SUR LA CIME DES MONTAGNES AVEC UN NIKON FM2
PAR YVES VAILLANCOURT
Le Nikon FM2 est un des rares boîtiers a être en production depuis près de 18 ans. C'est aussi le cas du Nikon F3, mais ils doivent être rares ceux qui l'achètent aujourd'hui neuf. En effet, il coûte le prix d'un F100 ! Or, le FM2 se vend encore à l'état neuf. Il s'agit d'être membre d'une de ces listes sur Internet pour le constater. Pourtant il est lui aussi quand même assez cher : environ 800$ canadiens, soit le prix d'un F70. Qu'est-ce qui motivera un photographe à pencher pour un FM2, alors qu'il n'a aucune des fonctions automatiques du F70, aucun flash intégré et qu'il faut en plus acheter un objectif ?
Simplicité
L'ergonomie du FM2 est optimale. Il est petit, la prise en main est facile. Les commandes s'opèrent familièrement, sans quitter l'oeil du viseur. Les informations de celui-ci sont toutefois dispersées : vitesse à gauche, ouverture en haut et posemètre à droite. Le levier du test de profondeur de champ est bien placé, du côté de la main droite qui effectue les réglages (je parle bien sûr en tant que droitier !). Le déclencheur doit être appuyé jusqu'à mi-course pour mettre le posemètre sous tension, pendant 30 secondes. Tout cela est plus agréable que les touches séquentielles qu'on retrouve sur les boîtiers avant-dernier cri. Je ne dis pas « dernier cri », car de nouveaux appareils comme le Contax Aria et le Minolta Dynax 9 possèdent des molettes comme le FM2.
Fiabilité
L'obturateur du FM2 a une longévité moyenne de 150,000 cycles, ce qui correspond à environ 2132 films de 36 poses ! Très performant, l'obturateur a une vitesse de pointe de 1/4000 secondes, ce qui représentait un record en 1982. Aujourd'hui, certains boîtiers vont jusqu'au 1/12,000 de secondes, bien qu'on se demande à quoi sert une telle vitesse. Le FM2 est réputé pour résister au froid. L'obturateur fonctionne par 25° celsius, j'en ai fait l'expérience deux hivers de suite dans Charlevoix. Rien n'était figé. Le levier d'armement glissait bien (il repose sur cinq roulements à bille) et le posemètre opérait à la normale. Si les batteries viennent à flancher, l'obturateur reste fonctionnel à toutes les vitesses. Un aspect moins connu du FM2 est la performance du miroir. Il est muni de freins en titane, atténuant les vibrations internes consécutives au choc du retour du miroir. Je me demandais pourquoi avec un FM2 muni d'un objectif de 50mm je pouvais régulièrement photographier à 1/30 sec., voire à 1/15 parfois, sans risque de flou visible, alors que la vitesse minimale devrait être de 1/60. Je fais du yoga, certes, mais pas au point d'éliminer tout tressaillement ! Si ce n'est pas le yoga, ce sont donc les freins du miroir, voilà l'explication !
Flash
C'est la force et la faiblesse du FM2. Force d'abord, par ce que sa vitesse synchro est de 1/250 sec., ce qui est fort rapide, à comparer par exemple à celle du F3 : 1/90 secondes. Ceux qui aiment être dans l'action seront donc bien servis avec un FM2. Maintenant, l'absence de mesure TTL rend le FM2 moins attrayant par rapport à tant d'autres boîtiers. Néammoins, le FM2 couplé à un excellent flash comme le SB-16B donne des résultats tout à fait comparables. Le SB-16B, toujours en production comme le FM2, est un gros flash muni d'une tête pivotante. Il possède deux sources d'éclairage, l'une directe, l'autre pouvant être réfléchie, ce qui assure un éclairage suffisant et doux à la fois. De plus, le flash principal possède un zoom couvrant toutes les focales à partir de 28mm. Comme il y a une offre substantielle de SB-16B sur le marché de seconde main, ma conclusion est que c'est le meilleur choix pour équiper le FM2.
Mesure de l'exposition
Il s'agit de la mesure centrale pondérée. L'exposition est donc principalement (60%) mesurée sur le cercle central de 12mm. Un facteur à prendre en considération est que les 40% restants de la mesure ne sont pas répartis également sur tout le cadre. Placé à l'horizontale, la zone du haut est prépondérante dans le mesure et ce dans un rapport de 2/3. Cela permet de ramener le ciel de nos paysages vers une zone moins élevée de haute lumière et ainsi d'atténuer le contraste. Sauf que lorsque l'on photographie à la verticale, cette zone est déplacée à droite du cadre, ou à gauche, si l'on vire l'appareil vers la gauche (obturateur en haut). Il ne s'agit que de nuances, mais elles peuvent compter lorsque l'on désire un niveau de contraste spécifique. Un autre détail important, bien que ne concernant pas l'exposition comme telle, est que le cadre du viseur ne couvre que 93% de l'image photographiée. Si nous tentons une composition ne souffrant pas de légères modifications, il faut donc cadrer plus serré. Ce que nous éliminons alors du cadre se retrouvera quand même sur la photo et ainsi nous n'aurons rien de plus que ce que nous voulions au départ. L'autre solution est bien sûr de recadrer au tirage.
Un mythe photographique
Toutes ces considérations
techniques ont leur importance, mais il y a plus. Le FM2 est un
des très rares boîtiers évoquant un univers photographique
particulier. Prenons le Leica M6. On pense immédiatement à
Cartier-Bresson, à Boubat, Doisneau et tant d'autres. Bien que
ces hommes aient beaucoup voyagé, on pense à Paris, leur
Paris, celui des années 50 et 60, Quartier latin et Montparnasse
et Montmartre. Je ne peux imaginer le M6 sans un petit café
crème. Le FM2 lui est l'appareil des alpinistes. Ceux qui aiment
la montagne savent que les photographes-alpinistes choisissent de
partir avec un FM2 plus qu'avec n'importe quel autre boîtier. Et
plus on monte haut, comme
pour l'Everest, plus cela semble le cas. Question de simplicité,
de fiabilité mécanique et de précision optique, notamment avec
les objectifs grand-angulaires. L'amour de la photographie se
conjugue avec des mythes personnels. Quand j'ai acheté mon FM2,
c'est que je me préparais à un grand voyage ! Il n'est pas pour
moi un simple objet, mais un passeport en son genre.
Pour en savoir plus :
« Le Nikon du
perfectionniste », Nikon Corporation, disponible gratuitement
chez les revendeurs Nikon.
« L'histoire sans fin »,
Chasseur d¹Images, N° 217, 1999.
Nikon SLR Cameras, Carl
Shipman, HP Books, Los Angeles.
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