LES ARMOIRIES DE SOUVERAINETÉ ET DE POSSESSION FRANÇAISES EN AMÉRIQUE

par Robert Pichette

Membre de l'Académie internationale d'héraldique
Héraut Dauphin extraordinaire de l'Autorité héraldique du Canada

«La France possédait autrefois dans l'Amérique septentrionale un vaste empire, qui s'étendait depuis le Labrador jusqu'aux Florides, et depuis les rivages de l'Atlantique jusqu'aux lacs les plus reculés du haut Canada.» C'est par ce salut nostalgique à un immense empire américain disparu que commence le roman d'Atala (1)

.

Fâchés de ce que le pape Alexandre VI ait divisé le Nouveau Monde, en 1493, entre l'Espagne et le Portugal, les Valois, depuis François Ier, s'avisèrent de prendre leur propre part de l'héritage du père Adam. Les fleurs de lis allaient, dès lors, revendiquer outremer leur place au soleil dans la faune et la flore héraldiques des couronnes d'Espagne, du Portugal et de l'Angleterre.

Tant et si bien que Ronsard, pour faire sa cour à Henri II, lui dira :

Et loing de France, en l'une & l'autre mer,

Les Fleurs de Liz, tu as fait renommer(2)

.

En réalité, les fleurs de lis firent leur apparition dans ce qui constitue aujourd'hui le Canada en 1497 lorsque Jean Cabot, au nom du roi Henri VII d'Angleterre, prit possession de Terre-Neuve où, selon un correspondant londonien du duc de Milan, il avait «... planté les étandards royaux, pris possession au nom de Son Altesse, fait certaines marques, et retourné(3)

». Or on sait que les rois d'Angleterre incorporaient les armes de France dans leurs armoiries, sous une forme ou sous une autre, depuis Édouard III.

Une lettre au grand amiral de Castille (Colomb), qui pourrait être de 1500, signée Johan Day, marchand de Londres débarqué en Espagne, nous apprend que Cabot descendit à terre en un endroit non encore identifié mais qui aurait pu être en Nouvelle-Écosse contemporaine. Les hommes de Cabot auraient débarqué «avec un crucifix et érigèrent des bannières aux armes du Saint-Père et à celles du Roi d'Angleterre, ma majesté(4)

». Il s'agit des armes de Rodrigo Borgia, pape de 1492 à 1503 sous le nom d'Alexandre VI qui, on l'a vu, avait partagé arbitrairement le nouveau monde entre l'Espagne, berceau de sa famille, et le Portugal.

Par contre, un Vénitien, Lorenzo Pasqualigo, dans une lettre à ses frères, marchands à Venise, datée de Londres le 23 août 1497, rapporte l'épisode à peu près dans les mêmes termes mais en précisant que Cabot aurait érigé une croix, planté les bannières d'Angleterre et de Venise, dont il était citoyen, mais omettant la bannière aux armes du pape(5)

. Ainsi, très tôt, même le lion ailé de saint Marc serait apparu dans le Nouveau Monde.

De Terre-Neuve et de ses fabuleuses pêches; prise, remise, reprise, rendue, nous reparlerons, car ces cessions seront presque toutes marquées par l'érection des armoiries des monarques conquérants ou, à tout le moins de leurs étendards(6)

.

Les fleurs de lis, qui font toujours partie de l'héraldique officielle du Canada, notamment dans les armoiries du Canada, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, font donc partie du patrimoine héraldique canadien depuis cinq cents ans lorsque Cabot introduisit l'héraldique européenne.

Mais c'est Jacques Cartier qui les arbora officiellement au nom de la France et de son souverain. Le 24 juillet 1534, Cartier prenait solennellement possession, à Gaspé, de ce qui allait devenir le Canada. Il en a laissé lui-même la relationd'où il ressort que la cérémonie avait surtout pour but d'impressionner les autochtones:

[...] nous fimes faire une croix haute de trente piés & fut faite en la présence de plusieurs d'iceux sur la pointe de l'entrée de ce port, au milieu de laquelle mimes un ecusson relevé avec trois fleurs-de-Lis, & dessus étoit écrit en grosses lettres entaillées en du bois, Vive le Roy de France. En apres la plantames en leur presence sur ladite pointe, & la regardoit fort, tant lors qu'on la faisoit que quand on plantoit. Et l'ayans levée en haut, nous nous agenoüillons tous ayans les mains iontes, l'adorans à leur veuë, & leur faisions signe, regardans & montrans le ciel, que d'icelle dependoit nôtre redemption: de laquelle chose ilz s'emerveillerent beaucoup [...](7)

.

Le chef amérindien Donnacona comprit cette cérémonie pour ce qu'elle était réellement; la prise de possession de son territoire par des étrangers, et il ne manqua pas d'en manifester son mécontentement à Cartier qui, assez ingénument, n'admit pas le motif réel de la cérémonie par laquelle les armes de France étaient sacralisées au même titre que le symbole de la chrétienté. Il se contenta d'expliquer que la croix servirait de repère aux navires pour faciliter la navigation. André Thevet, cosmographe du roi, grâce à Cartier, son «grand et singulier amy», rapporte assez fidèlement le récit, sauf que les armes sont devenues «une grande fleur de lys ».

Thevet, sur la foi d'un récit qu'il affirme tenir de Cartier lui-même, rapporte, en 1575 dans sa Cosmographie universelle, un incident singulier propre à sacraliser davantage encore la royale fleur de lis.

Cartier et ses hommes ayant découvert accidentellement les propriétés savoureuses et curatives de la liqueur d'érable, l'arbre, que Thevet appelle Cotony, fut abattu et à l'intérieur du tronc on trouva -- «miraculeusement» précise Thevet -- la représentation exacte d'une fleur de lis.

Les témoins l'admirèrent beaucoup, ce qui fut pris pour un excellent présage en faveur de la nation française pour peu que les rois de France fassent dilligence pour conquérir et christianiser les barbares du Canada(8)

. Pour donner plus de poids à ce miracle, Thevet le fait cautionner par un chanoine d'Angers! C'était placer les grandes découvertes et la colonisation sous le double signe du mythe et du sacré.

Thevet indique bien que les Amérindiens n'apprécièrent pas le geste de Cartier. Ils se firent menaçant «mesmes irrité interrogeant les nostres, qui vouloit dire par tels signes d'avoir posé icelle croix, ou si c'estoit pour les decevoir et mettre a mort, ou bien s'ils vouloient prendre possession hereditaire de ce pays là et s'en faire maistres(9)

». Ainsi, grâce à un pieux mensonge, mais mensonge tout de même, l'héraldique royale française s'ancra dans l'histoire du Canada.

Auparavant, le 11 juin 1534, Cartier avait érigé une croix au port nommé Saint-Servan [Rocky Bay], à Terre-Neuve, mais l'explorateur ne précise pas s'il y avait placé un écu aux armes de France.

Le 3 mai 1535, à Stadaconé, [Québec], Cartier profitait de la fête de la Sainte-Croix pour ériger «une belle Croix de la hauteur d'environ trente-cinq piez de longueur, souz le croizillon de laquelle y avoit vn écusson en bosse des armes de France: & sur iceluy étoit écrit en lettre Attique [lire antique]: Franciscus Primus Dei Gratia Francorum Rex Regnat(10)

».

Cartier s'était-il muni, en France, d'écussons et d'inscriptions sculptés au préalable, ou ces ornements étaient-ils l'uvre de charpentiers du bord qui auraient ainsi occupé leurs loisirs durant la longue traversée? Il semble que Cartier ait été le premier à avoir inauguré le cérémonial des prises de possession de territoires français en combinant la croix et les armes. Il faudra attendre longtemps encore avant que des directives précises soient données pour guider les explorateurs.

Le geste de Cartier est perpétué héraldiquement par les armoiries et le sceau du diocèse catholique romain de Gaspé, érigé par le pape Pie XI, le 5 mai 1922. Le premier évêque, François-Xavier Ross, dans un mandement du 3 mai 1923, expliquait son choix des symboles dans les termes suivants:

Nous avons voulu que la croix fleurdelisée constitue l'unique pièce du sceau du diocèse, sur le territoire duquel elle se dressa pour la première fois au milieu de ces contrées sauvages. Et parce que tout épanouissement de vie chrétienne tire sa sève de cet arbre de vie:In cruce pendet omnis fructus vitae, quia ipse est arbor vitae (saint Bernard), nous avons voulu graver autour de la croix qui marquera tous Nos actes officiels, ce mot d'ordre qui s'adapte bien aux vux et aux espoirs que la création du nouveau diocèse a fait surgir dans tous les curs: Crescamus in illo per omnia (Eph. 4, 15)(11)

.

L'usage des armoiries royales comme symboles d'autorité se répandra très vite et largement dans les possessions anglaises et françaises. Les armes royales seront arborées en Acadie, en Nouvelle France, à Terre-Neuve et en Louisiane, souvent accompagnées d'armoiries de particuliers, tels vice-rois, grands prélats, ministres et gouverneurs. On les trouvera non seulement sur des uvres «monumentales» où elles proclament la souveraineté, mais encore sur cartulaires, portulans, cartes, sceaux, tableaux, médailles, monnaies et objets du culte.

L'héraldique corporative et municipale fera elle-aussi, en Nouvelle France tout au moins, une timide apparition avec un projet d'armoiries pour la ville de Québec et l'adoption d'armoiries pour le diocèse de Québec, grand comme un continent. Les grandes compagnies marchandes, jouissant d'importants droits, même régaliens, seront dotées d'armoiries portant les fleurs de lis et autres attributs royaux ou quasi royaux.

Ainsi, l'héraldique jouera tout au long du régime français un rôle politique de premier plan dans l'affirmation du pouvoir royal exercé directement ou par délégation.

Si l'héraldique européenne fut d'abord introduite à Terre-Neuve, à vrai dire ni les Français, ni les Anglais, n'étaient les premiers découvreurs de cette île. À une époque prédatant l'héraldique, les Vikings s'y étaient établis. Les Portugais, à la suite de l'explorateur Gaspar Corte-Real, revendiquèrent aussi l'île et peut-être y firent-ils usage des armoiries lusitaniennes. Certes, elles apparaissent sous forme de bannières héraldiques sur les cartes de l'époque, notamment celles de Juan de La Cosa (1500) où elles voisinent avec les bannières aux armes d'Angleterre à la suite des découvertes de Jean Cabot, et sur la carte du monde attribuée à Alberto Cantino (1502)(12)

.

Quant aux pêcheurs basques, normands et bretons qui fréquentaient les bancs poissonneux de Terre-Neuve et ses côtes inhospitalières depuis un temps immémorial, les impératifs d'une pêche saisonnière devaient les préoccuper davantage que l'affirmation publique d'une souveraineté aléatoire à l'époque(13)

.

Il faut compter aussi sur l'imprécision des cartes géographiques de l'époque, sur les rapports d'espions plus ou moins officiels, les récits de voyages et de découvertes dans lesquels, souvent, le merveilleux l'emporte sur l'exactitude et la précision. Il n'empêche qu'il existe un corpus suffisant pour établir avec certitude qu'armoiries et étendards héraldiques, ainsi que la croix, ont servi d'affirmation politique territoriale dans la foulée de presque toutes les découvertes.

Seule une étude systématique de la cartographie «américaine» à partir du XVe siècle apporterait une meilleure connaissance de l'usage de l'héraldique comme emblèmes de souveraineté dans le sillage des découvreurs et des explorateurs. Quelques exemples suffiront pour démontrer l'usage ancien d'armoiries royales en relation avec l'Amérique.

Les armes du Portugal et l'écartelé de Castille et de Léon se trouvent sur bon nombre de cartes, notamment sur la carte de Juan de La Cosa (1500), d'Alberto Cantino (1502) et de Giovanni Battista Ramusio (1556), où l'on voit non seulement les armes du Portugal mais aussi un navire dont la voile porte les trois fleurs de lis de France(14)

. On voit aussi sur la carte de Giacomo Gastaldi (1556), l'écu du Portugal, une île avec une croix surmontée d'une fleur de lis, deux navires portant des fleurs de lis sur leurs voiles et un autre avec l'écu du Portugal(15)

. Sur la carte de Maggiolo (1527), établie en 1524 d'après les explorations de Verrazanno, cet explorateur florentin au service de François Ier, apparaît une bannière portant l'écu aux trois fleurs de lis(16)

et un écu aux armes de Bretagne(17)

.

Verrazanno, qui s'était rendu en 1524 dans ce qui est aujourd'hui la Virginie, donna une toponymie française à la côte atlantique nord-américaine. Une Histoire notable de la Floride(18)

, publiée en 1586, rapporte qu'il «planta en ce païs les enseignes et armoiries du roy de France, de sorte que les Espagnols mesmes qui y furent depuis ont nommé ce païs Terre Francesque».

La mappemonde dite de Harley, non signée et non datée mais qui aurait été peinte vers 1536, montre ce qui était connu de l'Amérique à l'époque. Elle est ornée de deux blasons dont le premier est équivoque. Il s'agit d'un écartelé aux 1 et 4 mi-parti de France, aux 2 et trois de Dauphiné. Le second est un écartelé aux 1 et 4 de France, aux 2 et 3 de Dauphiné. Ce blason correspondrait aux armes portées par Henri d'Orléans, second fils de François Ier, qui devint Dauphin de France en août 1536 après le décès de son frère, François(19)

.

Sur la splendide mappemonde de Pierre Desceliers, publiée en 1550, et conservée au British Museum, on trouve, en plus de l'écu de France, deux autres blasons; ce sont les armes de Anne de Montmorency, connétable de France, surmontées d'une couronne de marquis avec le collier de l'Ordre de Saint-Michel autour de l'écu, et les armes de Claude d'Annebaut, maréchal de France, amiral de France, et connétable héréditaire de Normandie. Son écu est posé sur une ancre(20)

. Les armes de Montmorency, avec brisures, auront une longue carrière en Canada où elles sont toujours portées.

Les armes impériales de Charles-Quint sont gravées sur une mappemonde attribuée à Sébastien Cabot, fils de Jean. Cette mappemonde porte la date de 1544(21)

.

L'écu de France entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel, mais sans le médaillon, apparaît sur la carte établie par Guillaume Levasseur en 1601, juste au-dessus de la «Coste de Cadie» et de la «Nouvelle france»(22)

. Si Cartier affirme, en 1534, le double caractère religieux et monarchique de la prise de possession d'un territoire au nom du monarque régnant, la Floride verra un rite bien différent, en 1562, lorsque Jean Ribaut et René Goulaine de Laudonnière, en qualité de lieutenants de l'amiral Gaspard de Coligny, érigeront une colonne, ou borne, de pierre, ornée des petites armes de France avec le collier de l'Ordre de Saint-Michel, Charles IX étant alors régnant(23)

.

De Bry donne une description précise - et magnifique - du culte que les «Floridiens» rendaient à la colonne érigée par Ribaut:

Athoré fit signe qu'il souhaitait leur montrer quelque chose et qu'ils devaient pour cela le suivre. Ils acceptèrent mais le voyant entouré d'un grand nombre de ses sujets, ils prirent quelques précautions. Il les conduisit alors dans l'île où Ribault avait placé sur un tertre un morceau de pierre gravé aux armes de France. De plus près ils observèrent que les Indiens vénéraient cette pierre comme une idole. En effet quand le chef l'eut salué avec le même respect que lui montraient ses propres sujets, il la baisa et nous invita à faire de même. Devant la pîerre étaient posées des offrandes de fruits, de mets et de plantes à usages médicinal. Il y avait aussi des vases pleins d'huiles odorantes, des arcs et des flèches(24)

.

Dans son ouvrage publié à Francfort, entre 1590 et 1634, Théodore de Bry en a laissé une superbe gravure, faite à partir de dessins et d'indications donnés par le peintre Jacques Lemoyne de Morgues. Celui-ci dressa aussi une carte de la Floride, gravée et imprimée par de Bry en 1591 pour le second volume de ses Grands Voyages. Elle est cantonnée, en haut, à gauche, des armes d'Espagne et, à droite, des armes de France(25)

.

Le faste de la cérémonie, fait pour en imposer aux indigènes, l'élégance de la borne, comme en fait foi l'illustration de Théodore de Bry, laissent supposer que cette cérémonie avait été soigneusement préparée en France avant le départ de l'expédition. Ribaut et Laudonnière, au service d'un des principaux chefs de la Réforme en France, ont peut-être consciemment préféré une borne armoriée plutôt que le symbole de la croix.

Quoi qu'il en soit, explorateurs et découvreurs qui suivront au cours des siècles, devront improviser avec les matériaux dont ils disposeront. Le but visé, cependant, est le même: prendre possession aussi solennellement que possible d'un territoire au nom du roi par le truchement qui le représente le mieux, ses armoiries.

Les autochtones comprenaient parfaitement le geste symbolique posé par des Européens s'appropriant ainsi une souveraineté à bon marché(26)

. Dans le chassé-croisé des rivalités impériales en Amérique du Nord, l'usage des armoiries des souverains européens comme emblêmes de prises de possession territoriale, revient contamment dans les textes de l'époque.

Ainsi, le gouverneur général Jacques-René de Brisay de Denonville, lors de l'expédition chez les Tsonontouans (Senecas), en 1687, constata que le gouverneur de New York, Thomas Dongan, avait fait placer les armes d'Angleterre à la porte d'un village iroquois. Le marquis de Denonville s'indignait de la duplicité de Dongan qui y avait fait arboré les armes d'Angleterre «contre tout droit et raison l'année 1684, ayant antidatté les armes qu'il avoit marqué de 1683, quoy qu'il soit indubitable que nous-mesmes avons découvert ce pays, et en avons pris possession...(27)

.

Le droit international, cependant, n'admettait pas que ces prises de possession territoriales au moyen des armoiries des souverains aient pour autant effacées les droits ancestraux des autochtones comme en fait foi un mémoire de 1720:

Tout le monde sçait que quand il s'est fait des découvertes dans quelques parties de l'Amérique par des Nations de l'Europe, les voyageurs qui ont eu le bonheur d'y reussir, aussitôt leur arrivée dans les lieux ont planté un poteau auquel ils ont appliqué ou crayonné l'ecusson de leur Souverain, ou contre un arbre, Et voilà ce qu'on a appellé prendre possession des lieux et qu'on a prétendu donner la propriété aux Potentats quand même cette découverte et Prise de possession eût été faitte sans commision ou ordre du Souverain.

De cette prétendüe Prise de possession ainsy faite dans un seul lieu, les Souverains ou leurs Peuples se sont fixés des limites à leur gré a telle distance qu'il leur plaisoit quoique leurs Sujets n'y eussent pas été.

L'expérience a fait voir que ces limites imaginaires n'ont donné aucune propriété et les Nations n'y ont eû aucun egard, puisqu'elles se sont etablies dans ces pretendües limites et en ont fait leur Domaine. Cela se justiffie dans les Pays que la Couronne d'Espagne prétendoit luy appartenir dans le nouveau monde, ainsy que dans ceux de la france(28)

.

L'établissement français en Floride eut une existence éphémère ayant été détruit par les Espagnols. Toutefois, selon l'historien Charlevoix, il semblerait que la cérémonie ait fortement impressionné les Amérindiens qui auraient vénéré ou adoré la colonne armoriée à laquelle ils apportaient des offrandes(29)

. Une reproduction de la colonne a été érigée sur le site du Fort Charles, à Jacksonville, en Floride, par ordre du Congrès des États-Unis(30)

.

Le massacre des Français au Fort Charles inspira un poète anonyme qui publia à Liège,en 1581, un poème dans lequel il rappelle l'injure faite aux armes de France :

Les pannonceaux du Roy et termes arrachez.

Brisez, jectez en mer, noïant la souvenance

Es flots Floridiens des fleurs de lys de France [...](31)

Deux événements survenus en 1583 illustrent bien le rôle politique des armoiries officielles dans ce que Champlain appellera plus tard les «decouvertures». À Terre-Neuve, le 5 août 1583, sir Humphrey Gilbert prit possession solennelle de la grande île au nom de la reine Elizabeth. La cérémonie fut imposante: sa commission sous le grand sceau d'Angleterre ayant été lue publiquement, il se fit remettre une motte de terre et une branche de noisetier, après quoi il fit placer les armes gravées de la reine sur un pilier de bois(32)

.

Une aquarelle de John Whyte conservée au British Museum et exécutée entre 1585 et 1593, illustre une escarmouche survenue en 1577 entre explorateurs anglais et des Inuits, vraisemblablement dans l'île de Baffin. On y voit la bannière de saint Georges dont la croix est chargée en cur de l'écu des armes d'Angleterre(33)

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En 1583, alors que sir Humphrey Gilbert procédait à sa cérémonie solennelle de prise de possession, à des centaines de kilomètres de Terre-Neuve, un marchand de Rouen, Étienne Bellenger, protégé du duc Anne de Joyeuse, gouverneur de Normandie, et du cardinal Charles de Bourbon, archevêque de Rouen(34)

, entreprenait une expédition au Nouveau Monde à bord de la barque le Chardon, appartenant à Jacques de Chardon, sieur de Tressonville, gentilhomme de la chambre du cardinal. Dans la baie Française l'actuelle baie de Fundy, Bellenger accrochait les armes du cardinal à un arbre à l'entrée du bassin des Mines(35)

.

Un historien estime qu'en plus des armes cardinalices, attachées à un grand arbre, Bellenger érigea une croix à proximité. L'événement aurait eu lieu à Ram Head ou Cape d'Or où Champlain trouva, en 1607, trace d'une croix. Par contre, l'événement aurait pu également se produire au Cap de Chignectou(36)

. Le geste de Bellenger n'aurait servi qu'à démontrer l'intérêt mercantile que Rouen portait au Nouveau Monde(37)

.

Les véritables fondations françaises, cependant, remontent au début du XVIIe siècle, sous le règne d'Henri IV. Ce fut d'abord l'Acadie, en 1604, puis Québec en 1608.

L'habitation de Port-Royal, capitale de l'Acadie(38)

, s'orna assez tôt des armoiries de France et de Navarre ainsi que de celles du lieutenant-général de l'Acadie, Pierre Du Gua, sieur de Monts, et du seigneur du lieu, Jean de Biencourt de Poutrincourt, baron de Saint-Just. Ces armes furent apposées en grande pompe au-dessus de la porte du fort de Port-Royal le 14 novembre 1606 par les soins de Marc Lescarbot, avocat parisien en rupture de ban avec le barreau, premier poète, historien et metteur en scène, qui écrit dans son Histoire de la Nouvelle France :

«... nous avions mis au dessus de la porte de notre Fort les armes de France, environnées de couronnes de lauriers (dont il y a grande quantité au long des rives des bois) avec la devise du Roy, Dvo protegit vnus (39)

Et au dessous celles du sieur de Monts avec cette inscription, Dabit Devs his qvoque Finem(40)

: & celles du sieur de Poutrincourt avec cette autre inscription, Invia virtuti nulla est via,(41)

toutes deux aussi ceintes de chapeaux de lauriers(42)

Après un premier hiver dévastateur, l'île Sainte-Croix, dans la baie de Passamaquoddy, fut délaissée en faveur de Port-Royal comme capitale de l'Acadie naissante. Lescarbot indique que la bannière de France, non autrement décrite, flottait au dessus du fort de l'île Sainte-Croix(43)

.

Il est probable que l'étalage héraldique inventé par Lescarbot n'ait été que temporaire car il est absent du dessin de l'habitation fait par Champlain, pilote et cartographe des expéditions du sieur de Monts, publié en 1613. Reconstituée privément en 1938-39, l'habitation de Port-Royal est aujourd'hui un lieu historique national et les armoiries de France et de Navarre, du sieur de Monts et de Poutrincourt ornent le fronton de la porte.

Sur les cartes que Lescarbot fit de la Nouvelle France et de l'Acadie pour illustrer son Histoire de la Nouvelle France (1609), il prit soin d'inclure les armes d'Henri lV. Sur celle intitulée «Figure du Port Royal en la Nouvelle France», Lescarbot ajouta le dessin assez primitif d'armoiries formé d'un écu portant un lion rampant, l'écu étant supporté par ce qui semble être deux chouettes, et sommé d'un heaume à grilles taré de face avec une tête de lion affrontée comme cimier(44)

. Il se peut que Lescarbot ait voulu représenter les armes de Jean de Biencourt de Poutrincourt, auquel cas il omit de sommer le lion rampant d'une couronne.

Est-ce en l'honneur de ce lion qu'une petite éminence de Port-Royal porta le nom de colline «du lion rampant(45)

»?

Poutrincourt, en 1606, poursuivant ses explorations de la côte atlantique dans ce qui constitue aujourd'hui les États du Maine et du Massachusetts, «fit charpenter & planter vne Croix sur vn tertre, ainsi qu'avoit fait deux ans auparavant le sieur de Monts à Kinibeki, & Malebarre», écrit Lescarbot sans préciser si les armes de France y furent apposées(46)

.

Il est clair que de Monts avait l'habitude de placer des croix en différents endroits de l'Acadie, avec ou sans armoiries. Ainsi, Lescarbot rapporte qu'on cru un navire français perdu parce que le sieur de Monts avait négligé de laisser à Canso une croix avec une missive à eux adressée. Le retard s'expliquait du fait que les matelots n'avaient pas trouvé «les marques & enseignes qui avoient été dites...(47)

Enjeu constant des convoitises de la Nouvelle-Angleterre, l'Acadie fut prise et reprise maintes fois au cours de son histoire. À chaque fois, les léopards d'Angleterre remplaçaient les fleurs de lis de France. En mai 1613, sir Samuel Argall, amiral de la Compagnie de Virginie, s'emparait de Port-Royal en dépit du fait que la France et l'Angleterre étaient alors en paix. Il détruisit entièrement l'établissement, effaçant partout, nous dit la Relation du jésuite Pierre Biard, «tous monuments et indices de la puissance française; ce qu'il n'oublia pas icy, jusques à faire user du pic et ciseau sur une grosse et massive pierre, en laquelle estoyent entaillés les noms du sieur de Monts et autres capitaines avec les fleurs de lys(48)

Rarement incident héraldique d'importance n'a été aussi bien relaté. Le fait est attesté par Poutrincourt lui-même dans une lettre adressée à Lescarbot:«je trouvay notre habitation brûlée, les armes du roi et les nôtres brisées...(49)

» , écrivait-il.

Poutrincourt alla même jusqu'à accusser Biard de collusion avec Argall comme le rapporte Lescarbot:«Ce fait [le pillage complet de l'établissement de Port-Royal], mirent le feu au parsus. Et non contens de ce -- poussés et conduits par ledit Biard -- ilz rompirent avec une masse de fer les armes du Roy, notre sire, gravées dans un rocher; ensemble celles dudit sieur de Poutrincourt et celles du sieur de Monts(50)

.» Pure calomnie que cette affirmation sans autre fondement que l'antijésuitisme du seigneur de Port-Royal.

Auparavant, Argall avait dévasté l'établissement de Saint-Sauveur, face à l'île des Monts Déserts dans l'État américain actuel du Maine. Cet établissement où commandait René LeCoq, sieur de La Saussaye, appartenait à Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, dame d'honneur de la reine, qui avait acquis tous les droits seigneuriaux du sieur de Monts en Nouvelle France dans le but de favoriser en Acadie un établissement gouverné par les Jésuites(51)

.

Seigneuresse de l'Acadie, hormis Port-Royal, les armes de la marquise de Guercheville avaient naturellement été placées le 16 mai 1613 sur une croix érigée à La Hève comme nous l'apprend le père Biard: «Au cap de La Hève ils dirent messe et dressèrent une croix, y apposants les armoiries de madame la marquise de Guercheville pour marque de possession prinse en son nom(52)

. » Champlain confirme:«& arriua à la Héue à l'Acadie le 16. de May, où ils mirent pour marque de leur poffeffion les armes de Madame de Guercheuille(53)

Une croix semblable avait aussi été érigée à Saint-Sauveur. Argall, nous apprend la Relation du père Biard, la fit abattre comme toutes les autres à Saint-Sauveur qui s'y trouvaient et, en lieu et place, Argall et sa troupe en dressèrent une autre «pour marque qu'ils se saissisoyent du pays comme seigneurs(54)

.» Argall ne s'était pas prémuni d'armoiries dans ses bagages de sorte que, écrit Champlain, «Ils y planterent vne croix, au lieu de celle que les Peres y auoient plantée, qu'ils rompirent, & fur la leur ils efcriuirent le nom du Roy de la grand'Bretagne, pour lequel ils prenoient poffeffion de ce lieu(55)

À l'autre extrémité de l'Acadie continentale, au Cap-Breton, un important personnage, parent du roi Jacques Ier d'Écosse et VIe d'Angleterre, avait profité du plan de colonisation de sir William Alexander à qui la Nouvelle-Écosse avait été concédée. Sir James Stewart de Killeith, 4e lord Ochiltree, avait érigé le fort "Rosemar" à Baleine, non loin du Havre-à-l'Anglais, futur site de Louisbourg. Il n'y resta pas longtemps. Le 18 septembre 1629, le capitaine Charles Daniel, de Dieppe, au service de la Compagnie des Cent-Associés, investissait le fort, enlevait les étendards du Roy d'Angleterre «& fis mettre au lieu d'iceux ceux de mon Roy mon Maiftre(56)

Économe autant qu'efficace, Daniel fit transporter charpentes et matériaux à Cibou, pour y ériger le fort Sainte-Anne, aujourd'hui Englishtown après avoir été le Port-Dauphin de l'Île Royale. Il fit construire une maison, une chapelle et un magasin où il fit arborer les armes du roi Louis XIII et du cardinal de Richelieu(57)

.

En juin 1631, Daniel fit de nouveau appel à sa connaissance de l'héraldique comme le rapporte Champlain. Au large du Cap Ray, à Terre-Neuve, un navire de la Compagnie des Cent-Associés, commandé par le capitaine Daniel, eut la surprise de tomber sur un vaisseau que l'on jugea être Turc du fait qu'il arborait une «enfeigne, dans laquelle eftoient depeints trois croiffans(58)

En 1632, Isaac de Razilly, commandeur de l'Ordre de Malte, s'installe en Acadie avec «300 cent hommes d'élite» précise Théophraste Renaudot. Champlain, presque son concurrent en autorité, décrit l'homme et sa mission: «prudent, fage et laborieux, pouffé d'vn fainct défir d'accroiftre la gloire de Dieu, & porter fon courage au pays de la Nouuelle France, pour y arborer l'eftendart de Iefus Christ, & y faire florir les lys fous le bon plaifir de sa Maifesté & de Monfeigneur le Cardinal ...(59)

».

Trente ans plus tard, en 1661, Pierre du Bois, baron d'Avaugour, gouverneur général de la Nouvelle France et ancien ambassadeur en Suède, reprenait le même thème en écrivant :«... pour rendre témoignange à la vérité, rien dans le monde ne m'a paru si beau que le fleuve Saint-Laurent, si commode à la vie, si abondant pour le commerce, et si avantageux pour établir les fleurs de lys(60)

Rien n'illustre mieux les changements politiques en Acadie que ce ballet constant des armoiries royales entre 1604 et 1713 alors que l'Acadie continentale, c'est-à-dire l'actuelle province de la Nouvelle-Écosse moins le Cap-Breton, devenu l'Île Royale, était définitivement cédée à l'Angleterre par le traité d'Utrecht.

Le 18 septembre 1632, Andrew Forrester s'empare du Fort Sainte-Marie-de-Grâce à La Hève, fondé par le commandeur Isaac de Razilly, et abat la croix et les armes de France qui y avaient été placées par Charles de Saint-Étienne de La Tour(61)

. Les frontières entre l'Acadie et la Nouvelle-Angleterre ayant constamment fait l'objet de litiges et de contestations, le gouverneur général de la Nouvelle France, Louis-Hector de Callières, désignait, en 1700, Sébastien de Villieu, administrateur de l'Acadie, comme commissaire pour établir la frontière, conjointement avec le capitaine Frederick Southack, mandaté par Boston. Des piquets portant respectivement les armes de France et d'Angleterre furent érigés de part et d'autre de la rivière Saint George(62)

.

L'héraldique joua même un rôle durant la déportation des Acadiens. Dans un manifeste aux Acadiens, daté du 20 décembre 1755, le commandant Charles Deschamps de Boishébert de Raffetot(63)

, enjoignait aux Acadiens de ne pas quitter leurs maisons la nuit afin de ne pas tomber aux mains des Anglais. Il prit la précaution de sceller son manifeste de ses armes «pour que personne n'en prétende cause d'ignorance(64)

.» Cependant, réalisant sans doute que les Acadiens ignoraient tout de l'héraldique, il ajouta en post-scriptum:«Pour mes armes, trois canards regardant.»

De Boishébert se trompait! La famille portait trois perroquets dans ses armes et non trois canards, mais, étant de la troisième génération en Nouvelle France, le commandant pouvait facilement se tromper sur la véritable nature des armoiries de sa famille(65)

. De toute façon, les Acadiens n'y auraient pas regardé de si près, mais c'est là un exemple probant de l'utilité de l'héraldique comme marque identitaire.

Wolfe, après la chute de Louisbourg, le 26 juillet 1758, fut chargé de nettoyer la côte gaspésienne de la présence française sédentaire. Le 27 septembre, la mission était accomplie; tout avait été rasé. Dorénavant, les léopards du roi d'Angleterre allaient définitivement supplanter les lis du roi de France. Wolfe, qui avait pourtant été l'instigateur de cette razzia, commenta:«Nous avons fait beaucoup de dommages; répandu la terreur des armes de Sa Majesté par tout le golfe, mais nous n'avons rien fait pour en grandir la renommée(66)

Après avoir été pilote, lieutenant et cartographe des expéditions du sieur de Monts en Nouvelle France et en Acadie, Samuel de Champlain alla fonder Québec, en 1608, en qualité de lieutenant des divers vice-rois et lieutenants généraux de la Nouvelle France, dûment mandaté par eux ou par la Compagnie des Cent-Associés.

Lui aussi se servit des armoiries royales pour affirmer la souveraineté du monarque français. Champlain déposa lui-même dans les fondations de la nouvelle habitation, le 6 mai 1624

vne pierre où eftoient grauez les armes du Roy, & celles de Monfeigneur [Henri, duc de Montmorency(67)

]; auec la datte du temps, & mon nom efcrit, comme Lieutenant de mondit Seigneur, au païs de la Nouuelle France, qui eftoit vne curiosité qui me fembla n'eftre nullement hors de propos, pour vn jour à l'aduenir, fi le temps y efchet, monftrer la poffeffion que le Roy en a prife, comme je l'ay fait en quelques endroits, dans les terres que j'ay découuertes(68)

.

Ce qui indique que Champlain ne portait pas blason car il n'est pas douteux qu'il eut ajouté ses armes à l'ensemble.

Les armes si célèbres de Montmorency, qui apparaissaient depuis 1550 en relation avec le Canada, réapparaîtront à Québec, portées par Mgr François de Montmorency-Laval, d'abord vicaire apostolique de la Nouvelle France, puis son premier évêque. Le prélat utilisait ses armes avec uniquement les attributs ecclésiastiques du chapeau, mitre et crosse(69)

. À sa mort, en 1708, ses armes feront partie de la pompe funèbre des funérailles du prélat. Dans l'oraison funèbre que prononça à Montréal l'abbé François Vachon de Belmont, supérieur des Sulpiciens en Canada, celui-ci parlera de la généalogie du vénérable prélat comme d'une «splandeur éblouissante, un glorieux embarras de grandeur, un labirinthe pompeux de dignités si inexplicable, que je n'ose l'entamer par respect.»

Évoquant les connétables et maréchaux de France que le prélat comptait dans sa famille, l'orateur sacré affirma:

Il ne s'est point entêté de la fumée de sa propre grandeur. Il en a fait un meilleur usage. Et quel? Il l'a méprisée. Il considéra sagement dès ses plus jeunes années que ces épées formidables des connétables, ces bâtons glorieux de maréchaux, ont comme le verre, autant de fragilité que déclats, qu'ils viennent enfin se briser comme de la glace à l'écueil du tombeau et que les armes de Montmorency que vous voyez, avaient dejà souvant servi de trophée au char de triomphe de la mort qui est le cercueil.

Plein de ces nobles sentiments, appelé à une noblesse, et plus élevée, et plus véritable, qui est celle du clergé, il immola les aiglons de Montmorency sur la croix de ses armes, c'est à dire il sacrifia au service de l'église son droit d'ainesse et ses espérances, et s'enrolant dans la famille apostolique de Jésus-Christ il se fit une loi de ne parler plus de Montmorency et une peine de Lentendre...(70)

.

Heureuse époque où un prédicateur, de bonne noblesse il est vrai, pouvait parler d'héraldique avec exactitude! Mais aussi quelle triste ironie que ce fut un Montmorency qui ait «immolé » les armoiries lors de la Révolution française.

La pierre armoriée posée par Champlain fut retrouvée, à une époque non indiquée, sur le site de l'habitation originelle et placée au dessus de la porte d'une maison contiguë à l'église Notre-Dame-des-Victoires. Elle y resta jusqu'en 1854 lorsque la maison fut détruite par le feu. On perdit alors, hélas! sa trace(71)

.

Auparavant, le 3 juin 1620, les armes du roi et d'un autre vice-roi, Henri de Bourbon, prince de Condé, nommé en 1612, avaient été gravées sur la pierre angulaire de l'église Notre-Dame-des-Anges, attenante au couvent des Récollets de Québec(72)

.

Champlain procédait méthodiquement aux prises de possession par souci d'établir publiquement et solennellement les droits du roi de France sur les nouveaux territoires en cas de contestation éventuelle(73)

. À Tadoussac, le 29 avril 1613, il fit «attacher fur le port à vn poteau les armes & Commiffions de fa Maiefté, afin qu'on n'en pretendift caufe d'ignorance(74)

.» La même année, au lac des Allumettes, avant de retourner à Québec, Champlain fit ériger une croix de cèdre blanc sur

laquelle je plantay fur le bord du lac en vn lieu eminent, auec les armes de France, & priay les Sauvages la vouloir conferuer, comme auffi celles qu'ils trouueroient du long des chemins où nous auions paffé. Ils me promirent ainfi le faire, & que ie les retrouuerois quand ie retournerois vers eux(75)

.

Au lac des Chats, sur une île, Champlain fit faire une croix de «beaux cyprés rouges [...] que ie plantay à vn bout de l'ifle, en lieu eminent, & en vuë, auec les armes de France, comme i'ay fait aux autres lieux où nous auions pofé(76)

Les fleurs de lis disparurent brièvement de Québec, en 1629, lorsque la colonie fut soumise à sir David Kirke. Champlain précise que le dimanche 22 juillet, Kirke «fit planter l'enfeigne Angloife fur vn des baftions(77)

.» Dans son Histoire du Canada, publiée en 1636, le frère lai Récollet, Gabriel Sagard(78)

, qui n'était plus au Canada depuis 1624, écrivit que «les Anglois poferent les armes d'Angleterre à l'habitation & au fort [le fort Saint-Louis où s'élève aujourd'hui le Château Frontenac] avec le plus de folemnité qui leur fut poffible, ayans au prealable ofté celles de France(79)

.» Bien qu'aucune marque héraldique n'apparaisse sur la gravure que Champlain fit, en 1608, de l'habitation de Québec, il y dessina cependant un fanion de deux flammes portant les lis de France posés un et deux.

Le sceau non armorié de la Compagnie des Cent-Associés, qui exista de 1627 à 1663, portait à l'avers, sur un champ semé de fleurs de lis, une femme soutenue par des ondes, tenant dans sa main gauche un lis de jardin et une croix latine dans sa main droite avec, en exergue, l'inscription ME DONAVIT LVDOVICUS DECIMUS TERTIUS 1627 (Louis Treize m'a donné 1627)(80)

. Au revers se trouve un navire voguant sur l'onde avec la devise IN MARI VIAE TUAE (Ta voie est sur la mer).

La Nouvelle France devint une province de France en 1663 mais d'autres compagnies obtinrent, à la suite des Cent-Associés, des privilèges commerciaux importants assortis de droits régaliens. Il n'est pas toujours facile de départager leur histoire, leurs attributions, leurs symboles héraldiques, et même leurs noms respectifs. Ainsi, la Compagnie des Indes occidentales, créée par édit royal du 28 mai 1664, obtint le privilège, entre autres, de battre monnaie. L'article 32 de l'édit lui assignait les armoiries suivantes:

Prendra la dite Compagnie pour ses armes un écusson au champ d'azur semé de fleurs de lys d'or sans nombre; deux sauvages pour supports et une couronne treflée [couronne de duc français], lesquelles armes nous lui concédons pour s'en servir dans ses sceaux et cachets et que nous lui permettons de mettre et apposer aux édifices publics, vaisseaux, canons et partout où elle le jugera à propos(81)

.

L'article 27 de l'édit de création accordait à la Compagnie le privilège d'arborer le pavillon blanc frappé des armes royales.

Les privilèges de cette compagnie ayant été révoqués elle fut reconstituée en 1674 par Colbert(82)

sur le modèle de la Compagnie des Indes fondée en 1642 par Richelieu. Les armoiries de la compagnie se blasonnent: d'azur à une fleur de lis d'or avec une fleur de lis du même comme cimier. L'écu était entouré à dextre d'une branche de palmier et, à senestre, d'une branche d'olivier. Parfois, l'écu était tenu à dextre par une allégorie de la France tenant une palme dans une main et, à senestre par une allégorie de l'Abondance tenant une corne d'abondance. La devise, sur un listel au-dessus de l'écu était: Florebo quocumque ferar(83)

.

Cette compagnie dura jusqu'en 1717 alors qu'elle fut réunie à la Compagnie d'Occident pour le commerce avec la Louisiane, c'est pourquoi elle est appelée parfois Compagnie du Missisipi. De 1720 à 1791, cette compagnie fut connue sous le nom de Compagnie perpétuelle des Indes. L'article 54 des lettres de création précise:

Pourra ladite compagnie prendre pour ses armes un écusson de sinople à la pointe ondée d'argent sur laquelle sera couché un fleuve au naturel, appuyé sur une corne d'abondance d'or; au chef d'azur semé de fleurs de lis d'or, soutenu d'une face en demie aussi d'or; ayant deux sauvages(84)

pour supports et une couronne treflée; lesquelles armes nous lui accordons pour s'en servir dans les sceaux et cachets et que nous lui permettons de faire mettre et apposer à des édifices, vaisseaux, canons et partout ailleurs où elle jugera à propos(85)

.

Ces armes furent largement utilisées. On les retrouve notamment sur un superbe certificat d'établissement d'Okana Stolé comme grand chef des Amérindiens en Louisiane. Le certificat porte les grandes armes de France, celles de la Compagnie et celles de Louis Billouart de Kerlérec, gouverneur de la Louisiane de 1752 à 1763(86)

. Le sceau armorié de la Compagnie était utilisé sur ses propriétés et sur ses marchandises. Comme elle avait le privilège exclusif de la traite des peaux de castor et le monopole des marchandises importées en Nouvelle France, ses armoiries devaient nécessairement être connues d'un vaste public(87)

.

On constate donc que les armes du roi ont été utilisées souvent conjointement avec les armes de particuliers et de sociétés commerciales. Ce qui avait été fait à Port-Royal, à La Hève, au Fort Sainte-Anne, à Québec, s'y répétera le premier mai 1637 lorsque les soldats de la garnison érigeront une croix sur laquelle on placa sous une couronne les armes du roi, du cardinal de Richelieu et du gouverneur de Montmagny(88)

.

Pour sa part, le gouverneur planta un arbre de mai devant l'église de Québec, orné d'un écusson portant les mots Jésus, Marie, Joseph inscrits dans des cercles, l'écu surmonté d'une triple couronne et agrémenté de rinceaux. Une escouade d'arquebusiers rendit les honneurs. La Relation des Jésuites précise qu'il s'agissait de la première manifestation en l'honneur de l'Église faite en Nouvelle France un premier mai(89)

.

À sa mort, la reine Anne d'Autriche eut droit aux honneurs héraldiques à Québec. En août 1666, un service funèbre était célébré en sa mémoire avec chapelle ardente et un grand nombre d'écussons funéraires(90)

. L'ancienne régente de France, mère de Louis XIV, n'était pas inconnue à Québec puisqu'elle avait donné au chapitre de Québec une chasuble somptueusement ornée des armes de France et de Navarre (probablement avant 1659)(91)

. Plus tard, Louis XIV donnera au chapitre de la cathédrale de Québec un somptueux ensemble de vêtements sacerdotaux ornés des armes de France et de Navarre.

Un tableau, probablement peint en France en 1666, année même de la mort de la reine, et amené à Québec en 1670, intitulé La France apportant la Foi aux Hurons de la Nouvelle France montre une allégorie de la France sous les traits d'Anne d'Autriche(92)

. La reine, couronnée, est revêtue du manteau bleu fleurdelisé. Sur la collerette d'hermine, elle porte les colliers des ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel. Le Huron agenouillé porte lui aussi un manteau court, fleurdelisé. Sur le pavillon de poupe d'un navire flotte la bannière d'azur à trois fleurs de lis d'or et sur la poupe même se voit un blason qui resta longtemps non identifié(93)

.

Le don d'un ornement au chapitre de la cathédrale de Québec par Anne d'Autriche fut suivi par la reine Marie-Thérèse qui offrit à l'église Saint-Charles-Borromée, à Charlesbourg, une chasuble au dos de laquelle se trouvent les armes de la reine(94)

.

Il y eut également en Nouvelle France et en Acadie d'autres objets de culte portant les armes du roi comme donateur. C'est le cas, notamment, d'un petit ciboire exécuté à Rochefort en 1706 et destiné aux missions acadiennes (il fut retrouvé dans une paroisse du Nouveau-Brunswick et entra dans une collection particulière). Ce ciboire est d'une grande importance puisqu'il s'agit de la seule pièce d'orfèvrerie retrouvée au Canada portant les armes de Louis XIV. Elles sont gravées sur le couvercle et sur le pied du ciboire tandis qu'une fleur de lis orne la coupe(95)

.

Un calice et une patène, dit le calice du Fort Beauséjour, gravé aux armes de Louis XV, fut réalisé à Paris en 1736 et servait vraisemblablement aux missions acadiennes(96)

.

La plus ancienne cloche conservée au Canada a été fondue en 1666. Elle aurait été offerte à la première chapelle de Beauport, en banlieue de Québec, par le seigneur Robert Giffard. La cloche porte sur sa chape les trois fleurs de lis France(97)

. Des plaques de cheminées, fabriquées aux Forges de Saint-Maurice, dont l'une est conservée au Musée de la civilisation, à Québec, s'ornaient également de fleurs de lis.

Si la Nouvelle France n'eut jamais d'armoiries en propre, les petites armes de France figuraient sur les sceaux des juridictions de Montréal, de Trois-Rivières(98)

et du Conseil souverain puis du Conseil supérieur de la Nouvelle France comme, d'ailleurs, sur les sceaux des autres colonies(99)

. Pourtant, il y eut un projet d'armoiries pour la «province» du Canada; projet qui n'eut pas de suite et dont on ne connaît pas l'initiateur. Les armes proposées se rapprochent de celles accordées à la Compagnie des Indes occidentales fondée par Colbert. Il s'agit d'un champ d'azur semé de fleurs de lis d'or avec un soleil d'or en chef. L'écu était tenu par deux Indiens identiques aux tenants des armes de la Compagnie des Indes et sommé d'une couronne treflée ou ducale.

La figure de l'Indien dans l'héraldique française s'est formée très tôt, peut-être grâce aux illustrations réalisées par Théodore de Bry dans sa Collection de voyages dans les Indes (1590-1634). Les héraldistes ont copié les artistes en ce domaine. C'est généralement une approximation du type d'Indien du Mexique ou du Brésil qui prévaut, toujours vêtu et coiffé de plumes, tenant un arc et une flèche(100)

.

On ne sait si ces armes eurent une existence officielle mais elles apparaissent sur une carte de la Nouvelle France publiée en 1718 par Nicolas de Fer. C'est le seul exemple connu jusqu'à présent. Elles existaient avant cette date puisque le soleil est l'emblême de Louis XIV et que celui-ci mourut en 1715(101)

.

Naturellement, la monnaie française en circulation dans la colonie était frappée aux armes de France et même la monnaie de carte en usage dans la colonie portait les armes royales(102)

. La médaille dite Kebeca Liberata, frappée par ordre de Louis XIV pour commémorer la défaite de l'amiral sir William Phips devant Québec, en 1690, porte les armes d'Angleterre sur une bannière dans un trophée offert à une allégorie de la France victorieuse. La Nouvelle France est symbolisée par un castor à ses pieds.

Le Congrès Américain offrira à Louis XVI, en 1782, sa Médaille de la Liberté, inspirée par Benjamin Franklin. Le dessin est hautement allégorique: on y voit la France sous les traits de Minerve, protégeant de son bouclier aux trois fleurs de lis, Hercule enfant, contre l'attaque d'un léopard(103)

.

Le castor, qui ne deviendra l'un des symboles officiels du Canada qu'en 1975(104)

, serait devenu un emblême héraldique canadien plus tôt si Colbert avait tenu compte d'une suggestion du gouverneur comte de Frontenac. Celui-ci proposait que la ville de Québec soit dotée d'armoiries et de livrées. Dans une lettre au ministre, le 13 octobre 1673, Frontenac écrivait:

C'est à quoy, Monseigneur, vous aviserez sil-vous-plait, comme aussi aux livrées et aux armes que le Roy voudra donner à la ville de Québec. Je croyais que les fleurs de lys sans nombre, au chef d'or chargé d'un castor de sable, luy conviendraient assez bien avec deux orignaux pour supporter et le bleu et le blanc pour les livrées de la ville(105)

.

En gentilhomme bien élevé, Frontenac connaissait au moins les rudiments du blason et ce que La Fontaine appelait «la sotte vanité de ce jargon frivole(106)

.» Indéniablement, la juxtaposition de symboles typiquement nord-américains aux fleurs de lis séculaires, aurait créé un magnifique blason municipal. La suggestion de Frontenac resta sans réponse(107)

.

La traite des fourrures, et notamment celle du castor, était un facteur économique de première importance dans les relations commerciales des colonies. Il ne faut donc pas s'étonner de la suggestion de Frontenac car, déjà, deux castors figuraient - et figurent toujours - dans les armoiries de la ville de New York depuis sa fondation par les Hollandais sous le nom de Nouvelle Amsterdam(108)

.

Tandis que les fleurs de lis de l'ancienne France s'enracinaient dans la nouvelle, elles servaient aussi aux découvreurs et explorateurs qui poussaient les frontières, notamment vers la région de la baie d'Hudson. Déjà, au printemps de 1613, sir Thomas Button au lieu-dit Port Nelson, avait prit possession de ce vaste territoire en y érigeant une croix et en plantant un poteau sur lequel il avait placé les armes d'Angleterre(109)

.

En 1670, Charles Bayly, premier gouverneur des territoires outremer de la Compagnie de la Baie d'Hudson, accompagné de Pierre-Esprit Radisson, prenait possession solennellement de la Baie d'Hudson, à Port Nelson, en accrochant à un arbre les armes du roi gravées sur une plaque de cuivre(110)

En 1663, Guillaume Couture, en Canada depuis 1640, juge de la seigneurie de Lauzon, eut mandat du gouverneur d'Avaugour(111)

de se rendre à la baie d'Hudson. Il atteignit la rivière Rupert où il érigea une croix selon la coutume établie depuis longtemps «et prit possession du pays en mettant en terre, au pied d'un gros arbre, les armes du roi de France gravées sur du cuivre, enveloppées entre deux plaques de plomb recouvertes d'écorce(112)

La procédure suivie depuis Jacques Cartier relevait de l'improvisation mais elle fut souvent mise en pratique selon le père de Charlevoix. Le premier intendant venu en Nouvelle France, Jean Talon, allait l'officialiser peu après son arrivée à Québec. Nommé en 1665, il rentrait en France en 1668 mais il devait revenir au Canada en 1670. Lors de ce deuxième mandat, Talon, devant l'ampleur des projets de découvertes, adopta une procédure que les explorateurs devaient suivre. Il en informa le roi :

Depuis mon arrivée j'ay fait partir des gens de résolution qui permettent de percer plus avant qu'on n'a jamais fait, les uns à Loüest et au Norroüest du Canada et les autres au surroüest et au sud. En tous lieux ces advanturiers doivent faire des journaux et respondre a leur retour aux instructions que je leur ay données par escrit. En tous lieux ils doivent prendre possession, arborer les armes du Roy, et dresser des procès verbaux pour servir de tiltres, peut estre que Sa Majesté n'aura de leurs nouvelles que dans deux ans d'icy et lorsque je retournerai en France(113)

.

Talon avait peut-être prévu ces cérémonies lors de son premier mandat si l'on se fie au compte rendu de l'expédition entreprise en 1669 au lac Érié par deux Bretons, tous deux sulpiciens, le père François Dollier de Casson et le diacre René Bréhant de Gallinée(114)

. Le 29 mars 1669, les deux missionnaires explorateurs avaient pris possession solennelle de la région des Grands lacs comme en fait foi leur procès-verbal. :

Nous ici soussignés certifions avoir vu afficher sur les terres du lac nommé d'Érié, les armes du roi de France au pied d'une croix, avec cette inscription:L'an de salut 1669, Clément IX étant assis dans la chaire de Saint-Pierre, Louis XIV régnant en France, Monsieur de Courcelles(115)

étant gouverneur de la Nouvelle-France et Monsieur Talon y étant intendant pour le roi, sont arrivés en ce lieu deux missionnaires du Séminaire de Montréal, accompagnés de sept autres Français, qui les premiers de tous les peuples européens ont hiverné [à] ce lac, dont ils ont pris possession au nom de leur roi, comme terre non occupée, par apposition de ses armes, qu'ils y ont attachées au pied de cette croix(116)

.

L'intendant rendit compte à Colbert des nouvelles découvertes faites par les deux Sulpiciens dans une addition à son mémoire sur le Canada le 10 novembre 1670. Talon y souligne l'importance de la dualité des symboles de la croix et des armes royales en termes non équivoques:«[...] je feray planter partout ou les sujets du Roy se porteront, les armes de sa Majesté avec les marques de sa religion, estimant que si ces précautions ne sont présentement utiles, elles peuvent les devenir dans une autre saison(117)

L'addition au mémoire souligne l'importance politique des armoiries royales lors de ces prises de possession. Talon informe le ministre que

On assure que la pratique des irroquois est d'arracher les armes et les placarts escrits qu'on attache aux arbres des lieux dont on prend possession et les portent aux Anglois ainsy cette nation peut connoistre qu'on prétend d'en demeurer le Maistre. C'est à sa Majesté de connoistre si cette pratique d'afficher est à continuer ou a interrompre, jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement asseurée de tous les postes importants de ce pays(118)

.

Dollier de Casson avait une certaine habitude des manifestations héraldiques à grand déploiement. En 1666, il avait été l'un des quatre aumoniers accompagnant l'expédition militaire du lieutenant-général marquis de Prouville de Tracy contre les Mohawks. La prise de possession du territoire Mohawk au nom de Louis XIV eut lieu à Andaraké. Après le chant du Te Deum, le commandant fit ériger une croix et un poteau sur lequel les armes de France étaient arborées(119)

.

La période en est une d'explorations intenses, fréquentes et méthodiques par des «gens de résolution». Il s'agit non seulement d'étendre l'empire colonial français mais aussi de réaffirmer au besoin la primauté des découvertes antérieures, comme en fait foi l'expression «réitérée»souvent employée par Talon et par d'autres fonctionnaires. Les instructions de Talon sont suivies à la lettre. Chacun s'efforce de donner le plus d'éclat possible aux cérémonies de prise de possession comme ce fut le cas, le 14 juin 1671, sur le site de l'actuelle ville de Sault Sainte-Marie alors que Simon-François d'Aumont de Saint-Lusson prit possession de la région des lacs Huron et Supérieur au nom de Louis XIV.

Certes, l'affirmation de la souveraineté du roi de France était le but principal de cette expédition, mais Talon n'oubliait pas non plus l'aspect économique puisque Saint-Lusson devait y rechercher une mine de cuivre car le jésuite Claude-Jean Allouez avait rapporté à Québec des échantillons du minerai. Tant et si bien que Talon assurait Colbert que l'expédition ne coûterait rien au roi!

La cérémonie se déroula «en présence de dix sept nations sauvages assemblées de touttes parts a ce sujet, touttes lesquelles se sont volontairement soumises a la domination de sa Majesté qu'elles regardent uniquement et comme leur souverain protecteur », écrit Talon au roi lui-même(120)

.Nul doute que la cérémonie se soit déroulée, comme l'écrit Talon, «avec tout l'appareil et l'esclat que le païs a pû souffrir.» Le procès verbal de la cérémonie est éloquent: Saint-Lusson, devant les Amérindiens et en présence

des RR.PP. de la Compagnie de Jésus et de tous les François cy après nommez, a fait lecture de sa Commission, qu'il a fait interprêter en leur langue par le Sr Nicolas Perrot, interprête pour S.M. en cette partie, afin qu'ils n'en puisse ignorer fesant ensuite dresser une croix pour y produire les fruits du christianisme et proche d'icelle un bois de cèdre auquel nous avons arboré les armes de France en disant par trois fois et a haute voix et cri publicq, qu'au nom de Trés haut, très puissant et trés redouté Monarque, Louis 14e du nom, trés chrétien Roi de France et de Navarre, nous prenons possession du dit lieu Ste-Marie du Sault, comme aussy des lacs Hurons et Supérieurs [...](121)

Le sermon qui suivit, donné par le père Allouez, aurait été remarqué même à Versailles en présence du Roi-Soleil. Le missionnaire jésuite ne manqua pas de démontrer aux Amérindiens présents que les armoiries royales représentaient la majesté et la puissance du monarque(122)

. Le brillant sermon eut-il l'effet escompté? L'historien Francis Parkman rapporte que peu après le départ de Saint-Lusson, les Amérindiens arrachèrent les armoiries du poteau où elles se trouvaient, non sans doute parce qu'ils ne mésestimaient pas l'importance du symbole, écrit Parkman, mais parce qu'ils le redoutaient comme un fétiche maléfique(123)

. L'explication de Talon est plus plausible.

En 1670, toujours à la recherche d'une passage vers la mer du Nord, Talon envoya en expédition de Tadoussac à la baie James, le jésuite Charles Albanel et Paul Denys de Saint-Simon, «jeune gentilhomme de Canada honoré par le Roy depuis peu de ce tiltre», précise Talon dans son mémoire au roi(124)

. Talon, ne laissant rien au hasard, avait vu à ce que Saint-Simon soit muni d'un écusson des armes de France comme en fait foi son mémoire au roi:«Comme ces terres ont esté anciennement descouvertes, premierement par les françois, j'ay donné commission aud. sr de st simon de prendre possession réitérée au nom de sa Majesté avec ordre d'y arborer l'escusson de france dont il est chargé et de dresser son proces verbal en la forme que je luy ay donnée(125)

.» Le 9 juillet 1672, Saint-Simon arborait les armes de France au lac Nemiskau(126)

.

Ailleurs, c'est vers le Mississipi que Robert-René Cavelier de La Salle(127)

allait prendre possession d'un immense pays qui comprendrait la Louisiane. Le 12 mars 1682, La Salle, en présence des Amérindiens Arkansas, sur la rive droite du Mississipi, prit posssession du territoire dans les formes usuelles. Le procès verbal en fut dressé par le notaire Jacques de la Métairie(128)

. La véritable et solennelle prise de possession de la Louisiane devait avoir lieu le 9 avril suivant au confluent des trois bras du delta du Mississippi. Elle se fit en grande pompe. Pour l'occasion, La Salle avait revêtu une tunique écarlate garnie d'or. Le procès verbal officiel de la cérémonie précise avec un luxe de détails que

[...] tout le monde estant sous les armes, on chanta le te deum, l'Exaudiat, le domine salvum fac regem, puis apres les salves de mousqueterie et les cris de vive le Roy Mr. de la Salle erigea la colonne et debout pres d'icelle dit a haute voix en français De par Tres haut Tres puiffant, Tres Invincible et Victorieux Prince Louis Le Grand par la grace de dieu Roy de France et de navarre quatorzieme de ce nom [...] tout le monde avoit repondu par des cris de vive le Roy et des salves de mousqueterie. de plus mondit Sr de la Salle auroit fait mettre en terre au pied de larbre ou a efté attachée la croix vne plaque de plomb avec cette inscription Latine: ~ Ludovicus Magnus regnat [...](129)

La Salle ne s'était pas prémuni d'un bel écu aux armes de France. Celles-ci furent taillées prosaïquement à même le cuivre d'une marmite(130)

. En 1699, Pierre LeMoyne d'Iberville retrouvera le poteau orné des armes de France.

Certes, les explorateurs du XVIIIe siècle continueront la tradition de leurs prédécesseurs mais il n'auront pas le luxe d'une colonne armoriée pour les accompagner dans leurs déplacements. Ils prendront possession avec moins de panache mais toujours avec les armes de France qu'ils avaient dans leurs bagages, ou qu'ils fabriquaient sur place, à l'instar de La Salle.

Ainsi, pour la prise de possession du territoire de l'Ohio, en 1749, Pierre-Joseph Céloron de Blainville enfouit une plaque de plomb sur la rive sud de l'Ohio et, plus loin, il accrocha les armes royales à la branche d'un arbre(131)

. Là encore la cérémonie fut solennelle comme en fait foi le pompeux mais procès verbal:

L'an 1749 du règne de Louis XV Roys de France, nous Celoron commandant d'un détachement envoie par Monsieur le marquis de la Galissonnière commandant général de la Nouvelle France pour rétablir la tranquilité dans quelques villages sauvages, de ces dcantons avons enterré cette plaque à l'entrée de la rivière Chinodahichetha [Kanawha] le 18 Aoust près de la rivière Oyo autrement Belle Rivière pour monement de renouvellement de possesion que nous avons pris de la ditte rivière Oyo et de tou celles qui y tomb et de toutes les terres des deux cotés jusque aux sources des dittes rivies ainsi que ont jouy ou du jouir les precedents roys de France et qu'ils sisons maintenus par les armes et par les traittes specialement par ceux de Riswick d'Utrecht et d'Aix la Chapelle(132)

.

L'une de ces plaques armoriées, témoin éloquent du courage de «ces gens de résolution» qui donnèrent un empire à la France, a survécu. C'est celle qui fut enfouie à Little Cherry, où est sise de nos jours la ville de Pierre, capitale de l'État américain du Dakota du Sud, par Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye(133)

, le 30 mars 1743. Elle était gravée aux armes du roi et portait une inscription idoine. Elle fut retrouvée par hasard en février 1913 sur le site d'une école(134)

.

Ce grand explorateur, le premier qui ait atteint les grandes plaines de l'ouest, avait assuré en 1731 à Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas, ministre responsable des colonies, qu'il ne cherchait qu'à faire connaître le nom et les armes du roi dans l'immensité des régions encore inconnues afin d'augmenter la colonie et son commerce(135)

.

Toujours en 1743, le 11 juillet, nanti d'une commission de l'intendant Gilles Hocquart, Louis Fornel, marchand à Québec, seigneur de Bourg-Louis, explorateur, prenait possession de la côte du Labrador, à la baie du Château [Hamilton Inlet] et à Kessasskiou [rivière Churchill] en y plantant non pas une, mais

deux grandes croix aux pieds desquelles étant à genoux nous aurions chanté plusieurs cantiques et hymnes en action de grâces de notre heureuse arrivée et au mesme lieu nous aurions arboré le pavillon français en criant à diverses reprises Vive le Roy pour marquer la prise de possession que nous faisions au non du Roy et de la nation française d'une terre qui n'auroit encore jamais été habitée par aucune nation, et dont nous sommes les premiers qui en prenons possession(136)

.

Il est clair que, depuis Jacques Cartier, la tradition de la croix et des emblêmes de la dynastie régnante en France, se maintenait. Ce qui est nouveau, au XVIIIe siècle, c'est cette mention tout à fait inattendue d'une prise de possession territoriale «au nom du Roy et de la nation française.»

Les fleurs de lis n'ont pas servi en Nouvelle France qu'à un usage noble. Le Journal(137)

des Jésuites nous apprend que le bourreau de Québec se servait d'une seule fleur de lis comme flétrissure infamante mais il est possible que la fleur de lis unique ait été éventuellement remplacée par un fer portant trois fleurs de lis, du moins on peut le supposer grâce à un petit mystère non encore élucidé. On s'était inquiété, à Versailles, de ce qu'une fille de qualité en Nouvelle France, une demoiselle de Courval, appartenant sans aucun doute à la famille Poulin de Courval, ait «ressemblé beaucoup au portrait du roi qui est chez son père [...](138)

».

En décembre 1736, le gouverneur général marquis de Beauharnois(139)

informait le ministre qu'il avait vérifié la ressemblance de la demoiselle avec le portrait du roi, comme on le lui avait enjoint, et il ajoutait cette macabre mention «qu'à l'égard des trois fleurs de lys qui forment son moignon (sic) elles ne paraissent presque plus.» On ne sait rien, pour le moment, de cette jeune demoiselle qui, de toute évidence, subit un accident nécessitant l'amputation d'un bras ou d'une jambe. On se sera servi d'un fer aux trois fleurs de lis pour cautériser le membre!

Il faudrait un travail de bénédictin pour recenser toutes les instances où les armes de France ont été utilisées comme armoiries de souveraineté et de possession. Ces exemples suffiront pour expliquer l'importance politique qu'elles avaient dans le Nouveau Monde.

Durant tout le Régime français, la puissance et la majesté du roi se sont affirmées au moyen de leurs armoiries, représentations morales de leur personne(140)

. On trouve toujours les fleurs de lis au fronton du Fort Niagara, dans l'État de New York(141)

, construit d'abord par Cavelier de La Salle et remanié en 1726 par l'ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry.

Mais, c'est à Louisbourg, capitale de l'Île Royale, colonie française créée en 1713 après la cession de Terre-Neuve et de l'Acadie (la Nouvelle-Écosse continentale), que les fleurs de lis s'épanouirent triomphalement.

Le 27 juin 1732, le président du Conseil de marine écrivait au gouverneur Joseph de Mombeton de Brouillan de Saint-Ovide, et au commissaire ordonnateur, Jacques-Ange Le Normant de Mézy, pour leur exprimer sa satisfaction d'apprendre que la sculpture des armes du roi destinée à la Porte Dauphine avait été livrée à Louisbourg l'année précédente par le capitaine de Conteneuil, commandant Le Héros(142)

. Ces sculptures étaient travaillées en pierre blanche de Rochefort. Des fragments ont été retrouvés dans les ruines lors des travaux de reconstruction de la forteresse, durant les années 1960, et ont servi à la reconstitution de l'actuelle Porte Dauphine(143)

.

Les armes de Louis XV se trouvaient aussi sur la Porte Maurepas et elles ornent le fronton de la porte d'entrée des casernes comme aussi du vaste entrepôt dit «Magazin du Roy». Les écus de France et de Navarre surmontaient la porte du phare, érigé de nouveau en 1733(144)

. La fleur de lis quadrangulaire orne à peu près tous les pignons des édifices publics de Louisbourg, y compris la glacière(145)

.

Les cloches de Louisbourg, prises comme butin de guerre, portaient soit des fleurs de lis, soit des croix fleurdelisées. L'une d'elle, acquise par souscription publique pour le musée du Château de Remezay, à Montréal, en 1895-1896, inspira des stances nostalgiques au poète Nérée Beauchemin:

Cette vieille cloche d'église,

Qu'une gloire en larmes encor

Blasonne, brode et fleurdelise,

Rutile à nos yeux comme l'or.

On lit le nom de la marraine

En traits fleuronnés, sur l'airan

Un nom de sainte, un nom de reine

Et puis le prénom du parrain(146)

.

En 1730, on érigea à Louisbourg de somptueux monuments et arcs de triomphe éphémères pour marquer la naissance, l'année précédente, du Dauphin. L'un d'eux portait les armes du roi et celles du dauphin soutenues par des colonnes ornées de fleurs de lis d'or(147)

.

La prolifération des fleurs de lis à Louisbourg devait avoir une conséquence inattendue: après le premier siège de la ville citadelle, en 1745, sir William Pepperell, commandant en chef des troupes de la Nouvelle-Angleterre qui avaient réussi un brillant exploit, fut créé baronnet de Grande-Bretagne.

Il obtint aussi, le 4 décembre 1746, une concession d'armes en tant que besoin et la concession d'un cimier et d'une augmentation honorable de John Anstis, roi d'armes de la Jarretière, et de Stephen Martin Leake, Clarenceux roi d'armes. L'augmentation consistait en un canton de gueules à la fleur de lis d'argent. Le drapeau blanc français figurait au cimier(148)

.

Le grand dessein de la conquête totale de l'empire français d'Amérique par l'Angleterre et ses colonies américaines embrigada l'héraldique dans un rôle de propagande. En 1755, une caricature, d'après un dessin de Louis-Pierre Boitard, publiée à Londres, accumulait les références graphiques aux lis de France déracinés par les armes de Grande-Bretagne. Celles-ci, consistant en un disque entouré de rayons portant au premier les armes d'Écosse, au deuxième, les armes d'Angleterre, au troisième de France et au quatrième de Hanovre, se superposent sur un autre disque portant les fleurs de lis de France pour bien souligner le déclin de l'empire français.

L'allusion à la prépondérance des armes britanniques ne s'arrête pas là: un canot fleurdelisé tombe dans les chutes Niagara tandis que, près d'un canon, un lis de jardin dépérit alors qu'une rose voisine se dresse vigoureusement(149)

.

Même en pleine guerre de la conquète, les armes du roi Louis XV et la croix furent arborées dans un geste hautement politique dont le marquis de Montcalm fit lui-même la relation au ministre. En août 1756, Montcalm avait repris le fort Chouaguen [Oswego]. Il y trouva un sulpicien énergique, l'abbé François Picquet, dont l'ascendant sur les Amérindiens était unique et qui, au dire du gouverneur général Ange Duquesne de Menneville, valait à lui seul plus de dix régiments. Picquet planta «une croix où l'on a mis: IN HOC REGNO VINCUNT (On remporte des victoires dans ce royaume) et, à côté, un poteau avec les armes du roi, et pour inscription:MANIBUS DATE LILIA PLENIS (Donnez des lis à pleines mains)(150)

.

L'évidence iconographique suggère que les armes royales de France étaient moins visibles dans la ville de Québec qu'à Louisbourg. On ne les voit nulle part sur les diverses gravures et plans du Château Saint-Louis, résidence des gouverneurs généraux. Par contre elles étaient sculptées au fronton du retable du maître-autel de la troisième chapelle des Récollets(151)

. Elles apparaissent aussi en cartouche au-dessus de la porte de la trésorerie sur une toile peinte en 1760 au lendemain de la Conquête(152)

.

Toutefois, deux sculputures monumentales en bois des armes de France, attribuées au sculpteur Canadien Noël Levasseur, ont survécues. Commandées en 1725 par l'ingénieur du roi, Gaspard Chaussegros de Léry(153)

. L'ingénieur du roi avait voulu combler une singulière lacune car il avait

remarqué que les armes de Sa Majesté n'étaient en aucun endroit dans cette colonie, et qu'on avait oublié de les mettre au-dessus des portes des bâtiments et forts de Sa Majesté je les ai fait faire complètes par un sculpteur et les ai fait placer au-dessus des principales portes, savoirau château Saint-Louis, au Palais, magasins, casernes, fort de Chambly, corps de garde, prisons et salles d'audience des villes de Montréal et des Trois-Rivières(154)

.

Ces écus sculptés au Canada ont eu une existence mouvementée. On croit qu'elles ont été détachées des portes de la ville, en 1759, par ordre du général James Murray, gouverneur de Québec.

L'un des écus, actuellement au Musée canadien de la Guerre, à Ottawa, ne diffère que légèrement de celui conservé au Musée du Québec, à Québec. Le premier fut donné en 1918 à l'archiviste du Canada, sir Arthur George Doughty, par la direction du collège naval de Portsmouth, en Angleterre(155)

, où il avait été déposé comme trophée de guerre par l'amiral sir Charles Saunders(156)

.

Le second, qui avait été donné à la ville de Hastings, en Angleterre, ville natale du général Murray, fut rapatrié en grande pompe, à Québec le 9 septembre 1925, en présence des lieutenant-gouverneurs du Québec, de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, du Manitoba, de l'Île-du-Prince-Édouard, de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan. Ce beau geste était dû à lord Willingdon, ancien député de Hastings au parlement de Westminster(157)

.

Lord Willingdon, qui devait devenir Gouverneur général du Canada (1926-1931), avait déclaré à Hastings, le 15 juillet 1925, que l'écu historique était remis à la ville de Québec comme «symbole de l'amitié profonde qui unit l'Angleterre et la France, dont Québec devrait être à jamais l'inébranlable trait-d'union(158)

».

Avec la conquête, les armes de France cessèrent certainement d'être utilisées en Canada. Il existe cependant un document postérieur à la conquête qui mit officiellement fin à leur usage. C'est l'article III des instructions au gouverneur général Guy Carleton, lord Dorchester, qui précisait en 1775

Que dans les églises et endroits réservés au culte public, il soit fait des prières pour la famille royale selon la formule prescrite dans ce royaume, que nos insignes et armoiries soient placés non seulement dans les églises et endroits réservés au culte mais dans les cours de justice et que les armoiries de France soient enlevées de toutes les églises ou cours où elles peuvent se trouver encore(159)

.

Il faut se rappeler, cependant, que les armes de France ont continué de faire partie des armes d'Angleterre jusqu'en 1801 alors que George III devenait roi de Grande-Bretagne. Le traité d'Amiens, en 1802, consacrait cette situation. Les fleurs de lis font aussi partie intégrante du double trescheur des armoiries de la Nouvelle-Écosse, accordées en 1625 et rétablies en 1929, ainsi que des armoiries de la province de Québec, ayant d'abord été assignées en 1868(160) et modifiées en 1939(161). On les voit sur le drapeau de la province de Québec, adopté par décret en 1948 et sanctionné par une loi en 1950(162).

En 1921, le roi George V proclamait des armoiries royales pour le Canada. Le quatrième quartier est constitué par les anciennes armoiries royales de France et le support senestre des armoiries tient une bannière qui reprend les armes royales de France.

Les fleurs de lis font aussi partie des armoiries de la province du Nouveau-Brunswick. Aux armes originales, assignées par la reine Victoria en 1868, la reine Elizabeth II a concédé un cimier, des supports, une terrasse et une devise en 1984. L'ancien écu de France est suspendu au cou du support senestre des armes(163).

Dans ses Mémoires d'Outre-tombe, Chateaubriand, qui, faut-il le rappeler, portait sur son blason les fleurs de lis sans nombre, reprendra le thème nostalgique de la perte de l'empire français en Amérique:

En parlant du Canada et de la Louisiane, en regardant sur les vieilles cartes l'étendue des anciennes colonies françaises en Amérique, je me demandais comment le gouvernement de mon pays avait pu laisser périr ces colonies [...]

Durant la longue gestation, depuis les premières découvertes, l'établissement, l'enracinement, les conquêtes et l'émergence d'une nation moderne, il n'y eut qu'une courte période de temps -- soixante-sept ans tout au plus entre 1801 et 1868 -- pendant laquelle les fleurs de lis furent absentes de l'héraldique officielle du Canada.

Amenées par des «gens de résolution», pour reprendre l'heureuse expression de Jean Talon, elles y ont assurément acquis droit de cité.

1.

NOTES ET RENVOIS

Chateaubriand, 1801.

2.

Pierre de Ronsard, «Chant de liesse au Roy 1559», dans Roger Le Moine, L'Amérique et les Poètes français de la Renaissance, Les Éditions de l'Université d'Ottawa, Ottawa, 1972, p. 200.

3.

Raimondo di Soncino au duc de Milan, dans D.W. Prowse, A History of Newfoundland from the English, Colonial and Foreign Records, 1895, réimpression en facsimilé par Mika Studio, Belleville, Ontario, 1972, p. 11. - "...having wandered enough he came at last to firm land, where he planted the royal banners, took possession for His Highness, made certain marks, and returned."

4.

Lettre découverte en 1956, à Simancas, Espagne. Voir Clarence-J. d'Entremont, Histoire du Cap-Sable De l'An Mil Au Traité de Paris (1763), Hebert Publications, Eunice, Louisiane, 1981, vol. I, p. 70 et note 1, p. 83.

5.

D'Entremont, p. 83.

6.

Mais on n'était pas toujours préparé! Lorsque 800 soldats français commandés par le comte d'Haussonville abandonnèrent le Fort William, à Saint John's, le 18 septembre 1762, et qu'ils amenèrent le drapeau fleurdelisé, le commandant anglais, William Amherst, n'avait pas de drapeau anglais pour le remplacer. Il lui fallut attendre deux jours avant qu'un drapeau, provenant d'un navire anglais dans le port, puisse flotter de nouveau sur la capitale de Terre-Neuve. Voir Bernard D. Fardy, Under Two Flags, The French-English Struggle for Newfoundland 1696-1796, Creative Publishers, St. John's, 1987, p. 119.

7.

H.P. Biggar, The Voyages of Jacques Cartier, Publications of the Public Archives of Canada, N° 11, Ottawa, 1929, p. 64-65.

8.

André Thevet, Cosmographie universelle, dans Roger Schlesinger et Arthur P. Stabler, André Thevet's North America, McGill-Queen's University Press, Kingston et Montréal, 1986, p. 48.

9.

Schlesinger et Stabler, op. cit., 253-54.

10.

ibid., p. 225.

11.

À l'origine, l'écu ovale et baroque était soutenu par deux tenants; à dextre par un évêque (Mgr François de Montmorency-Laval) et à senestre par Jacques Cartier. Les armes furent modifiées par l'abbé Lucien Godbout, en 1958, sous la direction de l'archevêque-évêque Mgr Paul Bernier. Les tenants ont été conservés sur le sceau uniquement. Les armes se blasonnent: d'argent, sur une champagne arrondie de sinople, une croix latine de sable chargée en cur de l'écu de France. Croix épiscopale en pal derrière l'écu surmonté du chapeau épiscopal. Devise: Crescamus in illo per omnia. - Lettre de Sr Marie-Paule Couturier, f.m.a., chancelier du diocèse de Gaspé, à l'auteur, Gaspé, le 13 mars 1995.

12.

André Vachon, Rêves d'empire Le Canada avant 1700, Archives publiques du Canada, Ottawa, 1982, p. 24 et 26.

13.

Une seigneurie fut concédée à Avalon, à Terre-Neuve, en 1623, à sir George Calvert, premier baron Baltimore dans la paierie d'Irlande (1625), qui en fit une colonie catholique. Le fort et le manoir de Ferryland étaient imposants. Les armoiries de lord Baltimore sont aujourd'hui celles de l'État américain du Maryland.

14.

Reproduite dans René Le Tenneur, Les Normands et les origines du Canada français, OCEP, 1973, p. 28. Aussi dans Schlesinger et Stabler, op. cit., carte 5.

15.

Reproduite dans Joan Dawson, The Mapmaker's Eye -Nova Scotia Through Early Maps, Nimbus Publishing Limited et The Nova Scotia Museum, Halifax, N.-É., 1988, p. 7.

16.

Marcel Trudel, Atlas de la Nouvelle-France, Les Presses de l'Université Laval, Québec, 1973, p.22-23, 24-25, 32-33..

17.

Lino L. Lipinsky, Giovanni da Verrazzano The Discoverer of New York Bay, The Museum of the City of New York and the Istituto Italiano di Cultura in New York City, second printing, octobre 1964, p. 20. Verrazzano explora le littoral de la côte atlantique nord-américaine en 1524 à bord de la Dauphine.

18.

Réimpression de 1853, p.2-3, cité par Le Moine, op. cit., p. 327, note 1.

19.

François-Marc Chagon, Denise Petel, Hommes effarables et bestes sauvaiges, Images du Nouveau Monde d'après les voyages de Jacqaues Cartier, Boréal, Montréal, 1986, p. 143-144.

20.

ibid., p. 184.

21.

ibid., p. 176.

22.

Dawson, op cit., p. 11.

23.

Reproduite en couleurs et en blanc et noir dans The Work of Jacques Le Moyne de Morgues - A Huguenot Artist in France, Florida and England, The Trustees of the British Museum, British Museum Publications Limited in association withThe Huguenot Society of London, Londres, 1977, 2 volumes, vol. II, planches, 6, 34, 100.

24.

La Renaissance et le Nouveau Monde, Musée du Québec, Thérien Frères Limitée, 1984, planche 24.

25.

ibid., planche 29.

26.

Lire à ce sujet l'excellent ouvrage de Michel Morin, L'Usurpation de la souveraineté autochtone, Boréal, 1997.

27.

Cité par Thérèse Prince-Falmagne, Un marquis du grand siècle Jacques-René de Brisay de Denonville Gouverneur de la Nouvelle-France 1636-1710, Les Éditions Leméac, Montréal, 1965, p. 180.

28.

«Mémoire contenans des observations pour parvenir à l'éclaircissement des difficultés qui se présentent pour l'execution de l'art. 12e du Traité de Paix fait entre la France et l'Angleterre [...], Archives nationales (France), Col., C11E, vol. 2, f° 144, cité par Morin, op. cit., p. 98.

29.

Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Histoire et Description Générale de la Nouvelle-France, avec le journal historique d'un voyage fait par ordre du Roi dans l'Amérique Septentrionale, Paris, Nyon fils, MDCCXLIV, réimpression par les Éditions Élysée, Montréal, 1976, p. 25-36. Voir aussi A.-Léo Leymarie, Exposition rétrospective des colonies françaises de l'Amérique du Nord - Catalogue illustré, Paris, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, avril-juin 1929. - On ne sait si les armes de France furent arborées par Nicolas Durant de Villegagnon, lors de la tentative d'établissement français au Brésil, en 1555, parrainée par l'amiral de Coligny.

30.

Jacques-Donat Casanova, Une Amérique française, coédition de La Documentation Française et de l'Éditeur officiel du Québec, 1975, p. 71.

31.

Anonyme, «Diogènes, ou du moïen d'establir, après tant de misères et de calamitez, une bonne et asseurée paix en France, et la rendre plus florissante qu'elle ne fust jamais», dans Roger Le Moine, op. cit., p. 234. Sur cet épisode dont la relation française est très contestée, lire John McGrath, «A Massacre Revised:Matanzas, 1565», Essays in French Colonial History: Proceedings of the 21st Annual Meeting of The French Colonial Historical Society, A.J.B. Johnston, ed., Michigan State University Press, East Lansing, 1997, p. 15-29.

32.

D.W. Prowse, A History of Newfoundland from the English, Colonial and Foreign Records, Londres, MacMillan & Co, 1895, Canadiana Reprint Series N° 33, Mika Studio, Belleville, Ontario, p. 72.

33.

Dans André Vachon, op cit.., p. 77.

34.

Charles, cardinal de Bourbon (1528-1590), frère d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, père d'Henri IV. Il portait les armes de son père, Charles, duc de Vendôme, chef de la maison de Bourbon:de France au bâton alaisé péri en bande de gueules. Les armes du cardinal sont gravées sur une pierre dans l'église Saint-Nicolas de Fontenay-le-Comte où ses entrailles avaient été inhumées dans une urne.

35.

David B. Quinn, «BELLENGER, ÉTIENNE (Stephen Bellenger dans Haklyut)», Dictionnaire biographique du Canada, (dorénavant DBC) volume 1, Les Presses de l'Université Laval et University of Toronto Press, p. 87-89.

36.

D.B. Quinn, «The Voyage of Etienne Bellenger to the Maritimes in 1583: A New Document», dans The Canadian Historical Review, vol. XLIII, n° 4, décembre 1962, University of Toronto Press, p. 328-343.

37.

Les archevêques de Rouen prétendirent longtemps à une juridiction ecclésiastique exclusive sur le Canada.

38.

Sur l'histoire de l'Acadie, lire Jean Daigle, «L'Acadie de 1604 à 1763, synthèse historique», et Léon Thériault, «L'Acadie de 1763 à 1990, synthèse historique», dans L'Acadie des Maritimes, direction Jean Daigle, Chaire d'études acadiennes, Université de Moncton, 1993, p. 1-43; p. 45-91.

39.

«Un protège deux».

40.

«À ces labeurs aussi Dieu mettra un terme», Virgile, Énéide, livre 1.

41.

«La bravoure emprunte tous les chemins», Ovide, 14., Métamorphoses 113.

42.

Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, livre IV, chapitre XV, Toronto, The Champlain Society, 1911, p. 567.

43.

ibid., chapitre VI, livre 4e, p. 515.

44.

ibid.

45.

Robert Pichette, Pour l'honneur de mon prince..., Michel Henry, éditeur, Moncton, 1989, p. 91.

46.

Lescarbot, op. cit., p. 561. Kinibiki (rivière Kennebec); Malebarre (Nausett Harbour, Massachussetts).

47.

ibid., p. 501.

48.

La Relation de la Nouvelle-France par le P. Pierre Biard, Lyon, 1616, I Documents 161-162 dans Lucien Campeau, Monumenta Novæ Franciæ I La Première mission d'Acadie (1602-1616), Rome, Société de Jésus et Québec, Les Presses de l'Université Laval, 1967, p. 587.

49.

Jean de Biencourt à Marc Lescarbot, Suisse, juillet 1614, dans Campeau, La Relation de la Nouvelle-France par le P. Pierre Biard, Lyon, 1616, I Documents 161-162, op. cit., p. 438.

50.

Plainte de Jean de Biencourt contre le P. Pierre Biard La Rochelle, 18 juillet 1614, publiée dans l'Histoire de la Nouvelle-France de Marc Lescarbot, édition de 1618, citée dans Campeau, op. cit., p.433.

51.

Antoinette de Pons (1570-1632), fille d'Antoine de Pons, comte de Marennes, et de Marie de Montchenu, veuve de Henri de Silly, seigneur de La Roche-Guyon. Elle avait épousé Charles du Plessis, marquis de Liancourt, comte de Beaumont-sur-Oise, marquis de Guercheville, baron de Montlouet et de Galardon, premier écuyer de la petite écurie du roi, gouverneur de Metz. Elle portait: écartelé aux 1 et 4 d'argent à la croix engrelée de gueules chargée de cinq coquilles d'or (du Plessis), aux 2 et 3 d'argent à la fasce bandée d'or et de gueules (de Pons), Père Anselme, Histoire de la Maison Royale de France et des Grands Officiers de la Couronne, réimpression, Éditions du Palais-Royal, Paris, 1967, vol. I, p. 755-56.

52.

Campeau, op. cit., p. 563.

53.

uvres de Champlain, édition Laverdière, (1870) réédition des Éditions du Jour, Montréal, 1973, vol. 2, p. 116.

54.

Campeau, op. cit. p. 584-85.

55.

Champlain, op. cit., p. 121.

56.

«Relation dv Voyage Fait par le Capitaine Daniel de Dieppe, en la Nouvelle France, la prefente année 1629», Seconde partie des voyages dv sievr de Champlain. Livre premier, édition Laverdière, tome III, p. 302. Le frère de saint Antoine Daniel aurait été anobli par lettres en mai 1648.

57.

ibid., p. 303.

58.

ibid., p. 332.

59.

Champlain, op. cit., cité par Jean-Claude Dubé, «L'Ordre de Malte en Amérique au XVIIe siècle: Razilly, Poincy, Montmagny», Actes du XXIIe Colloque du Centre Méridional de Rencontres sur le XVIIe siècle (Gênes 23-25 janvier 1992), Universita di Genova, Schena Editore, p. 73-82.

60.

Hélène-Andrée Biziers et Claude Paulette, Fleur de lys D'Hier à aujourd'hui, Les Éditions Art Global, Montréal, Québec, 1997,

61.

D'Entremont, op. cit., vol. 2, p. 476.

62.

John Clarence Webster, Acadia at the End of the 17th Century, The New Brunswick Museum, Saint John, 1934, p. 202 et note 1.

63.

1727-1797. Raoul Des Champs, écuyer, fit enregistrer sa généalogie et ses armes par d'Hozier en 1667. Il justifiait sa filiation depuis noble Adam Des Champs, vivant en 1501. L'écu est reproduit dans J. Clarence Webster, Charles des Champs de Boishébert A Canadian Solider in Acadie, édition privée, 1931, p.4.

64.

Report Concerning Canadian Archives for the year 1905, Ottawa, l'Imprimeur du roi, 1906, vol. 2, p. 345.

65.

D'argent à trois perroquets de sinople passant, onglés et becqués de gueules. Massicotte et Roy, op. cit., vol. 1, p. 76. Pour les armes, voir Édouard de Barthélémy, Armorial Général des Registres de la Noblesse de France, Paris, E. Dentu, 1867, p. 83.

66.

Cité par Bélanger, Desjardins, Frenette, Histoire de la Gaspésie, Boréal Express/Institut québécois de recherche sur la culture, 1981, p. 131.

67.

Henri II, duc de Montmorency (1595-1632), maréchal de France, vice-roi de la Nouvelle France 1620-1624. Il portait: d'or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d'azur. Mgr François de Montmorency-Laval, vicaire apostolique de la Nouvelle France en 1658 puis évêque de Québec, appartenait à une branche cadette de la famille du maréchal. Les Montmorenacy-Laval, en signe de brisure, chargeaient la croix de cinq coquilles d'or. Ces armes, avec émaux et métaux renversés, sont utilisées par l'Université Laval, à Québec, et une autre version est utilisée par le Séminaire Laval de Québec formant ainsi un bel exemple de continuité historique et héraldique depuis 1623.

68.

Champlain, op. cit., vol. 3, p. 73-74.

69.

Daniel Cogné et Patricia Kennedy, Lasting Impressions: Seals in our History/Les sceaux, empreintes de notre histoire, Archives nationales du Canada, 1991, p. 23. Lire également Daniel Cogné, «D'or à la croix de gueules...», Cap-Aux-Diamants, Revue d'histoire du Québec, printemps 1993, numéro hors série:François de Laval Premier évêque de Québec, p. 54-55.

70.

«Éloge funèbre de feu Mgr François de Montmorency-Laval, premier et ancien évêque de Québec, prononcé à Montréal le ler juin 1708, par M. de Belmont, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice de Ville-Marie et l'un des vicaires généraux de ce diocèse», Rapport de l'archiviste de la Province de Québec pour 1920-21 (dorénavant RAPQ), Québec, 1921, p. 53.

71.

Jean-Baptiste-Antoine Ferland, Cours d'Histoire du Canada, première partie, 1534-1663, Augustin Côté, Québec, 1861, p. 213.

72.

Alan Gowans, Church Architecture in New France, University of Toronto Press, Toronto, 1955, p. 22, p. 101, et Odoric-Marie Jouve, Les Franciscains et le Canada, Québec, Couvent des SS. Stigmates, 1915, vol. I, p. 142. Le prince de Condé n'était plus vice-roi de la Nouvelle-France au moment de la pose de la pierre mais on l'ignorait à Québec. Il portait: D'azur à trois fleurs de lis d'or au bâton de gueules péri en bande. Voir Père Anselme, vol. I, p. 336.

73.

Biggar, op. cit., vol. V., 1¬620-1629, p. 120.

74.

Champlain, vol. 1, p. 289.

75.

Champlain, vol. 2, p. 223.

76.

Champlain, vol. 2, p. 208.

77.

ibid., p. 246.

78.

Missionnaire en Nouvelle France de 1615 à 1624.

79.

Champlain, op. cit., note 2.

80.

André Vachon, op. cit., p. 177.

81.

Émile Zay, Histoire monétaire des colonies françaises, Typographie J. Montorier, Paris, 1892, p. 39-40. Le sceau de la Compagnie des indes occidentales est illustré dans Cogné et Kennedy, op. cit., p. 20-21. Voir aussi «La noblesse de France aux colonies» dans Annuaire de la noblesse de France, 1937-38, p. 305-308.

82.

Les armes de Colbert avec les colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit et sommées d'une couronne de marquis, apparaissent sur la carte établie par Jean-Baptiste-Louis Franquelin (1686) pour illustrer l'inspection de l'Acadie et du Cap-Breton faite par l'Intendant Jacques de Meulles. Reproduite dans Dawson, op. cit., p. 131.

83.

Zay, op. cit., p. 270.

84.

Pour une solide étude des autochtones dans l'héraldique nord-américaine, lire sir Conrad M.J.F. Swan, «American Indians in Heraldry», dans The Coat of Arms. vol. XII, n° 87, juillet 1971, p. 96-106; n° 88, octobre 1971, p. 148-159.

85.

Robert Pichette, «Les origines de l'héraldique au Canada français», dans HAC vol. XX, n° 3, p. 14., et Robert Pichette, «Early French Canadian Heraldry»dans HAC, vol. II, n° 3, p. 20.

86.

Illustré dans Through Indian Eyes, The Reader's Digest Association, 1996, p. 68. Billouart de Kerlérec (1704-1770) portait: d'or à la croix alésée de ... accompagnée en chef de deux molettes d'éperon de ...

87.

E[dmond]-Z[otique] Massicotte, «Un recensement inédit de Montréal, en 1741», dans Mémoires de la Société royale du Canada, 3e série, vol. XV., 1921, p. 6.

88.

Les Relations des Jésuites, édition Thwaites, vol. XII, p. 167-169. Charles Huault de Montmagny, premier gouverneur en titre de la Nouvelle France de 1636 à 1648. Chevalier de Malte, admis dans la Langue de France le 3 août 1622, il se peut qu'il ait fait graver à Québec une pierre portant la croix de Malte sur un écu accompagné de la date 1647, et que cette pierre ait fait partie des travaux d'agrandissement du château Saint-Louis, érigé par Champlain et rénové par Montmagny. Elle fut retrouvée en 1784 par des ouvriers occupés à démolir l'ancienne résidence des gouverneurs. Elle orne aujourd'hui le portail de l'hôtel Château Frontenac, à Québec. Voir J.-Edmond Roy, L'Ordre de Malte en Amérique, Québec, 1888 et Joan Elson Morgan, Castle of Québec, J.M. Dent & Sons (Canada), 1949.

89.

Thwaites, ibid.

90.

Thwaites, ibid., vol. L, p. 107 et 195.

91.

Illustrée dans Pierre-Georges Roy, La Ville de Québec sous le Régime Français, Rédempti Paradis, Imprimeur de Sa Majesté le Roi, 1930, vol. 2, p. 33.

92.

Luc Noppen et René Villeneuve, Le Trésor du Grand Siècle, Musée du Québec, 1984, planche III et p.50-51.

93.

Robert Pichette, «Une énigme héraldique résolue: les armes de de Bruc sur un tableau à Québec», dans HAC, vol. XI, n° 1, p. 4.

94.

Parti de France et d'Espagne. Les deux écus sous les croisillons sont sommés de la couronne royale et entourés de palmes. Noppen et Villeneuve, op. cit., p. 70-71.

95.

Noppen et Villeneuve, op. cit., p. 76-77.

96.

Lénard Forest, «On identifie le calice de Beauséjour», dans L'Évangéline, Moncton, N.-B., 3 novembre 1949. Le calice et sa patène sont conservés au Musée acadien de l'Université de Moncton à Moncton, N.-B.

97.

Biziers et Paulette, op. cit., p. 94.

98.

Gilles Héon, «Un sceau de conséquence», dans HAC, vol. VII, n° 4, p. 12-13.

99.

Voir Cogné et Kennedy, op. cit., Le sceau du Conseil souverain est illustré en couleur dans André Vachon, op. cit. p. 189.

100.

L'un des plus splendides exemples est la statue de l'Amérique en bordure du parterre nord à Versailles. Sculptée par Gilles Guérin d'après un dessin de Charles Le Brun, premier peintre du roi, elle faisait partie de la grande commande de 1674. Voir Alfred Marie, Naissance de Versailles, Paris, Éditions Vincent Fréal, 1968, tome I, p. 147.

101.

Le mystère entourant les «armes de la province de Canada» a fait l'objet de deux études par le Héraut Saint-Laurent de l'Autorité héraldique du Canada. Voir Auguste Vachon, «Des armoiries pour le Canada au temps de Louis XIV», HAC, mars 1991, p. 13-17 et «Des armoiries pour le Canada au temps de Louis XIV: nouvelles données», ibid., juin 1991, p. 6-8.

102.

The Story of Canada's Currency, The Bank of Canada, 2e édition, 1966 et Pre-Confederation Currency in Canada, The Bank of Canada, tiré-à-part du Rapport annuel de la Banque du Canada, 1966.

103.

Dans Casanova, op. cit., p. 105.

104.

Le castor figure dans les armoiries octroyées à la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1670. Montréal adopta des armoiries en 1833 dans lesquelles le castor figure en bonne place. Les armes furent modifiées en 1943 par M. Conrad Archambault, archiviste municipal. Lire Léon Trépanier, «Les attributs de la mairie de Montréal», Les Cahiers des Dix, n° 31, 1966, p, 211.

105.

Dans E[mile] Miller, Les Armoiries de Montréal, 1920, p. 5.

106.

Jean de La Fontaine, «Le marchand, le gentilhomme, le pâtre et le fils de roi», Les Fables.

107.

La ville de Québec adopta, vers 1833, un emblême municipal qui fut en usage jusqu'au 20 mai 1949 alors que la ville adopta des armoiries motu proprio. Ces mêmes armoiries, avec de légères modifications, ont été concédées par le Héraut d'armes du Canada le 20 septembre 1988. Elles se blasonnent : d'azur à la champagne burellée-ondée d'argent et d'azur sommée d'un navire ancien voguant à pleines voiles d'or, au chef de gueules bordé d'or et chargé de deux clés d'or passées en sautoir, à la feuille d'érable de sinople brochante sur les clés, l'écu timbré d'une couronne murale maçonnée de sable et ajourée de gueules. Devise: Don de Dieu Feray Valoir.

108.

Collection nationale de cartes, Archives publiques du Canada, H3/1240-New York - 1728, «A Plan of the City of New York from an actual survey made by James Lyne.» Sur le castor, lire Daniel Cogné, «Le castor héaldique», Cap-aux-Diamants, n° 51, automne 1997, p. 17.

109.

Lejeune, op. cit., vol. 1, p. 776.

110.

Alice M. Johnson, «BAYLY (Baily, Baley), CHARLES, DBC, vol. I, p. 81-84.

111.

Ordonnance du baron d'Avaugour au sieur Couture « missionnairepour prendre possession rétiérée de la Baye du Nord au nom de Sa Majesté...», 10 mai 1663, dans Pierre-Georges Roy, Ordonnances, Commissions, etc...des gouverneurs et intendants de la Nouvelle-France, 1639-1706, Archives de la Province de Québec, Beauceville, 1924, vol. I, p. 14.

112.

Le Tenneur, op. cit., p. 229 citant l'abbé Étienne-Michel Faillon et Le Roy de Bacqueville de La Potherie. Un descendant, M. Louis-Philippe Couture, de Sillery (Québec), chancelier de l'Association canadienne de l'Ordre de Malte, s'est fait concéder des armoiries par l'Autorité héraldique du Canada le 20 décembre 1995. Son cimier se blasonne: un sapin au naturel ses racines mouvantes d'une mer burelée-ondée d'argent et d'azur, et sur sa couronne, suspendu à son tronc par une courroie d'or, un écusson d'azur à trois fleurs de lis d'or.

113.

Mémoire de Talon sur le Canada (10 octobre 1670)», RAPQ, 1931, p. 121.

114.

«Exploration of the Great Lakes 1669-1670 by Dollier de Casson and De Bréhant de Gallinée, Part 1» dans Ontario Historical Papers and Records, lv, Toronto, 1903, p. 77.

115.

Daniel de Rémy de Courcelles (1626-1698), gouverneur général de la Nouvelle France en 1665, lieutenant général, chevalier de Saint-Louis, mort commandant de Toulon. Ses armes - d'hermine à un écusson de gueules - sont gravées sur une lampe du sanctuaire offerte par le gouverneur à la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Québec.

116.

Cité par Biziers et Paulette, op. cit., p. 82.

117.

Talon à Colbert (10 novembre 1670), dans RAPQ, p. 137.

118.

ibid.

119.

DBC, vol. I, p. 556.

120.

Talon au roi (2 novembre 1671), dans RAPQ p. 157.

121.

Archives de la Province de France de la Compagnie de Jésus, Fonds Brotier, 155 dans Leymarie, op. cit., p. 277.

122.

Thwaites, vol. LV, p. 107-115.

123.

Francis Parkman, La Salle and the Discovery of the West, Toronto, 1899, George N. Morang & Company, p. 55.

124.

Talon au roi, 2 novembre 1671, dans RAPQ, p. 158.

125.

ibid.

126.

DBC, vol. II, p. 179.

127.

La Salle (1640-1687) fut anobli. Il était connu, abusivement, sous le titre de marquis de Québec. Il blasonnait : de sable à un lévrier courant d'argent surmonté d'une étoile à huit rais d'or. Massicotte et Roy, vol. 1, p. 99.

128.

Archives nationales (France), Colonnies, F3 241, f° 1.

129.

Procès-verbal de la prise de possession de la Louisiane par Robert Cavelier de La Salle, 9 avril 1682, dans André Vachon, op. cit., p. 91. Archives nationales (France), Colonnies, C13c 3, f°28-29.

130.

Naissance de la Louisiane tricentenaire des découvertes de Cavelier de La Salle, exposition, mairie annexe du VIe arrondissement 21 octobre 1982-1er décembre 1982 et Hôtel de Rohan 17 décembre 1982 - 28 février 1983, Délégation aux célébrations nationales, Délégation à l'Action artistique de la Ville de Paris, Fondation MacDonald Stewart, p. 12.

131.

Thwaites, vol. LXIX, p. 165.

132.

Casanova, op. cit., p. 114.

133.

Les armes données pour cette famille par Massicotte et Roy sont erronnées. Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye portait:d'azur à la fasce d'or accompagnée en chef d'un lambel d'argent et en pointe d'une croix ancrée du même. Robert A. Pichette «Deux blasons canadiens identifiés - LeBer de Senneville et Gaultier de la Vérendrye», dans HAC, vol. X, n° 1, p. 5-10. Cette famille est encore représentée au Canada. Les collections du Château de Ramezay, à Montréal, possèdent un fac-similé de cette plaque. Voir Catalogue du Château de Ramezay, Musée du Château de Ramezay, Montréal, 1957, p. 131. Au recto de la plaque, gravée professionnellement et portant une inscription latine, se voient le petit écu de France et quatre fleurs de lis aux angles de la plaque. L'avers porte les noms des voyageurs gravés sur place. Illustrée dans Biziers et Paulette, op. cit.,

134.

Leymarie, op. cit., p. 91, et illustrée dans Casanova, op. cit. p. 115.

135.

DBC, vol. III.

136.

«Relation de la découverte qu'a faite le sieur Louis Fornel en 1743 de la baie des Esquimaux nommée par les Sauvages Kessessakiou», RAPQ, 1920-21, Québec, 1921, p. 69-70.

137.

Le 21 octobre 1665, le Journal des Jésuites fait état de l'usage par l'exécuteur des hautes uvres d'un fer portant une seule fleur de lis.

138.

Beauharnois au ministre, 10 décembre 1736, Archives des colonies, série C-II-2.

139.

Charles, marquis de Beauharnois, gouverneur général de la Nouvelle France en 1726, frère de François de Beauharnois, intendant de la Nouvelle France de 1702 à 1705.

140.

Le musée des religieuses Augustines Hospitalières de Dieppe à Québec possède une tapisserie des Gobelins aux armes et attributs de Louis XIV dont le carton serait dû à Lebrun.

141.

Casanova, op. cit., p. 123.

142.

Archives des colonies, série B, vol. 57-2, p. 501.

143.

Les dessins des armoiries que l'on trouve aujourd'hui au lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg sont dûs à M. R.G. Calvert, architecte consultant du ministère fédéral canadien des Travaux publics. En 1733, un projet pour la Porte Dauphine comportait des trophées beaucoup plus élaborés que ceux qui furent réalisés à partir des fragments trouvés dans les ruines. Il s'agissait de casques, baudriers et boucliers à la romaine portant les écus de France et de Navarre. Renseignements fournis par M. Yvon LeBlanc, ancien architecte de la restauration du lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg, 18 février 1997.

144.

John Fortier, «The Fortress at Louisbourg and its Cartographic Evidence», dans Bulletin of the Association for Preservation Technology (APT), vol. IV, n° 1-2, 1972.

145.

Louisbourg reflet d'une époque, photographies par Chris Reardon, texte par A.J.B. Johnston et Robert Pichette, Nimbus Publishing, Halifax, 1997.

146.

Cité dans Robert Pichette, Pour l'honneur...., p. 124.

147.

Pierre Mayrand et John Bland, Trois siècles d'Architecture au Canada/Three Centuries of Architecture in Canada, Federal Publications Service, Montréal, 1971, p. 38. Il s'agit de Louis de France (1729-1765), quatrième enfant de Louis XV et de Marie Leszcynka.

148.

Les armes se blasonnent : d'argent au chevron de gueules accompagné de trois ananas de sinople, au canton de gueules chargé d'une fleur de lis d'argent. Cimier: issant d'une couronne murale avec trois branches de laurier entre les créneaux , un dextrochère armé tenant par la hampe un drapeau d'argent. Le texte des lettres de concession est publié en appendice F dans Fairfax Downey, Louisbourg: Key to a Continent, Prentice Hall, Inc., Englewood Cliffs, N.J., 1965, p. 219-221. Voir aussi Robert Pichette, «La première augmentation d'armoiries au Canada: sir William Pepperrell et la prise de Louisbourg», dans HAC, vol. XII, n° 1, p. 4.

149.

Caricature reproduite dans The Illustrated History of Canada, sous la direction de Craig Brown, Lester & Orpen Dennys Limited, Toronto, 1987, p. 177.

150.

Cité dans [Lemire-Marsolais], Histoire de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, seconde partie, XVIIIe siècle, vol. IV 1732-1763, Montréal, 1941, p. 258.

151.

Gravure de Richard Short (1759) illustrée dans Alan Gowans, Church Architecture in New France, University of Toronto Press, Toronto, 1955, planche XX.

152.

Toile de Dominic Serres reproduite dans Roy Strong, A Pageant of Canada/Pages d'histoire du Canada, Galerie Nationale du Canada, Ottawa, 1967, p. 172-173.

153.

Son fils, l'honorable Joseph-Gaspard Chaussegros de Léry (1721-1799), chevalier de Saint-Louis, fut le premier Canadien à faire immatriculer ses armoiries au College of Arms, à Londres, le premier juin 1763, quatre mois à peine après le traité de Paris!

154.

Biziers et Paulette, op. cit., p. 90.

155.

Bizier et Paulette, op. cit., p. 106.

156.

Selon une correspondence de J.M. LeMoine [sir James MacPherson Lemoine] reproduite dans un articulet publié dans Canadiana (Quebec City Historical Magazine), novembre 1889, p. 165-166. L'écu royal de France était posé sur un imposant monument avec l'inscription suivante:«This Trophy Was taken down from the Gates Of Quebec, When that place was conquered on the 18th of Sept., 1759, By the Perseverance and Conduct of VICE-ADMIRAL SAUNDERS And BRIGADIER-GENERAL WOLFE, Seconded by the Bravery and Continued Ardour OF THE FLEET AND ARMY, Under their respective Commands.» [Ce trophée fut enlevé des portes de Québec lorsque cette place fut conquise le 18 septembre 1759 par la persévérance et la conduite du vice-amiral Saunders et du brigadier-général Wolfe, appuyés par la bravoure et l'ardeur soutenue de la flotte et de l'armée sous leurs commandants réciproques.]

157.

Freeman Freeman-Thomas, premier baron Willingdon de Rattan, comte et marquis de Willingdon qui devint Gouverneur général du Canada. Assermenté à Québec le 2 octobre 1926, lord Willingdon rappela alors que la remise des armoiries anciennes au Haut commissaire britannique au Canada pour être remises à Québec, avait été son premier contact privilégié avec le Canada. Cf. John Cowan, Canada's Governors-General, 1867-1952, York Publishing Company, Toronto, 1952, p. 133-134. L'écusson est illustré dans Sculpture traditionnelle du Québec, Ministère des Affaires culturelles, Musée du Québec, été 1967.

158.

J. -Camille Pouliot, op. cit.

159.

Instructions au Gouverneur Carleton, 3 janvier 1775, article III, dans Documents relatifs à l'Histoire Constitutionnelle du Canada 1759-1791, Archives Publiques du Canada, Ottawa, 1921, vol. II.

160.

161.

162.

163.



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