De la maturité politique
15 février 2006
Combien de chefs d’État haïtiens ont saisi ou
quitté le pouvoir dans un contexte de feu et de sang? Loin
d’être un jeune pays avec peu d’expérience,
Haïti a acquis son indépendance vis-à-vis de la
métropole française en 1804. Et pour en faire quoi, de
cette souveraineté? «La liberté, c’est
l’esclavage», écrit George Orwell dans son 1984.
Sauf qu’ici, ce n’est pas une caricature, mais un fait.
La démocratie est-elle un modèle universel? Pas sans
quelques ingrédients de base: de la tolérance envers des
choix et des opinions divergents; de la participation au processus
légal; de l’intérêt et de
l’information; respecter les institutions, ou l’ordre
établi, et un sens critiqué raisonné. Si les
Haïtiens ne peuvent organiser des élections, peuvent-ils
organiser un gouvernement? L’Irak aurait dû suffir pour
démontrer que les organisations internationales ne peuvent
spontanément substituer le chaos par une démocratie
libérale.
À quand la dernière manifestation violente à Cuba?
Quand bien même que c’est une dictature, au moins ça
marche là-bas. Et si dans plusieurs pays d’Amérique
latine la démocratie fonctionne, c’est qu’ils ont eu
droit à des «tyrans organisateurs». Par la suite, la
démocratie ne consistait qu’à préserver ce
niveau de développement tout en humanisant le processus. Les
dictateurs passés d’Haïti n’ont rien à
voir avec ces stalinistes forcenés, comme Pinochet au Chili,
mais plutôt des enfants chétifs au pouvoir pour
eux-mêmes, tels les Duvalier. Le coût en vie humaine du
totalitarisme est certes peu reluisant, mais tellement plus
léger que l’anarchie des rues de Port-au-Prince.
Voilà l’aboutissement d’une indépendance
précoce. Voilà le triste résultat de
l’anti-colonialisme obstiné. 150 ans après
Haïti, les pays du Maghreb obtiennent leur indépendance, et
ce avec un incomparable niveau de développement, de
stabilité et de maturité de ces sociétés.
Prenons tout ceci comme un avertissement contre les changements
intempestifs et chimériques; conservons nos institutions,
conservons notre pays et conservons notre Reine!
Philippe Baril Lecavalier
étudiant en science politique, 1er cycle
Concordia University, Montréal