Fiche 6

La révolution économique du XIX è siècle
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Sources:
Nouvelle histoire de France. Jacques Marseille. Perrin 1999.
L'histoire. Malet et Isaac, Marabout (Réédition, 1995)
Histoire 2 è. Collection Robert Frank. Belin 1993
L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Max Weber. Plon 1964
A History of Civilisation. Crane Brinton. Prentice-Hall (NY 1967)

 

 


 

Introduction

1. La révolution énergétique et la machine à vapeur*
2. Pourquoi l'Angleterre fut-elle le leader de la révolution économique?*
3
. La gestion capitaliste de la révolution économique*
4
. L'approche socialiste*

Conclusion

                                                                                                                                                              Retour à l'accueil
 INTRODUCTION

    Contrairement aux révolutions politiques qui se produisent dans un laps de  temps relativement court (quelques jours  à quelques mois le plus souvent) les  révolutions économiques s'étendent sur plusieurs décennies et sont le résultat de transformations plus ou moins synchrones dans lesquelles les effets et les causes sont intimement imbriquées. La révolution économique du XIX siècle que l'on réduit souvent, à tort, à  une simple  révolution industrielle laquelle est la marque la plus importante de la révolution énergétique (Utilisation des énergies fossiles) est en fait le résultat de très nombreux changements, non seulement dans le domaine industriel mais aussi en agriculture, en médecine, dans la banque et le commerce, dans  les mentalités. Cette révolution s'enracine dans le XVIII è siècle et connaît son apogée en Angleterre au milieu du XIX è. La première exposition universelle inaugurée à Londres le 1 er  mai 1851  est marquée par l'édification du Crystal Palace, tout de fonte et de verre, qui abrite les nouvelles merveilles de l'ingénierie britannique. L'Angleterre victorienne est alors le leader incontesté de la modernité, cette modernité se manifeste aussi en Allemagne, aux États-Unis et, dans une moindre mesure en France. Les richesses tirées de l'agriculture commencent à  être sévèrement concurrencées  par celles qui sont générées par  l'industrie et le commerce. Progressivement la révolution économique s'étendra au monde entier avec son cortège de bouleversements politiques, sociaux et environnementaux. L'historien britannique Hobsbawm considère cette révolution comme étant la plus importante depuis celle de l'agriculture au néolithique. La transformation amorcée à la fin du XVIII è et qui va prendre toute son ampleur au XIX è et XX è siècles marque, en Occident tout au moins, la fin de la prépondérance du monde paysan.
C'est au XIX è
que la science et la technique vont commencer à avoir un impact de plus en plus important sur le citoyen ordinaire du monde occidental. Les grandes révolutions conceptuelles de Copernic à Newton en passant par Galilée et Kepler n'avaient eu que très peu d'impact sur le monde paysan, majoritaire jusqu'à la fin du XIX è. Les découvertes scientifiques, techniques et médicales que l'on va connaître à partir de la fin du XVIII è vont bouleverser la vie, même des plus humbles.
    Voyons dans un premier temps la cause majeure de cette révolution à savoir la
révolution énergétique, puis ses principales caractéristiques au travers de ce qui s'est passé en Angleterre et, enfin,  les solutions qui ont été proposées pour gérer l'énorme changement social qui s'est produit.

1. La révolution énergétique et la machine à vapeur
    Jusqu'au XIX è les dépenses énergétiques de l'activité humaine étaient couvertes presque exclusivement par le
soleil "actuel" puisque l'on se servait essentiellement de la traction animale,  de l'énergie éolienne (moulins à vent) de l'énergie hydraulique (moulins à eau) et de la chaleur générée par la combustion de produits issus de la photosynthèse et qui demandaient peu de temps pour se reformer (quelques mois pour l'herbe à quelques dizaines d'années pour le bois). L'herbe consommée par les animaux de trait, ainsi que l'eau (évaporation, pluie) et dans une certaine mesure le bois, étaient renouvelés  dans un laps de temps compatible avec la durée d'une vie humaine. Jusqu'à la fin du XVIIIè siècle donc, l'agriculture, activité  majeure et l'industrie, artisanale et fort modeste, utilisaient les mêmes énergies, générées par le soleil. L'agriculture, sur le plan économique, dominait sans conteste l'industrie.
    La grande nouveauté du XIX è siècle, a été l'utilisation, à grande échelle, des
réservoirs d'énergies fossiles, également d'origine solaire
, mais qui ont demandé des dizaines de millions d'années pour se former et dont, par suite, le temps de renouvellement n'est plus à notre échelle (Charbons, tourbes, lignites, pétrole et gaz). Il y a donc rupture des cycles séculaires que l'on avait connus jusqu'alors, avec l'avantage de pouvoir disposer de quantités considérables d'énergie mais avec deux inconvénients majeurs, d'une part celui d'introduire dans notre milieu physique (air et eau notamment) des substances qui risquent de perturber notre environnement (pollution) et, d'autre part, celui de nous conduire, pour ce qui a trait à l'énergie, dans un monde fini: même si les énergies fossiles sont extrêmement abondantes, à la longue elles s'épuisent et nous devrons bien finir par envisager un monde où ces énergies auront été épuisées. Au niveau mondial il y une augmentation considérable du désordre de la matière, c'est-à-dire de l'entropie*. L'ordre généré par la photosynthèse n'arrive plus à compenser le désordre qu'entraînent les combustions. Seule l'hydroélectricité constitue une énergie renouvelable à l'échelle humaine.  Les nouvelles énergies et en particulier le charbon ont permis la généralisation de l'utilisation de la machine à vapeur.
    Qui a inventé la machine à vapeur? Essayer de répondre à cette question risque de nous plonger dans une polémique sans grand intérêt ! La machine à vapeur est née au XVIII mais son utilisation s'est généralisée au début au XIX è, d'une part grâce au charbon, plus énergétique que le bois
(Pour une même masse, le charbon produit plus de chaleur que le bois, car il est plus réducteur) et, d'autre part, grâce à l'utilisation du régulateur à boules (inventé par James Watt), qui diminuait considérablement les risques d'explosion dus à la surchauffe qui entraînait des augmentations  intempestives de la pression de la vapeur d'eau. La machine à vapeur a permis des améliorations considérables des transports (trains et bateaux) et  de l'industrie (textile, mines, notamment grâce aux pompes qui permettaient de  vider des poches d'eau dans les galeries souterraines).
    L'homme va progressivement se libérer du travail musculaire qui était essentiel dans les
secteurs primaires (agriculture, pêche, mines) et secondaires (industries de transformation); à long terme, l'essentiel de l'emploi se trouvera dans le secteur tertiaire (services, divertissements) comme c'est le cas aujourd'hui dans les pays occidentaux. Comment arriverons-nous à combler le vide énergétique né de l'épuisement des énergies fossiles ? Le nucléaire sera-t-il suffisant pour prendre le relais ?

2. Pourquoi l'Angleterre fut-elle le leader de la révolution économique?
    L'historien américain Whitman Rostov explique le "take off" (= décollage) économique de l'Angleterre* par plusieurs causes qui ont agi simultanément dans un  pays relativement peu étendu où les communications entre les différentes parties du territoire étaient faciles. Ailleurs, en Europe continentale, aux États-Unis et au Japon, seules certaines causes étaient au rendez-vous, d'où un certain retard dans le développement économique quand on  compare avec l'Angleterre.
2.1. Les progrès dans le domaine industriel. Ces améliorations se manifestent surtout dans le textile et dans l'industrie lourde(acier et fonte). Les métiers à filer et à tisser furent popularisés au XVIII è et leur utilisation généralisée au début du XIX è cependant que
Eli Whitney, un Américain, mit au point une machine à égrener le coton dès 1793 ce qui eut pour effet de diminuer les coûts. En 1828, une nouvelle méthode de ventilation des hauts fourneaux permit la fabrication d'aciers beaucoup plus résistants lesquels allaient être largement utilisés dans la fabrication des ponts, des voies ferrées et des bateaux.  En 1856 le convertisseur   Bessemer permit l'élimination des impuretés (soufre) contenues dans certains minerais de fer, impuretés qui jusqu'alors rendaient les aciers plus cassants. Siemens, un Allemand, inventa un processus permettant de recycler les aciers et le verre qui pouvaient désormais être à nouveau fondus.
2.2. Les transformations du monde agricole. Dans les années quarante (1840) l'allemand Liebig mis en évidence l'importance du nitrate de potassium et des phosphates dans les cultures ce qui conduisit à une exploitation du  guano* du Chili et des mines de potasse d'Europe; les rendements furent accrus.  L'invention de l'écrémeuse, des conserves (déjà très en vogue lors de la guerre de sécession -1861/65-) et la production de sucre de betterave, conséquence du blocus continental, entraînèrent une transformation du monde agricole. Le paysan a tendance à se métamorphoser en exploitant agricole et la mécanisation vide la campagne de son personnel le moins qualifié. Cette main d'oeuvre migrera vers les villes et sera disponible pour l'industrie. Rappelons qu'en Angleterre une partie des paysans avait déjà quitté la campagne au XVIII è siècle suite aux enclosures*.
2.3. Les progrès de la médecine et la croissance démographique. La découverte de la vaccination antivariolique par l'Anglais Jenner en 1796 constitue un progrès considérable en médecine humaine. La vaccination commencera à être pratiquée au début du XIX è siècle et épargnera de nombreuses vies. Un peu plus tard, suite aux travaux de Pasteur, la mise en œuvre de l'asepsie
lors des opérations (pratiquée notamment par le chirurgien anglais Lister) et  de l'antisepsie, pour désinfecter les plaies, entraîna une régression de la terrible fièvre puerpérale qui était responsable de la mort de nombreuses parturientes (une sur dix) et d'un grand nombre de nouveaux nés. Dans le monde occidental, les vaccinations et l'hygiène se généralisèrent à la fin du siècle ce qui permit une chute de la mortalité infantile et une augmentation démographique  notamment en Grande  Bretagne  où la population  a plus   que   triplé   entre   1800  et   1900  (9 millions à 32,5). Notons cependant que l'amélioration de l'hygiène n'est certainement pas la seule cause de la croissance démographique car durant ce même laps de temps la population de la Russie a quasiment triplé alors que l'hygiène demeurait rudimentaire dans ce pays. A contrario, malgré une amélioration de l'hygiène, la France fut l'un des pays où la population a le moins augmenté au cours du XIX è . . .
2.4. Les causes géographiques du leadership anglais. Pour ce qui est de la superficie, même l'Angleterre du XIX è siècle qui comprenait aussi l'Irlande (indépendance en 1921) était un pays aux dimensions modestes d'à peine plus de 300 000 km2. Aucun obstacle naturel n'entrave la circulation entre les différentes parties du territoire, les mines de fer et de charbon sont à proximité les unes des autres et toujours peu éloignées de la mer d'où une très grande facilité d'échange et des coûts de transport relativement modestes. L'Angleterre étant une île peut consacrer l'essentiel de ses crédits militaires et commerciaux à la marine et la mer étant toujours très proche des centres industriels, les échanges avec le reste du monde sont par là même facilités. À la différence de la France, à la fois continentale et maritime et, qui plus est, avec deux façades maritimes, méditerranéenne et atlantique, l'Angleterre a, en somme, une géographie beaucoup plus simple et est bien protégée par la mer; cette protection n'a plus de sens aujourd'hui, mais à l'époque, était essentielle.
2.5. L'évolution  des transports et du commerce.  En 1830 on inaugure la voie ferrée Manchester Liverpool;  les 29 km qui séparent les deux villes sont couverts en 53 minutes ! Le chemin de fer va bientôt former un véritable réseau permettant les échanges de minerais de fer, de charbon, de coton, de laine, de produits  manufacturés  entre  les  différents  centres  industriels  du pays, proches les uns des autres.  En  1870 déjà 25 000 km de voies ferrées sont posées ce qui a nécessité une production considérable d'acier.
    La suprématie anglaise dans le domaine maritime permet des échanges avec toutes les parties du monde et notamment avec les colonies. En 1840,
Samuel Cunard inaugure la première liaison transatlantique  par paquebot à vapeur entre Liverpool et Boston cependant que l'on commence à communiquer par télégraphe.  Le développement est sous-tendu par un système bancaire qui sert d'intermédiaire entre les investisseurs
(actionnaires) et les entrepreneurs qui empruntent. Londres devient un  centre  financier international, les frères Rothschild créent des banques à Londres, Paris, Francfort, Naples et Vienne.  L'usage du chèque bancaire devient courant et en 1844 la Banque d'Angleterre obtient le monopole des billets de banque.  Rappelons que la Banque d'Angleterre fut fondée en 1694 et qu'elle a bientôt supplantée la Banque d'Amsterdam créée en 1609. Les profits réalisés sont rapidement réinvestis dans la construction de nouveaux moyens de production et d'échanges (Usines, entrepôts, ports, canaux)
2.6. Les mentalités et l'organisation administrative. Les Anglais, débarrassés de l'emprise de l'église catholique depuis le XVI è siècle (Sous Henri VIII -acte de suprématie- 1534) et bénéficiant d'un régime parlementaire moderne depuis 1688 (The Glorious Revolution) ont une certaine habitude de la liberté et peuvent développer un esprit d'entreprise favorisé par un pouvoir central beaucoup plus souple que sur le continent. De plus une très grande mobilité sociale était possible grâce à un parlement où bourgeois et nobles siégeaient ensemble; les mariages  "mixtes"   étaient  également  très fréquents.   Une  certaine  influence  protestante  se  fait  sentir  dès le XVII è siècle (surtout après la révocation de l'édit de Nantes en 1685) et donne au travail et à l'esprit d'entreprise une aura qu'il n'a toujours pas sur le continent où le prestige est toujours lié à la naissance, aux carrières militaires et ecclésiastiques et aux possessions foncières. En France en particulier on a du mal à investir dans le commerce et dans l'industrie; la banque est toujours un domaine suspect alors que, dans la mentalité française, seule "la terre ne trahit pas". L'influence protestante dans la genèse du capitalisme industriel a été bien mise en évidence par l'allemand Max Weber dans "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme" (1901)
2.7.  Le rôle des colonies. Pour ce qui est de l'Angleterre, les colonies ont joué trois rôles importants:
- Elles ont contribué à absorber une partie du trop plein démographique
et ainsi à limiter la misère de tous ceux qui avaient abandonné les campagnes. Au lieu de s'entasser dans les villes où il n'était pas toujours facile de trouver du travail, nombreux sont ceux qui ont cherché à refaire leur vie outremer. Nombreux sont les Irlandais qui émigrèrent dans le nouveau monde (EU et Canada) et en Australie lors de l'épidémie du mildiou de la pommes de terre
(1846/51) à l'origine d'une terrible famine.
- Les colonies sont devenues une
réserve de matières premières indispensable à la jeune industrie en pleine expansion. Le coton
d'Egypte (Protectorat) et des Indes (Colonie) remplaça progressivement les importations de coton venant des États esclavagistes d'Amérique car dès la fin de la guerre de sécession (1865) les États-Unis se sont mis à traiter eux-mêmes leurs matières premières agricoles et minières.
- Les échanges avec les colonies ne risquaient pas d'être entravés par des droits de douane étrangers puisque c'est l'Angleterre qui gouvernait ces échanges. Les colonies, grâce aux citoyens britanniques qui y étaient maintenant installés devenaient un marché où les produits manufacturés de la métropole pouvaient être vendus, ce, d'autant plus que l'Angleterre veillait à ce qu'aucune industrie de transformation ne se développe outremer afin de ne pas risquer la concurrence (Une exception: les industries textiles aux Indes). Pour le secteur primaire (mines, agriculture, pêche), les colonies offraient une main d'œuvre bon marché et docile qui a toutefois bénéficié d'une certaine amélioration de l'hygiène (qui s'est traduite par une augmentation démographique), des transports et des méthodes de culture. Le pouvoir central pratiquait une "salutary neglect" vis-à-vis des colons ce qui donnait une certaine liberté d'action génératrice  d'initiatives personnelles. En Angleterre il n'y avait pas comme en France une obsession centralisatrise.
   
Ainsi l'Angleterre  est-elle  au XIX è  siècle  non seulement  un modèle  politique  (modèle qui avait été vanté par les philosophes français du XVIII è en particulier), mais aussi et surtout un modèle de développement économique qui sera bientôt imité mais avec des modalités qui ne seront pas forcément des calques des manières de faire britanniques. Une chose est certaine le boum économique qui a vu le jour en Angleterre s'est rapidement propagé dans toute l'Europe occidentale, aux EU et au Japon (Cf. le Meiji, industrialisation intense de 1868 à 1880) avec tout un cortège de problèmes sociaux qui ont donné lieu à des solutions que nous allons envisager dans ce qui suit..

    Notons que pour la France du XIX è siècle, deuxième puissance coloniale, les avantages tirés des colonies étaient à peu près les mêmes sauf en ce qui concerne le peuplement car déjà à cette époque, la France n'avait que peu d'excèdant démographique. La France, comme l'Angleterre s'est servie des peuples colonisés pour renforcer son armée d'où la constitution de nombreux régiments d'indigènes (tirailleurs sénégalais, algériens, tunisiens etc) qui paieront un lourd tribut, notamment à la guerre de 1914-18.

3. La gestion capitaliste de la révolution économique
    Rappelons que dans une gestion capitaliste de l'économie,
les moyens de production sont du domaine de la propriété privée. Au départ, la  propriété est souvent aux mains d'une même famille clairement identifiée ensuite de quoi, dans bien des cas, l'ensemble initial se transforme en société par actions. La propriété bien que toujours privée est alors anonyme car elle est aux mains des actionnaires dont le nombre et l'identité peuvent  varier  avec  le temps.  Fondamentalement  le  capitalisme  est un  système  qui  se propose  de faire le maximum de profit pour un investissement donné d'où une tendance a payer le moins possible ceux qui travaillent à la création des biens sans se rendre compte que la loi d'airain des salaires* conduit à la crise économique; les biens produits ne trouvant pas suffisamment d'acquéreurs: c'est la crise de surproduction.
    Les  bases  théoriques  de  la  gestion  capitaliste  ont été mises en place au XVIII è siècle et sont à l'origine du
capitalisme sauvage dont les inconvénients ont été très précocement mis à jour dans le domaine social, d'où, tout au cours du XIX è siècle des ajustements  pour rendre plus humaines les façons de faire originelles. Les théories du capitalisme se sont mises en place dès le XVIII è siècle, en même temps que le capitalisme lui-même; à la différence des théories socialistes ce ne sont pas des théories a priori
.
3.1. Les précurseurs.
      François Quesnay(1694-1774). Créateur de l'école dite des physiocrates selon laquelle la terre est le source essentielle de toutes les richesses; c'est la nature qui régularise la production  et  les  échanges  sans  que  l'homme  ait  à  intervenir,  c'est  la  théorie  du "
Laissez faire, laissez passer, le monde va de lui-même'' (Vincent de Gournay - 1712/1759 -); le marché rétablira tout naturellement un équilibre bénéfique à tous . Pour les physiocrates la terre demeure la seule source des vraies richesses. Les physiocrates étaient opposés au mercantilisme* qui avait eu son heure de  gloire sous Louis XIV et dont Colbert (1619-83) avait été l'ardent défenseur.
      Adam Smith (1727-1790). La " Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations" (1776) constitue la bible du libéralisme classique. Partisan du "Laissez faire" Adam Smith est favorable à une libre circulation des biens sans aucune barrière douanière. Il considère qu'il est normal que l'on produise ce que l'on sait faire, vite, bien et au coût le plus bas; par contre il est plus avantageux d'importer si le produit en cause ne correspond pas à notre savoir faire. Il est donc, comme Quesnay, farouchement opposé au mercantilisme et à l'autarcie. A la différence des physiocrate A. Smith considère que  le travail est la principale source de richesse et que la terre n'est qu'un des éléments de cette richesse; de plus, pour A. Smith l'intérêt particulier génère la prospérité générale. L'État doit s'occuper de la défense nationale, de la justice et de sécurité publique ainsi que de quelques grands travaux (route, canaux, drainage etc) mais ne doit pas intervenir dans le domaine économique qui se règle automatiquement; c'est la théorie de "la main invisible" qui permet une autorégulation bienfaisante sans intervention du pouvoir politique.
3.2. Les pessimistes.
      
"La souffrance et le mal sont des avertissements de la nature dont on ne peut se débarrasser''
(The Economist, 13/05/1848)

Le pouvoir politique ne peut pas améliorer la situation des travailleurs car ce sont les travailleurs qui sont responsables de leur propre malheur.
Thomas Malthus (1772-1834). Dans son "Essai sur le principe de population" (1798), Malthus prétend que tous les maux économiques sont dus au fait que la population humaine s'accroît selon une progression géométrique (2,4,8,16) alors que les ressources que nous livre la terre s'accroissent selon une progression arithmétique (2,4,6,8); pour éviter la famine il faut donc limiter les naissances en conseillant les mariages tardifs et la chasteté.
David Ricardo (1772-1823) Il considère que les ressources de la terre peuvent s'accroître considérablement plus que ne le prévoyait Malthus, de plus, on peut freiner l'augmentation de la population par la contraception et l'émigration dans les colonies. Comme Malthus toutefois il considère que la surpopulation est le seul vrai problème car elle est à l'origine de l'accroissement des demandeurs d'emploi et, par suite, génère des bas salaires source de misère: plus il y a de sans emploi, plus le travail est bon marché. Remarquons que cette proposition se vérifie surtout pour le travail peu qualifié; elle a été carrément contredite par le fordisme qui considérait aussi les travailleurs comme des consommateurs qu'il fallait donc payer correctement. Résultat: durant la seconde moitié du XIX è et les trois premiers quarts du XXè siècle, aux EU, il y une cohabitation  de hauts salaires et d'un chômage important.
       La "science" de ces économistes pessimistes
(que l'on nomme parfois ''classiques'') a été baptisée  "dismal science" (science sinistre) par leurs adversaires. Par contre, les entrepreneurs sont assez favorables aux vues de Malthus et de Ricardo car les travailleurs étant cause de leurs propres malheurs, le patron se trouve dédouané de toute culpabilité et moralement en paix avec sa conscience !
       Notons enfin que
"L'origine des espèces" (1859) livre dans lequel Charles Darwin considère que l'un des moteur de l'évolution est la lutte pour la vie qui amène à la survivance des plus aptes, a conduit au darwinisme économique qui justifie la concurrence sans pitié du capitalisme sauvage; ce, à l'insu de Darwin lui-même qui avait été influencé par Adam Smith . . . .
3.3. Les partisans du capitalisme social.
      Pour ces économistes, il faut
répartir d'une manière plus juste les richesses sans oublier que pour les répartir ...  il faut qu'elles existent ! Pour ces auteurs, seuls des moyens de production du domaine privé peuvent générer de la richesse. L'État va donc intervenir, non dans la production mais dans la distribution  des gains qui seront répartis le plus équitablement possible. Ce capitalisme social, en Occident  tout au moins,  a rapidement mis  fin  au  capitalisme  sauvage  des débuts de l'industrialisation dont on peut avoir une idée en lisant  Dickens, Zola ou Gorki.
Jeremy Bentham(1748-1832). Pour Bentham toute action humaine est déterminée par la peine, que l'on cherche à éviter et par le plaisir que l'on cherche à atteindre voire à intensifier. Toute  déclaration abstraite telle que la déclaration des Droits de l'Homme lui paraît sans intérêt car il n'y a de réalité sociale qu'au niveau de l'individu dont le bonheur dépend d'initiatives privées. L'État ne doit intervenir que dans des cas extrêmes et en particulier quand la peine endurée par le plus grand nombre sert au plaisir d'une minorité.
John Stuart Mills (1806-1873). On peut considérer JS Mills comme le principal initiateur du capitalisme social. Dans son "Principes d'économie politique" (1848) il indique les différentes voies menant à une humanisation du capitalisme sauvage. Les travailleurs ont intérêt à former des syndicats, l'État doit assurer un enseignement gratuit, le droit de vote universel, et veiller à une juste redistribution des richesses générées par l'entreprise privée. Sur le plan de la démocratie il veut que l'on tienne compte aussi des minorités car il craint la tyrannie de la majorité.  En bref le "laissez faire" doit être domestiqué par l'État.  Les idées de JS Mills ont été appliquées en Europe et aux EU dès la fin du XIX è siècle. 

4. L'approche socialiste
   Le socialisme présente deux caractéristiques fondamentales: les moyens de production ne sont plus privés mais appartiennent à l'ensemble des citoyens; ils sont gérés soit par l'État soit par les travailleurs d'une entreprise donnée (autogestion); la production et la répartition des richesses sont entièrement planifiées.
4.1. Le socialisme''utopique''. Cette appellation péjorative a été forgée par les socialistes d'obédience marxiste qui se prétendent scientifiques. En fait le socialisme utopique est demeuré dans le domaine des idées et n'a fait l'objet que de quelques applications, très locales, limitées et de courtes durées; de plus, les moyens de production étaient encore en grande partie du domaine privé. Il faut cependant remarquer que les socialistes utopiques ont eu une certaine influence sur bien des entrepreneurs et que ce sont  les héritiers des Lumières. La raison est à l'oeuvre et construit a priori des systèmes économiques qui devront se plier au plan proposé un peu comme un architecte qui respecte le plan de l'édifice qu'il construit Les "Utopistes", comme les philosophes du XVIII è siècle,  croient à une amélioration possible de l'homme qui a une tendance naturelle à la solidarité ce qui l'entraîne à vivre en harmonie avec ses semblables dans la mesure où la société est organisée d'une manière juste et rationnelle.  Une société juste et paisible est à notre portée dans un avenir plus ou moins lointain, nous y parviendrons progressivement et pacifiquement en faisant prendre conscience à chacun du bien fondé d'une organisation rationnelle de l'économie. La plupart des expériences du socialiste utopique ne répondent pas à la définition du socialisme que nous avons mentionnée, toutefois on a pris l'habitude de les ranger dans cette catégorie.
Henri, Comte de Saint Simon
(1760-1825) a une confiance quasi absolue dans les mathématiciens auxquels revient la présidence du parlement qu'il nous propose; il considère que l'Europe devrait s'unir en une confédération, ce qui en fait un précurseur.     Prosper Enfantin, fondateur de la compagnie de chemin de fer PLM (Paris Lyon Marseille) ainsi que Ferdinand de Lesseps, qui a réalisé le canal de Suez sont des disciples de Saint Simon.
Charles Fourier (1772-1837). Se prenant pour le Newton des sciences sociales, Fourier prétend que les relations humaines sont régies par le principe de "l'attraction passionnelle" ce qui le conduit, entre autres, à préconiser une complète liberté sexuelle et à recommander des mariages tardifs, quand les passions se sont apaisées. Il est partisan de la création de petites unités économiques les phalanstères où règne l'harmonie indispensable au bonheur de l'ensemble. Tous les projets de Fourier furent voués à l'échec à très court terme. 
Robert Owen
(1772-1858). Devenu directeur d'une manufacture de coton à New Lawark (Écosse) il s'insurge contre le travail des enfants et les journées  trop longues et pense que l'on peut augmenter la productivité de l'entreprise en améliorant les conditions de vie des travailleurs. La réalité de cette affirmation a été maintes fois confirmée. A contrario, on sait que le servage (aboli en Russie en 1861) et l'esclavage (aboli aux E-U en 1865) généraient du travail mal fait et particulièrement lent.  Lawark est rapidement devenu un modèle de développement industriel: on n'y travaille que 10h30 (!) par jour, on ne fait pas travailler les enfants de moins de dix ans. Un système scolaire est mis en place dans lequel on applique les théories de Rousseau: éducation par l'observation de la nature, peu de recours aux livres, nombreux travaux manuels. Owen essaya d'appliquer ses théories aux EU, notamment dans l'Indiana à New Harmony. Bien que ses entreprises firent long feu, Robert Owen est l'un des rares utopistes qui connu un début heureux de réalisation.
Louis Blanc (1811-1882). C'est le seul socialiste utopiste qui demande que les travailleurs soient propriétaires des moyens de production, l'État étant le "banquier des pauvres". Louis Blanc se dégage du socialisme philanthropique et paternaliste et est considéré comme un précurseur authentique du socialisme "scientifique". Les ateliers nationaux de 1848 semblent être nés de ses idées; leur but était de donner du travail aux chômeurs
auxquels on faisait accomplir des travaux d'intérêt général. Les ateliers nationaux  se sont soldés par un échec et on invita les chômeurs à s'engager dans l'armée ou à émigrer aux colonies.  
Pierre-Joseph Proudhon
(1809-1865). Pour Proudhon " la propriété, c'est le vol "; en fait, il est pour un état très fortement décentralisé tendant vers le fédéralisme (prolongement de la tendance girondine) dans lequel chaque travailleur devient un producteur à son propre compte; on peut voir en lui un précurseur des partisans de l'autogestion.. Il est contre le prêt à intérêt ce qui le conduit à un certain antisémitisme. Il est pour l'instauration d'une banque du peuple qui prêterait sans intérêt. Très suspicieux envers l'État il tend vers l'anarchie. Il souhaite que tout travailleur puisse se hisser au niveau  économique de la bourgeoisie dont il ne souhaite nullement la destruction ce qui l'oppose farouchement à Marx. La publication de "Philosophie de la misère" (1846) lui vaut une réplique cinglante de Marx: "Misère de la philosophie". Marx ne tolérait pas que Proudhon puisse envisager une certaine "collaboration de classes". Notons que l'idée de prêt sans intérêt est reprise aujourd'hui dans certains pays du tiers monde pour des petits montants qui  remplacent l'accumulation primitive de capital; on prête sans intérêt pour mettre en route une petite entreprise qui remboursera dès qu'elle commencera à faire quelques bénéfices. Ceci  permet la création d'entreprises qui n'ont pas besoin de matériel coûteux. Rappelons que, a contrario, pour mettre sur pied une entreprise nécessitant un important matériel il faut faire appel à des actionnaires qui, ensemble, arrivent à constituer les sommes nécessaires à un gros investissement initial avec des bénéfices différés. Pendant la mise en place d'une grosse entreprise il faut bien cependant payer le personnel; l'investisseur doit alors penser à moyen et long terme. Il doit se départir d'une partie de ce qu'il possède en faisant confiance à l'avenir. Notons que dès lors que l'on investit dans une entreprise au moyen d'actions, on prend le risque d'un échec concernant le lancement de ladite entreprise pouvant conduire à une perte de l'investissement. Tout achat d'actions comporte un risque.

 4.2. Le socialisme "scientifique" et la sociale démocratie
       Karl Marx (1818-1883). De même que Fourier croyait avoir trouvé la loi fondamentale de la sociologie dans "l'attraction passionnelle" Marx veut tout expliquer par "la lutte des classes" qui serait la clé de l'évolution historique du genre humain (féodaux contre bourgeois puis bourgeois contre prolétaires). Marx se veut scientifique ce qui ne l'empêche pas d'être effroyablement dogmatique et l'observation qu'il fait de la société dans laquelle il vit est très sélective: il retient ce qui arrange sa théorie et  est aveugle au reste.
       La théorie: Elle est exposée dans 
"Le manifeste du parti communiste" (1848) que Marx rédigea avec Friedrich Engels (1820-1895). D'après Pierre Kropotkine, Marx se serait largement inspiré de Victor Considérant pour rédiger son manifeste. D'après le Manifeste, les capitalistes en cherchant à faire le maximum de profit génèrent des crises économiques cycliques car comme ils ne paient pas suffisamment leur main d'œuvre, ils créent un excès de biens qui ne trouvent pas de clientèle solvable. Il en résulte un mélange explosif de patrons de plus en plus riches et de prolétaires de plus en plus pauvres qui conduit à un ordre injuste qui sera renversé par une  révolution violente: l'évènement sera brusque, rapide, irréversible et débordera les frontières pour devenir international dès que la classe laborieuse aura pris conscience de la force que constitue son unité: " prolétaires de tous les pays unissez-vous "". Désormais maîtres des moyens de production, les travailleurs pourront alors organiser la production compte tenu des besoins de chacun et arriver à une société harmonieuse, sans État: la société communiste. Entre temps, la frange la plus éclairée  des travailleurs exercera une dictature bienfaisante sur l'ensemble de leurs camarades, pour le bien de tous: c'est la dictature du prolétariat qui se veut transitoire. La société communiste finale sera une société sans classe, donc harmonieuse, et sans conflit, l'histoire aura perdu son moteur essentiel (la lutte des classes) et seules les inventions et découvertes scientifiques et techniques pourront en modifier son cours . . .  C'est dans son œuvre maîtresse, "le capital ", dont le premier tome est publié en 1867 que Marx développe les idées qu'il avait rapidement exposées dans "le manifeste". Marx reprend l'idée de Hegel mais l'applique à l'histoire dans ce que l'on appelle le matérialisme dialectique.  Pour Hegel (1770-1831)  le fonctionnement de l'esprit se fait selon un mode dialectique résumé dans le célèbre aphorisme: thèse, antithèse, synthèse
Critique: très vite les prolétaires ont compris qu'ils avaient intérêt à s'organiser pour contrer l'action de la classe possédante. Cette dernière,  notamment en Allemagne, a rapidement lâché du lest ce qui a conduit à des lois sociales qui ont amélioré progressivement la condition des travailleurs alors que Bismarck était chancelier . Marx a dénigré ce type de transformations en prétendant qu'elles n'étaient que le résultat provisoire d'une collaboration de classes
sans importance pratique véritable. En fait, c'est à cause de ces lois sociales que les ouvriers allemands n'ont pas embarqué dans la révolution prolétarienne de 1917-18: ils n'avaient pas intérêt de risquer d'abandonner ce qu'ils avaient durement acquis. Une révolution, certes, leur promettait mieux, mais au risque de perdre transitoirement (c'est ce qu'on voulait leur faire croire) ce qu'ils possédaient déjà. L'évolution progressive qui s'est produite en Allemagne est le fait de dissidents du marxisme, les  sociaux démocrates* qui avaient le même objectif final que les marxistes à savoir la propriété commune des moyens de production et finalement la disparition de l'État menant au communisme. À la différence des marxistes ils préconisaient une transformation progressive, légale et non violente. Au cours du XX è siècle, partout où il y a eu un progrès social, c'est la tendance sociale démocrate qui a prévalu; par contre, pas un seul pays ayant adopté la voie révolutionnaire marxiste, tant en Russie que dans l'Europe de l'Est et, plus tard, en Afrique ou en Asie n'a pu se hisser au niveau des pays qui avaient adopté une voie plus nuancée. Actuellement les pays qui s'accrochent au marxisme tels la Corée du nord et  Cuba connaissent de terribles difficultés économiques sous des régimes dictatoriaux bloquant tout progrès; ces pays font figure de fossiles vivants (ou espèces relique !). 
Dans de nombreux pays, la tendance sociale démocrate a pris la forme du
capitalisme social avec lois sociales et certains moyens de production qui appartiennent au privé, d'autres à l'État, d'autres enfin à la fois au privé et à l'État (sociétés mixtes. exemple en France, l'EDF).  Ce système mixte, sans cesse remis en question mais  toujours bien vivant a permis des avancées sociales considérables: salaires décents, sécurité sociale, éducation gratuite, tout en garantissant la liberté individuelle, l'égalité devant la loi et une relative abondance des biens.  La solution mixte du capitalisme social est certes imparfaite, mais elle a le mérite d'exister et de pouvoir éventuellement se bonifier.
     En bref Marx a très bien observé et compris les tares du capitalisme du début de l'ère industrielle ce qui a fait dire à
Raymond Aron que Marx était surtout une excellent analyste du capitalisme industriel à ses débuts. Pour le reste Marx a eu  tort de se livrer à des extrapolations qui ne tenaient compte ni de l'action syndicale ni des nationalismes que le printemps des peuples *
(1848) avait exacerbés. L'internationalisme pacifique des prolétaires, prôné  par Jean Jaurès, a été balayé par le nationalisme et la guerre de 1914-18, guerre civile européenne, qui n'a pu être évitée. Notons enfin qu'après la disparition de Marx, la marxisme  a été mis en défaut par certains Américains et notamment  Henry Ford (1863-1947) qui a vite compris que pour éviter les crises de surproduction il fallait que les ouvriers producteurs deviennent aussi des consommateurs, d'où, aux E-U, comme déjà dit,  un état de fait qui était en contradiction avec le marxisme à savoir: des hauts salaires qui cohabitaient avec un abondant chômage.
Bien d'autres solutions ont été proposées pour adoucir les dures conditions que le prolétariat a connues tout au long du XIX è siècle, lors du difficile accouchement de la société industrielle actuelle.
Auguste Blanqui (1805-1881) était partisan de l'élimination physique des gouvernants au service de la propriété privée et du capital et participa très activement aux révolutions de 1830 et de 1848 tout en s'engageant dans la Commune de Paris (1870-71); il passa 40 ans en prison et son action n'aboutit à rien de durable. Blanqui partisan d'une "iminorité agissante" exerçant une dictature transitoire pour mettre à terre la bourgeoisie et le capitalisme a influencé Lénine et a lui même été influencé par Gracchus Babeuf (Guillotiné en 1797) qui avait conspiré contre le Directoire (Conspiration des Égaux, décrite par Filipo Buonarroti -1761-1837).
Le Prince Pierre Kropotkinee
(1842-1921) était pour une abolition complète de l'État et de la propriété privée; l'organisation de la société devait consister en de petits ensembles de production dans chacun desquels on aurait dû travailler dans la paix que quelques heures par jour tout en pouvant réussir sa vie sans nuire à autrui.
Bakounine (1814-1876) qui fut de la Première internationale (1864) était pour une révolution violente immédiate permettant la réalisation des utopies de Kropotkine. Bakounine ne faisait aucune confiance aux États mais croyait aux syndicats de travailleurs qui peuvent arriver à leurs fins par la grève générale, arme suprême de l'action politique. Bakounine et Kropotkine ont beaucoup influencé des Nihilistes russes de la fin du XIX è et du début du XXè.
       Le terrorisme comme moteur du changement de la société a fait un certain nombre de victimes à la charnière du XIX è et du XX è: Assassinats d'
Alexandre II
en 1881 (Tsar de Russie) de Sadi Carnot en 1894 (Président pendant une partie de la  3 è République française), du roi Humberto d'Italie (1900), du président des EU Mc Kinley (1901)
Georges Sorel (1847-1922), dans "Réflexion sur la violence" (1908) essaie de donner une base théorique à l'anarcho-syndicalisme mais son action fut vite oubliée dans le grand bouleversement qu'allait amené la Grande Guerre de 1914-18.
       Enfin, les 
Démocrates Chrétiens ayant pour porte voix le pape   Léon XIII
, (Pape de 1878 à 1903), voulaient que l'on revienne à l'état d'esprit des premiers chrétiens... Les Démocrates Chrétiens ont eu leur heure de gloire en France (MRP) et en Italie, après la guerre de 1939-45.


CONCLUSION

La révolution économique du XIX è siècle est bien  plus importante que les révolutions politiques qui se sont produites dans le passé. Pour ce qui est du monde occidental, il y avait finalement assez peu de différence entre un paysan de l'antiquité et un paysan  du XVIII è siècle; tous deux étaient très marqués par le jeu des saisons, par la traction animale, par les épidémies, par le taux de mortalité élevé des parturientes et des enfants en bas âge, par les disettes voire les famines. Par contre quel contraste entre un paysan de la fin du XVIII è siècle et un  prolétaire du début  du XX è qui connaît la machine à vapeur, les début de "la fée électricité", le télégraphe, les vaccinations, les chemins de fer et une vie tout entière détachée de la terre tout en bénéficiant d'une espérance de vie à la naissance de plus en plus longue.  La révolution économique a été douloureuse pour la grande majorité de ceux qui y ont participé, mais elle est à l'origine de véritables changements matériels qui ont amélioré la vie de chacun tout en laissant espérer des lendemains encore meilleurs. . .qui ont été malheureusement  entachés de guerres atroces, les travailleurs s'étant fait piéger par le nationalisme ... et par certaines idéologies (nazisme, fascisme, communisme). La pavlovisation n'a pas que des bons côtés !
Sur le plan social on peut déplorer que les
énormes gains résultant  du surplus de  travail engendré par l'utilisation des énergie fossiles ne soient pas distribués d'une manière plus juste entre les travailleurs. Une seule chose est équitablement partagée: la pollution !!

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© Les Fiches à Berca. Dernière mise à jour: 28/08/2014

   

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Entropie et néguentropie. Il y a une augmentation de l'entropie quand le désordre de la matière augmente c'est le cas dans les phénomènes de respiration, de fermentation et de combustion.  Ces phénomènes s'accompagnent d'une libération d'énergie. Tout phénomène conduisant à une mise en ordre de la matières est dit néguentropique. Le grand phénomène naturel de mise en ordre de la matière est la photosynthèse qui, à partir de l'eau, du bioxyde de carbone (= gaz carbonique) et des nitrates permet l'élaboration des matières organiques que nous consommons: glucides, lipides et protides. Dans le cas de la photosynthèse l'énergie utilisée est d'origine solaire. Dans tout être vivant (y compris chez les végétaux) il y a à la fois des phénomènes d'entropie et de néguentropie; à la mort l'entropie prend le dessus, on se dé-compose.                                    

 
Angleterre: d'une manière abusive mais cependant consacrée, on nomme Angleterre non seulement une région particulière du pays mais l'ensemble du royaume Uni.                                                                
                                                                                                                                                                                                                      

Guano: accumulation fossile de fiente et de cadavres d'oiseaux marins, particulièrement abondant au Chili, et servant d'engrais  Le guano est riche en phosphates et en nitrates. Aujourd'hui le guano du Chili est pratiquement épuisé.
                                                                                                                                                           
           

 

Enclosures: en Angleterre, durant le XVIIIè siècle la plupart des terrains communaux pouvaient être utilisés par les paysans pour y faire paître leur cheptel. Ces champs (open field) ont été progressivement enclos d'où un appauvrissement des petits paysans qui n'avaient plus de quoi nourrir leurs bêtes. Ruinés, nombreux sont ceux qui se sont "réfugiés" dans les villes où ils ont constitué une main d'œuvre bon marché.
                                                                                                                                                                                             Mercantilisme: théorie qui prétend  que la richesse d'un État est  dû  essentiellement  à  une abondante  réserve de monnaie métallique (argent et or) et qui tend, pour des raisons essentiellement militaires, à l'autarcie (Il faut être le plus possible autosuffisant et réduire les importations au minimum nécessaire). Il faut lutter contre la concurrence des autres pays en augmentant les tarifs douaniers des produits importés et veiller, par un contrôle strict de l'État, à la qualité des produits que l'on exporte. L'État possède certaines manufactures qui doivent être des modèles en ce qui concerne la qualités de ce qui y est produit.  Sur le plan politique, le mercantilisme nécessite un pouvoir central très fort et tend  à décourager les initiatives privées.
                                                                                                                                                                                                                          

Loi d'airain des salaires. Cette loi consistait à payer les travailleurs le moins possible, juste suffisamment pour pour qu'ils puissent survivre. La loi d'airain des salaires fut violemment combattues par Ferdinand Lassalle  (social démocrate allemand) qui avait compris que tout producteur devait être aussi un consommateur de manière à éviter les crises de surproduction. Ford a repris certaines idées de Lassale

Sociaux démocrates. Le parti social démocrate, initialement marxiste fut fondé  en 1869 par Liebknecht et Bebel;  en 1875, Ferdinand Lassalle, apôtre de la non-violence, donne à ce parti une nouvelle orientation: amélioration de la conditions ouvrière par des réformes progressives et pacifiques menant finalement au socialisme. Les sociaux démocrates furent le moteur de la Deuxième Internationale fondée en 1889. Rappelons que la Première Internationale  ne dura que douze ans (1864-76) et  éclata suite aux dissensions entre marxistes et anarchistes. La seconde Internationale fut dissoute en 1923, c'est elle qui instaura le 1 er mai comme fête internationale du travail.
                                                                                                                                                                                                                             

Printemps des peuples. Suite à la révolution française de 1848, bien des peuples ont pris conscience de leur identité propre et se sont rebellés contre le pouvoir étranger dont ils dépendaient, dans une sorte de réveil nationaliste: Italiens, Tchèques, Hongrois contre l'Autriche. Pour les Allemands, toujours dispersés, la constitution d'un État fort dans lequel ils seraient regroupés est devenu un objectif désormais à leur portée.
                                                                                                                                                                                    

Révolution de 1848 en France: elle aboutit à la chute de Louis Philippe et à l'instauration de la 2 è République dont Louis Napoléon Bonaparte (Neveux de Napoléon 1 er) fut le président.  Le 2/12/1851, Louis Napoléon organisa un plébiscite qui lui permet de se maintenir au pouvoir alors même que son mandat de président était terminé.  Le 2/12/1852 il fit un coup d'État et fut proclamé empereur. La Révolution de 1848 était terminée.