(Photo de Jacques Alberione)

Comme je me souviens…

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l'Introduction

LA CONSTRUCTION (6)

À Alba, il n'y avait pas beaucoup de concurrents pour les constructions. Il y avait Barberis, constructeur assez renommé, et la petite entreprise de l'école typographique ne suscitait pas de concurrents. Le Théologien connaissait suffisamment les personnes d'Alba; nous n'avons donc pas été surpris quand nous avons su que l'Entreprise Barberis construirait notre maison, mais quand?

Avec le Théologien, il n'y avait pas de temps à perdre, et dans nos promenades qui avaient toujours le lieu destiné à notre habitation pour but, lieu qui n'avait pas de nom, nous n'étions pas surpris de voir les ouvriers qui mesuraient, plantaient des piquets, puis creusaient le terrain pour les fondations. Le travail avait commencé et il progressait; nous étions satisfaits et nous faisions des prédictions sur le moment où nous aurions la joie d'y avoir notre nid. Nous étions contents de la construction et nous limitions l'avenir à ce petit morceau de terrain. Le Théologien avaient d'autres vues.

LA BIENFAISANCE

Je ne pense pas que ce soit déplacé de rappeler que, alors que nous nous réjouissions de l'avancement de la construction, le Théologien n'oubliait pas le dicton de l'Écriture : Aide-toi et le ciel t'aidera! Il avait une confiance totale en la Providence mais il ne coopérait en tout. Tous les moyens étaient bons pour solliciter la bienfaisance. L'œuvre des Coopérateurs fut très sollicitée, la pauvreté était pratiquée à l'extrême et en tout. Pour des fins variées, le dimanche, les abonnements à La Gazette d'Alba, la diffusion de livres, les offrandes recueillies avec la distribution des Bulletins, l'œuvre des deux mille messes, etc. étaient des moyens pour acheter une brique. Le Théologien passait par le creuset de la souffrance économique mais chaque créditeur fut satisfait. Nous ajoutons aussi avec mérite que la contribution apportée avec la propagande faite par les membres de la Famille paulinienne a sa valeur. Valeur payée avec les sacrifices que Dieu seul connaît et avec des victimes qui, du ciel, continuent à nous protéger.

Est-ce que nous connaissons et prions vraiment assez pour ceux qui nous ont précédés en se sacrifiant? Les générations actuelles sont-elles conscientes de ce que les générations passées ont fait? Les enfants ne savent pas toujours ce que leurs parents ont fait. La charité et la justice sont des vertus qui ne sont pas toujours respectées et pratiquées.

LA HÂTE

Les travaux avançaient rapidement, le toit était couvert, les travaux intérieurs donnaient une impression de finition, aucune commodité, des services, utilisation campagne, un seul robinet pour la distribution de l'eau; nous y allions comme les bergers au puits de Jacob. Inutile d'en attendre d'autres par commodité, le raisonnement était simple : qui en a besoin ira prendre ce qui lui sert avec les récipients à son usage. Un dortoir donnait l'impression de finition, des fenêtres ébauchées, une installation électrique avec de petites lampes, utilisation tombeau, le plancher presque terminé. Nous ne regardions pas la finition parfaite mais nous nous demandions quand viendrait le jour où nous habiterions là. Le désir précédait l'actualisation.

Au cours d'un souper, nous avons demandé au Théologien qui prenait son repas dans le réfectoire avec nous quand est-ce que nous irions occuper la nouvelle maison. Souriant, il désirait plus que nous quitter la maison louée pour aller occuper un nid que nous avions demandé au Seigneur avec insistance. Nous regardant d'un œil satisfait, il nous demanda si nous le désirions vraiment. À l'unanimité, nous avons répondu OUI. Avec sa simplicité et sa franchise, il nous a répondu : si vous le voulez vraiment, même si la maison n'est pas parfaitement terminée et qu'il n'y a pas de commodités, après la prière de remerciement pour le souper, que chacun prenne son lit et aille dormir au troisième étage qui est l'étage le plus fini. Deux à deux, nous avons porté la litière, puis avec un voyage de fortune, nous sommes allés prendre les matelas avec les couvertures. Soirée heureuse pour nous et d'étonnement pur les habitants d'Alba qui ne pouvaient pas comprendre ce qui se passait.

Pour accéder au troisième étage, il n'y avait pas encore d'escalier mais l'échelle qui servait aux maçons nous servait parfaitement.

Au troisième étage, les travaux dans un dortoir unique étaient plus avancés mais pas tout à fait terminés; la partie plus finie, c'était la place et c'est là que nous nous sommes installés. Lorsque nous avons fini de mettre nos paillasses en place, don Giaccardo, qui faisait partie du groupe, commença les prières du soir… La première fois, les habitants des vieilles constructions qui vivaient à l'étage des cantines des édifices actuels en face de l'église Saint Paul, entendirent la répétition de l'invocation : Sanctifie-nous! Par la suite, ils nous demandèrent une explication. J'ai dit que don Giaccardo faisait partie du groupe et je me souviens de l'impression qu'il m'a fait quand je l'ai vu étendu sur son lit, tenant un gros crucifix dans ses bras. Ce fut la première nuit joyeuse en même temps que le début de nombreuses autres qui ont laissé l'empreinte de ce que devait être l'esprit paulinien. Le matin, pour nous réveiller et nous laver, l'eau des maçons qui venait d'une source du jardin de Bormida était une bonne chose. Je crois que cette source fut celle qui a été canalisée par la suite et qui jaillit encore dans le parterre devant l'habitation des membres de Famille chrétienne.

Quelle fut la surprise des maçons en venant au travail le matin lorsqu'ils ont découvert que leur champ de travail était réquisitionné? Il faudrait le leur demander. En braves pères de famille, ils ont concentré leur travail pour que notre demeure devienne plus convenable. Nous étions fiers de notre demeure nonobstant les privations qu'elle nous obligeait à affronter.

Le Théologien n'avait pas imité notre geste et pour quelques semaines, il occupa encore la vieille habitation. Sans le dire, nous avons pensé que c'était pour tenir compagnie à Jésus qu'il était resté là. Pendant quelques semaines, après le lever de 5 h 30, nous devions nous rendre à la rue Vernazza où tout le nécessaire pour l'Eucharistie était resté et c'est là que nous faisions nos pratiques religieuses du matin, ce lieu a servi aussi pour les études et la réfection pour quelques semaines encore.

Nous avions la maison, mais nous n'avions pas le minimum de commodités. La préoccupation du Théologien était d'avoir les murs. Les exigences sanitaires n'existaient pas; elles étaient ignorées. Par conséquent, même les choses les plus élémentaires étaient négligées. Dans toute la construction, on n'avait pas pensé à finir une petite cheminée pour la fumée, je ne dis pas pour la chaufferie qui n'existait pas mais également pour un poêle de la cuisine; la fumée sortait par un tube qui sortait par la fenêtre. Un peu à la fois, les exigences ont dicté les règles, mais dans les immeubles, nous ne voyons pas de cheminée sauf dans les dernières constructions. L'utilisation de l'électricité était uniquement orientée au service des machines.

Le Théologien qui prêchait souvent sur la pauvreté n'hésitait pas à nous la faire pratiquer d'une manière très positive. S'il plaît à Dieu, nous en reparlerons en détail.

(à suivre)