LES ARMOIRIES DE L'UNIVERSITÉ STE-ANNE,
NOUVELLE-ÉCOSSE


par Robert Pichette

Héraut Dauphin
Membre de l'Académie internationale d'héraldique


Les armoiries sont nées sur les champs de bataille d'Europe durant la première moitié du XIIe siècle. Les combattants, en armure de la tête aux pieds, ne pouvaient être différenciés l'un de l'autre. Or, il fallait nécessairement identifier l'allié de l'adversaire. On prit vite la coutume d'adopter un ou plusieurs symboles très simples, très stylisés, peints sur l'écu. De l'écu, ces symboles passèrent aux surtouts des cottes de maille, aux bannières et aux caparaçons des chevaux. Ils figurèrent aussi très vite sur les sceaux, instruments officiels d'authentification. La société civile adopta à son tour ce système d'identification car, si on n'imagine pas un noble sans blason, le port des armoiries n'était nullement confiné à une seule classe sociale et le choix d'un blason est resté très longtemps libre. Bourgeois, artisans et simples manants portaient des armes, comme aussi les diocèses, les villes, les communes, les abbayes, les guildes et, naturellement, les universités et collèges. Cette coutume s'est maintenue depuis huit siècles car l'héraldique est non seulement une science auxiliaire de l'histoire comme la généalogie, elle est aussi un art vivant avec des règles très strictes et un langage particulier.

Au Canada, l'héraldique européenne fit son apparition il y a cinq cents ans lorsque Cabot prit possession de Terre-Neuve (ou du Cap-Breton selon une thèse que défendent certains historiens). En 1497, Jean Cabot planta les bannières aux armes du roi Henri VII d'Angleterre, et peut-être aussi celles du pape Alexandre VI Borgia et de la République de Venise. Il convient de noter, cependant, qu'il existe une tradition héraldique autochtone, les clans des Premières nations ayant toujours fait usage de symboles identitaires pour leurs clans et familles. Ainsi, Marc Lescarbot rapporte dans son Histoire de la Nouvelle-France (1633) : « Atant s'approchent les deux chaloupes, l'vne chargée de Sauvages, qui avoient vn Ellan peint a leur voile [...] ». Le père Chrestien LeClercq, dans sa Nouvelle relation de la Gaspésie (1691) est encore plus spécifique : « ... les Sauvages de Ristigouche sont baptisés, & ils ne portent point cependant la Croix, mais bien la figure d'un saumon, qu'ils avaient anciennement pendue au col, comme marque d'honneur de leur Pays : Car il est à remarquer que la coutume de tous nos Gaspésiens a toujours été de porter quelque figure particulière, qui sont comme des armoiries qui les distinguent des autres Sauvages, par rapport aux différents endroits où ils résident ordinairement. »

Au Canada, les armoiries sont considérées comme des marques d'honneur au même titre que l'octroi de décorations ou de médailles. Pour les pays du Commonwealth, l'héraldique relève de la prérogative royale. Depuis le 4 juin 1988, cette prérogative est exercée par le Gouverneur général du Canada en vertu d'une délégation explicite de la souveraine, par lettres patentes, sur l'avis du Conseil privé du Canada. L'Autorité héraldique du Canada, dont le Gouverneur général est le chef, est composée de divers officiers d'armes dont le mandat est de créer de nouvelles armoiries, individuelles ou communautaires, et d'enregistrer les anciennes dans le Registre public des armoiries, drapeaux et insignes du Canada. L'Autorité héraldique du Canada allie deux traditions héraldiques, l'autochtone venue des Premières Nations, et l'européenne, amenée au Canada au cours des siècles par des vagues d'immigrés.


Les symboles anciens de l'Université Sainte-Anne

Les pères Eudistes, fondateurs de l'Université Sainte-Anne à la Pointe-de-l'Église, en 1890, avaient doté l'institution d'armoiries à une date restée inconnue jusqu'à présent. Ces armoiries n'avaient aucune sanction officielle des autorités héraldiques de l'époque. Elles avaient fort probablement été conçues par un père ayant quelques notions de la science héraldique, ce qui était fréquent à l'époque, et elles étaient représentées dans le goût de l'époque. Ces armoiries avaient la particularité d'être composées non pas d'un mais de deux écus séparés par une croix latine haute avec comme devise : PRO DEO. Lorsque les Eudistes fonderont le Collège du Sacré- Coeur, à Caraquet, en 1899, déménagé à Bathurst en 1916 et devenu université, ils adopteront la même dualité pour les armoiries du collège avec, évidemment, des symboles différents de ceux de la Pointe-de-l'Église. L'utilisation de deux écus pour une seule institution est inusitée mais elle s'explique peut-être du fait que l'Institution Saint-Sauveur, à Redon, en Bretagne, dirigée par les Eudistes, employait aussi deux écus, bien que l'un d'eux ait été les très anciennes armes de la Bretagne.

Le premier écu portait deux coeurs enflammés, allusion aux saints coeurs de Jésus et de Marie qui se trouvent sur l'insigne officiel de la Congrégation de Jésus et Marie, fondée en France, en 1643, par saint Jean Eudes, d'où l'appellation d'Eudistes . Le premier écu des armes de l'Université Sainte-Anne se composait d'un castor, d'une branche de feuilles d'érable et de fleurs de lis.

Le second portait une représentation de sainte Anne, mère de la Vierge Marie et patronne de l'Université . Elle semble avoir été une reproduction de la statue vénérée au sanctuaire de Sainte- Anne-d'Auray, dans le Morbihan, département d'Ille-et-Vilaine, en Bretagne, d'où le commandeur de Razilly s'embarqua pour l'Acadie, avec 300 hommes d'élite, en 1632. Lors de la pose et de la bénédiction de la pierre angulaire de la nouvelle institution à la Baie Sainte-Marie, le 7 mai 1891, le père Gustave Blanche (1848-1916), premier supérieur, déclara qu'il plaçait l'institution « sous le vocable et puissant patronage de Sainte-Anne, si chère à tant de titres à la piété Bretonne (sic) et Canadienne (sic).»

Dans sa prière de bénédiction, le supérieur, breton lui-même comme la plupart de ses confrères, ajouta : « ... nous avons placé, gravé, ciselé dans le bronze l'effigie de nos célestes patrons, les saints coeurs de Jésus et Marie, de Sainte-Anne que nous prenons aujourd'hui comme protectrice et à qui nous confions tout spécialement notre oeuvre . » Le père Blanche estimait que le nom de « Collège Sigogne » n'était pas convenable, qu'il serait d'un triste effet et que ce nom ne serait connu que des seuls Acadiens de la Baie Sainte-Marie Il était donc naturel, dans l'esprit des fondateurs, que la patronne de l'institution soit représentée dans l'un des écus, comme aussi la Bretagne, symbolisée, elle, par des mouchetures d'hermine, allusion évidente aux armoiries de l'ancien duché de Bretagne.

Avec le temps, la représentation des armoiries de l'Université subit de nombreux changements, comme en font foi, notamment, les montages photographiques des classes de finissants. Après la laïcisation de l'Université, les armoiries originales se transformèrent en logo et, une stylisation outrancière aidant, les symboles finirent par ne plus ressembler aux symboles originaux, et même à les défigurer. Ainsi, la Vierge Marie enfant, se tenant au côté de sainte Anne, avait disparue et les mouchetures d'hermine avaient été transformées en fleurs de lis . En demandant une concession d'armoiries sous l'autorité du Gouverneur général du Canada, l'Université Sainte-Anne a voulue honorer une tradition plus que centenaire en retenant les principaux symboles de ses premières armoiries non-officielles.

Le 10 juin 1997, à la suite d'une requête du recteur Harley d'Entremont, au nom du conseil d'administration de l'Université, le Héraut d'armes du Canada, conseiller principal et directeur de l'Autorité héraldique du Canada, a concédé par lettres patentes des armoiries à l'Université Sainte- Anne. Elles sont peintes et consignées dans le Registre public des armoiries, drapeaux et insignes du Canada, dans le volume III, page 182. Son Excellence le très honorable Roméo LeBlanc, premier Acadien à accéder à la première fonction de l'État canadien, docteur honoris causa de l'Université Sainte-Anne, a bien voulu apposer sa signature sur le document de concession comme marque spéciale d'honneur.

La description héraldique des armoiries se lit comme suit : Parti d'azur et de gueules à la pointe d'argent fleuronnée de trois fleurs de lis du même, chargée d'un castor accroupi au naturel et accompagnée au canton dextre du chef de l'Étoile de l'Acadie d'or rayonnante du même et au canton senestre du chef d'une moucheture d'hermine aussi d'or; l'écu timbré d'un heaume coiffé de lambrequins d'azur et de gueules doublés d'argent et d'une torque des mêmes émaux. Pour cimier : Une cigogne essorante au naturel, sa patte dextre posée sur un livre fermé d'azur à la tranche d'argent, aux fermoirs d'or, le tout mouvant d'un cercle de feuilles d'érable de gueules et de fleurs de mai au naturel. Devise : FIDELITAS


Le symbolisme des armoiries

Les armoiries concédées à l'Université Sainte-Anne comportent un écu, rappel du bouclier; un heaume, c'est-à-dire le casque que revêtait le combattant; des lambrequins aux couleurs principales de l'écu qui sont la représentation stylisée du voile que portaient les combattants pour se protéger du soleil; une torque, ou torsade, qui maintenait sur le heaume le cimier et les lambrequins et, enfin, une devise. Les symboles qui composent l'écu des armoiries reprennent, en les regroupant et en les simplifiant, divers symboles qui apparaissaient sur les armoiries d'origine.


Les couleurs :

Le bleu, le blanc et le rouge sont les couleurs officielles de l'Acadie depuis l'adoption du drapeau tricolore français avec une étoile d'or, par la Convention nationale de 1884 tenue à Miscouche, Î.- P.-É. . Ce drapeau a été reconnu comme l'un des drapeaux officiels parmi d'autres au Canada lors de la concession d'armoiries à la Société Nationale de l'Acadie par le Héraut d'armes du Canada, le 15 août 1995.


Pointe d'argent fleuronnée :

Elle est une allusion au nom de la localité de la Pointe-de-l'Église où est située l'Université. Appelé Chicaben par les autochtones, et Church Point par les anglais, la localité porta même pour un temps le toponyme de Port Acadie en vertu d'une loi adoptée en 1860. Le premier Acadien à s'y installer fut Joseph Dugas, en 1768. En 1775, Frédéric Belliveau fils et 110 autres chefs de famille obtinrent une concession communale de terre . La première chapelle, dédiée à Sainte-Marie, fut construite en 1786. Détruite par le feu, elle fut reconstruite en 1829. L'église actuelle fut érigée en 1905 . Les premières armoiries de l'Université portaient trois fleurs de lis, emblèmes des rois de France. Ce symbole apparut pour la première fois en 1211 sur le sceau du prince Louis, futur Louis VII, roi de France. Son origine est obscure et remonte à la plus haute antiquité. L'écu des rois de France était bleu avec des fleurs de lis sans nombre. Elles furent ramenées à trois, vers 1365, par Charles VI, en l'honneur de la Sainte Trinité. Elles sont en forme de croix pour rappeler la croix haute qui séparait les deux écus des premières armoiries et parce que la croix est le premier symbole identitaire de l'Église.


Le castor :

Ce rongeur figurait dans les armoiries originales à titre de symbole officieux du Canada. Ce n'est qu'en mars 1975 qu'une loi fédérale désigna le castor (castor canadensis) comme l'un des symboles nationaux du Canada . Bien auparavant, la traite des fourrures l'avait promu au rang de symbole de l'Amérique. Si bien qu'on le trouve dans les armoiries de New York qui sont celles utilisées par la Nouvelle-Amsterdam. En 1690, dans un projet qui n'eut pas de suite, Frontenac suggéra le castor à Louis XIV comme l'un des symboles d'un projet d'armoiries pour la ville de Québec. Le castor et son mode de vie ont toujours fasciné les découvreurs et les chroniqueurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Cet animal, qui se représente esthétiquement avec difficulté, (il existe quelques rares exemples de son emploi en héraldique européenne), a été adopté avec enthousiasme, au XIXe siècle, par d'innombrables municipalités et institutions canadiennes, comme étant, avec la feuille d'érable, un symbole typiquement canadien. Très tôt on lui trouva des qualités morales dont la symbolique persiste. Ainsi, décrivant les curiosités du Canada, le père de Charlevoix écrivait en 1721 : «... je commence par ce qu'on y voit de plus singulier; c'est le Castor. La dépouille de cet Animal a jusqu'à présent fourni à la Nouvelle France le principal objet de son Commerce. Il est par lui-même une des merveilles de la nature, & il peut être pour l'Homme une grande leçon de prévoyance, d'industrie, d'adresse, & de constance dans le travail.»


L'étoile rayonnante d'or :

C'est la Stella Maris, l'étoile de la mer, symbole d'espérance et emblème principal des Acadiens depuis son adoption en 1884, suite logique de l'adoption, en 1881, par la première Convention nationale Acadienne, de l'hymne Ave Mari Stella comme hymne national acadien. En plus d'adopter un drapeau en 1884, les Acadiens en congrès avaient aussi adopté des symboles et une devise sans, toutefois, les placer en une forme héraldique. L'étoile rayonnante figurait dans cet insigne qui tomba assez rapidement en désuétude. Les symboles ont été repris sous forme héraldique par la Société Nationale de l'Acadie et constituent, désormais, des symboles acadiens officiels. On trouvait l'Étoile d'Acadie dans les premières armoiries de l'Université. Elle a été conservée pour marquer la continuité de l'histoire de l'institution, son attachement à ses racines, et à sa position géographique.


Une moucheture d'hermine :

L'héraldique n'utilise que des couleurs primaires (bleu, rouge, vert, noir, orange et pourpre); deux métaux, l'or et l'argent, représentés par le jaune et le blanc, et deux fourrures, l'hermine et le vair. L'hermine est symbolisée par des mouchetures noires sur fond blanc. Les anciens traités d'héraldique avaient le goût du merveilleux et ils attribuaient souvent des qualités et des vertus aux animaux, fabuleux ou non. Un traité du XVe siècle précise que l'hermine est « une blanche beste » qui a la propriété d'apaiser les autres bêtes. Elle symbolise la concorde, la neutralité, l'humilité et la chasteté. Ce même traité (Banyster) précise : « Et signifie que celui qui la porta premièrement en armes était homme de paix et de concorde et vertueux au bien de paix... » C'est pour ces raisons que les ducs de Bretagne l'aurait adoptée comme blason. Dans un autre traité (Argentaye) on lit que « cette panne [fourrure] est de grande dignité pour tant qu'elle représente le manteau de la Vierge Marie, qui est d'hermine. Et cette panne est si privilégiée que nulle dame ne la doit porter, si elle n'est reine ou extraite de sang royal. » C'est en 1316 que les ducs de Bretagne adoptèrent l'écu très simple dit d'hermine plain. Elles ont été introduites en Bretagne par Pierre de Dreux dit Mauclerc, duc de Bretagne à la suite de son mariage avec la duchesse Alix. De nombreuses villes et communes de Bretagne ont des mouchetures d'hermine dans leurs armoiries. Ainsi, les armes des villes de Redon et de Rennes, où les Eudistes avaient des collèges, portent toutes deux des mouchetures d'hermine dans leurs armoiries municipales . La moucheture d'hermine symbolise la contribution des Eudistes à la fondation et au développement de l'Université Sainte-Anne comme aussi de la paroisse Sainte-Marie de la Pointe- de-l'Église.


La cigogne :

Elle évoque la mémoire d'un très grand pionnier de la Baie Sainte-Marie, l'abbé Jean Mandé Sigogne (1763-1844), né à Beaulieu-lès-Loches, au diocèse de Tours. Prêtre français réfractaire à la constitution civile du clergé décrétée pendant la Révolution française, il s'exila en Angleterre puis passa en Nouvelle-Écosse. Il fut curé des paroisses Sainte-Anne, Sainte-Anne-du-Ruisseau et de Sainte-Marie, où il fit sa résidence principale, de 1799 à sa mort. Il eut à coeur l'éducation et l'instruction de ses ouailles, enseignant lui-même et cherchant des maîtres d'écoles pour la jeunesse de ses paroisses . Dans l'un de ses sermons, Sigogne admonestait ses paroissiens en ces termes :

L'ignorance est un vice, et ceux qui sont ignorants dans le monde ont, ce me semble, un grand désavantage au dessous des autres, et ceux qui sont instruits ont certainement un grand point au dessus des autres. La science est assurément très avantageuse et très estimable, et je crois que ceux qui demeurent dans l'ignorance n'en connaissent pas le prix. Car, si on savait le mérite, l'avantage, la valeur et le prix de l'instruction et de la science on s'empresserait plus de l'acquérir.
À l'origine, le collège que l'on espérait fonder à la Baie Sainte-Marie devait s'appeler le « Mémorial Sigogne ». Des cueillettes de fonds avaient été faites pour réaliser cet objectif. L'idée d'une souscription financière en faveur de la création d'une maison d'enseignement supérieur pour les résidants de la région, appelée « Mémorial Sigogne » ou « Collège Sigogne », avait été lancée par l'abbé Alphonse Parker (1859-1927), curé de Saint-Bernard. Le supérieur fondateur, le père Blanche, semble avoir décidé arbitrairement de changer le nom de l'institution. Venu bénir le premier collège, le 4 novembre 1891, Mgr Cornelius O'Brien (1847-1906), archevêque d'Halifax, suggéra que le corps de l'abbé Sigogne soit exhumé du cimetière paroissial et inhumé devant le nouveau collège; ce qui fut fait le 19 mai 1892.

En 1944, lors du centenaire de la mort de l'abbé Sigogne, le Supérieur général des Eudistes, le très révérend père Paul LeCourtois (1863-1951), reconnaissait à Sigogne son rôle de pionnier de l'éducation à la Baie Sainte-Marie. Il déclarait alors dans un panégyrique : « Prévoyait-il alors qu'un jour un beau collège s'élèverait à l'endroit même où il enseignait l'alphabet aux enfants et aux jeunes gens? Le prévoyait-il? Je ne sais, mais il préparait de loin; et tout ce que vous voyez aujourd'hui de vos yeux, c'est lui qui en est le premier auteur.» C'est pour rappeler l'oeuvre de pionnier de l'abbé Sigogne qu'une cigogne a été choisie comme cimier des armoiries de l'Université qui devait porter son nom. Tout comme le castor, la cigogne a ses mérites et ses vertus. Le célèbre naturaliste Buffon écrivait des cigognes :
L'on attribue à cet oiseau des vertus morales dont l'image est toujours respectable : la tempérance, la fidélité conjugale, la piété filiale et paternelle. Il est vrai que la cigogne nourrit très longtemps ses petits, et ne les quitte pas qu'elle ne leur voie assez de force pour se défendre et se pourvoir d'eux-mêmes; [...] on l'a même vue donner des marques d'attachement et même de reconnaissance pour les lieux et pour les hôtes qui l'ont reçue. On assure l'avoir entendue claqueter en passant devant les portes, comme pour avertir de son retour, et faire en partant un semblable signe d'adieu.
La cigogne est considérée comme le symbole de la concorde et de l'union. Elle signifie aussi piété et bienveillance. Peu fréquente dans l'héraldique, on la trouve cependant dans les armoiries de deux abbayes cisterciennes : Lieu-Saint-Bernard, en Belgique, et Chiavarelle (Clairvaux en italien) à Milan, en Italie. Dans les armes de l'Université Sainte-Anne, elle tient dans ses pattes un livre fermé, symbole du savoir à découvrir. La couronne qui surmonte le heaume est composée alternativement de feuilles d'érable, symbole du Canada, et de fleurs de mai, symbole floral officiel de la Nouvelle-Écosse. Une branche d'érable figurait dans les armoiries originales de l'Université. Tout comme le castor, la feuille d'érable est un très ancien symbole du Canada. Dès 1834, elle figure comme emblème de la première Société Saint-Jean-Baptiste. Auparavant, le journal Le Canadien s'en servait dans son titre.

Elle est entrée dans l'héraldique officielle du Canada avec la Confédération car on la trouve, un an plus tard, en 1868, en triumvirat, dans les armoiries de l'Ontario et du Québec. Entre 1876 et 1901, la feuille d'érable figurait sur toutes les pièces de monnaies canadiennes. Depuis 1921, trois feuilles d'érable sur une même tige figurent dans les armoiries d'État du Canada.

La fleur de mai (épigée rampante) fut adoptée en avril 1901 comme emblème floral officiel de la Nouvelle-Écosse. La fleur de mai, alternant avec la feuille d'érable, situe sur le plan héraldique l'Université Sainte-Anne comme une institution canadienne établie en Nouvelle-Écosse.

La devise latine - FIDELITAS - se rend en français par FIDÉLITÉ; fidélité aux traditions qui ont façonnées l'Université Sainte-Anne depuis sa fondation en 1890; fidélité aux diplômés de l'Université qui, au cours de leur vie, ont, chacun à leur manière et à la mesure de leurs talents, façonnés le pays en fonction de ce qu'ils avaient appris à l'Université Sainte-Anne; fidélité aussi aux valeurs morales et culturelles qui ont été distillées par l'Université Sainte-Anne depuis plus de cent ans, et qui ont contribué - et continuent de contribuer - à l'édification d'un pays, le passé étant garant de l'avenir.



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