
Tu vois, c'est celà. Tout un groupe d'humains. Ils
te regardent , et ne se reconnais-
sent pas. Ils sont tellement mieux que
toi. Eux peuvent regarder vers l'avenir. Il
n'est surtout pas question
de retourner vers le passé. Un passé qu'ils nient. Ils se-
raient
les seuls à penser. Pourtant tu as un avantage énorme sur
eux. Ils sont éphé-
mères. Toi, ou alors tes soeurs
allez leur survivre. Et bientôt tous ces regards
hautains ne seront
plus que souvenir.
Ils ne se reconnaissent pas. Ils sont tellement mieux que
toi. Eux sont délicats, sou-
ples, mous. Toi, tu es dure, sans aucune
délicatesse. Ils appréhendent ton contact, car
ils en sortent
le plus souvent brisés. Alors que chez toi rien ne semble changer,
tu en
ressors sans aucune meurtrissure. Et sans autre changement apparent
non plus.
En
se comparant à toi, ils croient qu'ils sont d'une
autre nature. Qu'ils sont fabriqués
d'un matériau différent.
Pourtant en pratique ils vont se retrouver d'ici une centaine
d'années
au mieux en poussière, et il ne sera pas possible de distinguer
cette pous-
sière de celle que tu produis à la suite de l'érosion
par exemple. Dans une éprou-
vette, il n'y a aucune différence.
Eux sont transformés par leurs rencontres avec
d'autres corps. Ils portent en eux la L'humain préfère se rappeler du futur. Il aime se rappeler
le résultat de ses actions,
Comme d'habitude, les humains ont l'impression d'avoir réinventé
le monde. Rien
Pourtant l'évolution procède régulièrement
de la même façon. Il y a apparition d'un
Si on se fie à l'histoire de l'univers, il faut cependant prévoir
une intégration de plus
On peut prévoir d'autres intégrations de plus en plus poussées.
Les superorganismes
Mais peut-être tout cela n'arrivera tout simplement pas. Au fond
pourquoi l'évolu-
Et cela lui permettrait d'oublier son passé. Passé où
se trouve le sens de sa nature. Sa famille animale porte le nom de primate. "Première". On ne
saurait trouver un Mais au fond ce n'est qu'un simple animal, un parasite de la plante,
un pou de plante. Par contre tous ces êtres vivent. Et ils tirent grande gloire
de cette caractéristique.
D'ailleurs il faut bien avouer que l'univers ne s'arrête pas là. Les molécules ne sont
Au fond l'humain est bien prêt à se classer parmi l'ensemble
des autres êtres. Mais Pourtant il ne saurait reconnaître la pensée même
chez son voisin. Qu'est-ce qui lui La pensée est un phénomène interne. Ce n'est que
par extrapolation que l'on peut Ce n'est pas qu'une plante pourrait réfléchir de la même
façon que l'humain. La Mais si on rejette l'explication de l'ajout d'une âme, il
va falloir admettre que tout
L'humain a beau ne pas se reconnaître en toi, au fond il n'est
qu'une pierre molle.
Yvon Cayouette
Chicoutimi, 22 mars 1999.
somme de leurs expériences.
Une somme parfois difficile à assumer, mais qui leur
laisse l'impression
d'avoir grandi. Au fond on se console comme on le peut. Tous
ces souvenirs
sont douloureux. Et l'humain cherche par tous les moyens à s'en
débar-
rasser.
surtout lorsque ce résultat l'avantage.
Il a inventé de nouveaux moyens de commu-
nication. De ce temps-ci,
il n'en a que pour Internet: un lien électronique entre
tout un
groupe d'ordinateurs partout sur la Terre. Théoriquement le lien
pourrait
être étendu à tous les ordinateurs du monde.
Évidemment plusieurs pays ont limité
ce droit. D'autres n'ont
carrément pas les ressources nécessaires pour établir
les
bases nécessaires à ce nouveau lien.
ne saurait égaler ce nouveau jouet de l'humanité.
Jouet qui leur permet une aug-
mentation individuelle des ressources du savoir,
ainsi que l'accès à des échanges de
biens et services,
ou même l'addition de nouveaux moyens de diversion, individuels
ou
collectifs. Ce serait là un produit unique, résultat d'un
esprit transcendant et au
service de celui-ci.
nouveau lien de communication,
suivi à plus ou moins long terme de la naissance
d'un nouveau palier
d'existence. L'humain n'est que l'un de ces paliers. Pour l'ins-
tant c'est
presque le palier supérieur. Il se plait à dire qu'il
est le palier supé-
rieur, en oubliant l'existence de la société,
palier nécessaire à sa propre existence.
Au fond, seuls les
hyménoptères (les abeilles, guêpes et fourmis) sont
plus dépen-
dants de la société que l'homme. Il ne faut
pas oublier que chez l'homme la période
de dépendance est
d'au moins une douzaine d'années. Et les hommes qui se disent les
plus évolués s'empressent d'ajouter à cette période
de dépendance. Cela peut aller
jusqu'à une vingtaine d'années
avec le Cegep, encore plus si on pense à l'Université.
Et
le cycle recommence. Il faut autant de temps pour assurer l'existence
de la des-
cendance. Ensuite il reste à attendre la fin. Malgré
cela, l'homme se plaît à se penser
le centre du monde, et à
se dire que la société n'est qu'un outil à son service.
Il ajou-
te aux liens qui le rattachent à l'ensemble de l'univers,
et se pense indépendant de
tout.
en plus poussée de la société
et des sociétés entre elles. C'est ce que nous permet de
prévoir Internet, ce lien qui se tisse entre chacun des ordinateurs
de la planète. Cela
permet à l''individu d'être en
liaison presque instantanée avec un nombre de plus en
plus grand
d'autres individus. À la fin on se trouvera avec un village global des
hu-
mains, comme le prévoyait Marshall McLuhan, ou si on préfère
avec un superor-
ganisme dont l'individu ne deviendra
que l'équivalent d'une cellule. À ce moment-là
la
personnalité de chacun n'est qu'une composante de la superpersonnalité
de l'uni-
vers.
ne deviendront à la longue qu'une particule
de métaorganismes encore plus comple-
xes. On peut prévoir
que tranquillement apparaîtra une structure unique parce
qu'elle
comprendra l'ensemble de l'univers. On en sera alors au point Omèga, à
la
fin de l'évolution annoncée par Teilhard de Chardin. Normalement
ce serait la fin de
l'histoire. Et l'humain serait alors perdu dans le
grand univers.
tion serait-elle à sens unique? Pourquoi
tout ce qui semble s'organiser jusqu'ici ne
commencerait pas à
se détruire sous ses forces intérieures? Le monde n'est peut-être
qu'une étape entre deux trous noirs.Et l'organisation deviendrait
un fait divers du
grand chaos éternel. Qu'est-ce qui amène
l'humain à croire que l'époque actuelle est
représentative
de l'ensemble du déroulement de l'univers sinon le fait que cela
l'ar-
rangerait particulièrement?
Évidemment il se glorifie de descendre
des primates. Sans se rendre compte que,
pour descendre, il faut avoir
été plus haut. Il ne peut même plus grimper aux arbres:
il a perdu deux mains dans l'évolution, et les a remplacées
par deux pieds. Il ne peut
même plus se laisser vivre sans problème.
Il est mal programmé, et doit toujours
chercher les bases de sa
programmation. Il doit se former un système de valeurs, et
passe
sa vie à se demander si par hasard il n'aurait pas fait une erreur
en le cons-
truisant. Ce qui le rend particulièrement sujet au suicide.
Au fond il manque de
stabilité.
meilleur nom pour sa famille immédiate. Peut-être
peut-il convenir à ces descen-
dants d'insectivores qui ont commencé
à chasser dans les arbres parce qu'il y avait
trop de concurrence
au sol. Une famille qui a dû laisser de côté l'analyse
chimique
des odeurs parce que celle-ci ne lui donnait aucun avantage dans
les arbres. Elle
n'avait pas les ailes qui lui auraient permis d'en retrouver
la source. Elle a dû pallier
à cette faiblesse en développant
une vision de la distance des objets. C'est ce qui l'a
obligé à
développer à outrance ses centres nerveux, et qui nous a
amené ce singe à
grosse tête que l'on appelle humain.
Car la grande différence entre l'animal et la
plante, c'est que seule cette dernière
peut fabriquer sa propre
nourriture. C'est la tâche de la fonction chlorophyllienne.
L'animal,
et nécessairement l'humain, ont perdu cette faculté essentielle.
Ils ne peu-
vent se nourrir que qde plantes, ou alors d'autres animaux qui
eux auront ingurgité
des plantes. Il n'est pas question de l'animal
supérieur à la plante, mais bien de la
plante supérieure
à l'animal. Et le mouvement plus rapide de l'animal ne sert qu'à
se
rapprocher de sa source de nourriture. L'humain est un parasite perfectionné.
Pourtant, la vie chimiquement n'est qu''une
série de réactions incomplètes parce que
survenant
chez des molécules de poids élevé. Toute réaction
chimique chez un être
vivant suppose des sucres, des protéines,
des ADN ou ARN de poids élevé, compre-
nant de multiples atomes.
Comme la réaction se produit au niveau de l'atome, elle ne
change
pas fondamentalement la molécule. Le vivant se résume à
un non-vivant
complexe.
que des assemblages d'atomes. Ceux- ci à leur tour sont des complexes de particu-
les, qui dans bien des cas sont des ensembles de quarks,
que l'on espère décortiquer
en éléments encore
plus simples. Mais n'allons pas trop loin. Le gigantisme molécu-
laire
ainsi que la présence d'une quantité appréciable d'eau,
qui permet le transport
de tous ces éléments chimiques font
des êtres vivants des pierres molles.
il se réserve d'être différent.
Lui seul pourrait penser. Et cela suffirait à le séparer
de sa parenté. Il pourrait trôner au-dessus des autres animaux
(au moins la plupart),
des plantes et évidemment des pierres. Car
il n'accepte aucune filiation avec toi. Aus-
si croit-il régler le
problème une fois pour toutes. Les êtres inanimés ne
pensent
pas. Et lui grâce à une âme, à un principe
extérieur quelconque jouirait d'un destin
unique, la possibilité
de penser.
permet d'établir la réalité
de la pensée dans ce "çà" qu'il accepte comme égal
à lui?
Au fond, rien. La pensée n'a pas de couleur particulière,
elle n'allume aucune diode
lorsqu'elle fonctionne. Elle ne s'entend pas,
et n'émet pas d'odeur. Cela ne se mange
pas, et ne se touche pas
plus. Pire on découperait le "çà" en morceaux qu'on
ne sau-
rait trouver le moindre indice de la pensée. On pourrait très
bien se trouver en pré-
sence d'un androïde du dernier modèle.
Deux milles dollars en primeur exclusive
chez Future Shop. Malgré
tout il va accepter de croire que l'autre pense. Parce que
parfois l'autre
semble agir parfois comme lui le ferait, et parce que ce serait vrai-
ment
moche de passer sa vie tout seul.
l'accorder à d'autres êtres.
Mais quels sont les critères qui permettent de le faire?
Au fond
seule la ressemblance à soi-même permet de discriminer les
êtres pensants.
Ce n'est pas un critère concluant, c'est
le seul que l'humain possède à moins de réus-
sir à
pénétrer la pensée de l'autre. Le cerveau n'est qu'un
amas de cellules nerveu-
ses, cellules formées elles aussi par l'unique
cellule originale. Il existe aussi des êtres
dont les neurones ne
sont pas connectés entre eux. Est-ce qu'ils pensent? Certaines
plantes démontrent un comportement plus complexe que bien des animaux.
On n'a
qu'à penser au tournesol d'une part, et à la moule
d'autre part. Pourquoi refuser au
tournesol ce qu'on est prêt à
accorder à la moule? C'est encore pire au niveau des
unicellulaires:
les cellules végétales sont plus complexes que les cellules
animales.
réflexion suppose un degré
de complexité qu'on ne saurait retrouver que chez des
animaux supérieurs.
L'essentiel pour penser est de pouvoir avoir des images, des
représentations
internes du monde extérieur. Au fond peut-être l'image et
la pen-
sée ne sont-elles que la
face interne de tout mouvement, de tout transport d'énergie.
Il
est plus facile de supposer l'existence d'une image simple chez tout être
que de
comprendre la mécanique d''implantation de l'âme pour
l'ensemble des êtres pen-
sants. Sans compter les problèmes
liés à la survie ou non de l'âme après la mort.
Qu'est-ce qui en advient? Y a-t-il enfouissement dans un dépotoir
quelconque, re-
cyclage (réincarnation) ou alors vie ultérieure?
être quel qu'il soit pense: tout être
se représente le monde extérieur. Cette repré-
sentation
se fait de façon plus ou moins complexe selon l'être en question.
Mais elle
est toujours du même ordre. Le point jaunâtre au
centre de votre téléviseur corres-
pond peut-être à
la cravate de l'animateur. Pour le savoir il est essentiel de voir
l'ensemble
de l'écran et de comparer. Mais cette tache de couleur n'a aucune
diffé-
rence avec l'ensemble de l'écran. Au moment où
on admet avec Teilhard de Chardin
que tout être possède un
minimum de pensée (lui- même dirait psychisme) l'humain
perd
toute possibilité de se distinguer radicalement de l'être
inanimé. Il ne devient
qu'une pierre molle évoluée
parce que plus complexe, mais avec une durée de vie
réduite
en vertu même de cette complexité. L'humain ne dure au plus
qu'une cen-
taine d'années. Toute pierre sait qu'il s'agit dans son
cas d'une période insignifiante.
La pierre humaine est une espèce
particulièrement fragile.
Écoute-le. Son verbiage pourra te distraire
un peu. D'une façon ou d'une autre, il
est appelé à
disparaître sous peu. Il a beau espérer dans les progrès
de la médecine,
il peut se précipiter dans les urgences
au moindre signe de bobo, il est programmé
pour mourir, pour disparaître
et ne laisser que ses molécules que tu pourras récupé-
rer. Chacun des humains peut entrevoir une existence d'une centaine d'années,
ensui-
te il n'a plus la possiblité de reproduire les diverses parties
de son organisme. Dans
quelques centaines de millions d'années
il n'y en aura probablement plus. Et il te
restera quelques milliards d'années
pour répondre aux questions importantes. Aux
questions comme:
est-ce que les humains pensent?