Notre premier ancêtre canadien est originaire du Poitou. Le Poitou est une ancienne province de France, située sur l'océan Atlantique et bornée au nord par la Bretagne et l'Anjou, au sud par la Saintonge et l'Aunis.
C'est dans cette province, dans un bourg qui portait un nom bien sympathique, le bourg de Ste-Verge, Bressuire, évêché de Poitiers, qu'est né notre premier ancêtre canadien, Gabriel Roger, en l'an 1639, du mariage de René Roger et de Jeanne Augéarde.
Il est intéressant de noter qu’au moins trois ancêtres canadiens sont originaires du petit bourg de Ste-Verge comptant à peine 210 feux (foyers, domiciles) en 1750 : Jean Julien, né vers 1639, Jean Boucher, dit Belleville, né vers 1659, et Gabriel Roger. Qu’est-ce qui a incité ces braves gens à quitter leur mère-patrie pour affronter les défis du Nouveau Monde?
Au début de 1661, Louis XIV assume le pouvoir véritable et charge son ministre Jean-Baptiste Colbert de réorganiser la Nouvelle-France. En 1663, la population de la Nouvelle –France se situe à 2 500 personnes alors que la Nouvelle-Angleterre en compte 80 000. Jean Talon, l’homme de confiance de Colbert, est nommé le premier intendant de la colonie. Plusieurs mesures sont prises pour donner sécurité et postérité à la colonie :
C’est dans ce contexte que Gabriel Roger prend la route pour l’Amérique. On devrait plutôt dire prend le bateau pour l’Amérique… Nous n'avons pas de date précise à laquelle Gabriel, alors orphelin, émigra au Canada. Louis-Philippe Turcotte dans son Histoire de l'Île d'Orléans mentionne que Gabriel Royer (Roger; il s'agit évidemment d'une erreur) se fixa dans l'Île d'Orléans en 1667.
Il est possible qu'il soit arrivé au Canada quelques années plus tôt s'il faisait partie du Régiment de Carignan-Salières. Les dates semblent concorder et le fait que Gabriel soit orphelin vient soutenir cette hypothèse. De plus, nous avons noté la présence d’un officier du régiment de Carignan au mariage de Gabriel, selon le contrat de mariage. Nous n’avons pu étayer notre hypothèse d’aucune preuve formelle. Nous continuons notre recherche dans ce sens.
Gabriel obtint en 1667 une concession de Mgr de Laval. Une copie de cette concession apparaît à l’annexe 1. Les Archives de Québec nous fournissent les informations suivantes quant à la terre No 21, Nos de cadastres 41 et 42, et la terre No 23, Nos de cadastre 46, 49 et 50:
* Le 2 juin 1667, concession de Mgr de Laval à Gabriel Roger (1639-99), 3 arpents.
Gabriel n'est pas porté sur les listes du recensement des années 1666 et 1667. D'autre part, nous constatons son mariage au mois d'octobre 1669, alors qu'il est rapporté comme habitant de l'Île d'Orléans.
Les premières traces qu'on trouve de notre premier ancêtre dans les archives de ce pays sont les minutes du notaire Becquet en date du 14 octobre 1669, et dans les registres de l'église de Notre-Dame de Québec, en date du 30 octobre de la même année; ce sont son contrat de mariage et son acte de mariage. Ces deux documents sont inclus à l'annexe 2 et 3 respectivement. Ce sont des documents bien précieux pour la famille Roger. Ce contrat notarié, vieux aujourd'hui de plus de 335 ans, est l'acte solennel par lequel Gabriel Roger brisait les liens qui l'attachaient à sa famille et au bourg de Ste-Verge, et se fixait définitivement dans une nouvelle patrie. Il créait ainsi une nouvelle famille de Roger en Amérique dont il serait le chef et le fondateur.
En effet, le 30 octobre 1669, Gabriel convole en juste noce avec Marie de Lacour, fille de Guillaume de Lacour et de Marguerite Birra de Saint-Germain d’Auxerre, appelée la comète. La famille de Marie était originaire de Paris où Guillaume exerçait le métier de maître-menuisier en la paroisse de St-Germain l'Auxerrois. Lors de sa venue au Canada, Marie était orpheline, et était sous la protection de Madame Anne Gasnier, veuve de maître Jean Bourdon, lequel avait été écuyer, Seigneur de St-Jean et de St-François, et procureur général au Conseil Souverain.
Le contrat de mariage fut rédigé par le Notaire Becquet le 14 octobre 1669 selon « l’advis et consentement de leur amys communs pour ce assemblés a cavoir : » Monsieur Maistre Jacques de Cailhault de la Tesserie, conseiller du roi au Conseil Souverain de ce pays, avec sa future épouse Éléonore de Grandmaison, Dame Anne Gasnier, veuve de feu Maistre Jean Bourdon, Seigneur de St-Jean et de Saint fran., Procureur général au Conseil Souverain, et Valentin Frappier, sieur de Beauregard, lieutenant d’une compagnie d’infanterie au régiment de Carignan.
La Société des Filles du roi et des soldats du Carignan, Inc. (SFRSC) nous apprend sur son site internet que Marie faisaient partie des « Filles du roi ». La liste alphabétique des Filles du roi selon ce site nous fournit l’information suivante :
“De Lacour, Marie, m. Roger, Gabriel, 12 oct., 1669, (450 livres de dot) (Références: Landry, Yves: Les Filles du roi au xvii'ème siècle (Leméac, 1992); Jetté, René: Dictionnaire généologique des Familles du Québec (Les Presses de l'Univ. de Montréal, 1983).”
Peu après leur mariage, Gabriel et sa jeune épouse s'établissent sur la ferme de Gabriel située à Ste-Famille de l'Île d'Orléans, seule paroisse desservant alors l'île. C'est dans cette paroisse que nous retrouvons les actes de baptême de tous leurs enfants, sauf le premier, Jean-Baptiste, né le 7 septembre, 1670, lequel fut baptisé à l'église de Notre-Dame de Québec. Il est intéressant de noter que l'intendant Jean Talon fut le parrain de ce premier enfant, ce qui démontre que la famille Roger entretenait d'étroites relations avec les meilleures familles du pays.
Marie donna aussi naissance à quatre autres garçons, soit :
Il est intéressant de noter qu’en 1672, La Nouvelle-France comptait 6 700 habitants alors que la Nouvelle-Angleterre en comptait 120 000. En la même année, Louis Buade de Frontenac devient gouverneur général de la Nouvelle-France.
Gabriel avait du caractère et ne s’en laissait pas imposer. Il comparaît devant le Conseil Souverain le 17 avril 1673 pour un différend avec son voisin Jacques Bidet. Ils doivent régler ce différend devant monsieur le curé Duplein. L’histoire ne dit pas de quelle façon le différend fut réglé…
Le 3 octobre 1674, Gabriel achète une terre de Gervais Rocheron à St-Jean de l’Île d’Orléans, à condition qu’il abatte deux arpents de bois sur sa terre de Sainte-Famille. L’enregistrement dans les Archives de Québec suit :
Le site Internet « Purfest Genealogy » nous apprend que Marie de Lacour fut la marraine de Marie Brochu qui est née dans la paroisse St-Jean de l’Île d’Orléans le 13 juillet 1675. Marie Brochu a épousé Jean Tanguay le 24 janvier 1692. Les Brochu était les voisins des Roger du côté ouest.
Gabriel eut la douleur de perdre son épouse Marie le 19 octobre 1677. Or, elle avait donné naissance à Louis, son cinquième garçon, le 9 octobre 1677, soit dix jours avant son décès. Il est donc très probable qu’elle soit décédée des suites de son accouchement. Nous n’avons pu retracer son acte de sépulture.
Le recensement général de 1681 nous fournit les renseignements suivants :
Dans la généalogie des Brochu, on mentionne que le 17 octobre 1684, Jean Brochu et Jacques Bidet prennent à ferme (céder jouissance d’un domaine agricole contre redevance) pour cinq ans la terre de Gabriel Roger, leur voisin commun. Chacun des deux voisins cultive sa nouvelle moitié. Est-ce à dire que Gabriel s’installe avec ses enfants sur la Terre No 23 acheté de monsieur Rocheron?… ou qu’il entreprend de la défricher?…
Gabriel était de nature généreuse. Suite à quelques semaines d’hospitalisation, et en reconnaissance pour des soins reçus, il promet le 7 mars 1687 de verser aux pauvres de l’Hôtel Dieu de Québec, la somme de 10 livres pendant cinq années consécutives. Le 24 mai suivant, alors qu’il était toujours hospitalisé, il devait pourtant la somme de 52 livres à Claude Dubreuil.
Gabriel fait procéder à l’inventaire de ses biens par le notaire Étienne Jacob le 15 novembre 1687. Ses biens meubles sont évalués à 653 livres. Il possède deux terres dont une de six arpents en valeur (Terre No 23?) et l’autre de dix-huit arpents en valeur (Terre No 21?). Il possède une maison de vingt-deux pieds par dix-huit pieds.
Le 17 novembre 1687, Gabriel épouse en seconde noces Marie-Louise Beaupère (Bolper), 36 ans, en l'Église de St-François. Marie-Louise est née en 1651, du mariage de Gilles Beaupère et de Nicole Richer. Elle était native de Pont-Tanchefetu, France, où demeurait son père Gilles. Aucun enfant ne naît de cette union.
Marie-Louise faisait aussi partie des « Filles du roi ». Elle avait reçu une dot de 350 livres lors de son premier mariage le 12 octobre 1671 avec François Marceau alors qu’elle était une orpheline âgée de vingt ans.
Gabriel fut nommé tuteur des cinq enfants issus du premier mariage de Marie-Louise, soit Jacques-François, né le 7 septembre, 1672, Reine ou Marie-Reine, née le 5 mars, 1676, Louis, né en avril, 1678, et Suzanne, née le 28 décembre, 1680. Les enfants de Gabriel et de Marie-Louise vécurent tous sous le même toit.
L’histoire nous dit que Gabriel avait fait affaires avec François Marceau, le père de Marie-Louise, et que les deux étaient très liés. Lors du décès de François, celui-ci devait 65 livres à Gabriel pour l’achat de diverses fournitures. Le fait que Gabriel et François venaient tous les deux du Poitou, tous les deux Poitevins, (Ste-Verge pour Gabriel et Thiré pour François) pourrait être à l’origine de leur solide amitié, amitié qui s’est soldée par deux mariages entre les deux familles : Gabriel a marié la veuve de François, et… le fils de Gabriel, Joseph, a épousé Marie-Reine Marceau, fille issue du premier mariage de Marie-Louise et de François. Ainsi, Gabriel était le beau-père de l’épouse de Joseph à deux comptes…
Le site de généalogie (Internet) des Marceau (http://pages.infinit.net/fidele/hmarceau2.htm) mentionne que Marie-Louise Bolper était une « personne attachante » et que Gabriel, son second mari, était « un homme instruit et délicat… (et) qu’il était un grand ami de la famille (Marceau) ». Il était Poitevin comme l’aïeul François Marceau.
Le Dictionnaire biographique des ancêtres québéçois (1608-1700) de Michel Langlois nous apprend les faits suivants :
La propriété (Terre 21) de Gabriel apparaît à la carte Villeneuve issue en 1689, dans la paroisse St-Jean, sous le numéro 15. Par contre la propriété acquise de Monsieur Rocheron n’apparaît pas sur la carte. Les Archives de Québec contiennent l’enregistrement suivant :
« Terre No 23, de Gervais Rocheron, de 3 arpents
1689, carte de Villeneuve, p. 170, cette terre de Gabriel Roger a été omise »
Toujours en 1689, la population de la Nouvelle-France se chiffre à 15 000 habitants alors que celle de la Nouvelle Angleterre s’élève à 200 000.
Le 16 octobre 1690, Les Anglais tentent de prendre Québec. L’assaut se fait sous les ordres de Sir William Phipps. Un émissaire vient sommer le gouverneur Frontenac de se rendre. Frontenac lui fait cette célèbre réponse : « Je n’ai pas de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons… » Les anglais bombardent Québec pendant deux jours, mais leurs coups demeurent vains. Les Anglais lèvent l’ancre.
Par contre, les récoltes sont particulièrement mauvaises en 1690, et il existe une extrême misère dans la colonie l’année suivante. En 1692, la perte de nombreux navires vient ajouter à la misère. L’anguille devient la « manne de l’Habitant ».
Le 12 août 1994, Joseph, le quatrième fils de Gabriel, épouse Marie Reine Marceau.
Gabriel est décédé le 24 juillet 1699, et fut inhumé le jour suivant à St-Jean, Île d'Orléans. Il avait soixante ans.
Le 3 février 1701, Marie-Louise épouse en troisième noces Antoine-Olivier Quinniart, dit Duplessis, sergent de la marine.
Des cinq fils de Gabriel, deux seulement ont survécu à leur père, soit Gabriel et Joseph. En effet, les Archives de Québec font état des faits suivants:
1702, août 1702, partage entre Gabriel Roger (fils), chirurgien, de la Rochelle, de passage à Québec, et Joseph Roger (1676-1738), son frère, fils de feu Gabriel Roger (1639-99) et de feue Marie de Lacour ( - 1677), chacun héritier pour une moitié franche, par la mort de Louis, Jean (Jean-Baptiste) et Nicolas Roger, leurs frères, décédés après leur mère, mais avant leur père. Cette terre revient à :
Roger, Gabriel, fils (1672-1710), chirurgien (de La Rochelle), 3 arpents
1707, 10 février, vente de Gabriel Roger, chirurgien, de La Rochelle, de passage à Québec, à :
Fortier, Jean-Baptiste (1681-1739), de St-Laurent, 3 arpents. »
Cette vente de 3 arpents de terre de Gabriel Roger (fils) à Jean-Batiste Fortier est tout à fait inattendue et surprenante pour nous. Gabriel (fils) est le frère de notre ancêtre paternel Joseph (fils de Gabriel) alors que Jean-Baptiste Fortier est le frère de notre ancêtre maternel Pierre-Noel Fortier. En effet, ma mère se nomme Marie Jeanne Fortier et son premier ancêtre Fortier arrivé au Canada est Antoine Fortier, le père de Jean-Baptiste Fortier.
« Terre No 23, de Gervais Rocheron, de 3 arpents
1699, 5 novembre, inventaire de feu
Roger, Gabriel, décédé il y a 3 mois (veuf de Marie de la Cour, remarié à Marie-Louise Bolper, veuve de François Marceau); et partage le lendemain
1702, 2 août, partage entre Gabriel Roger (fils), chirurgien, de la Rochelle, de passage à Québec, et Joseph Roger (1676-1738), son frère, fils de feu Gabriel Roger (1639-99) et de feue Marie de Lacour ( - 1677), chacun héritier pour une moitié franche, par la mort de Louis, Jean (Jean-Baptiste) et Nicolas Roger, leurs frères, décédés après leur mère, mais avant leur père. Cette terre revient à :
Roger, Joseph (1676-1738), 3 arpents 1709, carte de Catalogne »
Nous n’avons pu retracer les faits entourant « l’inventaire de feu » de la Terre No 23. Cet inventaire eut lieu en novembre 1699 alors que Gabriel est décédé en juillet de la même année. Nous n’avons pu établir non plus les dates et causes de décès des trois enfants de Gabriel (père), soit Jean-Baptiste, Nicolas et Louis. Nous ignorons s’il y a une relation causale entre la mort de Gabriel père et ses trois fils et l’incendie.
Ainsi donc, deux des fils de Gabriel ont survécu à leur père, soit Gabriel (fils) et Joseph. Gabriel rentra en France et exerça la profession de chirurgien à La Rochelle. Quant à Joseph, il demeura à l'Île d'Orléans, et fut donc l'ancêtre de tous les Roger en Amérique.
Le 1er mai 1676 naquit Joseph Roger, fils de Gabriel Roger et de Marie de Lacour. Joseph fut baptisé à Ste-Famille de l'Île d'Orléans.
Le 20 avril 1694, à St-François, Joseph épouse Marie-Reine Marceau, née le 5 mars 1676 à Ste-Famille, Île d’Orléans, et fille de François Marceau et de Marie-Louise Beaupère (Bolper).
Nous avons mentionné précédemment que Gabriel, le père de Joseph, avait épousé en secondes noces Marie-Louise Beaupère (Bolper). Or, Marie-Reine Marceau était la fille issue du premier mariage de Marie-Louise Beaupère (Bolper) et de François Marceau. Marie-Louise avait eu plusieurs enfants de son premier mariage. Les deux familles avaient vécu dans la même maison et le mariage de Joseph et de Marie-Reine est une preuve de la bonne entente qui existait entre les deux familles. Qu’on en juge par l’anecdote qui suit!
Le site Internet « Bob’s Genealogy Site » relate une série d’événements assez tragiques concernant Suzanne Marceau, née le 28 décembre 1680, fille cadette de Marie-Louise Bolper et François Marceau, et donc sœur de Marie-Reine Marceau. Elle devait prendre Joseph Roger comme légitime époux et avait conclu un contrat de mariage à cet effet. Le mariage fut cassé en faveur de sa sœur Marie-Reine. Suzanne a épousé par la suite le soldat breton Jean Cojean le 7 septembre 1699. Tragiquement, Suzanne est décédée une semaine après la naissance à son premier enfant le 3 mai 1700.
Joseph et son épouse joignirent leur père Gabriel sur ses terres de l'Île d'Orléans. Gabriel décéda cinq années plus tard. La propriété de Joseph (Terre No 23) est citée sur la carte dite Catalogne datant de 1709, dans la paroisse de St-Jean de l’Île d’Orléans, sous le numéro 187.
Au cours du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France du Saint-Laurent est de plus en plus fréquemment appelée le Canada. En 1715, la population du « Canada » se chiffre à 18 500 personnes alors que la Nouvelle-Angleterre en compte 434 000. Toujours en 1715, Louis XIV décède et c’est son arrière-petit fils, Louis XV, âgé de cinq ans, qui lui succédera sur le trône. En attendant, le duc Philippe d’Orléans assume l’intérim.
Joseph et Marie-Reine donnèrent naissance aux onze enfants suivants:
Dans le guide du sanctuaire de Ste-Anne de Beaupré, nous pouvons lire en page 169 l’annotation suivante concernant un don de reconnaissance reçu en 1716 : « Reçu de Monsieur Roger la somme de 124 livres pour une messe solennel et un tableau». Le tableau mesure 7 pieds et 9 pouces par 6 pieds et représente un bateau de guerre pris dans la glace et dérivant vers les récifs. Les marins, armés de gaffes, poussent sur les glaces pour les éloigner du bateau. Sur le pont du bateau, les passagers sont en prière alors qu’en haut du tableau, sainte Anne se manifeste comme protecteur. Ce tableau est conservé au musée de la basilique et porte le numéro 70 sur la liste des artéfacts.
J.P. Asselin, un rédacteur des Annales de Ste-Anne, fournit l’interprétation suivante : « il est probable que Monsieur Roger était le marchand qui a contribué au sanctuaire. Il s’agit de Gabriel Roger, époux de Marie-Louise Bolper, veuve de François Marceau. (Annales de Sainte Anne, 1958, page 325). Bien sûr les dates ne coïncident pas puisque Gabriel est décédé en juillet 1699. Par contre, il pourrait s’agir de Joseph, le fils de Gabriel, qui était alors âgé de 40 ans. Toutefois, il existe d’autres Roger qui sont arrivés en Amérique :
À mois qu’il ne s’agisse d’un marchand de passage momentanément à Québec vers les années 1716, il est fort probable que Joseph, fils de Gabriel, est l’auteur du don mentionné ci-haut. Il demeurait encore à l’Île d’Orléans à ce moment.
Joseph eut la douleur de perdre son épouse, Marie-Reine Beaupère (Bolper) le 2 janvier 1724; elle était âgée de 47 ans. L'acte de sépulture apparaît aux registres de la paroisse de St-Nicolas.
Le 23 octobre 1724, Joseph épousa en seconde noce Marie Cauchon, née en 1685, et fille de Jacques Cauchon et de Marie Barbe Delphine le Tardif. De cette union naquit Marie-Josephte, baptisée à St-Antoine de Tilly le 10 novembre 1725, et mariée à St-Nicolas le 1er juillet 1743 à Charles Claude Paré, fils de François Paré et de Claire Lacroix.
Un dénombrement (recensement) fut fait en 1725 alors que la Terre No 23 était la propriété de Joseph. Les Archives de Québec fournissent les renseignements suivants :
Nous ignorons la date précise à laquelle Joseph déménagea à St-Nicolas. Cette date devrait se situer entre 1719 et 1724 puisque son fils Gabriel fut baptisé à Ste-Famille en 1719 et que Marie-Reine fut inhumée à St-Nicolas le 2 janvier 1724. Par contre, la Terre No 23 demeure toujours la propriété de Joseph lors du dénombrement d’août 1725. Il est probable que Joseph déménagea à St-Nicolas peu avant le décès de Marie-Reine.
En 1735, « de Québec à Montréal, sur la rive nord du Saint-Laurent, on inaugure le Chemin du roy… Désormais, on peut aller d’une ville à l’autre avec un seul cheval, en quatre jours » (Provencher, p. 71). Il est intéressant de noter que le Chemin du roy traverse la paroisse de St-Nicolas.
Marie Cauchon décéda le 7 janvier 1736 et fut inhumée à St-Nicolas.
Joseph (père) demeura à St-Nicolas. C'est dans les registres de cette paroisse qu'on trouve son acte de décès en date du 28 avril 1738. Il était alors âgé de 62 ans.
Sept des douze enfants de Joseph moururent en bas âge. Trois filles, soit Marie-Jeanne, Marie-Anne, et Marie-Josephte, et deux garçons, soit Joseph (fils) et Gabriel parvinrent à l'âge adulte et se marièrent. Une des trois filles élut résidence à St-Nicolas alors que les deux autres s’installèrent à St-Antoine de Tilly. Le deux garçons quant à eux fondèrent deux groupes de la famille Roger.
Joseph, fils aîné, alla s'établir au Sault-aux-Récollets près de Montréal, où il épousa le 22 octobre 1736, Suzanne Leblanc, née en 1716. Le couple donna naissance aux quatre garçons suivants:
Joseph (fils) fut enlevé prématurément à sa famille après 10 ans de mariage, soit le 12 mai 1747. Deux de ses fils parvinrent à l'âge adulte, se marièrent et laissèrent des enfants dont les descendants se sont multipliés jusqu'à nos jours dans cette région.
Gabriel s'établit dans le comté de Lotbinière, et ses descendants forment un autre groupe de la famille Roger. Vous appartenez à ce groupe.
Gabriel est né le 30 avril 1719 à Ste-Famille de l'Île d'Orléans. Il est le onzième enfant de Joseph Roger et de Marie-Reine Marceau. Gabriel suivit ses parents à St-Nicolas en 1720. Il s'installe d'abord dans cette paroisse, et déménage plus tard à St-Antoine de Tilly.
Le 18 avril 1746, il épouse, à St-Nicolas, Marie-Charlotte Boucher, née en 1726 et fille de Jean-François Boucher et de Marie-Geneviève Fréchette. Le couple donne naissance aux sept enfants suivants lesquels sont tous nés à St-Antoine de Tilly:
En dépit de « la revanche des berceaux », la population de la Nouvelle-France s’élève à 85 000 en 1754 alors que celle de la Nouvelle Angleterre se chiffre à 1 485 634.
En juillet 1755, le Conseil exécutif de la Nouvelle-Écosse prend la décision unanime de déporter 15 000 Acadiens au cours de l’été et de l’automne parce ce qu’ils refusent de signer le serment d’allégeance au souverain d’Angleterre, ils ne s’assimilent pas assez vite et ne sont pas de bons sujets britanniques.
En juillet 1759, les portes de Québec ferment car les troupes anglaises sont débarquées sur l’île d’Orléans et occupent la paroisse de Saint-Laurent. La ville est bombardée jour et nuit sans relâche pendant deux mois. Le 13 septembre 1759, 4 000 soldats anglais, avec le général J. Wolfe à leur tête, débarquent à l’anse au Foulon, à l’ouest de Québec, près des Plaines d’Abraham. Une sentinelle française qui avait entendu du bruit demande : “ Qui vive ? ”. Et un officier répond : “ France ”. Le garde, croyant avoir affaire à un des hommes du convoi de vivres, laisse passer sans rien faire. Environ 3 500 français entament le combat. En moins d’une demi-heure, l’armée française est défaite. Wolfe meurt sur le champ de bataille et Montcalm est gravement blessé. Il succombera à ses blessures le lendemain.
En septembre 1760, les Anglais réussissent à encercler les environs de Montréal. Parce que les Français sont assiégés par une armée qui les surpasse en nombre, le gouverneur Vaudreuil n’a d’autre choix que d’abandonner la Nouvelle-France. C’est la fin de la Nouvelle-France en Amérique.
Marie-Charlotte Boucher est décédée le 19 août 1760 et fut inhumée à St-Antoine de Tilly. Son décès eut lieu un mois après la prise de Québec, et un mois avant la prise de Montréal.
Le 5 septembre 1763, Gabriel épouse en seconde noces à St-Antoine de Tilly Marie-Charlotte Bergeron, née en mai 1717 et fille de Jean Bergeron et de Madeleine Ferland.
Gabriel et Marie-Charlotte eurent un seul enfant, un fils dénommé Pierre, né le 15 octobre 1763. Ce dernier est notre ancêtre.
Marie-Charlotte est décédée le 18 avril 1797 à l'âge vénérable de 80 ans. Elle fut inhumée à St-Antoine de Tilly.
Gabriel décéda et fut inhumé à St-Antoine de Tilly le 29 septembre 1800. Il était âgé de 81 ans.
Le 15 octobre 1763 naquit à St-Antoine de Tilly Jean Baptiste Pierre Roger, fils de Gabriel Roger et de Marie-Charlotte Bergeron.
Pierre s'établit comme habitant cultivateur à St-Antoine de Tilly. Le 5 août 1782, il épousa Geneviève Marchand, née à St-Antoine de Tilly le 15 septembre 1764 et fille de Joseph Marchand et de Marie Madeleine Côté. L’acte de mariage mentionne la présence de Gabriel Roger, père du marié, et de Charles et Jean Gingras. Marie-Charlotte Bergeron, la mère du marié, lorsqu’elle avait épousé Gabriel Roger, était veuve de Pierre Charles Gingras (qu’elle avait épousé le 6 août 1735 à St-Antoine de Tilly), né le 16 avril 1710 et décédé en 1763. Le couple avait eu plusieurs enfants. Charles et Jean sont deux de ses enfants. Charles Gingras, l’aîné, avait épousé Marie-Charlotte Roger, issue du premier mariage de Gabriel Roger et de Marie-Charlotte Boucher. On peut constater que la paix avait régné entre les deux familles, tout comme la paix avait régné dans la famille de Gabriel (premier ancêtre) dans des circonstances semblables.
De cette union naquirent deux enfants nés à St-Antoine de Tilly, soit:
Geneviève fut enlevée prématurément à sa famille à l'âge de 25 ans. Elle fut inhumée à St-Antoine de Tilly le 6 juin 1789.
Le 16 août 1791, Pierre épousa en seconde noces Charlotte Bergeron à St-Antoine de Tilly. Charlotte est la fille de Joseph Claude Bergeron et de Marie Charlotte Croteau. De cette union naquirent à St-Antoine de Tilly les quatre enfants suivants:
Charlotte Bergeron est décédé à St-Antoine de Tilly le 25 octobre 1799.
Le 11 janvier 1802, Pierre épousa en troisième noces Thérèse Noël à St-Antoine de Tilly. Thérèse est la fille de Benoît Noël et de Agathe Garant. De ce troisième mariage naquirent les huit enfants suivants:
Jean Baptiste Pierre (père) fut inhumé à St-Antoine de Tilly le 6 décembre 1833.
Jean Baptiste Pierre est né et a été baptisé à St-Antoine de Tilly le 10 juin 1786. Il est le fils aîné de Jean Baptiste Pierre Roger et de Geneviève Marchand.
Le 19 mai 1812, il épouse Marie-Cécile Coulombe, fille de Louis Coulombe et de Charlotte Genest dite Labarre, baptisée à St-Antoine de Tilly le 8 juillet 1783.
De cette union naquirent les onze enfants suivants, lesquels sont tous nés à St-Antoine de Tilly:
Jean Baptiste Pierre est décédé et fut inhumé à St-Antoine de Tilly le 8 juillet 1870.
Louis Olivier Roger est né à St-Antoine de Tilly le 19 mai 1827. Il est le fils de Jean Baptiste Pierre Roger et de Marie Cécile Coulombe. Il est probable qu'il fut ainsi prénommé selon le prénom de son grand-père maternel, Louis Coulombe
Le 7 août 1849, Louis prend pour épouse Domethilde Fréchette en l'église de St-Nicolas. Domethilde (Mathilde) est née en 1827 et est la fille de Michel et de Geneviève Plante.
Douze beaux enfants viennent faire la joie du couple:
Domethilde est décédée le 17 mars 1900, à l'âge de 72 ans.
Louis fut d'abord habitant cultivateur dans le Bois Clair, à St-Antoine de Tilly. Il a ensuite tenu durant de nombreuses années un magasin général à St-Antoine de Tilly. Il est déménagé à St-Agapit où il a aussi tenu un magasin général. Nous n'avons pu établir la date précise de son déménagement à St-Agapit.
Louis est décédé à St-Agapit le 29 septembre 1906 à l'âge de 78 ans.
Au décès de Louis, Alexina hérita du magasin général qu'elle opéra pendant plusieurs années. Le magasin fut ensuite vendu à un monsieur Lefèvre et ensuite à Alphonse Lemay.
Le 9 avril 1861 est baptisé en l'église de St-Apollinaire Joseph Léonidas, né la veille du mariage de Louis Roger et de Domechilde Fréchette. Les parrain et marraine sont Rémi Marchand et Désanges Méthot.
Le 20 octobre 1886, Léonidas épouse Olivine Rousseau en l'église de St-Antoine de Tilly. Olivine est née en avril 1861; elle est la fille de Isaïe Rousseau et de Félicité Gingras. Le couple s'installe à St-Antoine de Tilly où il donne naissance à treize beaux enfants:
Le 26 octobre 1918, Olivine fut emportée par la grippe espagnole. Elle est décédée à St-Antoine de Tilly à l'âge de 57 ans et six mois.
Léonidas épousa en seconde noces Georgina Pilon. Cette dernière est décédée à St-Agapit le 24 mars 1941.
Léonidas a tenu un magasin général à St-Antoine de Tilly, en face de l'église, pendant trente et un ans. Léonidas avait de la suite dans les idées. Le 7 février 1922, il achète de dame Arcade Demers un magasin général situé en face de l'église de la municipalité de St-Agapit. L'enregistrement s'est fait à Ste-Coix sous le numéro 49408.
Il est tout à fait remarquable que Léonidas ait géré deux magasins généraux alors qu'il ne savait ni lire ni écrire. Léonidas était un homme sérieux et autoritaire. Il était peu loquace et faisait rarement des blagues. Il était à son affaire! Toutefois, il adorait jouer aux cartes, et le "rough" était son jeu favori. On joue encore à ce jeu à St-Agapit.
Léonidas avait cette particularité de s'asseoir sur ses jambes lorsqu'il se promenait en voiture.
Léonidas est décédé à St-Agapit le 17 août 1928, à l'age de 67 ans. Il s'est fait renverser par une automobile, alors qu'il faisait traverser la rue à sa vache en face de l'église.
Joseph Léopold Antoine vit le jour le 17 août 1899 à St-Antoine de Tilly. Les parrain et marraine sont ...
Il est le 9ième enfant de Léonidas Roger et de Olivine Rousseau. Antoine accompagne son père à St-Agapit en 1922 alors qu'il est âgé de 23 ans.
Le 7 janvier 1924, Antoine prend pour épouse Marie Jeanne Fortier, née le 6 décembre 1904 et fille de Honoré Fortier et de Dina Méthot. Le mariage a lieu en l'église de St-Agapit et le couple s'établit dans la même paroisse. Il habite d'abord une maison sise entre celle de son père et celle du frère de son épouse, Gérard Fortier.
Six beaux enfants viennent égayer la vie de Jeanne et d'Antoine:
Antoine était un homme très débrouillard. Pour assurer la subsistance de sa famille, il a touché un peu à tout: matelot, sacristain, restaurateur, épicier, journalier dans un moulin à scie, barbier, et j'en passe. Il s'est même occupé de l'entretien de la patinoire municipale durant quelques années avant la guerre. Les villageois y patinaient au son du gramophone d'Antoine! Les jeunes garçons y pratiquaient aussi leur sport favori, le sport par excellence des Canadiens, le hockey. Un hangar appartenant à Gérard Fortier, frère de Jeanne, servait de "cabane du patinoire".
Antoine s'intéressait beaucoup à la politique. Il adorait en discuter avec passion. Il s'est même impliqué activement en cabalant, transportant des voteurs, etc. Sans doute en récompense de ses efforts, Antoine obtint le bureau des licences à St-Agapit tout au long du règne au pouvoir de Maurice Duplessis.
Le bureau des licences lui apporta une certaine aisance financière. Il acheta une nouvelle maison de Benoît et Rolande Levesque, neveu et nièce de Jeanne où la famille habita au cours des années 1943 à 1966. Cette maison est maintenant habitée par Christian Roger, fils de Guy Roger.
Antoine a aussi vendu de l'assurance-vie et de l'assurance générale pendant de nombreuses années. Il représentait la compagnie Sovereign Life. En guise de paiement, il acceptait souvent des cultivateurs différents produits dont des légumes, du bois de chauffage, etc. Étant donné qu'Antoine "se chauffait" au bois, cela lui fournissait l'occasion de scier et de fendre du bois, ce qu'il affectionnait particulièrement. De plus, Antoine était économe de nature et le troc le servait bien dans ce sens.
Antoine aimait se mettre en évidence et faire rire les gens. Il était jovial et aimait le plaisir. Il chantait volontiers et jouait de la musique à bouche. Il avait un talent particulier pour la danse. Il adorait giguer et valser. Il excellait dans les danses carrés et était un bon "caller".
Antoine avait la passion des cartes. Dès que de la visite se pointait à la porte, il sortait le jeu de cartes et s'attablait. Son jeu favori était le "Rough"; il jouait aussi au "Neuf". Il aimait aussi les jeux à l'argent, mais n'était pas toujours très chanceux.
Antoine était friand de fritures. Il adorait les patates rôties et le boudin. Il aimait aussi les fèves au lard, la soupe au pois, la soupe aux choux... et le thé vert. Il aimait faire griller ses rôties sur la braise du poêle; les rôties finissaient souvent par échouer et grésiller sur les braises, à son grand dam!
On dit souvent que les contraires s'attirent! Jeanne était réservée, timide et patiente. Elle était bonne comme du bon pain. Jeanne était extrêmement sensible. Quelques reproches lui faisaient perler des larmes aux yeux.
Jeanne ne parlait jamais en mal d'autrui et prenait toujours la part des absents. Profondément religieuse, elle trouvait sa force dans la foi. Fort justement, elle croyait que le plus grand mérite résidait dans la réalisation du devoir d'état quotidien. Sa piété était édifiante. En la voyant revenir de la communion, on était touché par le bonheur, l'extase qui l'habitaient. En autant que sa santé le lui permettait, Jeanne assistait à la messe à tous les matins. Vers la fin de sa vie, elle était considérée comme un exemple de sainteté.
Jeanne s'éteignit dans la paix et la sérénité le 18 mars 1967 à l'age de 62 ans. Elle fut inhumée à St-Agapit.
Antoine nous quitta le 24 avril 1974 et fut inhumé à St-Agapit.
Jeanne et Antoine donnèrent naissance à leur fils cadet le 6 octobre 1942 et le prénommèrent Joseph Gérard Yvan. Ce dernier naquit en fin d'après-midi, dans la résidence de ses parents située alors sur la rue Principale, du coté est de la résidence de Gérard Fortier. L'abbé Auguste Gastonguay baptisa l'enfant le lendemain en l'église de St-Agapit. Ses parrain et marraine furent Gérard Fortier et Clothilde Desrochers, oncle et tante de l'enfant, Gérard étant le frère de Jeanne.
Yvan passa sa petite enfance paisiblement dans la nouvelle maison que son père acheta de Benoît Levesque et Rolande Lapointe, propriété sise du coté ouest de la résidence de Edgar Guillemette, boucher. Rolande était la fille de Antoinette Fortier, sœur de Jeanne.
Yvan fit ses études élémentaires à St-Agapit où il se méritait parfois le surnom de "savant". Yvan était "enfant de cœur" et servait la messe à tous les matins. Il lui arriva une fois de perdre connaissance au cours de la messe. Il reprit connaissance alors que le curé le portait et, l'odeur d'encens aidant, Yvan se crut au paradis... Yvan recevait dix sous pour chaque messe qu'il servait durant la semaine; il finança ainsi l'achat de sa première montre.
Sa sixième année complétée, Yvan poursuivit ses études au Collège de Lévis. Sa mère aurait bien aimé qu'il devienne prêtre. Bien qu'il ne se plaisait pas particulièrement au Collège, Yvan subit le pensionnat comme un mal nécessaire, mais il n'y fut pas malheureux. Ce fut une première séparation, une première discontinuité importante dans sa vie. À l'âge de dix-sept ans, alors qu'il complétait la classe de "Versification", ses parents accédèrent à sa demande de le retirer du collège. Il compléta alors un cours commercial de deux ans à l'Institut Denys, sur la rue St-Jean à Québec même.
Suivirent alors les années folles de la fin de l'adolescence où les filles, la danse et la boisson jouèrent un rôle important dans la vie de Yvan. À l'âge de dix-huit ans, Yvan s'établit dans un appartement meublé du quartier St-Roch à Québec. Il travailla d'abord comme préposé au service pour la compagnie National Cash. L'année suivante, il joignit la compagnie S. S. Kresge Ltd en tant que "management trainee". Yvan consacra six ans de sa vie à cette formation. Son emploi chez Kresge l'amena à voyager et demeurer dans différentes villes dont Québec, Rouyn, Sault St.Marie, Montréal, Toronto, et Ottawa.
Nouveau départ
Peu avant son départ de Québec, Yvan avait rencontré Marie-Andrée Arsenault lors d'une partie de sucre. Ce fut le coup de foudre!... Un bizarre de coup de foudre qui se prolongea tout au long de sa vie... Yvan épousait en effet Marie-Andrée le 25 juin 1966 en l'église de St-Ursule à Ste-Foy. La réception nuptiale se déroula au motel Universel sur le Boul. Laurier. Le couple fit son nid dans un appartement situé sur la rue Esther Lorrie à Rexdale, tout près de Toronto. Yvan participait à ce moment à l'ouverture du magasin K-Mart situé sur la rue Kipling de la même municipalité.
Ce qui nous vient à l'esprit en pensant à Marie-Andrée est la passion, la force, la flamme, la détermination. On pense aussi à des expressions comme "tout feu, tout flamme" ... "il n'y a rien de trop beau". Marie-Andrée déteste la médiocrité et ne laisse personne indifférent. Elle est par ailleurs très sensible aux besoins, à la santé, au bien-être de ses proches et intervient énergiquement pour les aider, même malgré eux si nécessaire... Elle enfourche souvent un cheval de bataille, et la lutte à la cigarette demeure sa cible préférée.
Au début de 1967, Yvan et Marie-Andrée se rendirent à Ottawa où Yvan devait participer à l'ouverture d'une autre magasin K-Mart sur la rue Merivale de la-dite municipalité. L’été suivante vit l’inauguration du Centre d’achat St-Laurent sur le boulevard du même nom. Plusieurs chaînes de magasin étaient alors en quête de gérant, dont Draperies Montréal. Suite à une annonce parue dans les journaux, Yvan rencontra la direction de cette compagnie et obtient le poste de gérant du nouveau magasin.
Plein d’enthousiasme et de détermination, Yvan se lança allègrement dans la gestion du magasin et prit ses responsabilités très au sérieux. Il s’occupa d’abord de l’embauche et de la formation du personnel, soit des vendeuses, une caissière et un garçon d’entrepôt; il vit ensuite à l’étiquetage et l’étalage de la marchandise. Le magasin fut tout fin prêt pour le grand jour, le jour de l’ouverture du magasin. Le centre d’achat St-Laurent attira rapidement les foules et le magasin Draperies Montréal jouit d’un excellent achalandage. Le magasin fit de très bonnes affaires et la haute direction de la compagnie était enchanté des résultats financiers. Yvan se forgeât d’excellentes relations avec la haute direction qui le tenait d’ailleurs en haute estime. En rétrospective, Yvan fut très heureux lors des deux années consacrées à la gérance du magasin. Côté travail, c’est probablement le moment de sa vie où il se sentit le plus heureux, le plus épanoui. Le magasin roulait rondement, le personnel se voulait courtois et affable, les clients étaient très satisfaits et affluaient au magasin et Yvan se sentait très apprécié de la haute direction.
Le garçon d’entrepôt laissa le magasin vers la fin de la première année d‘existence du magasin et fut remplacé par le garçon d’entrepôt du magasin situé sur la rue Banks, du nom de Christian Peuch. Yvan s’entendait fort bien avec Christian, un français natif du Périgord. Lors d’une réception au cours de la période des fêtes, Marie-Andrée rencontra Annie, l’épouse de Christian et les deux couples se sont liés d’amitié. C’est à cette époque que Yvan fit l’acquisition d’une tente roulotte et ainsi commença l ‘ère du camping. Le premier voyage de camping eut lieu au Lac Philippe lors de la fin semaine de la Fête de la reine... et il a plu toute la semaine de semaine! Le soleil s’est pointé lundi, lors de préparatifs du départ! Qu’à cela ne tienne, les deux couples adoraient le camping et ont passé les étés suivants à jouir des joies du plein air : camping, pêche, canotage, randonnées, et j’en passe. Ils ont visité plusieurs terrains de camping provinciaux et fédéral. Ils se sont même rendus à Québec et au Lac Georges (Etats-Unis) avec la tente roulotte.
Yvan géra le magasin pendant deux ans et tout allait bien dans le meilleur des mondes. Toutefois, ce dernier ne pouvait concevoir qu’il en serait ainsi pour le reste de sa carrière. Yvan avait alors 26 ans et commençait à regarder à l’extérieur. S’était-il déjà lassé des responsabilités d’un gérant de magasin? S’était-il même lassé du commerce au détail? Cherchait-il un nouveau défi? Toujours est-il qu’il prit la décision d’entreprendre des études collégiales en commerce. Cette décision laissa plusieurs personnes perplexes; on considérait que Yvan avait une bonne position : un poste de gérant, bien rémunéré.
Yvan fit son entrée au Collège Algonquin un beau lundi de septembre 1970. Vêtu de son complet bleu foncé, arborant une chemise blanche et une cravate criarde, portant fièrement son porte-documents neuf, il entra allègrement dans la classe et se dirigea vers la première rangée. Tous les élèves se levèrent… ils pensaient que c’était le professeur! La plupart des étudiants portaient des jeans et un gilet ou une chemise sport. Yvan réajusta son tir, et, le lendemain, il prenait sa place parmi les étudiants.
Yvan prit à cœur ses études, travaux et examens et les résultats scolaires le comblèrent. Il trouvait même le temps de jouer au 500, jeux de cartes très populaire où il excellait, entre les cours. Lors du deuxième semestre de la première année, il prit part à un concours provincial en économie. Il s’agissait de préparer un « essai » (dissertation) sur la situation du chômage au Canada. Yvan gagna le concours et se mérita un voyage de trois semaines en France au cours de l’été suivant. Le but du voyage portait sur une étude de la situation du chômage en France; les heureux lauréats avaient l’opportunité de visiter certaines usines et d’en rencontrer les cadres afin d’étudier la situation du chomage sur place. Par ailleurs, Yvan obtint un « A » dans toutes les disciplines de ce semestre.
Ces succès relativement faciles amenèrent Yvan à considérer la poursuite de ses études dans un milieu universitaire. Dans la province de Québec, deux années au niveau collégial (CEGEP) sont requises avant de pouvoir entrer à l’université. La situation est différente en Ontario où on peut entrer à l’université après le secondaire. Yvan s’inscrit à l’Université d’Ottawa et fut reçu l’année suivante en Commerce. Par contre les frais universitaires étaient plus élevés. De plus le voyage en France durant l’été risquait de grever le budget modeste du couple. Yvan préféra passer outre au voyage en France et franchit hardiment la porte qui s’ouvrait à lui. Il étaient tout fin prêt pour l'année scolaire 1971-72, la première année universitaire. Yvan était alors âgé de vingt-neuf ans.
Le baccalauréat en Commerce s’échelonne sur une période de quatre ans mais Yvan résolut de le compléter en trois ans en prenant des cours durant d’été et en complétant six à sept cours par semestre alors que le programme en prévoit cinq. De plus, il obtint des crédits pour certains cours qu’il avait suivi au Collège Algonquin, soit en économie et en informatique. Les cours en calcul différienciel et intégral de première année n’allèrent pas sans peine. Yvan avait suivi des cours en géométrie analytique et plane lors de ses études classiques, mais ces cours ne fournissaient pas une bonne base pour le calcul différenciel et intégral. Il réussit quand même ces cours, mais avec une note de passage minimale. Par contre, il se trouva tout à fait dans son domaine en philosophie. À son dire, c’est tout comme s’il étudiait quelque chose qu’il savait déjà, une sorte de revue. Il obtint une note de 100% dans chaque examen pour une note finale de 100%. Le professeur mentionna en classe que c’était la première fois qu’il donnait une note parfaite de 100% en philosophie. MA enceinte
Au cours des vacances estivales, Yvan se trouva un boulot comme gardien de nuit dans un motel sur la rue Rideau à Ottawa. En plus de louer des chambres aux oiseaux de nuit, il s’occupait de la tenue de livres et des dépôts. Yvan avait résolu de prendre une spécialisation en comptabilité et d’aller ensuite pour un des ordres professionnels (CA, CMA, CGA). L’Ordre des comptables agréés constituait son premier choix, mais c’était aussi le plus difficile. Le gérant du motel lui demanda un soir quel genre de travail il envisageait. Yvan lui mentionna son désir de devenir un comptable agréé, ce à quoi le gérant répondit qu’« il y avait beaucoup d’appelés, mais peu d’élus »! Loin de décourager Yvan, cette citation biblique redoubla sa foi et sa détermination. Il était un élu!
La deuxième année vit notre ancien gérant de magasin se pointer à l’université en jeans, avec le fameux vestion en cuir des étudiants en Commerce, les cheveux longs jusqu’aux épaules, un bandeau d’indien sur le front, et avec une belle assurance bien innocente.
La deuxième année réunissait plusieurs cours de spécialisation tels que Introduction en comptabilité, Marketing et Statistique et ces cours semblèrent plus faciles. Yvan se forma un groupe d’étude composés d’élèves qui se dirigaient aussi en comptabilité. Le groupe travaillait ensemble sur les travaux à effectuer à domicile et se réunissait une à deux heures avant chaque examen pour revoir la matière. Chaque élève était soumis à un barrage de questions auxquelles il devait répondre à voix haute et tous bénéficiaient de l’interaction. Ce tavail de groupe donna d’excellents résultats.
Yvan suivit un cours en comptabilité de prix de revient durant l’été suivant à raison de deux cours de trois heures par semaine. Lors du premier cours, le professeur nota le bandeau d’Indien qu’Yvan arborait au front et émit le son familier des « Indiens » lorsque ceux-ci crient en bloquant et libérant la bouche alternativement. Tous les élèves bouffèrent de rire, et notre « Indien » en premier!... Néanmoins, Yvan se mérita une note de 100% lors de l ‘examen semi-trimestriel et réussit le cours avec succès.