LE SCEAU DU RÉGIMENT
PRINZ FRIEDRICH DE BRUNSWICK

par Daniel Cogné
Membre associé de l'Académie internationale d'héraldique


Les Archives nationales du Canada conservent très peu de sceaux allemands. Aussi la découverte récente d’une empreinte du cachet du régiment d’infanterie Prinz Friedrich de Brunswick est-elle un événement qui intéressera ceux qui étudient la sigillographie et l’immigration allemande dans la vallée du Saint-Laurent au XVIIIe siècle.

Sur cette empreinte de cire rouge apposée sur un document daté de 1783 à Château-Richer (Québec), on découvre le meuble principal, un cheval (blanc) galopant sur une terrasse, accompagné de trophées et timbré de la couronne du prince Carl, duc de Brunswick-Wolfenbüttel de 1735 à 1780. Sur la bordure se lit l’inscription : (deux C affrontés, chiffre du prince régnant Carl) H . B . L . PR . FRIEDERICHS INF . REGIM . SIEG (Sceau du régiment d’infanterie Prince Freidrich du duc de Brunswick et Lüneburg). Archives nationales du Canada, MG 24, G 45, vol. 3, p. 1241. Photo C131483.

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Le Sceau du Régiment Prinz Friedrich de Brunswick au Canada
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Fondé en 1683, le régiment est divisé en deux bataillons en 1770. Le second devient six ans plus tard le régiment Prinz Friedrich dont le lieutenant général est le prince Friedrich August, fils cadet du prince Carl. Le commandement de compagnie est confié au lieutenant-colonel Christian Julius Prätorius. Les soldats de ce régiment portaient un manteau bleu à boutons blancs avec collet et manchettes jaunes ainsi qu’un chapeau à bord blanc.

Des événements politiques imprévisibles viennent bouleverser la vie de ces militaires. En effet, plusieurs traités sont signés entre le roi Georges III de Grande-Bretagne et ses alliés les princes allemands pour qu’ils lui fournissent les soldats dont il a besoin pour combattre les «rebelles» américains. Ainsi le landgrave de Hesse-Cassel s’engage-t-il à envoyer 16 992 soldats en Amérique. Le 9 janvier 1776, le duc de Brunswick, appauvri par la guerre de Sept-Ans, promet 3 964 fantassins et 336 dragons, des soldats professionnels payés chacun un peu plus de sept livres sterling. Pour la durée du conflit, le Brunswick reçoit la somme considérable de 774 000 livres sterling. Pendant la Révolution américaine, 30 000 «mercenaires» allemands sont engagés par la Couronne britannique. Cette guerre étrangère devient donc une source importante de revenus pour ces petits Etats. Rappelons que cette pratique était courante dans l’Europe des Lumières.

La flotte qui transporte le régiment Prinz Friedrich arrive à Québec le 1er juin 1776. Entre 1778 et 1780, il sera formé, avec quelques variantes, d’un peu moins de 700 soldats et officiers. Les troupes allemandes, sous le commandement du major général Friedrich Adolf von Riedesel, connaîtront de nombreuses difficultés contre les Américains. Malgré la signature d’un traité provisoire le 30 novembre 1782, les escarmouches continuent jusqu’en mars 1783. Le 2 août, Riedesel et une partie de ses hommes retournent en Allemagne.

Phénomène remarquable, environ 2 400 soldats décident de demeurer au Canada, qui n’est alors peuplé que de 100 000 habitants dont la grande majorité est francophone. Environ 1 300 d’entre eux s’installent au Québec et s’intègrent si rapidement à la population de la vallée du Saint-Laurent que « la quasi-totalité de leurs descendants, encore aujourd’hui, ignorent à peu près tout de leurs ancêtres brunswickers» (Wilhelmy, page 189). Un domaine particulièrement riche pour les généalogistes québécois…

Ce sont ces militaires qui introduisent au Canada une tradition allemande qui connaît depuis plus de deux siècles une immense popularité. En décembre 1781, le général Riedesel fait placer devant sa résidence de Sorel (Québec), aujourd’hui un monument historique appelée «Maison des Gouverneurs», le premier arbre de Noël de notre histoire.


Bibliographie

COGNÉ, Daniel et KENNEDY, Patricia, Lasting Impressions : Seals in our History/ Les sceaux, empreintes de notre histoire, Ottawa, Archives nationales du Canada, 1991, 36 pages.

HILLE, Julius Friedrich von, The American Revolution, Garrison Life in French Canada and New York: Journal of an Officer of the Prinz Friedrich Regiment, 1776-1783, Westport (Connecticut), Greenwood Press, 1993.

WILHELMY, Jean-Pierre, Les mercenaires allemands au Québec au XVIIIe siècle et leur apport à la population, Beloeil, Maison des Mots, 1984, 336 pages.




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