Une autre grosse prise
C'est bon à manger de la tête de flétan. Le maigre, c'est bon, ça n'a pas méchant goût mais c'est sec... la tête, c'est encore meilleur.
On aimait beacoup pêcher la morue. Une année, il y a eu plusieurs morues qui venaient des bancs de Terre-Neuve, elle avaient la peau noire.
J'en ai déjà pris deux de quatre-vingt livres et une de soixante-et-quinze livres livres dans la même journée. De la morue aussi pesante, c'était rare, les gens de la place n'en avaient jamais vu, ni moi d'ailleurs. Je monte un de ces gros poissons sur le derrière de ma bacagnole et j'arrive au moulin des Rivard.
Madame Rivard avait un jardin pas bien loin du chemin. En arrivant, elle me dit: "Quoi c'est que t'as sur le derrière de ta sleigh"? Je lui ai répondu: "C'est une morue". Elle s'en vient voir ça et elle dit: "C'est pas une morue". Ben oui, c'est une morue, madame Rivard.
- C'est pas croyable qu'une morue vienne grosse de même.
- J'en ai pris deux comme ça, et une de soixante-et-quinze livres aujourd'hui.
J'était chanceux car je mettais une boette grosse comme mon poing. Plus c'est gros, plus tu as de chance.
En remontant la route, je rencontre un gars qui avait un moulin à scie au deuxième rang de Petit-Matane. Whô! Il arrête sa voiture, il débarque et me dit: "Quoi c'est que t'as là"?
- C'est une morue.
- C'est pas une morue.
- Oui, oui, Olivier Harrisson. C'est une morue.
- C'est épouvantable comme ça vient gros, je ne pensais jamais que ça venait aussi gros.
Il y avait un monsieur D'aigle d'environ quatre-vingt ans qui avait été pêcher aux bancs de Terre-Neuve. Il m'avait dit que ça venait des grandes eaux de deux à trois cents brasses.
C'est une disette de poisson cette année. Il n'y a pas de saumons et pas beaucoup de harengs non plus. Les pêcheurs ont pris un peu de morue, mais ça n'a pas duré longtemps.
Texte recueilli par René Levasseur, Pierre Joncas, Pierre Sirois.