
Et pourquoi se retreindre à un seul niveau de
territoire? Par rapport au Québec, l’île de Montréal n’est-elle pas distincte?
Pourquoi pas proclamer la «nation montréalaise au sein de la nation québécoise
au sein de la nation canadienne»?
En usant de la logique des «nationalistes
québécois», nous avons le devoir de proclamer «nation» toute communauté qui se
distingue de la masse (nation
franco-ontarienne, franco-albertaine,
etc.). Et le pire est qu’on ne sait même pas où nous allons avec le terme de
nation, car nos décideurs ne s’entendent pas sur sa définition. C’est aussi
brillant que de dire «ceci est un chat» sans savoir qu’est-ce qu’un chat!
Ce débat sur la nation est une manifestation du
premier objectif des forces séparatistes pour accéder à leur république
indépendante, soit de mouler une identité qui les rapproche de leur but. Ils y
parviennent habilement en nous faisant avaler, non sans démagogie, la pilule du
plus petit commun dénominateur. Proclamer une nation du Québec en raison de la
langue (même si ses partisans disent que ce n’est pas pour la langue!), c’est
sacrer l’exclusivité du fait français au Québec, voir un injuste monopole du
Québec à parler au nom de tous les francophones du Canada, même s’ils n’ont
rien à voir avec le Québec.
Le critère dominant de division sociale au
Canada est clairement la langue. Ces langues proviennent de deux souches historiques,
et elles se manifestent d’un océan à l’autre. Donc, il me semble plus logique
qu’il y a deux cultures, deux peuples, et donc deux nations en ce pays: les
Canadiens-français, et les English-Canadians.
Le concept de nation canadienne-française pose
le caprice qu’elle n’est pas aussi simpliste que l’idée de nation québécoise,
puisqu’elle n’est pas aussi précisément cernée par des frontières. Le
Canada-français se manifeste dans un domaine si vaste, si illimité, que nos
esprits limités ne peuvent parvenir à la saisir intégralement, comme c’est le
cas dans le domaine du divin. Mais ici la foi religieuse est substituée par la
solidarité entre francophones, car si le français ne peut survivre ailleurs au
Canada, il ne survivra pas au Québec.
Philippe Baril Lecavalier
Chambly, Qc