SCEAU DE LA COMPAGNIE
DES INDES OCCIDENTALES

par Daniel Cogné

Membre associé de l'Académie internationale d'héraldique


Sceau de la Compagnie des Indes Occidentales
Fondée par Louis XIV en mai 1664, la Compagnie des Indes occidentales reçut les droits exclusifs dans le domaine de la navigation et du commerce, y compris celui de battre monnaie, sur un territoire immense qui comprenait les terres entre l'Amazone et l'Orénoque, Terre-Neuve, l'Acadie et la Nouvelle-France (article 15).

Très tôt cependant cette compagnie à monopole connut des difficultés considérables et, en décembre 1674, le roi incorpora à son domaine tous les territoires de la compagnie. En dix ans, ses actionnaires avaient perdu 3 millions et demi de livres. Louis XIV n'eut d'autre choix que de l'abolir en décembre 1677.

L'article 32 de la charte royale précisait : «Prendra la dite Compagnie pour ses armes un écusson au champ d'azur semé de fleurs de lys d'or sans nombre, deux sauvages pour supports et une couronne tréflée, lesquelles armes nous luy concédons pour s'en servir dans ses sceaux et cachets et que nous luy permettons de mettre et apposer aux édifices publics, vaisseaux, canons et partout où elle le jugera à propos».

Ces armoiries ornent le sceau plaqué sur les Provisions de l'office de lieutenant général et criminel dans la ville de Québec accordées à Louis Théantre Chartier de Lotbinière par les membres de la Compagnie des Indes occidentales à Paris, le 14 mars 1670. Ce document exceptionnel fait partie d'un fonds qui se trouvait dans une collection privée américaine jusqu'à son acquisition par les Archives du Canada en 1991.

Cette empreinte de papier sur cire est la mieux conservée qui soit connue. Un autre exemplaire, en très mauvais état, authentifie la concession de la seigneurie de la Petite Nation accordée à Mgr François de Montmorency de Laval, évêque de Québec, par la Compagnie des Indes occidentales. Il est aujourd'hui conservé au manoir de Louis-Joseph Papineau, chef du mouvement libéral dans le Bas-Canada et seigneur de la Petite-nation au XIXe siècle (Montebello, Québec).

L'iconographie de ce sceau est particulièrement intéressante pour ceux qui s'intéressent à l'emblématique officielle canadienne puisqu'elle s'inscrit dans une longue tradition qui prend sa source aux origines de l'héraldique royale française. Rappelons que les armories d'azur semé de fleurs de lis d'or (France ancien) ont sans doute été adoptées par Louis VII pour la croisade en 1147. Elles ont été utilisées sous cette forme jusque vers 1365 lorsque Charles V ramena le nombre de fleurs de lis à trois (France moderne) soi-disant pour honorer la Ste-Trinité.

La fleur de lis se retrouve aussi dans les armoiries de plusieurs compagnies mercantiles qui eurent au Canada pendant la période coloniale des pouvoirs quasi souverains. Ainsi l'avers du sceau de la Compagnie des Cent Associés ou de la Nouvelle-France montre une allégorie de la Religion entourée d'un semé de fleurs de lis. Fondée par le Richelieu, elle présida avec plus ou moins de bonheur au développement du Canada de 1627 à 1663. Le seul exemplaire connu de ce sceau, document insigne de la sigillographie canadienne, est conservé aux Archives des ursulines de Québec.

La découverte récente d'un projet d'armoiries pour la province royale du Canada nous permet d'admirer le soleil, emblème de Louis XIV, placé sur un semé de fleurs de lis (Auguste Vachon, L'héraldique au Canada/Heraldry in Canada, mars 1983, pp.6-8). En octobre 1673, le comte de Frontenac, gouverneur du Canada, proposa au ministre des Colonies des armoiries pour la ville de Québec, projet qui resta sans lendemain. En choisissant «des fleurs de lis sans nombre au chef d'or chargé d'un castor de sable», il ne faisait que reprendre une symbolique bien ancrée dans la vie de la Nouvelle-France.

Trois siècles plus tard, ce sera aussi un semé de fleurs de lis qui sera retenu comme logotype de l'Assemblée nationale du Québec. Voilà un domaine où la devise du Québec «Je me souviens» prend tout son sens.


(Référence : L'héraldique au Canada/Heraldry in Canada, vol. XVII, mars 1983 et vol. XXV, septembre 1991)


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