Académie du vin



Dégustation du 30 mai 2018
Rhône, Nord et Sud
Organisée par Philippe DesRosiers


Philippe nous avait présenté sa dégustation comme une tournée des Côtes du Rhône, de ses cépages et de ses principales appellations. Après nous avoir présenté la région et ses deux grandes zones, il nous a proposé, en double aveugle, trois volées de quatre vins : une première de vins blancs, une de vins rouges du Sud et une de rouges du Nord.


Première volée, quatre vins blancs, un d’appellation générique et trois AOC communales : le Côtes du Rhône Laurus 2015 de Gabriel Meffre, le Châteauneuf-du-Pape 2009 du Domaine de Beaurenard, l’Hermitage 2007 de Guigal et le Condrieu Chanson 2010 du Domaine du Monteillet de Stéphane Montez. Les millésimes n’étaient pas en ordre, mais les teintes l’étaient, du plus pâle au plus foncé.

Le Laurus est jaune doré pâle, bien aromatique, très fruité (pomme confite), très floral, avec un peu de cire. L'attaque est fruitée (melon), le corps assez léger, l'acidité très bonne et on détecte une note salée et de l'oignon cru. Très bon équilibre. La finale est bien sèche, avec du miel, une pointe d'amertume, du fruit (pêche), de la chaleur et une très bonne longueur.

Le châteauneuf est un assemblage des six cépages blancs autorisés dans l'appellation : la roussanne (40 %), la clairette (40 %), le bourboulenc (10 %) et, pour le reste, le grenache blanc avec un peu de picpoul et de picardan. Le vin est jaune doré un peu plus intense. Le nez est d’intensité moyenne, fruité (poire, pomme), floral (fleurs blanches, acacia), avec de la cire et des amandes. En bouche, il est ample, gras, soyeux, avec des fruits mûrs, mais on aurait aimé un peu plus de vivacité. La fin de bouche, assez longue, est bien sèche, légèrement amère, avec du zeste d'agrume.

L'hermitage 2007 est fait de marsanne (95 %) et de roussanne (5 %). D'un très bon millésime, on s'attend à une certaine maturité, ce qui est confirmé par la robe et par les arômes. Il est d'un beau doré assez riche. On détecte au nez, très intense, du miel, un peu de bois, de la cire d'abeille, des fleurs blanches et un beau rancio. L'attaque est grasse, bien vive; le vin est très complexe, fruité, droit, raffiné et très bien équilibré. En finale, ce sont les fruits compotés, la minéralité (craie) et le rancio qui dominent et c'est très long.

On dit que le condrieu, fait exclusivement de viognier, devrait être bu le plus jeune possible, mais ce 2010, démontre le contraire; seule la teinte dorée foncée indique son âge. Le nez est intense, fruité (fruits tropicaux, melon), épicé et fumé. Le vin est un peu mince, mais très goûteux, avec des fruits cuits et une acidité acceptable. La finale est très fruitée, très jeune.


Deuxième volée, quatre vins rouges du Sud; encore une fois, un d’appellation générique et trois AOC communales : le Coudoulet de Beaucastel 2009 AOC Côtes-du-Rhône, le Lirac La Reine des Bois 2015 du Domaine de la Mordorée, le Gigondas 2007 du Château de Saint Cosme et le Châteauneuf-du-Pape Les Quartz 2010 du Domaine du Caillou de Pouizin et Vacheron.

Le Coudoulet 2009, d'un millésime exceptionnel, est un assemblage de grenache (30 %), de mourvèdre (30 %), de syrah (20 %) et de cinsault (20 %). Le vin est grenat moyennement foncé avec une couronne brique. Le nez est bien ouvert, très fruits rouges (framboise), légèrement végétal et agréablement boisé. En bouche, il est rond, bien torréfié (grillé, chocolaté), pas très corsé, avec de beaux tannins un peu rêches. En finale, assez persistante, ce sont des fruits dans l'alcool.

D'une appellation moins réputée, le lirac 2015 s'en est plus que très bien tiré. Il est fait de grenache (30 %) de syrah (40 %) et de mourvèdre (30 %) et est fermenté en cuve inox à 70 %, le reste dans de vieilles barriques. Il est rubis violacé, très jeune. Il est moyennement aromatique, torréfié (pain grillé, chocolat noir), légèrement fermentaire, fumé, épicé (poivre) et légèrement boisé. En bouche, il est costaud, très sec, plus corsé, plus végétal que le précédent, bien fruité, avec des tannins granuleux, plus juteux, mieux équilibré. La fin de bouche est fruitée, avec une chaleur et une amertume agréables et une bonne longueur.

On arrive au gigondas 2007 (millésime exceptionnel), fait à 60 % de grenache, 20 % de syrah, 18 % de mourvèdre et 2 % de cinsault. Il a été élevé (à 70 %) douze mois en pièces de 1 à 4 vins (le reste en cuve) et mis en bouteille sans filtration. Il est grenat assez foncé, légèrement tuilé en couronne. Le nez est moyen, très fruits mûrs (confiture), épicé, torréfié (chocolat amer), changeant. L'attaque est épicée, fruitée, chaude; le vin est corsé, avec des tannins solides mais fins, des arômes de garrigue (lavande, thym, romarin), une note minérale et un très bel équilibre. Ça finit sur les épices (camphre), la torréfaction (café) et c'est très persistant.

De l'appellation la plus réputée du Sud, le châteauneuf 2010 (millésime extraordinaire, classique) est fait de grenache (85 %) complété de syrah. Les deux cépages ont été vinifiés et élevés séparément pendant 17 mois, le grenache en foudre et la syrah en pièces bourguignonnes de 2 et 3 vins. Il est grenat foncé avec des reflets rubis (malgré son âge). Le nez est bien ouvert, épicé (citronnelle) et fruité (framboise, cerise, mûre). En bouche, il est rond, corsé, très syrah (même à 15 %), avec une belle acidité, du chocolat noir et un excellent équilibre. La fin de bouche est très fruitée et de bonne longueur. Un vin de garde.


Troisième volée, quatre vins rouges du Nord, toutes en AOC communales : le Crozes-Hermitage Oratorio 2014 d’Ogier, l’Hermitage 2011 de Guigal, le Saint Joseph 2005 de Saint Cosme et le Côte-Rôtie Côte Blonde 2009 de René Rostaing. De loin, la volée la plus appréciée de la soirée. Ces quatre vins sont faits exclusivement de syrah.

Le crozes 2014 est grenat assez pâle et montre des signes de maturité prématurée. Le nez est bien ouvert, fumé, avec une note de cola qui s'en va, de la torréfaction, un peu d'écurie et du foin sec. Le corps est moyen (un peu mince même), le vin est très fruité, vineux, très épicé, avec des tannins faciles et une fraîcheur qui fait saliver et donne un bon équilibre. La fin de bouche est fruitée, végétale, juteuse, bien sèche et très longue. Un vin digeste qui approche la maturité.

Vin de la soirée (tout juste devant les deux suivants), l'hermitage 2001 (excellent millésime de garde) est rubis, très jeune. Il est bien aromatique et évolué (contrairement à l'œil), viandeux, fumé (bacon), épicé (poivre), floral (rose), très complexe. L'attaque est soyeuse, ample; c'est très boisé, assez corsé, moyennement tannique, avec une belle acidité, de la minéralité (graphite) et un très bel équilibre. La finale est torréfiée (chocolat noir) et légèrement astringente.

Vin le plus âgé de la soirée, mais certainement pas le plus prêt, le saint-joseph 2005 est encore rubis foncé. Au nez, il est plus discret que les deux précédents, très fumé, torréfié, fruité (mûres), épicé (poivre), à peine tertiaire, encore jeune (un syrah classique). L'attaque est acide, très tannique; c'est tissé serré, très astringent, minéral, torréfié, fruité (fruits noirs cuits) et un peu rugueux, mais quand même équilibré. La finale est astringente, fruitée, chocolatée et très persistante. Pour la très longue garde.

Finalement, d'un producteur mythique de la région, le Côte Blonde 2009 (millésime extraordinaire dans le Nord) paraît également encore bien jeune (pour son âge) avec sa robe rouge violacée très foncée. Il est moyennement aromatique, moins fruité, moins fumé que les autres et l'on détecte un léger carton (début d'oxydation). Le vin est puissant, très concentré, gros, tannique, très torréfié, plutôt boisé, austère, tout en restant équilibré. La fin de bouche est astringente, épicée, un peu amère et interminable. À attendre.


Une dégustation très représentative de ce qui se fait en Côtes du Rhône, tel qu’annoncé. Des vins tous bien différents les uns des autres, tous les cépages importants de la région, différents usages du bois, des vins encore jeunes et d’autres matures… une excellente représentation, en somme, de la versatilité de cette grande région vinicole. Ça termine très bien l’année. Merci Philippe.



Alain Brault