di Montalcino Pieve Santa Restituta 2010 d’Angelo Gaja et le Brunello di Montalcino 2001 de Mastrojanni.

Septième vin, un brunello 2010 (autre millésime extraordinaire), le Pieve Santa Restituta acquis en 1994, par le réputé producteur barbareschese, Angelo Gaja, est situé près de Sant’Angelo in Colle, dans le sud de la DOCG (no 76). À l’œil, le vin est grenat clairet avec des reflets rubis de jeunesse, tout à fait normal pour un sangiovese, mais la « typicité » s’arrête là. On a affaire à un style de vin beaucoup plus boisé, plus tannique, plus « gros » que le brunello habituel. Le nez est intense, bien fruité, très boisé (coconut) et torréfié (pain grillé). En attaque, c’est du fruit épicé, mais ça devient vite très tannique, très, très boisé (vanillé), avec du sucre brûlé et une acidité correcte pour garder un certain équilibre. Ça finit sur les fruits cuits, l’astringence et l’amertume; la persistance est là, mais complètement dominée par le bois. Un style très Nouveau Monde. Ce vin a été, malgré tout, le plus apprécié de la soirée. Pour la très longue garde.

On termine la deuxième volée avec un 2011 (millésime remarquable) de Mastrojanni (propriété des cafés Illy), près de Castelnuovo dell’Abate, à la pointe sud-est de l’appellation (no 21). C’est le vin le plus clair de la dégustation et on y trouve en même temps, des reflets rubis et cuivrés. Le vin est expressif, plutôt boisé (et vanillé), avec du fruit très mûr et une note animale, un peu tertiaire. En bouche, on y retrouve, mais à un niveau beaucoup moindre, le côté fermentaire de l’Altesino 2012; le vin est très fruité, les tannins très fins, mais assez astringents et une acidité très agréable vient équilibrer le tout parfaitement. Un vin intense, très fruité, mais plutôt alcooleux (15 %).

Troisième volée

D’abord, d’un autre millésime extraordinaire, le Brunello di Montalcino 2010 de Lisini, un producteur traditionnel établi en 1967 dans le Sud, près de Sant’Angelo in Cole (no 3).

Encore une fois, le vin est grenat clair, mais très légèrement tuilé. Il est ouvert, bien fruité (un peu bonbon), avec du chocolat, des champignons et des notes florale, fumée et un peu de cuir. En bouche, il est rond, plein, bien frais, avec des tannins fins, soyeux, un fruité qui laisse une impression sucrée et une belle note saline. La finale est juteuse, confiturée et légèrement asséchante.

Et, pour terminer, une mini-verticale de Brunello di Montalcino 2007, 1997 et 1990 de Castello Banfi, établi dans l’extrême sud de l’Appellation, à Sant’Angelo Scalo (no18), depuis 1978.

Le 2007 est très limpide, plutôt clair et sa couronne brique indique une certaine maturité. Le nez, d’intensité moyenne, complexe, montre aussi un début d’évolution, avec des champignons, une très légère note de cave humide et un intéressant côté iodé. La bouche est très bien équilibrée, avec de la rondeur, des tannins serrés, des fruits cuits et de la finesse; elle se termine sur le fruité, une belle astringence et a de la longueur.

La teinte du 1997 (millésime remarquable) est encore jeune, très foncée et légèrement trouble. Le nez est intense, encore fruité, mais très évolué, avec un côté animal qui s’estompe un peu avec l’aération. L’attaque est fruitée (cerise), le corps est moyen, avec des tannins bien présents, assez souples, qui donnent une belle astringence; le vin est frais, juteux, enveloppant. En fin de bouche, on retrouve des fruits confits (figue), de la torréfaction (café) et c’est très, très long.

Le 1990 (millésime moins coté mais tout de même excellent) est également encore très foncé, mais la couronne a commencé à brunir. Le nez, très intense, est maintenant bien tertiaire (porcini, sous-bois, feuilles mortes), très écurie (brett) et légèrement oxydé. En bouche, le vin est très bien équilibré, moyennement corsé, tout en délicatesse. La finale est encore astringente, un peu rêche et très persistante.

Pour une deuxième année consécutive, Louis a clairement démontré la nature très changeante des grands vins de Montalcino. Les participants en ressortent équipés des critères nécessaires pour bien sélectionner leur brunello, selon leurs goûts personnels et selon les millésimes. Merci Monsieur le professeur.

Alain Brault