La mort du Canada-français
27 novembre 2006

Pourquoi devrait-on considérer le Québec comme nation? Qu’est-ce que le Québec a de si particulier? La langue, bien sûr. Oui, c’est la seule province majoritairement francophone. Mais est-ce la seule province où on retrouve des personnes parlant français, et partageant un héritage et une descendance française? Alors n’est-ce pas absurde lorsque ces «ténors» souverainistes nous disent que les anglophones et allophones au Québec font parti de cette nation... qui vient de la situation linguistique? D’abord, la langue fait cette nation, puis, quand la langue n’est pas inclusive, c’est le territoire! 

Et pourquoi se retreindre à un seul niveau de territoire? Par rapport au Québec, l’île de Montréal n’est-elle pas distincte? Pourquoi pas proclamer la «nation montréalaise au sein de la nation québécoise au sein de la nation canadienne»? 

En usant de la logique des «nationalistes québécois», nous avons le devoir de proclamer «nation» toute communauté qui se distingue de la masse (nation franco-ontarienne, franco-albertaine, etc.). Et le pire est qu’on ne sait même pas où nous allons avec le terme de nation, car nos décideurs ne s’entendent pas sur sa définition. C’est aussi brillant que de dire «ceci est un chat» sans savoir qu’est-ce qu’un chat! 

Ce débat sur la nation est une manifestation du premier objectif des forces séparatistes pour accéder à leur république indépendante, soit de mouler une identité qui les rapproche de leur but. Ils y parviennent habilement en nous faisant avaler, non sans démagogie, la pilule du plus petit commun dénominateur. Proclamer une nation du Québec en raison de la langue (même si ses partisans disent que ce n’est pas pour la langue!), c’est sacrer l’exclusivité du fait français au Québec, voir un injuste monopole du Québec à parler au nom de tous les francophones du Canada, même s’ils n’ont rien à voir avec le Québec. 

Le critère dominant de division sociale au Canada est clairement la langue. Ces langues proviennent de deux souches historiques, et elles se manifestent d’un océan à l’autre. Donc, il me semble plus logique qu’il y a deux cultures, deux peuples, et donc deux nations en ce pays: les Canadiens-français, et les English-Canadians.

Le concept de nation canadienne-française pose le caprice qu’elle n’est pas aussi simpliste que l’idée de nation québécoise, puisqu’elle n’est pas aussi précisément cernée par des frontières. Le Canada-français se manifeste dans un domaine si vaste, si illimité, que nos esprits limités ne peuvent parvenir à la saisir intégralement, comme c’est le cas dans le domaine du divin. Mais ici la foi religieuse est substituée par la solidarité entre francophones, car si le français ne peut survivre ailleurs au Canada, il ne survivra pas au Québec. 

Philippe Baril Lecavalier
Chambly, Qc