Le tabou de l'inceste 

Selon la genèse, Dieu créa le premier homme et la première femme: Adam et Eve. Ce fut nos premiers parents qui ont eu deux fils: Cain et Abel. Mais avec qui ces deux garçons ont-ils procréé si ce n'est avec leur mère afin d'engendrer des filles et des garçons qui, à leur tour, pouvaient se reproduire entre frères et soeurs dans de multiples relations incestueuses. Nous serions donc le fruit de rapports incestueux issus de la nature même du dessein de Dieu! Mais bien sûr, cette théorie créationniste relève d'une mythologie que les découvertes scientifiques ont vite classé au rang de simples croyances religieuses.

De nos jours on dit que les rapports incestueux découlent d'une maladie. Mais qui est le véritable malade? Est-ce la personne incestueuse qui laisse libre cours à ses fantaisies sexuelles instinctives, ou bien le refoulé qui se plie à toutes les normes établies par une certaine culture de société organisée? On répliquera peut-être en disant: " que fait-on des viols et des agressions sexuelles? ". Nul doute que cette réplique serait tout à fait pertinente pour ce qui concerne les comportements déviants, voire criminels.

Mais que l'on se comprenne bien, car il s'agit ici de rapports incestueux consentis, d'un partage affectif et même sexuel entre - père/fille - mère/fils - frère/soeur -. En fait, tout ce qu'il y a de plus naturel en soi. D'ailleurs, si ce n'était pas naturel, l'inceste n'existerait tout simplement pas. Mais les normes et les interdits, eux, relèvent plutôt du culturel. Notre éducation puritaine et moralisatrice a contribué largement à nous faire percevoir la sexualité humaine comme étant quelque chose de sale, et non comme une saine expression de la nature. Cette tendance persiste encore de nos jours.

C'est bien sûr que l'âge du jeune doit être pris en considération. Car ce dernier doit être en mesure de bien saisir l'implication du geste et de pouvoir décider par lui-même si l'approche lui convient ou pas. Il doit de plus rester libre d'accepter ou de refuser tout rituel présexuel. Encore une fois il n'est pas question ici de banaliser le phénomène, car un abuseur restera toujours un abuseur. En effet, pour certains individus il serait tout indiqué pour eux ou elles de ne pas laisser libre cours à leurs pulsions naturelles mals contrôlées qui pourraient les entraîner à abuser de l'autre et ainsi causer des torts irréparables. Ce qui est réprimable dans les relations adulte/enfant, c'est le non respect de l'enfant, de son intégrité.

D'autre part, nous connaissons tous les rivalités fille/mère et fils/père qui surviennent chez les enfants vers un certain âge, entre sept et douze ans environ. Par exemple une jalousie s'empare de la jeune fille qui veut écarter sa mère afin de prendre sa place et jouer le rôle de séductrice auprès de son père. Pour cette jeune fille, il s'agit de son premier amoureux. Il en va de même pour le fils. Le père est repoussé hors du paysage par le fils qui doit avoir le champ libre pour sa première conquête amoureuse, sa mère. Cette attitude un peu hostile à l'endroit du parent "nuisible" ne relève pas nécessairement du culturel ou de l'éducation, mais bien plutôt d'un instinct primaire de reproduction de l'espèce. Cette expression de la nature quelque peu prématurée n'est en rien susceptible d'être perçue comme un véritable problème de société.

L'espèce humaine étant la seule espèce animale à prendre autant de temps à atteindre sa maturité au sein du noyau familial avant de prendre la clef des champs, alors le jeune n'a d'autres choix que celui de faire ses apprentissages avec les gens de son milieu. Il s'agit pour lui d'une forme d'initiation ou de préparation à la vie "amoureuse" et sexuelle. Et si le parent répond aux pulsions instinctives de l'enfant le plus sainement possible, alors il ne peut y avoir de désordre affectif ni de traumatisme psychique.

Malheureusement, dans le cadre d'une société répressive et pudique comme la nôtre, l'enfant n'a pas le droit d'exprimer sa sexualité au même titre que tous les autres besoins naturels, tels celui de boire et de manger par exemple. Au contraire, il lui faut dès le plus jeune âge refouler ses instincts sexuels conformément aux règles formulées par la collectivité, d'où le véritable risque de perturbation psychique. Il y a bien sûr le recours à la masturbation solitaire comme "soupape" de libération des pulsions sexuelles. Mais ce n'est pas une évidence pour tous et toutes, car cette pratique est encore soumise au tabou à l'intérieur même de plusieurs cellules familiales.

Tout individu, homme, femme ou enfant, qui s'adonne à des relations dites incestueuses peut-il vraiment être considéré comme un "malade" et de se voir contraint à suivre une thérapie recommandée par la cour de justice? L'inceste serait-il plutôt un geste tout à fait naturel mais réprimé et condamné par une société assujettie par une fausse interprétation de la nature humaine depuis son évolution culturelle?

Car justement, une saine relation affectueuse, une tendresse mutuelle, de même que le désir sexuel de l'adulte à l'endroit de l'enfant, ou encore de l'enfant à l'endroit de l'adulte, ne devrait d'aucune façon être considérée comme pathologique. Tout au plus dans certains cas jugés abusifs, s'agirait-il d'une simple déviance psychologique de non-adaptation aux normes sociales concernant les rapports incestueux. Normes sociales ici faisant référence aux règles "tribales" établies jadis dans le but de maintenir un contrôle démographique à l'intérieur des familles afin que tous puissent survivre à l'apport restreint de nourriture et de logement.

Au cours de l'évolution des espèces, la sélection culturelle a pris le pas sur la sélection naturelle, particulièrement chez l'espèce humaine. Or, le tabou de l'inceste comme barrière morale et outil culturel en faveur de la variété chez l'espèce, ainsi que la codification sociale des rapports amoureux ont changé radicalement la nature de la sexualité humaine. Bien plus qu'un outil biologique de diversité, la sexualité humaine a été réinventée par l'humain en tant qu'instrument de progrès et d'évolution culturelle. La sexualité humaine ne devait plus répondre à des instincts purement naturels, mais bien plutôt à des impératifs culturels. Alors serions-nous une espèce mentalement déséquilibrée de par une singulière évolution de notre culture au cours des derniers millénaires?

En fait, ce n'est pas tellement l'évolution culturelle en général qui a fait que l'humain soit plus ou moins déséquilibré mentalement. Non! Cette perturbation chronique du psychisme vient en grande partie de l'éducation, c'est-à-dire les interdits et les blocages dès le plus jeune âge. Bien que nécessaires au maintien d'une certaine civilisation, la moralité ainsi que les conventions sociales sont toutes anti-développement harmonieux des comportements humains. Résultat : nous sommes tous un peu "ZinZin" mais à des niveaux différents. Ce déséquilibre mental dont nous avons tous hérité est le prix à payer pour maintenir cette civilisation qui nous tient tant à coeur.

Vu sous cet angle, l'inceste ne nous apparaît plus tellement comme une maladie, mais bien plutôt comme une saine expression de la nature, une relation de tendresse et de sensualité. En d'autres mots, la recherche du plaisir par les sens. Est-ce tellement à proscrire? Et pourtant, ceux et celles pour qui la libido est plus puissante que toute règle morale ou toute prohibition sociale préétablie au regard de l'inceste, alors on aura recours pour ces gens ( malades? ) à des mesures coercitives ou à la thérapie. Bref, l'inceste serait un phénomène naturel, mais ce n'est pas normal d'après les normes de notre culture.


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