 
Berthe
au grand pied
Le
conte ( Franc - France )
Lorsque Pépin
le Bref décida de se marier, ses conseillers partirent
en quête d'une fiancée de bonne noblesse dans divers
pays. Mais le roi ne parvenait pas à faire son choix.
Jusqu'à ce qu'un trouvère qui avait parcouru une
bonne partie du monde vînt lui chanter la beauté
de Berthe, fille du roi de Hongrie, aussi intelligente que fine
et sage. Elle n'avait qu'un seul défaut : l'un de ses
pieds était trop grand.
«Les pieds
restent cachés sous les jupes», se dit le roi. «Qu'on
amène donc Berthe à Paris! »

Pépin fit alors charger trente chevaux d'or et d'argent,
équipa une douzaine de chevaliers le plus richement du
monde, et la troupe prit le chemin de la Hongrie. La belle Berthe
n'était pas joyeuse après avoir donné son
consentement, quand il lui fallut quitter son pays natal et sa
famille. Mais ses parents lui dirent pour la réconforter.
«C'est dans
la douce France que tu t'en vas, ma chérie! Où
trouverais-tu plus beau pays au monde? Nous ne t'oublierons pas,
sois-en sûre! »
Et Berthe s'en alla
donc vers la France. En route, son cortège fit une halte
chez le duc de Mayence, qui s'étonna fort en voyant la
princesse Berthe. Ce duc avait une fille, Alista, qui ressemblait
à Berthe comme une soeur. Sauf les pieds, qu'elle avait
justement très petits, comme des pieds de fillette. Il
ne fut donc pas étonnant que les deux demoiselles se prissent
vite d'amitié l'une pour l'autre. Berthe était
si enchantée de sa nouvelle amie qu'elle proposa d'en
faire sa suivante, et de l'emmener avec elle en France.
Lorsque tout le monde
arriva à Paris, la princesse hongroise était si
lasse de son long voyage qu'elle fit cette proposition à
sa nouvelle amie
«Chère
Alista, je t'en prie, remplace-moi ce soir. Que l'on te présente
au roi à ma place. Cela ne durera pas longtemps, et de
toute façon les gens n'y verront rien. Nous nous ressemblons
tellement! »
Alista accepta très
volontiers : elle se revêtit de l'une des plus belles robes
de la princesse hongroise et se rendit à la salle de réception
pour la cérémonie de la présentation. Seulement,
cela lui plut très fort de se trouver ainsi auprès
du roi! Alors elle décida de remplacer sa maîtresse
pour toujours.
Alista paya - très
cher - deux serviteurs, qui enlevèrent Berthe et l'emmenèrent
en secret dans la forêt la plus profonde. Là, ils
avaient ordre de la tuer. Mais ils n'en eurent pas le coeur,
ils hésitèrent devant tant de beauté. Ils
l'abandonnèrent donc à son sort, et s'en retournèrent
à Paris. La pauvre Berthe erra longtemps dans la forêt
obscure, elle se déchirait les jambes dans les fourrés
épineux, dormait à même le sol nu et se nourrissait
de fraises et de framboises. Jusqu'à ce qu'un jour, elle
débouchât en une prairie où elle vit une
petite chaumière. C'était là que vivait
le charbonnier Simon, avec sa femme et ses deux filles. Berthe
vécut neuf ans et demi dans la cabane du charbonnier,
et jamais elle ne trahit sa véritable identité.
La reine de Hongrie
Blanchefleur n'oubliait pas sa fille. Dès qu'elle en avait
l'occasion, elle envoyait des messages en terre de France, et
était fortement inquiète de ne recevoir de sa fille
que de très brèves informations. On peut comprendre
qu'Alista n'adressait à la cour de Hongrie que des mots
très prudents. Aussi, quand la reine de Hongrie invita
sa fille à venir la voir en son pays, Alista lui répondit
qu'elle ne pouvait faire le voyage, étant malade. Cela
décida la reine de Hongrie
«Je vais aller
voir Berthe en France! »
Ce fut en vain que
le roi son époux tenta de la dissuader d'entreprendre
un si long et si pénible voyage.
«Si Berthe
a supporté ce voyage, je le supporterai bien aussi, moi!»
déclara-t-elle.
Et elle se mit en route.
En apprenant cela,
Alista eut grand-peur. Elle se mit vite au lit, en se déclarant
malade. Ce fut ainsi que la reine de Hongrie trouva celle qu'elle
croyait être sa fille, au lit dans une chambre obscure,
aux rideaux tirés.
La reine se jeta sur
la fausse Berthe dans son lit, et se mit à caresser sa
fille comme un bébé. Ce fut alors qu'elle remarqua
que celle qui était dans le lit avait bien le même
visage que Berthe, mais avait des petits pieds : tous deux semblables.
«Tu n'es pas
ma fille!»
s'exclama la reine.
Et elle se hâta d'aller raconter au roi cette nouvelle
stupéfiante.
Le roi Pépin
le Bref se fâcha très fort. Il fit venir Alista
devant lui, et elle, tout en pleurs, avoua tout. Ensuite le roi
entendit les deux serviteurs qui avaient été chargés
de l'horrible besogne, et eux aussi confessèrent tout.
Ils menèrent le roi jusqu'à l'endroit de la forêt
où ils avaient abandonné la malheureuse princesse
hongroise.
Le roi fit rechercher
Berthe, et il chercha lui même, dans toutes les directions.
Il commençait à se faire à l'idée
qu'elle avait dû périr dans la forêt, quand
il parvint lui aussi à la chaumière du charbonnier.
Là, devant la maisonnette, il vit une très belle
jeune femme qui rapportait une cruche d'eau de la fontaine. Et
il remarqua aussi que l'un de ses pieds était chaussé
d'un très grand sabot.
Pépin l'interpella
«Dites-moi
qui vous êtes! Vous devez me suivre, je suis le roi de
France!»
Berthe, effrayée,
répondit
«Ah, Sire,
ne me faites pas de mal! Je suis la reine de France, la fille
du roi de Hongrie, l'épouse de Pépin!»
«Et Pépin,
c'est moi!»
s'exclama le roi, tout
heureux. Et il prit Berthe sur son cheval. Tout se termina très
bien. Le roi fut miséricordieux, car Berthe au grand pied
et aussi au grand coeur, plaida en faveur de tous. Sauf d'Alista,
qui fut honteusement chassée de Paris. Les deux serviteurs
reçurent une bonne volée de coups de bâton,
mais ensuite le roi les récompensa richement parce qu'ils
n'avaient pas tué Berthe, comme ils en avaient reçu
l'ordre. Le charbonnier Simon, qui ne parvenait pas à
croire qu'il avait hébergé chez lui durant dix
ans la reine de France, fut élevé au rang de chevalier,
et reçut comme armoiries une fleur d'or sur champ d'azur.
La reine de Hongrie pleurait, puis riait, et se réjouissait
fort de n'avoir pas écouté les conseils de son
époux, qui ne voulait pas la laisser aller en France.
Qui sait comment tout cela aurait fini, si elle ne s'était
pas décidée à ce voyage!
«Mais si vous
n'aviez pas retrouvé Berthe»,
disait-elle au roi
Pépin,
«je vous jure
que de mes propres mains je vous aurais raccourci d'une tête!»
Peu de temps après
les retrouvailles, on célébra de façon grandiose,
pour la deuxième fois, le mariage de Pépin le Bref,
mais cette fois avec la véritable Berthe, fille du roi
de Hongrie. Et les époux royaux vécurent ensemble
de longues années heureuses, et ils régnèrent
avec une grande sagesse sur le doux pays de France.
Origine
du conte
Berthe au grand pied (vers 1275) est la mise en roman d'une légende
concernant la mère de Charlemagne. Le troubadour Adenet
le Roi s'inspira de cette histoire pour écrire «Li
Roumans de Berte aus grans piés», où
l'héroïne, une princesse de Hongrie, se voit substituer
une rivale lors de son mariage avec Pépin. La fausse reine
ressemble étonnamment à Berthe, les pieds exceptés.
La mystification sera découverte par Blanchefleur, mère
de Berthe, lors d'une visite à Paris. Pépin retrouvera
lors d'une partie de chasse la vraie Berthe qu'il épousera.
Elle devint reine de France et mère de Charlemagne.
L'histoire (xx - 783)
Berthe ou Bertrade,
dite au grand pied était la fille de Caribert II (Charibert),
comte de Laon et de Gisèle d'Aquitaine, Son mariage avec
Pépin est daté de 743-744. Reine de France, elle
est la mère de l'empreur Charlemagne et de son frère
Carloman. Elle mourut le 12 juin 783 à Choisy-au-Bac (près
de Compiègne, Oise) et sa dépouille fut inhumée
en léglise de labbaye royale de Saint-Denis.
Liens
Extraits
de les Reines de France Berthe au grand pied
Berthe
au grand pied
Bertrade
de Laon (Wikipedia)

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