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<TITLE>tribu.html</TITLE>
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<BODY><BODY TEXT="#00009C" BGCOLOR="#FFFFCE">

<P ALIGN=Center><P ALIGN=Center><H3>I </H3></P></P>
Jean-Fran&ccedil;ois monta sur le bastingage.<BR>
-- Tu es s&ucirc;r que tu sais nager, au moins ? demanda Robic Robin.<BR>
-- Comme un poisson, r&eacute;pondit Jean-Fran&ccedil;ois.<BR>
Il attendit de s'habituer au lent ballottement du navire &agrave; l'ancre. Lorsque le bastingage
remonta avec la vague, il se poussa un peu en avant, en &eacute;tendant les bras et en serrant
les pieds l'un contre l'autre.<BR>
Il fendit l'eau froide, puis colla ses bras contre son corps pour se laisser enfoncer
plus profond&eacute;ment au milieu des bulles d'air soulev&eacute;es par son passage.<BR>
L'eau &eacute;tait d&eacute;licieusement glac&eacute;e pour quelqu'un qui a pass&eacute; six mois dans les cales
d'un navire, souvent mal a&eacute;r&eacute;es.<BR>
Jean-Fran&ccedil;ois s'y serait laiss&eacute; sombrer pendant des heures, pour mieux jouir de cette
eau l&eacute;nifiante, adoucissante, presque enivrante.<BR>
Mais l'eau devint verte, puis noire. L'air commen&ccedil;a &agrave; manquer dans ses poumons. Et
il dut &eacute;tendre les bras pour freiner, puis battre des mains pour remonter vers la
surface.<BR>
En levant la t&ecirc;te, il pouvait voir &agrave; travers l'eau glauque la coque du navire qui
se balan&ccedil;ait au gr&eacute; des vagues, et aussi, tout pr&egrave;s de lui, la longue corde de l'ancre,
qui disparaissait &agrave; sa gauche, vers les profondeurs.<BR>
La surface de l'eau se fit de plus en plus &eacute;clatante de soleil, et Jean-Fran&ccedil;ois &eacute;mergea
enfin, aspira l'air.<BR>
Il secoua la t&ecirc;te, battit des pieds pour nager sur le dos.<BR>
-- C'est vrai qu'il sait nager, le bougre, fit Robic Robin &agrave; l'intention des autres
matelots qui avaient interrompu leur travail en entendant le floc du saut de Jean-Fran&ccedil;ois
et attendaient avec impatience de voir s'il se noierait.<BR>
Peu de marins vieux-paysans savaient nager &agrave; cette &eacute;poque et on consid&eacute;rait un nageur
comme un l&acirc;che et un porte-malheur, au point que lorsque l'&eacute;quipage d'un navire apprenait
qu'un de ses membres savait nager, on pr&eacute;f&eacute;rait le laisser &agrave; terre avant de lever l'ancre.<BR>
Mais Jean-Fran&ccedil;ois avait bien pris soin, &agrave; Port-Lacaille, de ne souffler mot de ce
talent mal vu. Maintenant qu'on avait travers&eacute; deux mers et un oc&eacute;an, il savait qu'apr&egrave;s
un si long voyage sans incident on ne pourrait le consid&eacute;rer comme un oiseau de malheur.<BR>
Son corps nu s'habituait &agrave; la fra&icirc;cheur de l'eau, pourvu qu'il continu&acirc;t &agrave; battre
des bras et des jambes.<BR>
-- Eh, Jean-Fran&ccedil;ois, cria Robic Robin, fais attention aux requins : ils pourraient te la manger.<BR>
Les matelots rirent de bon c ur.<BR>
Jean-Fran&ccedil;ois se retourna sur le ventre, ouvrit grands les yeux, cherchant &agrave; voir
quelque chose dans l'eau noire. Mais il &eacute;tait impossible d'apercevoir le fond. Il
&eacute;tendit la main droite devant lui. C'est &agrave; peine s'il pouvait encore distinguer ses
doigts ouverts &agrave; bout de bras.<BR>
Si j'&eacute;tais poisson, pensa Jean-Fran&ccedil;ois, j'aimerais bien mieux aller nager dans la
mer du Milieu. <BR>
En effet, il ne pouvait voir le moindre poisson dans ces eaux sombres. Mais allez
donc savoir ce qui se cache au fond des mers. tre monstre marin, pensa encore Jean-Fran&ccedil;ois, c'est bien ici que je viendrais me
cacher. <BR>
Jean-Fran&ccedil;ois se remit sur le dos.<BR>
-- Eh, Robic, lance-moi une corde que je remonte.<BR>
-- Maintenant qu'on est rendu, on n'a plus besoin de mousse.<BR>
Robic Robin lan&ccedil;a quand m&ecirc;me &agrave; Jean-Fran&ccedil;ois le bout d'un filin que le gar&ccedil;on attrapa
et tira vers lui pour s'approcher de la caravelle. Puis, prenant la corde &agrave; pleines
mains et l'enroulant alternativement autour d'un poignet puis de l'autre, il grimpa
presque &agrave; l'horizontale, les pieds contre la coque, jusqu'au bastingage.<BR>
Il sauta enfin sur le pont, son corps nu et luisant d'eau resplendissant de sant&eacute;
au milieu de ces marins rabougris et vieillis par la vie en mer.<BR>
-- Comment elle est ? demanda Robic Robin.<BR>
-- Qui ?<BR>
-- L'eau, imb&eacute;cile !<BR>
-- Froide, mais bonne. Et tr&egrave;s sal&eacute;e.<BR>
Jean-Fran&ccedil;ois se frotta les yeux o&ugrave; le sel commen&ccedil;ait &agrave; se d&eacute;poser, se l&eacute;cha les l&egrave;vres.<BR>
-- Vous devriez y aller, vous aussi, ajouta-t-il. Vous pueriez moins.<BR>
Jean-Fran&ccedil;ois eut le malheur de prononcer ces paroles juste au moment o&ugrave; Vincent Vimont,
ayant remont&eacute; le seau d'aisance de la cale, s'appr&ecirc;tait &agrave; le vider par-dessus bord.
Il le renversa plut&ocirc;t sur la t&ecirc;te de Jean-Fran&ccedil;ois. Et tout l'&eacute;quipage se remit &agrave;
rire.<BR>
Habitu&eacute; aux moqueries comme le sont tous les moussaillons, Jean-Fran&ccedil;ois rit lui aussi
et plongea &agrave; nouveau dans l'eau, t&ecirc;te premi&egrave;re cette fois.<BR>
<P>* * *<P>
Sur le pont de l'autre caravelle, deux encablures plus loin, l'amiral Le Corton examinait
le rivage dans sa lunette de cuivre.<BR>
Il ne participait pas &agrave; la joie des &eacute;quipages, heureux de voir enfin la terre.<BR>
Car il n'&eacute;tait pas venu l&agrave; pour trouver n'importe quelle terre, sinon il serait rest&eacute;
&agrave; Port-Lacaille. Sinon, il ne serait pas all&eacute; voir les rois jumeaux, les supplier
l'un apr&egrave;s l'autre puis les deux ensemble de lui donner la permission de porter leurs
couleurs loin au-del&agrave; des mers et de l'oc&eacute;an. Sinon, il ne serait pas all&eacute; vendre sa
maison, donner sa femme et ses filles en gages &agrave; des armateurs, pour affr&eacute;ter ses
deux navires (il en voulait trois, mais l'argent manquait). Sinon, il n'aurait pas
promis &agrave; sa femme et &agrave; ses filles de revenir avec des navires charg&eacute;s d'or et d'&eacute;pices, les
cales bourr&eacute;es de plantes et d'animaux &eacute;tranges. Sinon, il aurait &eacute;t&eacute; incapable,
pendant toute la travers&eacute;e, de se dire qu'il approchait, qu'il &eacute;tait sur la bonne
voie, qu'un jour on crierait terre et qu'il reconna&icirc;trait les c&ocirc;tes de Barman, la perle de l'Orient.<BR>
Mais plus il regardait la c&ocirc;te dans sa lunette de cuivre, plus il avait le sentiment
d'&ecirc;tre arriv&eacute; ailleurs qu'&agrave; Barman Les r&eacute;cits des voyageurs, qu'il avait tous lus
avidement, ne concordaient pas avec ce qu'il voyait maintenant.<BR>
Cette c&ocirc;te devant lui &eacute;tait sauvage et impressionnante. Les falaises escarp&eacute;es, les
for&ecirc;ts bleut&eacute;es, les montagnes gris&acirc;tres qu'on voyait plus au nord, tout cela n'avait
rien de commun avec les r&eacute;cits des voyageurs de Barman.<BR>
Capuccino avait parl&eacute; de falaises d'or serties de diamants. Par sa lunette, Le Corton
ne voyait briller ni or ni diamants, mais seulement un roc gris, terne et mena&ccedil;ant.<BR>
Le Merlan avait d&eacute;crit les b&ecirc;tes &agrave; deux t&ecirc;tes des for&ecirc;ts du Lamantin. Mais la seule
b&ecirc;te que Le Corton avait aper&ccedil;ue par sa lunette &eacute;tait un vulgaire cerf, plus gros
peut-&ecirc;tre que ceux du Vieux-Pays (comment savoir quand on l'observe de si loin ?) mais avec une seule t&ecirc;te portant un seul panache.<BR>
Vezarni avait exprim&eacute; toute l'horreur que lui inspiraient les monstres marins de Septralie,
serpents longs d'une lieue et dot&eacute;s d'une bouche assez grande pour avaler une flotte
enti&egrave;re. Mais Le Corton ne voyait pas le moindre poisson sauter, pas le moindre marsouin, pas le moindre dauphin ni la plus petite baleine. Un de ses hommes, qui
avait jet&eacute; une ligne &agrave; l'eau d&egrave;s qu'on avait mis l'ancre, n'avait attrap&eacute; que deux
morues, deux belles morues comme celles que rapportent les p&ecirc;cheurs des bancs de
l'&icirc;le Nouvelle et des c&ocirc;tes du Travailleur.<BR>
Le Corton passait en revue dans son esprit toutes les cartes qu'il avait examin&eacute;es,
tous les r&eacute;cits qu'il avait lus, toutes les histoires que racontaient les vieux navigateurs
des ports de La Jacasse et de T&eacute;m&eacute;die. Et rien de tout cela ne concordait avec ce qu'il voyait maintenant, avec cette c&ocirc;te majestueuse mais inhospitali&egrave;re.<BR>
Et Le Corton se mit &agrave; douter de ces histoires, de ces r&eacute;cits, de ces dessins et de
ces cartes.<BR>
Est-ce que tous les anciens avaient menti ?<BR>
Est-ce que lui-m&ecirc;me, rentrant en Vieux-Pays sans or et sans diamants, ne serait pas
tent&eacute; de raconter &agrave; ses armateurs d&eacute;&ccedil;us qu'il avait vu l'or et l'argent et les rubis
et les diamants, mais n'avait pu s'en approcher &agrave; cause de quelque &eacute;v&eacute;nement extraordinaire, comme Le Merlan qui avait racont&eacute; que des b&ecirc;tes courant si vite qu'elles pouvaient
d&eacute;passer les fl&egrave;ches et m&ecirc;me les coups de mousquet avaient emport&eacute; tous les tr&eacute;sors
de Barman d&egrave;s qu'il les avait aper&ccedil;us, ou comme Vezarni dont le navire fut &eacute;loign&eacute;
du monstre marin qu'il poursuivait lorsque ce monstre se mit &agrave; souffler dans ses voiles ?<BR>
Et d&eacute;j&agrave; l'imagination du Corton, stimul&eacute;e par celle de ses mod&egrave;les, se mettait &agrave; inventer
des oiseaux si grands que leur ombre couvrirait &agrave; la fois le gaillard d'avant et
le gaillard d'arri&egrave;re. Et des arbres si hauts et si gros qu'on pourrait y tailler
une caravelle enti&egrave;re, m&acirc;ts compris, d'une seule pi&egrave;ce. Et m&ecirc;me des sous-hommes verts,
&agrave; quatre jambes, capables de bonds si prodigieux qu'on croirait d'abord qu'ils volent
comme les oiseaux.<BR>
Mais Le Corton secoua la t&ecirc;te. Non, il n'y avait rien de tout cela dans sa lunette.
Et, si les anciens avaient menti, lui, Le Corton, dirait la v&eacute;rit&eacute;, m&ecirc;me si la v&eacute;rit&eacute;
&eacute;tait qu'il n'y avait rien d'autre &agrave; raconter ou &agrave; d&eacute;crire que cette c&ocirc;te hostile.<BR>
Sa femme et ses trois filles seraient peut-&ecirc;tre vendues comme esclaves. Mais au moins
lui, Le Corton, passerait dans les livres d'histoire comme le premier &agrave; avoir dit
la v&eacute;rit&eacute; au sujet des nouveaux pays. Et jamais plus un navigateur ne s'endetterait
pour rien, ne donnerait en gages sa femme et ses filles.<BR>
Le Corton soupira.<BR>
Puis il se rendit compte qu'il se d&eacute;courageait trop vite. Bien s&ucirc;r, &agrave; premi&egrave;re vue,
il &eacute;tait d&eacute;&ccedil;u de ne pas d&eacute;couvrir imm&eacute;diatement les merveilles d&eacute;crites par les anciens.
Mais peut-&ecirc;tre &eacute;taient-elles l&agrave;, plus loin, plus au nord ou plus au sud, ou plus
&agrave; l'int&eacute;rieur des terres ?<BR>
Et Le Corton demanda &agrave; son second qu'on pr&eacute;pare une chaloupe pour aller &agrave; terre.<BR>
<P>* * *<P>
L'amiral marchait devant, imm&eacute;diatement suivi par son secr&eacute;taire qui portait un grand
&eacute;critoire sur une tablette suspendue &agrave; son cou par des sangles.<BR>
Et le secr&eacute;taire notait tout ce que disait l'amiral, raclant le papier de sa plume
grin&ccedil;ante qu'il replongeait dans l'encrier presque &agrave; chaque mot.<BR>
Grands arbres d'au moins quarante toises, bons &agrave; faire des m&acirc;ts , disait l'amiral, et le secr&eacute;taire transcrivait aussit&ocirc;t ses paroles sur la feuille
&eacute;pingl&eacute;e &agrave; sa tablette.<BR>
Le soir, une fois l'&eacute;quipage endormi, l'amiral prendrait ces notes et, &agrave; la lueur
d'une lanterne dans sa petite cabine du gaillard d'arri&egrave;re, il transformerait tout
cela en relations dont il ferait un jour don aux fr&egrave;res rois.<BR>
Ainsi, les grands arbres d'au moins quarante toises, bons &agrave; faire des m&acirc;ts , deviendraient sous la plume de l'amiral :<BR>
<P>Marchant dans cette belle for&ecirc;t, nous avons vu des milliers de pins droits comme les
clochers des cath&eacute;drales, et hauts de plus de quarante toises. Et nous nous sommes
exclam&eacute;s, devant ces arbres si grands et si droits, qu'ils feraient de bons m&acirc;ts
pour la flotte de leurs majest&eacute;s, et qu'y tailler des planches permettrait de construire
des caravelles plus longues m&ecirc;me que celles des Zanglais, et qu'&agrave; eux seuls ces arbres
justifieraient ais&eacute;ment l'&eacute;tablissement d'une colonie portant l'embl&egrave;me des deux
couronnes.<P>
Mais, pour l'instant, Le Corton marchait devant, suivi de son secr&eacute;taire et de quelques
hommes.<BR>
Beaux grands champignons de toutes les couleurs , dicta-t-il.<BR>
Et il fit signe &agrave; un de ses hommes d'en cueillir.<BR>
Nombreuses esp&egrave;ces d'arbres jamais vues en Vieux-Pays. <BR>
Et un des matelots arracha des feuilles &agrave; diff&eacute;rents arbres.<BR>
Fleurs sauvages si belles qu'on croirait que Dieu les a cr&eacute;&eacute;es en hommage &agrave; Marie
m&egrave;re du Christ , dicta encore Le Corton.<BR>
Mais il se ravisa aussit&ocirc;t, se rendant compte qu'il s'&eacute;tait laiss&eacute; emporter par la
beaut&eacute; des lieux.<BR>
-- &Eacute;cris seulement belles fleurs sauvages inconnues , corrigea-t-il.<BR>
Et il fit signe &agrave; un des matelots de cueillir quelques fleurs.<BR>
Le Corton arriva devant un tronc d'arbre immense, leva la t&ecirc;te pour contempler le
fa&icirc;te, toucha l'&eacute;corce rugueuse.<BR>
Il marcha alors autour de l'arbre, en comptant six pas &agrave; haute voix.<BR>
-- Arbres si grands qu'il faut huit pas pour en faire le tour.<BR>
Il se tut, g&ecirc;n&eacute;.<BR>
-- Non. Six pas, corrigea-t-il<BR>
<P>* * *<P>
Jean-Fran&ccedil;ois marchait &agrave; la queue de la colonne, et son attention fut attir&eacute;e par
quelque chose qu'il vit bouger dans le sous-bois, &agrave; sa gauche. Il s'approcha sans
faire de bruit et put distinguer, &agrave; quatre ou cinq pas de lui, un petit animal rouss&acirc;tre
comme il n'en avait jamais vu.<BR>
Dans une t&ecirc;te relativement grosse pour le corps, une paire de grands yeux craintifs
examinaient Jean-Fran&ccedil;ois qui se pencha, allongea la main doucement, pour faire croire
&agrave; l'animal qu'il lui offrait &agrave; manger.<BR>
L'animal h&eacute;sita un instant. Plus petit qu'un &eacute;cureuil, avec une queue moins volumineuse,
portant une robe rousse et blonde ray&eacute;e de bandes noires et mouchet&eacute;e de taches blanches,
il devina peut-&ecirc;tre que le gar&ccedil;on aurait aim&eacute; le prendre, le caresser, l'emporter avec lui dans son bateau pour avoir de la compagnie.<BR>
Il s'enfuit donc sous un tronc pourri.<BR>
-- H&eacute;, oh, toi, fit Jean-Fran&ccedil;ois de son ton le plus rassurant.<BR>
Mais le tamia ne s'y laissa pas prendre. Jean-Fran&ccedil;ois dut se pencher, allonger la
main &agrave; t&acirc;tons, fouiller chaque recoin sous le tronc d'arbre.<BR>
Il retira sa main vide, puis leva les yeux. &Agrave; quatre ou cinq pouces de ses yeux, perch&eacute;
maintenant sur le tronc d'arbre, le petit animal semblait le narguer.<BR>
Jean-Fran&ccedil;ois lui sourit gentiment. Il attendit une ou deux minutes, se disant que
l'animal s'habituerait peut-&ecirc;tre &agrave; son regard, et constaterait qu'il ne lui voulait
aucun mal.<BR>
Lorsque Jean-Fran&ccedil;ois fut suffisamment convaincu que l'animal n'avait pas peur de
lui, il tendit &agrave; nouveau la main, tout doucement, petit &agrave; petit.<BR>
Mais, d&egrave;s que la main fut &agrave; deux pouces de lui, le tamia d&eacute;tala encore et grimpa &agrave;
un arbre.<BR>
C'&eacute;tait un arbre sans branches basses. Impossible pour Jean-Fran&ccedil;ois d'y monter.<BR>
L'animal s'arr&ecirc;ta &agrave; deux fois environ la hauteur du mousse, et se tourna vers lui,
la t&ecirc;te en bas, les pattes de devant solidement ancr&eacute;es dans l'&eacute;corce.<BR>
Jean-Fran&ccedil;ois haussa les &eacute;paules.<BR>
-- Si tu ne veux pas &ecirc;tre mon ami, dit-il.<BR>
Et il regarda autour de lui, cherchant des yeux les autres membres des &eacute;quipages du
<CITE>Droit-devant </CITE>
et du <CITE>P&eacute;remptoire </CITE>
qui &eacute;taient descendus &agrave; terre avec lui.<BR>
Il ne vit personne. Il fit quelques pas dans la direction o&ugrave; il croyait qu'ils &eacute;taient
disparus, mais s'arr&ecirc;ta, saisi par le doute.<BR>
-- H&eacute;, oh ! cria-t-il de toutes ses forces.<BR>
Il tendit l'oreille, n'entendit aucune r&eacute;ponse, cria de nouveau, &eacute;couta encore. Toujours
pas de r&eacute;ponse.<BR>
Il fit quelques pas, en arri&egrave;re cette fois, cherchant des traces dans le sol. Mais
le sol de cette partie de la for&ecirc;t &eacute;tait couvert de roc ou d'une mousse qui reprenait
sa forme quelques secondes apr&egrave;s qu'on y eut mis le pied.<BR>
Vaguement inquiet, Jean-Fran&ccedil;ois regarda autour de lui, se demandant de quelle direction
il venait. En retournant sur ses pas, il retrouverait les chaloupes ancr&eacute;es dans
une anse sablonneuse.<BR>
Il se remit en marche, gardant les yeux au sol &agrave; la recherche de traces de pas, appelant
&agrave; pleins poumons, ou s'arr&ecirc;tant et gardant le silence, cherchant &agrave; entendre le bruit
des matelots ou des vagues de la mer. S'il pouvait seulement retrouver le rivage,
il n'aurait plus qu'&agrave; le longer dans une direction, puis dans l'autre s'il ne trouvait
rien.<BR>

</BODY>
</HTML>