Les Souvenirs de Monsieur Gaston

"ELVIS PRESLEY"

Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi Elvis n'était jamais venu au Québec?

Je vais vous le dire.

J'en étais à mes débuts chez RCA Victor dans le temps que la compagnie s'appellait ainsi. J'étais vendeur, représentant de la division des disques. Je devais faire la vente de leurs produits chez les disquaires, leur promotion dans les différents postes de radio et de télévision de la province de Québec.

Elvis commençait à être un peu connu  au Québec. Malheureusement pour lui, (et pour moi), je devais me battre avec les différents postes de radio pour faire tourner ses disques.

Non pas parce qu'il chantait en Anglais dans une province française, mais bien parce qu'il était un mauvais exemple pour la jeunesse.

C'est ce que l'on me donnait comme excuse pour ne pas le faire tourner. Mais la télévision commençait à prendre une part du marché. Elvis était passé au Ed Sullivan's

"Toast of the Town,"

émission qui était en compétition avec l'émission française du dimanche soir de Radio-Canada qui avait comme hôtesse Michèle Tisseyre:

"Music Hall".

La première chanson que j'avais réussi à faire tourner était

"I Want You, I Need You, I Love You."

C'était une ballade qui n'avait rien de provoquant. En peu de temps, elle était devenue un succès, suivi par la chanson thème de son premier film,

"Love me Tender".

Je me souviens d'avoir vu ce film à Québec,au Théâtre Capitole, que Guy Cloutier, le gérant des "P'tits Simard" et autres a rénové il y a quelque temps à coup de subventions gouvernementales, à même nos taxes, ce au nom de la culture. Mais Guy est un très bon homme d'affaire, s'il faut blâmer quelqu'un, ça n'est pas lui.

Elvis était le plus mauvais acteur qu'il m'ait été donné de voir dans un film. Les gens riaient à gorge déployée, même dans les scènes qui étaient supposées être tragiques. Mais, lorsqu'il chantait, les gens applaudissaient.

Les Québécois ont toujours su reconnaître le vrai talent, quelquefois après les autres, comme pour Felix. Mais mieux vaut tard que jamais.

Et Elvis, c'était du talent.

Ma tante Gilberte, qui était dans la quarantaine avancée à l'époque l'avait vu à Ed Sullivan. Elle disait:

«Il est beau comme un Dieu Grec, et ce qu'il bouge bien...»

Un jour je retourne au bureau vers quatre heures et trente de l'après-midi. Le gérant de la succursale, Lucien Trottier me dit:

«Gaston, tu as un message! Le Colonel Parker. Je crois que c'est le gérant d'Elvis Presley. Il voudrait que tu le rappelles. Voilà son numéro.»

Mon anglais n'est pas encore très bon, mais je fais contre fortune bon coeur, je retourne son message. C'est lui qui me répond.

«Nous voudrions qu'Elvis donne son spectacle à Québec. Quel est le plus grand auditorium?

-Le Colisée, (oui, celui que Maître Aubut trouvait trop petit pour ses Nordiques)

-Comment est ce que je puis entrer en contact avec les propriétaires?

-Le Colisée appartient à la Ville de Québec. Je vais prendre les informations, je vous rappelle pour vous donner les cordonnées.»

Je me renseigne à l'Hôtel de Ville de Québec, lorsque je suis en possession des informations, je le rappelle.

Nos élus n'ont jamais voulu louer le Colisée pour un spectacle d'Elvis, car d'après eux,

«IL ÉTAIT UN MAUVAIS EXEMPLE POUR LA JEUNESSE.»

Belle mentalité que nous avions à cette époque. Mais est ce que après quarante ans, ça a beaucoup changé? Je vous le demande.

Le Colonel s'est rabattu sur Ottawa. Les postes de radio de Québec, qui deux mois plus tôt ne voulaient pas jouer ses disques sur leurs ondes, organisaient des concours, louaient des autobus, pour transporter leurs auditeurs de Québec à Ottawa, pour entendre et voir Elvis se déhancher.

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Bonne Lecture