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Les
dictons et expressions médiévales
Voici quelques mots,
dictons et expressions encore en usage et dont l'origine remonte
à l'époque médiévale.
- A
bride abattue
La «bride»
est le «harnais placé à la tête du
cheval et destiné à l'arrêter ou à
le diriger, selon la volonté du conducteur». Une
façon de laisser à la bête l'entière
liberté de ses mouvements est naturellement de lui «laisser
la bride sur le cou», symbole de parfaite non-directivité.
On peut aussi «tourner bride» : faire un demi-tour
complet, et généralement détaler dans le
sens inverse.
-
- À
brule-pourpoint
sens : qui
est soudain, pertinent et par surprise.
- Au début des
armes à poudre vers la fin du moyen age, il était
courant que les artilleurs en portant à l'épaule
leur canon à main, au moment de faire feu avec leur arme,
abiment carrément leur pourpoint et y mettent feu, C'est
ainsi que ces mésaventures d'arquebusiers nous ont valu
la très brusque expression à brûle-pourpoint,
qui veut dire à bout portant, pertinent et très
soudain.
-
- Aller
à la danse de Macabré
sens : La pensée
de la mort qui vient est omniprésente à l'époque
médiévale. Particulièrement lors des épidémies
de peste où on voit apparaitre des fresques représentant
morts et vivants dans une danse macabre se tenant par la main
de vie à trépas. Toutes les couches de la société
y sont représentés car la mort fauche sans distinction.
- «Un jour viendra
notre tour d'aller à la danse de Macabré. Qui peut
dire à quel moment la Mort viendra nous enlever dans son
étreinte glacée? De quelle façon s'y prendra-t-elle,
quel sera son bras, son agent? Vers quoi nous emportera-t-elle?»
-
- Aller
au diable Auvert
À l'époque
médiévale sela signifiait s'engager dans une expédition
dangereuse. Cette locution s'en tend particulièrement
aujourd'hui dans le sens de aller chez le diable, partir en cavalle.
Auvert est une corruption de Vauvert; on disait autrefois : Aller
au diable Vauvert. Le V a été mangé dans
la rapidité du discours.
- Le château de
Vauvert ou Val-Vert situé près de Paris, du côté
de la barrière d'Enfer, avait été habité
par Philippe-Auguste après son excommunication ; il passait
depuis cette époque pour être hanté par des
revenants et des démons. Saint Louis, pour désensorceler
ce château, le donna aux Chartreux en 1257. Aller au diable
Auvert prends donc tout son sens.
-
- À
la queu leu leu
- Aujourd'hui lexpression
signifie «l'un derrière l'autre».
Leu est la forme ancienne du mot loup (parfois lou). A la queue
leu leu devrait donc se lire à la queue du loup le loup.
Au Moyen Age, les loups étaient très nombreux et
se déplaçaient en bandes, souvent l'un derrière
l'autre. Leur apparition était redoutée par la
population.
-
- A
tour de rôle
- À l'époque
médiévale les édits étaient écrits
sur des parchemins volumineux n'étant pas reliés
mais roulés autour d'une tige de bois, d'où leur
nom de volume (du verbe latin «volvo», je roule)
ou leur nom de «rôle». Le «rôle»
deviendra le registre sur lequel étaient inscrites dans
l'ordre les affaires qui devaient passer devant un tribunal,
chacune «à son tour de rôle».
-
- Autant
en emporte le vent
Rien ne restera, tout sera emporté. Ce proverbe mélancolique
évoque l'aspect fugitif et dérisoire des choses
humaines: amours, ambitions, désirs, tout est promis à
disparaître, comme emporté par le vent. On trouve
lexpression chez François Villon, qui en fait le
refrain de l'une de ses Ballades. Cest aussi le titre français
du célèbre film avec Clark Gable.
-
- Avoir
maille à partir
Avoir un différend, être en conflit, être
en contestation avec quelqu'un.
La maille dont il est question ici est une monnaie, la plus petite
qu'il existait sous les Capétiens alors que partir signifiait
partager. On ne pouvait donc pas la partager. Ceux qui devaient
le faire finissaient toujours par se disputer. Aujourd'hui, l'homonymie
entre maille (monnaie) et maille (tricot) et partir (partager)
et partir (s'éloigne, s'en aller) a permis à l'expression
de subsister.
-
- Avoir
un nom à coucher dehors
À l'époque médiévale, les personnes
étaient jugées et classés dans les auberges
selon leur nom. Les aubergistes de ce temps se fiaient sur celui-ci
pour accomoder ou nom les clients. Ainsi, ceux qui avaient des
noms de famille nobles pouvaient avoir accès à
des chambres dans l'auberge alors que d'autres ne pouvaient pas.
Ainsi selon son nom on pouvait refuser une personne d'où
est née l'expression «avoir un nom à coucher
dehors».
-
- Avoir
plusieurs cordes à son arc
Expression du XIIIe siècle où l'on
n'avait, à l'époque, que deux cordes à son
arc. Le sens de l'expression est : avoir plusieurs types de ressources,
divers moyens d'action pour parvenir au résultat.
-
- Avoir
voix au chapitre
Être consulté, avoir le droit d'exprimer une opinion.
Le chapitre est l'assemblée des moines ou des chanoines
lorsqu'ils se réunissent pour discuter de leurs affaires.
Les moinillons, les serviteurs n'avaient pas voix au chapitre.
-
- Bachelier
Est le lycéen qui a réussi les épreuves
du Baccalauréat. Déjà au Moyen Âge,
le terme désignait l'étudiant titulaire du premier
grade universitaire.
Au XIe siècle, le bachelier
était un jeune noble, chevalier ou écuyer, qui
servait sous les ordres d'un seigneur plus âgé.
Le jeune homme devait faire ses preuves afin dhéritier
du fief paternel. Lorsquil ne possédait pas de fortune,
il devait redoubler daudace pour se trouver un protecteur
ou un riche beau-père.
-
- Battre
sa coulpe
Battre sa coulpe signifie se repentir. Les pénitents manifestaient
le remords qu'ils avaient de leurs fautes en se frappant la poitrine
et en disant «mea culpa» car faute se dit culpa en
latin.
-
- C'est
une autre paire de manche
sens : C'est une autre affaire.
Au Moyen Âge, les manches des vêtements n'étaient
pas cousues de manière définitive, mais simplement
ajustées au dernier moment. Les dames pouvaient, en signe
d'attachement, remettre leur manche à leur chevalier qui
l'arborait alors à sa lance ou à son écu
lors des tournois.
Ce gage amoureux est devenu symbole d'engagement au point qu'on
en ait oublié son origine aristocratique et galante.
-
- Champion
A l'origine, un chevalier se battait en champ clos pour défendre
une cause.
La justice du Moyen Âge admettait l'épreuve des
armes. L'accusé pouvait provoquer en duel son accusateur
: Dieu faisait triompher l'innocent. Lorsque l'accusé,
malade, trop jeune ou trop vieux, n'était pas en mesure
de se battre lui-même, ou si c'était une femme,
il pouvait se faire représenter par un champion.
-
- Chercher
noise à quelqu'un
Quereller quelqu'un souvent pour peu de chose.
Noise signifiait jadis : querelle bruyante, dispute.
Aujourd'hui, le mot noise ne subsiste que dans cette expression.
-
- Chevalier
A l'origine, les chevaliers n'étaient que de simples combattants,
parfois mercenaires, assez forts ou assez riches pour avoir un
cheval. Leur prestige était essentiellement militaire.
A partir du XIe siècle, ces guerriers
commencent à constituer une classe sociale, unie par une
même manière de vivre. Pour éviter les guerres
continuelles, les abus de pouvoir et canaliser la violence de
ces combattants souvent frustes, lÉglise met en
place les règles strictes du code chevaleresque. Le chevalier,
dont les armes ont été bénies, doit obéir
à Dieu et à son devoir, protéger les faibles,
aider son prochain...
-
- Convoquer
le ban ou l'arrière-ban, publier le ban
S'adresser à tous ceux dont on espère l'aide. A
l'origine, le ban était une proclamation du seigneur,
une défense ou un ordre. Le suzerain avait le droit de
mobiliser, en cas de besoin, ses hommes mais aussi ceux de ses
vassaux. Il convoquait alors le ban et l'arrière-ban.
On publie encore le ban dans les église pour un mariage.
-
- Une
cotte mal taillé
Estimation approximative, compromis qui ne satisfait personne.
La cotte (qui s'écrivit longtemps cote) était au
Moyen Âge une tunique qui, si elle était mal taillée,
ne convenait à personne.
La cote est un impôt de la fin du Moyen Âge. Lorsquelle
était taillée, elle signifiait établie,
répartie entre les contribuables.
-
- Un
coup de Jarnac
Sens : Traîtrise, coup bas inattendu.
Lors d'un duel entre Guy Chabot, comte de Jarnac, et François
de Vivonne favori du roi Henri II, Jarnac entailla inopinément
et traîtreusement le jarret de son adversaire. Le roi pardonna
au comte, car celui-ci avait tout de même préservé
la vie de Vivonne. Ce dernier, rageur et honteux, arracha les
bandages protégeant sa blessure et en mourut trois jours
plus tard.
-
- La
Cour des Miracles
La Cour des Miracles était située dans le quartier
des Halles à Paris. Ce nest que sous Louis XIV que
la police en viendra à bout. Repaire des brigands, des
faux estropiés qui mendiaient dans les rues, elle doit
son nom à la magie qui le soir faisait retrouver aux infirmes
lusage de leurs membres.
-
- Courtois
Les chevaliers du Moyen Âge létaient ; aimables,
polis, raffinés dans leur parure et leur langage et aussi
leurs sentiments. Ils considéraient leur dame comme une
maîtresse toute-puissante dont les désirs étaient
des ordres. Pour lui plaire, ils surmontaient toutes sortes d'épreuves,
physiques et morales, dont la patience n'était pas la
moindre.
A l'origine, courtois signifie qui vit à la cour.
-
- Crier
haro sur quelqu'un
Crier haro sur quelqu'un signifie manifester énergiquement
sa réprobation, l'accuser et réclamer un châtiment
pour la personne en question. «Haro! Haro!» était
le cri que l'on entendait lorsqu'un badaud se faisait couper
sa bourse ou un chevalier arracher son manteau.
-
- Croquer
marmot
- Sens moderne : Attendre,
faire le poireau en se morfondant.
Sens ancien : Croquer voulait dire «frapper». Et
croquer le marmot signifiait cogner avec impatience le heurtoir
de la porte. Alors cela n'a rien à voir avec un Ogre qui
voudrait manger un petit enfant (croquer un marmot) où
une marmotte qui serait fort difficile à croquer je l'avoue
-
- Dans
son for intérieur
- Le forum désignait
la place publique. Au Moyen Âge, le mot pris le sens technique
de juridiction et surtout juridiction ecclésiastique (pouvoirs
de l'Église, en matière de justice, et leur étendue.)
On distinguait le for intérieur (lÉglise
pouvait sanctionner les fautes commises par le biais de la confession
et des pénitences), du for extérieur (toutes les
affaires touchant à la religion, de près ou de
loin, étaient jugées par des tribunaux ecclésiastiques).
La distinction changea peu à peu de sens avec les siècles
: for intérieur étant notre conscience qui nous
juge, le for extérieur, les institutions, juges et tribunaux.
-
- De
bon aloi
- Sens moderne : de
bonne qualité.
Sens ancien : Une pièce d'or ou d'argent devait être
de bon "aloi". Ce mot provient en fait du verbe "aloyer",
forme ancienne du verbe "allier" : l'aloi est donc
l'alliage d'une pièce, c'est à dire la proportion
de métal précieux qu'on y retrouve. À l'époque
médiévale chaque seigneur pouvait frapper monnaie
et pour s'assurer qu'une pièce était "de bon
aloi", on pouvait la faire "sonner" sur une surface
dure : le son rendu permettait au banquier de distinguer une
fausse pièce d'une vraie. Mais beaucoup plus sûr
était l'usage du "trébuchet", petite
balance de précision pour peser les monnaies. D'où
l'expression "espèces sonnantes et trébuchantes".
-
- Decouvrir
le pot aux roses
- Sens : découvrir
le fin mot de l'histoire, le secret, la réalité
cachée.
Expression très ancienne dont on ne connaît pas
la véritable histoire.
Soit pot à fard à joues : Le trouver suppose qu'on
connaisse bien la femme qui le possède et qu'elle n'ait
plus de secret à cacher.
Soit essence de rose - produit rare et précieux dont les
parfumeurs auraient soigneusement dissimulé les procédés
de fabrication. Le pot aux roses serait l'appareil permettant
de distiller ce parfum de luxe.
Soit une poudre produite par les alchimistes au cours de l'une
de leurs opérations. Ici, le pot aux roses serait la cornue
alchimique, objet bien caché s'il en fut.
-
- Une
denrée
- Sens moderne : Produit
commestible servant à l'alimentation commestible de l'homme
ou du bétail. On retrouve habituellement ce mot dans les
expressions denrée périssable, denrée sèche,
denrée rare.
Sens médiéval : Au XIIIe siècle cela servait
à désigner une marchandise de la valeur d'un denier,
principalement une mesure de pain qui sous St-Louis prenait le
nom de denrée. À cette époque on retrouvait
dans les grosseurs de pain :
- le denrée,
pain vandu au prix d'un denier
- le doubleau vendu
deux deniers
- le demie vendu le
prix d'une obole = 1/2 denier.
Il n'est fait aucune
mention du poids des pains à cette époque, parce
qu'on se basait, à ce sujet, sur le prix du blé
qui faisait forcément varier la grosseur des pains. Le
pain doubleau devait être vendu pour le prix de six deniers
les trois; le pain denrée devait être vendu six
deniers les six. Quant au pain demi il était vendu pour
le prix d'une obole.
- D'estoc
et de taille
- Sens : De la pointe
(estoc) ou du tranchant (taille ou taillant), cest-à-dire
en se battant.
Frapper d'estoc et de taille signifiait donc se battre avec acharnement,
en portant tous les coups possibles. En moyen français,
lexpression fut utilisée de manière imagée,
parfois en dehors de tout contexte belliqueux, pour dire de quelque
manière que ce soit, par tous les moyens.
-
- Dieu
reconnaîtra les siens
- Lors de la croisade
contre les cathares, des hérétiques du sud de la
France, le légat du pape Arnaud Amaury se présente
devant Béziers le 22 juillet 1209., L'assaut est donné
par larmée. La ville tombe et Arnaud Amaury commande
à ses hommes, qui ne savaient comment reconnaître
les bons chrétiens des hérétiques : «Tuez-les
tous, Dieu reconnaîtra les siens !»
Mot historique devenu proverbe, on lemploie chaque fois
qu'un châtiment frappe indifféremment innocents
et coupables.
-
- Élevé
sur le pavois
- Sens : mettre sur
le trône, désigner comme roi et au sens figuré,
mettre en honneur, faire grand cas de quelque chose.
Allusion aux Francs qui avaient coutume, après avoir choisi
leurs rois, de les porter en triomphe sur de larges boucliers,
appelés pavois.
Pavois vient de Pavie, en Italie, ville où auraient été
fabriqués les premiers de ces boucliers.
-
- Entrer
en lice
- Sens : s'apprêter
à combattre, sengager dans une compétition,
intervenir dans un débat.
Les lices étaient les espaces clos où avaient lieu
les tournois à proximité des châteaux. La
cour intérieure de ceux-ci était souvent exiguë
et toujours encombrée de petits bâtiments: écuries,
chenil, four, puits...
-
- Espèces
sonnantes et trébuchantes
- Au Moyen Âge,
l'aloi était la proportion d'or ou d'argent contenue dans
une pièce de monnaie. Aujourdhui, de bon ou de mauvais
aloi signifie de bonne ou de mauvaise qualité.
Lorsquelles sonnaient, elles étaient de bon aloi
car elles rendaient un son vif et plaisant; trébuchantes,
parce qu'on pouvait en vérifier le poids à l'aide
d'une petite balance encore appelée trébuchet.
-
- Être
grand clerc
- Sens : être
très savant, lettré.
Les membres du clergé étaient les seuls, ou presque,
à posséder le savoir. Ils consultaient les manuscrits
conservés dans les monastères. Les écoles
se trouvaient dans les abbayes et pour sinstruire, il fallait
bien souvent entrer dans les ordres.
Beaucoup de clercs se mariaient et n'entretenaient avec lÉglise
que des rapports lointains. Ils portaient la tonsure, signe de
leur état.
Au XVIIe siècle, le mot clerc
se teinte dironie, et l'expression être grand clerc
signifie : un homme qui fait le savant.
-
- Être
sur la sellette
- Sens : être
exposé au jugement dautrui, à la critique
ou se trouver en position délicate.
La sellette était le petit banc de bois sur lequel s'asseyait
l'accusé interrogé par ses juges. Le siège
était très bas pour des raisons psychologiques
et symboliques. Laccusé se trouvait dans une posture
tout à la fois inconfortable et humiliante.
-
- Faire
amende honorable
- Sens : présenter
ses excuses, reconnaître qu'on a eu tort.
Au Moyen Âge, à l'époque où peu de
gens savaient écrire tout entente se joue sur la parole
donnée, sur l'honneur engagé, bref la réputation.
Ainsi celui qui commet un crime, manque à sa parole envers
son Dieu, son pays, son roi, doit rétablir son honneur
en tout premier lieu en amendant celle-ci. Amende honorable prends
donc sens de laver son nom en avouant la vérité
et demandant pardon à tous. Une faute avouée étant
à moitié pardonnée, l'amende honorable pouvait
être accompagnée de châtiments publics afin
quils servent d'exemples. Les hérétiques
ou ceux qui étaient accusés de sorcellerie, étaient
condamnés à reconnaître solennellement leurs
fautes «faire amende honorable» avant d'être
brulé vif. Avec le temps laver son honneur devint moins
à la mode et on ne conserva que l'amende moins honorable,
c'est à dire celle en $$$.
-
- Faire
bonne chière
- Sens : bien manger.
En ancien français, chière désignait le
visage. Faire bonne chière devenait donc faire bonne mine
à quelqu'un, l'accueillir aimablement.
-
- Faire
des gorges chaudes
- Sens : se moquer méchamment,
avec joie et devant beaucoup de gens.
Au Moyen Âge, les gorges chaudes étaient les petits
animaux (souris, mulots) que l'on donnait vivants à l'oiseau
de proie.
-
- Faire
grève
- Sens : Cesser volontairement
le travail pour obtenir des avantages.
A Paris, les ouvriers sans travail se réunissaient sur
la place de Grève, le long de la Seine et attendaient
une éventuelle offre dembauche.
-
- Faire
la nique à
- Sens : se moquer de
quelquun, le narguer.
Au Moyen Âge, nique indiquait un signe de mépris
qui consistait à lever le nez en l'air avec impertinence.
-
- S'en
fouter comme en l'an quarante
- Sens : Considérer
une chose ou un événement comme sans importance
et en sourire.
- Cette expression tire
probablement son origine d'une expression utilisée depuis
les Croisades : «S'en moquer comme de l'Alcoran (le Coran)».
Autre explication, la fin du monde aurait été prévue
pour l'an 1040. Cette date fatale passée, les gens ne
firent qu'en rire et se moquèrent de leurs anciennes angoisses.
-
- Faire
le Jacques
- Sens : se conduire
stupidement, faire l'idiot.
Jacques était le nom donné à lidiot
du village et Jacques Bonhomme, celui du paysan, considéré
traditionnellement comme lourd et nigaud. Lexpression fait
donc aussi allusion à la prétendue bêtise
des paysans.
-
- Faire
Ripaille
- Sens : faire bonne
chère, mener joyeuse vie.
Avant de devenir pape en 1439, le duc de Savoie Amédée
VIII s'était retiré au prieuré de Ripaille
pour se faire ermite. Lui et ceux des seigneurs de sa cour qui
l'avaient suivi n'avaient d'ermite que le nom, car ils négligèrent
complètement, pendant tout le temps de leur résidence,
de se livrer aux austérités du cloître. Tous
ceux qui étaient admis dans ce séjour de plaisirs,
disent les biographes, étaient logés avec magnificence
; les mets les plus exquis couvraient leur table : ils vivaient
plus en honnêtes épicuriens qu'en véritables
ermites. Ils portaient néanmoins ce nom, parce qu'ils
avaient exclu les femmes de leur société et qu'ils
laissaient croître leur barbe comme les capucins. Leur
habit était moins rude que celui de ces religieux ; c'était
un drap gris très-fin, un bonnet d'écarlate, une
ceinture d'or et une croix au cou de la même matière.
Amédée jouissait d'un repos voluptueux dans cette
maison de délices et de mets princiers faisant ainsi bombance
et bonne ripaille.
-
- Gagner
ses éperons
- Sens : obtenir une
situation plus élevée, prendre du galon.
Lors de son adoubement, le nouveau chevalier recevait les armes,
signes de son état : l'épée et les éperons
symboles de son rôle de guide et de chef. Cette expression
sera revamper avec le temps et on dira comme dans la chanson
il a gagné ses épaulettes.
-
- Garnement
- A l'origine, garnement
signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement,
équipement et même forteresse. A la fin du Moyen
Age, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui,
de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant
un enfant, un adolescent. On connait surtout l'expression dans
méchant garnement.
-
- Graisser
la patte
- Sens : donner illégalement
de l'argent à quelqu'un pour obtenir quelque chose.
-
- Un
gringalet
- Sens : homme ou garçon
un peu chétif.
Ce mot viendrait dun vieux mot suisse signifiant «minus,
demi-portion».
-
- Jeter
aux oubliettes
- Les oubliettes étaient
les cachots souvent aménagés dans le sous-sol des
donjons. Les seigneurs peu scrupuleux oubliaient parfois ceux
dont ils voulaient se débarrasser.
Aujourdhui, on jette aux oubliettes les projets de réformes
ou les bonnes résolutions qui ne voient jamais le jour.
-
- Jeter
le gant
- Au Moyen Âge,
le gant avait une forte valeur symbolique. Il représentait
le seigneur lui-même et son pouvoir. Le vassal remettait
en signe d'hommage son gant droit à son suzerain. Un chevalier
qui en défiait un autre au combat lui jetait son gant.
Le relever signifiait que l'on acceptait de se battre. Aujourd'hui,
l'expression signifie lancer, accepter un défi.
-
- Jugement
de Dieu
- Au Moyen-Age, quand
les lois n'étaient pas toujours claires, les juges pas
toujours intègres et les moyens d'exécution pas
toujours efficaces, on s'en remettait souvent au «Jugement
de Dieu».
-
- L'accusé pouvait,
par exemple être tenu de tremper la main dans l'huile bouillante
en jurant qu'il était innocent, tout en devant la ressortir
intacte. Ou encore, les parties pouvaient régler leur
différend dans un combat à la lance ou en chevalerie.
Dieu alors était supposé prendre fait et cause
pour la justice et faire triompher celui qui avait raison.
-
- Jurer
comme un templier
- Sacrer comme un charrettier
ou comme un templier.
L'ordre des Templiers fut fondé au XIIe
siècle pour assurer la garde des lieux saints et la protection
des pèlerins. Les chevaliers du Temple étaient
des moines-soldats. Néanmoins, les murs militaires
semblent l'avoir emporté sur les vertus monastiques.
L'ordre des Templiers devint aux XIIIe et XlVe
siècles si riche et si puissant qu'il suscita bien des
jalousies. En particulier celle du roi Philippe le Bel, qui fit
abolir et disperser l'ordre.
-
- Laid
comme les sept péchés capitaux
- Les sept péchés
capitaux sont l'orgueil, l'avarice, l'envie, la gourmandise,
la luxure, la colère et la paresse ainsi nommés
parce que sources de tous les autres péchés. Ils
étaient souvent représentés par des figures
contrefaites sur les murs des cathédrales.
-
- L'habit
ne fait pas le moine
- Un des plus anciens
proverbes de la langue française.
Sens : il ne faut pas se fier aux apparences qui sont souvent
trompeuses.
Les gens du Moyen Âge avaient horreur du mensonge et de
l'hypocrisie. Chacun devait avoir l'air de ce qu'il était
vraiment. Les costumes indiquaient de façon précise
le rang social de chacun. Les femmes ne pouvaient porter des
vêtements d'homme, vice et versa.
-
- Les
loups-garous
- Présents déjà
dans l'Antiquité, (voir Pétrone et son Satiricon),
la croyance arriva jusqu'au Moyen Âge et se répandit
d'autant plus que les loups devinrent très nombreux. Les
versipelles prirent le nom de loups-garous, garou signifiant
à lui seul homme-loup. Il apparaît dans de nombreux
contes modernes, signataire d'un pacte avec le diable, et profitant
de l'impunité que lui assure son apparence animale pour
assouvir ses mauvais instincts.
-
- Malin
comme un singe
- Au Moyen Âge,
malin signifiait «mauvais, méchant», c'était,
comme aujourd'hui encore, un des noms du diable. Le singe que
l'on trouvait très laid passait pour un animal diabolique.
Vers la fin du XVIIIe siècle, l'adjectif
malin prit le sens que nous lui connaissons : astucieux, futé,
réhabilitant ainsi les pauvres singes.
-
- Un
méchant garnement
A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection
: vêtement, équipement et même forteresse.
A la fin du Moyen Âge, le mot évolue dans le sens
de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement
désigne maintenant un enfant, un adolescent.
-
- Merci
- Au Moyen Âge,
merci signifiait «grâce, pitié» de là
les expressions :
Crier, demander merci - le chevalier vaincu reconnaissait sa
défaite et implorait la pitié du vainqueur.
Être à la merci de: être au pouvoir de quelqu'un
de telle manière qu'il soit libre de vous accorder sa
grâce ou de vous la refuser.
Dieu merci! : par la grâce, la faveur de Dieu.
Sans merci : impitoyable (littéralement : sans que l'un
des partis en présence puisse demander merci).
-
- Mettre
Flamberge au vent
- Invitation ironique
à tirer l'épée et à se jeter dans
la bataille sans réfléchir. À l'époque
des chansons de geste, il y avait quatre vaillants chevaliers
: les Quatre Fils Aymon. L'aîné des quatre frères
s'appelait Renaud de Montauban. Il possédait une épée
prestigieuse, Froberge, aussi redoutable que Durandal, celle
de Roland. Au cours des siècles, le nom de Froberge devint
un nom commun et s'altéra en flamberge, sans doute sous
l'influence des mots flamme, flamboyer, etc. L'expression n'est
plus utilisée aujourd'hui qu'ironiquement principalement
pour se moquer des démonstrations spectaculaires d'héroïsme.
-
- Mettre
la table
- Expression quotidienne
qui nous est familière mais incorrecte. Il faudrait dire
«mettre le couvert», puisque nos tables ne voyagent
plus dans la maison. Au Moyen Âge, les pièces n'avaient
pas, comme aujourd'hui, des fonctions très distinctes
et la même salle pouvait servir de pièce commune,
de salle à manger et de chambre. Aussi, le plus souvent,
on " mettait la table " à l'heure des repas,
c'est-à-dire que l'on apportait une grande planche et
des tréteaux. D'où l'usage, chez les seigneurs,
de belles nappes destinées à cacher la pauvreté
du mobilier.
-
- Mettre
en rang d'Oignon
- Sens : plusieurs personnes
qui sont rangées sur une même ligne.
- Rien à voir avec le jardinage
et avec les plants d'oignons soigneusement rangés ! L'expression
vient en fait d'un grand maître de cérémonies
à la cour de Henri II de Valois, Artus de la Fontaine
Solaro, baron d'Oignon et seigneur de Vaumoise, qui assignait
leurs places aux seigneurs. Il avait coutume de s'écrier
: «serrez vos rangs, Messieurs, serrez vos rangs»...
et les seigneurs de se moquer des rangs d'Oignon.
-
- Mettre
sa main au feu
- Affirmer énergiquement
quelque chose, au point d'y risquer sa main rappelant les lointains
jugements de Dieu de l'époque médiévale.
Lorsqu'un accusé ne pouvait faire la preuve de son innocence,
il pouvait être plongé dans l'eau, pieds et poings
liés. S'il surnageait, c'était que l'eau - élément
pur et béni de Dieu - le rejetait. S'il coulait comme
une pierre, il était innocent... mais parfois noyé!
On pouvait également lui plonger la main dans l'eau bouillante,
ou le faire saisir un fer rouge. Innocent, Dieu le protégeait
et il sortait indemne de l'épreuve. Le plus souvent, il
suffisait que la victime guérisse vite ou survive quelques
jours pour qu'elle soit - un peu tard! - innocentée.
-
- Mi-figue
mi-raisin
- D'un air à
la fois satisfait et mécontent ou à la fois sérieux
et plaisant. A l'origine, il devait s'agir de "mêlé
de bon et de mauvais".
-
- Monter
sur ses grands chevaux
- Se mettre en colère
et parler avec autorité, prétention. C'et être
prêt à se faire faire raison avec l'épée
et la lance.
-
- Ne
pas y aller de mainmorte
- Sens moderne : agir
avec brutalité, (sens abstrait) exagérer
- Le terme «main»
avait à l'époque médiévale le sens
de propriété. On connaît bien le sens des
expressions «passer de main à main», «mettre
la main sur ...». Il y a mainmorte, lorsqu'il y a décès.
À l'époque médiévale le seigneur
jouissait du droit de s'emparer de la succession d'un serf à
sa mort. Généralement, le seigneur prenait une
partie de l'héritage et renonçait au reste moyennant
le versement du droit de mainmorte par les héritiers.
Il s'agissait notamment d'empêcher les biens de revenir
à des héritiers extérieurs à la seigneurie.
Lors du décès des serf probablement que les seigneurs
exagéraient sur les droits de succession d'où l'expression
que l'on connait aujourd'hui.
-
- Noël
- Au Moyen Âge,
«Noël !, Noël !» était un cri de
réjouissance proclamé par le peuple à nimporte
quel moment de lannée, pour saluer un événement
heureux. Le cri Noël ! Noël pouvait donc être
entendu lors du couronnement d'un roi, une naissance, un mariage
etc.
-
- Obole
(faire
l')
- Sens moderne : Aujourd'hui
«faire l'obole» a le sens de faire une petite offrande,
donner une modeste somme d'argent.
Sens médiéval : L'obole est en fait une ancienne
monaie francaise du XIIIe sciècle qui vallait
un demi denier. Comme l'obole était le prix pour une ration
de pain (demi denrée), on avait pris l'habitude chez les
gueux pour demander la charité, de demander l'obole, bref
on demandait de quoi se payer sa ration de pain quotidien.
-
- Partir
en croisade
- Le Moyen Âge
a vu de nombreuses croisades, les départs furent presque
ininterrompus pendant plus de deux siècles. Une foule
immense, composées de chevaliers et d'hommes de guerre,
d'artisans, de paysans, de moines et de pèlerins de toutes
conditions se mirent en route, poussées par la foi et
l'enthousiasme. Parfois aussi par l'attrait du pillage! Aujourd'hui,
ceux qui partent en croisade n'ont plus à parcourir des
milliers de kilomètres. Mais il leur faut souvent beaucoup
de courage pour se lancer dans des luttes difficiles en faveur
de causes justes. Les journaux parlent ainsi souvent, d'une manière
à peine imagée, de croisades contre la drogue ou
contre la misère.
-
- Payer
en monaie de singe
- Jadis, le pont qui
relie l'île de la Cité à la rue Saint-Jacques,
dit Petit Pont (il porte encore ce nom aujourd'hui), était
payant. Mais les jongleurs qui exhibaient des singes savants
étaient dispensés du péage à condition
qu'ils fassent leur numéro devant le péager. Aujourd'hui,
payer en monnaie de singe (on dit aussi payer en gambades) signifie
payer en plaisanteries et grimaces, payer de paroles, voire en
fausse monnaie. La réputation du singe, habile imitateur
de l'homme, n'est sans doute pas étrangère à
ce dernier sens.
-
- Pays
de cocagne
- L'ordinaire des repas
au Moyen Âge se compose souvent de pain, de légumes.
Même le porc reste un luxe réservé aux grandes
occasions. Seuls les seigneurs et les bourgeois goûtent
aux viandes rôties, aux plats en sauce richement épicés,
aux sucreries. Le pays dénommé Cocagne était
celui où chacun aurait eu de tout en abondance.
-
- Pile
ou face
- Sous le règne
de Saint-Louis, on comptait encore dans le royaume plus de quatre-vingts
seigneurs particuliers qui avaient le droit de battre monnaie.
Mais il n'y avait que le roi qui eut le droit de faire frapper
des pièces d'or ou d'argent. Sur l'une des faces de la
monnaie royale, il y avait une croix, et sur l'autre, des piliers,
ce qui a fait que, longtemps, les côtés des monnaies
se sont nommées croix ou pile. Par la suite, les rois
français décidèrent de faire figurer leur
propre face à la place de la croix, et leurs armes et
la valeur de la pièce de l'autre. Mais le mot pile est
resté pour un côté et face pour l'autre.
-
- Pleuvoir
des hallebardes
- L'expression, à
défaut d'eau, a fait couler beaucoup d'encre! On croyait
jadis que la forme et la trajectoire de grosses gouttes de pluie
avaient pu évoquer ces longues armes de la fin du Moyen
Âge que sont les hallebardes. Il existe cependant une autre
piste, plus savante. Au XVIe
siècle,
en argot, le mot «lance» désignait l'eau.
De la lance à la hallebarde, il n'y avait qu'un pas qui
fut peut-être franchi, un jour de pluie, par un pertuisanier
facétieux.
-
- Une
poire d'Angoisse
- L'objet était
à l'origine une poire de fer que l'on introduisait dans
la bouche d'un prisonnier pour l'empêcher de parler. Mais
cette sorte de bâillon, qui maintenait très écartées
les mâchoires de la victime, était en fait un véritable
instrument de torture et les malheureux étaient donc forcés
d'obéir s'ils voulaient être délivrés
et ne pas mourir de faim. De nos jours, heureusement, les poires
d'angoisse ne sont plus utilisées que sous la forme d'image
pour désigner de vives contrariétés.
-
- La
pomme d'Adam
- Adam ne put résister
à la tentation et mordit goulûment dans le fruit
de l'Arbre du Bien et du Mal. Un morceau lui en resta en travers
du gosier, et l'on peut encore le voir aujourd'hui chez tous
ses descendants : c'est la pomme d'Adam, appelée de nos
jours saillie du cartilage thyroïde.
-
- Pousser
des cris de Mélusine
- Mélusine, comme
toutes les fées, était d'une rare beauté,
mais avait été condamnée, à la suite
d'une terrible malédiction, à se transformer en
serpente tous les samedis. Elle voulut néanmoins vivre
la vie et les bonheurs d'une simple mortelle et pour cela offrit
sa main à Raimondin, un jeune chevalier du Poitou. A ce
mariage, la fée ne posa qu'une condition: jamais son époux
ne chercherait à la voir le samedi. Raimondin consentit
à tout et le mariage fut célébré.
Très vite, Mélusine apporta à son mari une
immense prospérité, elle fit construire de superbes
châteaux et lui donna dix fils. Tout allait pour le mieux
entre les époux, bien qu'après de nombreuses années
l'inévitable se fût produit. Poussé par la
curiosité, Raimondin avait épié sa femme
et surpris son secret. Mais il avait gardé le silence
et Mélusine feignait d'ignorer son indiscrétion.
Or, un jour, un des fils de Mélusine et de Raimondin,
Fromont, voulut devenir moine. Cette décision rendit furieux
son frère Geoffroi à la Grande Dent (ainsi nommé
car l'une de ses dents était démesurée,
le faisant ressembler à un sanglier). Il mit le feu au
monastère, faisant ainsi périr Fromont et de très
nombreux moines. La douleur de Raimondin n'eut d'égale
que sa colère. Quand Mélusine apparut dans la grande
salle du donjon, en larmes, devant tous leurs vassaux, il la
traita de sale serpente, de qui rien ne pouvait sortir que de
mauvais. L'interdit était violé. Dans la consternation
générale, la fée reprit aussitôt sa
forme surnaturelle et disparut en poussant des cris lamentables.
Elle ne revint jamais. Mais à Lusignan, dans le Poitou,
on raconte qu'à chaque fois qu'un malheur allait frapper
sa famille, Mélusine l'annonçait par ses cris.
Des cris de Mélusine sont donc des cris perçants,
semblables à ceux que pousse la fée quand elle
revient hanter son château.
-
- Prendre
des vessies pour des lanternes
- Quoique de forme voisine,
une lanterne et une vessie sont néanmoins des objets fort
différents et les confondre est depuis longtemps considéré
comme la pire des méprises. (Les vessies dont il est question
ici sont des vessies de porc: gonflées d'air, elles pouvaient
servir de ballons ou bien, vides, de sacs étanches.) L'expression
est ancienne, puisqu'on la trouve dès le XIIIe
siècle. Il s'agissait d'un calembour : en ancien français,
vessie et lanterne avaient à peu près le même
sens figuré : une lanterne était un conte à
dormir debout et une vessie une chose creuse, une bagatelle.
La sottise de celui qui prend des vessies pour des lanternes
n'est donc pas de confondre deux objets très différents,
mais d'accepter une ânerie plutôt qu'une autre !
-
- Promettre
monts et merveilles
- Faire des promesses
mirifiques. Au cours du temps, on a dit aussi promettre la lune,
chiens et oiseaux, plus de beurre que de pain... L'origine de
cette expression n'est pas anecdotique. Aucun conquérant
n'a jamais promis à ses troupes de merveilleux royaumes
au-delà des monts. Comme le fit le général
carthaginois Hannibal, qui fit espérer à ses soldats,
du haut des Alpes, la possession de Rome. On disait, au Moyen
Âge, de quelqu'un qui promettait monts et merveilles, qu'il
promettait les monts et les vaux (c'est-à-dire les vallées).
Dans la suite des temps, par un goût pour la répétition,
typique de l'ancien français, l'image a été
oubliée et les merveilles ont pris la place des vaux,
renforçant ainsi le sens du mot mont, au lieu de le compléter
comme précédemment. L'ancien français adorait
ces couples de mots, de sonorités voisines et de sens
proches. Curieusement, beaucoup nous sont parvenus: bel et bien,
sain et sauf, sans foi ni loi, sans feu ni lieu, tout feu tout
flamme...
-
- Prud'hommes
et prudes
- De nos jours, le prud'homme
est membre d'un tribunal constitué de représentants
des salariés et des employeurs et chargé de régler
les conflits du travail. Le mot avait jadis une signification
bien plus large. Un prud'homme était un homme preux, c'est-à-dire
plein de valeur. Mais cette valeur n'était pas seulement
militaire. Un ermite pieux, un bourgeois honnête et avisé,
un vieux et sage chevalier étaient des prud'hommes. Un
chevalier courageux mais écervelé ne méritait
pas ce titre. L'équivalent féminin du prud'homme
était la prudefemme.
-
- Qui
va à la chasse perd sa place
- La «chasse»
est un point particulier du jeu de paume. Lorsque cette chasse
est obtenue les joueurs changent de côté. Le joueur
au service... «perd sa place» favorable. L'origine
de cette expression ayant été oubliée, elle
a pris par la suite le sens qu'on lui connait.
-
- Renard
- Au début du
Moyen Âge, le petit animal roux que nous connaissons sous
le nom de renard s'appelait encore goupil, du latin vulpes.
- Or vers 1170 - 1180,
commencèrent à paraître des récits
racontant les aventures d'un certain Renart, goupil de son état.
Ce Renart était un petit baron, sujet du roi Noble, le
lion, et parent du loup Ysengrin. Chétif et menu, il compensait
sa faiblesse physique par une ruse quasi démoniaque. Il
n'y avait pas d'animal qui n'eût à se plaindre de
lui! Le roi lui-même était sa victime, mais son
souffre-douleur favori restait le gros et fort Ysengrin.
- Une fois, Renart exigea
sa peau pour réchauffer le roi malade. Une autre fois,
il le fit pêcher dans un étang gelé où
le pauvre loup laissa sa queue. Une autre fois encore, il le
fit tomber dans un puits. Bref, il le trompait, l'humiliait de
toutes les manières. Et Renart, comme nos héros
modernes, sortait toujours vivant des situations les plus délicates.
- Le succès du
Roman de Renart fut immense. Du XVe siècle à la
fin du Moyen Âge, chacun se délecta des méchants
tours du goupil. Les paysans se racontaient ses aventures à
la veillée et retrouvaient avec plaisir dans ces récits
leur vie quotidienne. Les seigneurs écoutaient les mêmes
contes de la bouche des jongleurs qui allaient de château
en château. Et les plus savants, les clercs, lisaient eux-mêmes
dans les manuscrits les mille et un tours de Renart.
- La popularité
du personnage fut telle que petit à petit tous les goupils
furent appelés Renart (mot que nous écrivons aujourd'hui
avec un «d»).
-
- Rester
sur le carreau
- Le sol d'un jeu de
paume était autrefois constitué de carreaux, qui
auraient donné le nom au sol même du jeu. L'expression
"rester sur le carreau" est devenue symbole de la chute
de l'adversaire. Soit qu'il tombe en voulant rattraper la balle,
soit simplement qu'il perde la partie.
-
- Revenons
à nos moutons
- Expression que l'on
utilise lorsqu'on souhaite ramener au vif du sujet une conversation
qui s'égare. L'expression est empruntée à
la Farce de Maître Pathelin, une comédie du XVe
siècle qui connut un très grand succès.
-
- Rompre
une lance
- Dans les tournois
médiévaux, les combattants s'affrontaient à
la lance, chacun cherchant à désarçonner
son adversaire. Celui qui résistait au choc et brisait
contre son écu la lance ennemie marquait un point. Rompre
une lance (on dit aussi rompre des lances) avec quelqu'un signifie
donc lutter contre lui, l'affronter dans une joute (encore un
mot du Moyen Age!), de nos jours souvent purement oratoire.
-
- Revenons
la paille
- Rompre un marché,
un accord, se brouiller avec quelqu'un. L'expression est issue
du droit féodal et rappelle une coutume très ancienne.
Quand un suzerain cédait une terre, ou que quelqu'un vendait
un bien quelconque, le vassal ou l'acheteur recevait un fétu
de paille en signe de l'accord conclu. La rupture du gage symbolisait
celle de l'accord, et le mécontent rompait alors la paille
comme il déchire aujourd'hui le contrat.
-
- Ronger
son frein
- Ronger son mors, comme
le fait un cheval impatient que l'on force au repos. L'expression,
qui date du XIVe siècle, a sans doute
été comprise aussi longtemps que le cheval a joué
un rôle important dans la vie quotidienne. Puis, le mot
mors ayant supplanté le mot frein dans l'usage courant,
on ne perçut plus de l'expression que son sens figuré.
Sens qui assimile curieusement l'homme au cheval: ronger son
frein, c'est réprimer le dépit que l'on éprouve,
contenir avec peine son impatience.
-
- Roue
de fortune
- Symbole de la destinée
humaine, on représentait en effet la Fortune sous les
traits d'une déesse actionnant une roue. Tout en haut
de la roue, siègent les rois et les puissants du jour.
Tout en bas, les mendiants sont précipités dans
le vide. Entre, ceux à qui le destin est favorable s'élèvent
peu à peu, tandis que de l'autre côté tombent
les malchanceux en disgrâce. Cette image figure très
souvent dans les enluminures des manuscrits. Beaucoup de chansons
médiévales y font allusion. L'expression «la
roue tourne» fait allusion aux vicissitudes de la vie et
aux échecs qui suivent parfois les grands succès.
C'est d'ailleurs le nom d'une association destinée à
venir en aide aux artistes oubliés du public.
-
- Sans
aveu
- Se dit d'un homme
sans moralité. Le mot aveu vient du droit féodal,
où il désigne la reconnaissance d'une vassalité.
Pendant la cérémonie de l'hommage, le vassal prêtait
serment de fidélité à son suzerain. Peu
après, il déclarait par écrit quels biens
et quels fiefs il avait reçus. L'aveu scellait donc l'alliance
entre les deux seigneurs. Or, un individu sans aveu n'est reconnu
par personne. On peut l'imaginer en dehors de toutes les règles,
sociales et morales, capable de tout. A utiliser si l'on veut
traiter quelqu'un de crapule en des termes choisis!
-
- Sentir
le fagot
- Jadis, les hérétiques
ou ceux qu'on soupçonnait de sorcellerie étaient
brûlés vifs. Sentir le fagot signifie donc être
promis au bûcher pour des actions ou des opinions contraires
à la doctrine de l'Église. Aujourd'hui, le parfum
du fagot ne flotte plus qu'autour de ceux qui inspirent une certaine
méfiance. A moins que cela ne sente vraiment très
fort le roussi...
-
- Taillable
et corvéable à merci
- Au Moyen Âge,
la condition des serfs était très dure. Les charges
qui pesaient sur eux, quoique variables selon le siècle,
la région et le seigneur, étaient le plus souvent
lourdes. Parmi elles figuraient la taille, impôt exigé
par le seigneur, et les corvées, travaux que les serfs
réquisitionnés devaient effectuer gratuitement
pour le compte de leur maître. Aujourd'hui, on dit de quelqu'un
qu'il est taillable et corvéable à merci si, comme
le serf du Moyen Âge, il est sans recours bon pour toutes
les corvées.
-
- Tenir
le haut du pavé
- Occuper une place
de choix dans la société. Jadis, il n'y avait pas
de trottoirs et les rues étaient légèrement
en pente pour que les eaux sales puissent s'écouler au
milieu. Les passants qui marchaient près de ce ruisseau
risquaient toujours de se salir ou d'être éclaboussés
jusqu'aux mollets. C'est pourquoi on laissait par politesse la
meilleure place, le long des maisons, aux personnes de qualité.
Le privilège n'était pas négligeable car,
jusqu'à la fin du XIXe siècle, toute promenade
en ville, surtout par temps de pluie, tournait à l'expédition.
-
- Tomber
à quenouille
- Au Moyen Âge,
les femmes n'étaient pas exclues de la propriété.
Elles pouvaient en particulier hériter de biens, mais
elles se contentaient le plus souvent de les transmettre à
leur époux sans les gérer elles-mêmes. Le
suzerain se réservait même jalousement le droit
de marier à son gré les héritières
de ses vassaux, quand elles étaient orphelines. Il était
donc assez rare qu'une femme puisse rester indépendante
et s'occuper elle-même des biens dont elle avait hérité
et que l'on disait «tombés en quenouille».
La quenouille, qui servait à filer, étant l'instrument
féminin par excellence. Et comme les femmes passaient
pour être de piètres gestionnaires, «tomber
en quenouille» ne tarda pas à signifier «tomber
à l'abandon, cesser d'être utilisé».
-
- Travail
de Bénédictin
- Cette expression,
qui désigne un énorme travail intellectuel, fait
référence aux gros ouvrages d'érudition
écrits par les moines bénédictins de Saint-Maur
au... XIXe siècle. On pense immédiatement
aux moines du Moyen Âge qui ont pendant des siècles,
dans l'endroit des monastères appelé «scriptorium»,
recopié et enluminé tant de manuscrits. Ils étaient
eux aussi bénédictins (on les appelait souvent
moines noirs, de la couleur de leur robe) et leur travail a permis
aux grandes oeuvres de l'Antiquité de parvenir jusqu'à
nous.
-
- Travail
au noir
- Au Moyen Âge,
les associations de métier réglementaient le travail
en exigeant qu'il ne soit effectué qu'à la lumière
du jour. Or, certains maîtres, pour augmenter le rendement
de leurs ouvriers, les faisaient travailler à la chandelle,
une fois la nuit tombée, ce qui était interdit
par les règles. D'où l'expression «travailler
au noir» pour signifier travailler de façon illicite.
-
- Un
Vilain
- A l'époque
médiévale un vilain désigne toute personne
qui habite une «villa» (une ferme). Le vilain est
un paysan, que les nobles et les clercs imaginent aussi laid
physiquement que moralement, capable de toutes les «vilenies».
En langue française, vilain peut donc se traduire en français
moderne par «paysan». Mais avec le temps on en est
venu à l'associer à un «rustre» ou
un «ignoble individu». .
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