Souvenirs
et Divagations de Monsieur Gaston
![]()
"CHARLES
TRENET"
![]()
J'ai
déjà rencontré Charles Trenet en chair et en os.
Je
vous ai déjà parlé de Jacques Lachance, notre Don Juan, qui l'imitait à la
perfection.
Mais
là, c'était le vrai, le seul, l'unique . . .
Je
n'avais à l'époque que vingt ans. J'étais très impressionné d'aller l'entendre en
concert.
Je
n'étais pas encore blasé des vedettes locales, nationales et internationales
que j'allais rencontrer plus tard, au cours de ma carrière, comme représentant,
directeur de la promotion et finalement directeur des ventes pour les
compagnies de disques pour lesquelles j'ai travaillé.
"Dolbeau,
Lac St-Jean."
J'étais
alors représentant pour une compagnie de cigarettes, la "Rock City
Tobacco". J'y faisais mes premières armes comme vendeur.
Le
soir venu, à Dolbeau, c'était la mort dans la ville. "On roulait les
trottoirs pour la nuit," comme l'on disait. Personne sur la rue, à peine
un ou deux restaurants ouverts, pour y prendre un café avant d'aller se
coucher.
Je
logeais alors à l'hôtel Manoir, qui était tenu par Jos Dufour. Il mesurait cinq
pieds et trois pouces, était gras comme un boudin, jovial, toujours le sourire
aux lèvres et la repartie facile. Il ne se gênait pas pour servir du vin et de
la bière "sous la table," car il n'avait pas de permis de vente de
boissons alcoolisées.
C'était
aussi l'endroit idéal pour manger du
"steak
des bois,"
comme
il disait, sa façon à lui de désigner la viande d'orignal. Son congélateur en
était toujours rempli. Je crois que c'était sous l'oeil bienveillant des
policiers de la police provinciale et des garde-chasses, qui de temps en temps
se permettaient de venir en déguster un repas à son hôtel.
Monsieur
Trenet lui, couchait à l'hôtel de la compagnie de papier, hôtel de luxe, qui
hébergeait des employés de passage, surtout des membres de la direction, mais,
était aussi ouvert au public. Un endroit chic.
Trenet
donnait ce soir-là un spectacle au théâtre local. La salle était bondée. Des
dignitaires de la ville, des commerçants, et des gens qui étaient venus de
plusieurs villages à la ronde pour rencontrer leur idole.
Le
spectacle, qui débute avec quelques minutes de retard, se déroule sans
anicroche. Trenet interprète ses plus grands succès, c'est le délire. Vient
"l'intermission." Je me rends à l'arrière du théâtre, où l'on vend du
chocolat, du mais soufflé, et des liqueurs douces.
Et
qui arrive au comptoir?
Monsieur
Trenet en personne.
Il
commande un Coca-Cola, qu'on lui présente dans sa bouteille d'origine et là, il
s'écrie avec son accent méditerranéen:
«Mais
qu'est ce que c'est çà? On ne peut pas avoir de verre ici?
Mais
les gens d'ici, ce sont des sauvages.
On
ne boit pas à la bouteille comme çà, allez me chercher un verre.»
Il
n'y avait pas que des dignitaires à ce concert.
Il
y avait aussi des bûcherons, et de vrais sauvages comme il disait, des Indiens
de la réserve de Mistassini, qui eux aussi étaient venus assister au concert.
Un des bûcherons bâti comme une armoire, le prends par le devant de sa veste,
le soulève de terre.
«On
va te montrer si on est des sauvages "icite", maudit Français.
Tu
ne viendras pas nous montrer comment vivre chez nous.»
C'est
un Charles Trenet, à moitié mort de peur, que ses gardes du corps ont récupéré,
afin qu'il puisses terminer la deuxième partie de son spectacle, après s'être
excusé. Je crains qu'il n'y ait plus jamais eu le même enthousiasme à Dolbeau,
lors de ses spectacles subséquents.
![]()
Vous
avez aimé cet extrait de mes
"Souvenirs
et Divagations"?
Vous
pourrez en retrouver les 45 chapitres dans mon livre


en
vous le procurant chez l'auteur à l'adresse suivante:
![]()
GASTON
CAREAU
44
Gai Rosier
Beloeil,
QC. Can.
J3G
2C9
au
prix de 12.50$ Can. l'unité plus 2.50$ pour frais d'expédition.
Pour
expédition hors Canada, ajouter 1.00$ Can.
à:
![]()
Bonne
Lecture
![]()