RÉPERTOIRE GÉNÉALOGIQUE DES FAMILLES DESCLAUX

Antoine et Jean Desclaux

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Antoine Desclaux

Le mercredi 29 mars 1752, Antoine s'embarqua, avec quelques compagnons de voyage, à bord du senau Le César commandé par le capitaine Joseph Noguér. Antoine aurait signé, quelque temps auparavant, un contrat l'obligeant à travailler en tant qu'engagé sur une seigneurie appartenant à la communauté religieuse des Ursulines des Trois-Rivières. A titre d'engagé, il devra construire une maison, enclore sa propriété, défricher la terre et effectuer diverses corvées en faveur du seigneur des lieux.

C'est sur ce voilier qu'Antoine aurait effectué sa traversée à partir du port de Bayonne. Selon certaines sources, il arrivait que les navires longent la côte française et fassent escale dans d'autres ports, dont celui de Bordeaux, afin de prendre livraison de cargaisons diverses. Comme la date exacte d'arrivée d'Antoine à Québec est introuvable pour le moment, il est probablement en vue de l'Ile d'Orléans au mois de juin 1752.

On perd la trace d'Antoine pendant un certain temps puis, deux années plus tard, un peu avant la fin de son contrat d'engagement, On le retrouve à Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup près de Trois-Rivières. C'est à cet endroit qu'Antoine rencontra la soeur du curé....

UNE NOUVELLE PATRIE

Le village de Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup était situé dans la région administrative du gouvernement des Trois-Rivières. Localisé entre Saint-Joseph-de-Maskinongé et Yamachiche, il faisait parti autrefois de la seigneurie de la Rivière-du-Loup, qui tirait son appellation d'un cours d'eau local.

Ce sont les premiers desservants de la mission, des Récollets, qui placèrent la nouvelle paroisse fondée en 1714 sous le patronage de Saint-Antoine de Padoue, malgré une tentative de la part des Ursulines, propriétaires de la seigneurie de 1722 jusqu'en 1928, pour modifier la dénomination en celui de Saint-Antoine-de-la-Rivière-Saint-Jean.

Au milieu du XVIIIe siècle, la ville de Trois-Rivières, fondée en 1634, est alors en plein développement. À quelques lieux au nord, les Forges du Saint-Maurice fonctionnent à plein régime et la proximité du fleuve, la beauté du paysage et la fertilité du sol amènent alors un grand nombre de nouveaux colons.

HEUREUSE RENCONTRE

Après une année de séjour à la Rivière-du-Loup, l'abbé Joseph-François d'Youville est transféré à Lanoraie. L'abbé d'Youville, fils de François-Madeleine Youville, Sieur De la Découverte et de Marguerite Dufrost de la Jammerais, connue également sous le nom de Bienheureuse Mère d'Youville, est remplacé par monsieur Louis-Michel Guay, dont l'acte initial apparaît aux registres le 3 novembre 1749. L'abbé Guay, dixième curé de la paroisse de Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup, était né à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis le 20 octobre 1722. Son père s'appelait Michel et sa mère Marie-Anne Marguerite Grenet.

Lors de son passage à la Rivière-du-Loup, l'abbé Louis-Michel Guay est accompagné de sa jeune soeur Marguerite. C'est ainsi qu'Antoine, fréquentant régulièrement les offices religieux comme bon nombre de ses concitoyens, fit la connaissance de l'élue de son coeur.

À l'époque où Antoine et Marguerite se rencontrent, ce sont les voyageurs des Pays d'En Haut qui tiennent le premier plan dans l'histoire locale. On peut imaginer l'intérêt que suscitaient ces voyageurs au retour de leurs rudes expéditions aux postes de Détroit, aux Illinois ou pour Michilimakinac. Leurs récits occupaient les soirées, enflammaient l'imagination des auditeurs et créaient un esprit d'aventure et de rêves. Aussi se trouvait-il toujours des jeunes gens, las du travail de la ferme, pour se décider à courir les risques du lointain mais séduisant inconnu! Antoine ne fut pas de ceux-là. Son départ de la France, sa longue traversée et sa nouvelle flamme valaient bien à ses yeux, tous les trésors d'Amérique.

LE MARIAGE

C'est ainsi que le mardi 3 septembre 1754, Antoine, 29 ans, et Marguerite, 23 ans, décidèrent de fonder un foyer. Le mariage eut lieu à la paroisse Sainte-Anne Disamachiche (Sainte-Anne d'Yamachiche) et la bénédiction nuptiale leur fut donnée par monsieur Jacques-Maxime Chefdeville, prêtre de cette paroisse, en compagnie du frère de l'épouse, l'abbé Louis-Michel Guay. Les témoins de cet heureux événement furent Amable Bélair, Joseph Grenet (oncle de l'épouse) ainsi que Marie-Anne Chefdeville, mère de l'abbé Jacques-Maxime.

UN INVITÉ DE MARQUE

Le frère d'Antoine, Jean Desclaux, arrivé en Nouvelle-France un an auparavant, honora de sa présence les nouveaux époux. Ce sera l'une des trois présences du frère d'Antoine recueillies jusqu'ici dans la région de Louiseville.

Toutes les personnes présentes à cette célébration signèrent le registre à l'exception de Jean qui déclara ne savoir signer. C'est dans ce registre que nous voyons apparaître pour la première fois, la signature d'Antoine en Amérique. Nous savons désormais qu'Antoine avait acquis une éducation sommaire lors de son enfance à Bayonne, tout comme certains autres enfants privilégiés.

Lors du décès d'André Desclaux, Antoine et Jean avaient 13 et 5 ans respectivement. Tout laisse supposer qu'à la suite du départ de son père, Antoine, ayant acquis des notions de base en lecture et écriture, se trouva un travail d'apprenti menuisier afin d'aider sa mère. Jean pour sa part, n'eut sûrement pas le privilège d'avoir une éducation formelle. Il est demeuré probablement à la maison, pour ensuite suivre les traces de son frère en effectuant des travaux manuels afin d'aider financièrement sa mère.

Jean-Louis Beaucarnot écrit dans son livre "Ainsi vivaient nos ancêtres, de leurs coutumes à nos habitudes " qu'en France, les enfants allaient à l'école du 1er novembre (la Toussaint) jusqu'au 23 avril (la Saint-Michel) et ce, pendant huit à dix ans. C'est habituellement le curé qui enseigne s'il se trouve au village et le livre d'apprentissage est l'Évangile ou un livre de prière. Jusqu'au XVIIIe siècle, une minorité de personne sait lire et, dans plusieurs régions de France, savoir signer et écrire est signe de notabilité. Comme monsieur Beaucarnot le souligne si bien:

"..Seuls les gens lettrés tracent leur nom d'une écriture assez sûre... ainsi on peut
connaître le niveau culturel et social de ses ancêtres d'après l'analyse de la signature."

Peu de temps après le mariage, l'abbé Louis-Michel Guay, dont le nom disparaît des registres après le 21 octobre 1754, est remplacé par messire Médard Pétrimoulx, qui devint le onzième curé de la Rivière-du-Loup et qui tiendra sur les fonts baptismaux la plupart des enfants du couple Desclos/Guay.

En 1756, le couple se rend à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis. Cet à cet endroit que Marguerite donna naissance à Marie-Louise Decleau, leur deuxième enfant. Le 1er juin de la même année se déroule le baptême à l'église de l'endroit. Ce baptême fut célébré par Charles Youville Dufrost, curé de cette paroisse et fils de la Bienheureuse Mère d'Youville. Antoine et Marguerite sont présents, tout comme les témoins, Michel Guay, frère de Marguerite, ainsi que Catherine Grenet.

Leurs présences à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis peuvent surprendre, mais un fait demeure: Les parents ainsi que le frère de Marguerite sont originaires de cet endroit et il est possible que Marguerite ait décidé de donner naissance à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis à cause des mauvaises conditions climatiques sévissant dans la région des Trois-Rivières lors du printemps de 1756. Le milieu du XVIIIe siècle est réputé pour les mauvaises récoltes et les famines à répétitions. Mère Saint-Claude de la Croix, religieuse de l'Hôtel-Dieu de Québec, raconte ces difficultés dans une lettre adressée à la mère supérieure en France en 1759.

"Nos ennemis s'avancent de jour en jour; ils ont déjà conquis plusieurs forts du Pays d'en Haut....A cette calamité, est jointe une famine générale. Tout le peuple et nous, nous n'avons qu'un quart de livre de pain par jour. Depuis l'année dernière, les autres vivres et denrées sont d'une cherté exorbitant; et tout à proportion, du petit au grand."

La famine dont nous parle cette religieuse, commence à se faire sentir en 1756, et est occasionnée par les intempéries continuelles pendant deux étés consécutifs. Elle est si étendue que le peuple devait se contenter de morue sèche et de viande de cheval. Toutefois, le prix exorbitant des denrées est dû aussi aux spéculations de l'intendant Bigot et de ses complices ainsi qu'à l'abandon forcé de la culture des terres. Bon nombre d'habitants étaient retenus loin de leurs champs à cause du service militaire.

Le couple est finalement de retour à Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup au début de l'année 1758. Le 13 mars de cette même année, par-devant le Notaire royal Jean Leproust de la juridiction royale des Trois-Rivières, et en présence de Jean Lebrun, soldat de cette garnison et Pierre Painchaux, boulanger, Antoine Desclos acquière une terre appartenant à Alexis Paillé, habitant de la Rivière-du-Loup, pour la somme de six cent cinquante livres qu'il paya comptant ainsi que les devoirs seigneuriaux s'y rattachant.

Cette terre, de sept arpents ou environ de front sur environ dix-huit arpents de profondeur était contiguë au nord-est à celle de Jean Bellegarde, d'un bout par le front de la grande rivière du Loup et de l'autre coté aux terres de Jean Bellegarde et Jean Lambert. Ce terrain était assujetti à une redevance de six livres de vente seigneuriale payée annuellement par Antoine à la congrégation des Dames Ursulines en la ville de Trois-Rivières dont dépendait la seigneurie de la Rivière-du-Loup. Sur cette terre était déjà construit une petite maison de pieux, et environ cinq arpents de terre était en valeur.

Malheureusement, une année suivant cette acquisition, soit le 13 septembre 1759, la capitale de la Nouvelle-France doit céder face à l'envahisseur britannique, et les habitants de la Rivière-du-Loup assistent au dernier acte. Les 11 et 12 août 1760, les quarante-six vaisseaux de la flotte ennemie manoeuvrent sur le lac Saint-Pierre avant de passer, presque sans broncher, devant les fortifications de Sorel en face du lac. Antoine et Marguerite apprendront plus tard la capitulation de Montréal. À partir du 14 septembre de cette année fatidique, l'on voit descendre sur le lac les navires britanniques transportant à Québec, les troupes du Chevalier de Lévis qui sont irrémédiablement vaincues. Le 10 février 1763, suite au Traité de Paris, Antoine, Marguerite et leurs enfants deviennent par la force des choses, sujets britanniques...

UNE BELLE FAMILLE

Le couple Desclos/Guay eut de nombreux enfants, et malgré les difficultés rencontrées lors du dépouillement des registres (certains actes sont manquants), nous savons que quatre fils et huit filles vinrent égayer cette belle famille. Six d'entre eux ne laissèrent pas de descendance; les maladies, les accidents et les décès prématurés emportaient bien souvent les enfants de cette époque. Il s'agit d'André, Angélique, Marie-Louise (née à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis), Ambroise, Rose et une autre enfant nommée elle aussi Marie-Louise.

Marguerite Guay décéda le 22 janvier 1806, laissant dans le deuil son mari et plusieurs enfants. Antoine, épuisé par la vieillesse, le travail d'une vie bien rempli et chagriné par la perte de son épouse, rendit l'âme 8 mois plus tard soit le 23 août 1806 à l'âge très respectable de 82 ans. Il repose, tout comme sa tendre épouse, à Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup...

LA FIN D'UNE ÉPOQUE

À Louiseville, on ne compte plus depuis longtemps les familles issues d'Antoine et Marguerite. Déjà en 1848, le nom Desclaux et les autres variations du nom avaient disparu du recensement fédéral de cette localité. L'immensité du territoire d'autrefois fit place à l'étroitesse des terres cultivables disponibles, les terres inexploitées étant réservés en grande partie aux immigrants britanniques et aux loyalistes. Ses descendants se tournèrent alors vers les terres des villages voisins et les propriétés de ce pionnier que fut Antoine seront éventuellement cédées à d'autres. Ses fils, de même que ses filles, attirés par la région de la Mauricie, s'établirent à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup et Yamachiche. Plus tard, quelques-uns s'établiront dans quelques villages avoisinants: St-Léon, St-Alexis-des-Monts, St-Paulin.

Vers la fin du XIXe siècle, ne pouvant émigrer ailleur au Canada (à cause de la politique d'émigration de l'époque entre autres), certaines familles manquant de travail, prendront le chemin des États-Unis pour travailler dans les filatures de coton, surtout à Nashua au New-Hampshire, où l'on retrouve encore aujourd'hui plusieurs descendants.

De son passages ne subsistent que les actes notariés et les registres de la paroisse. Sa maison, ses terres, sa grange ainsi que son étable, ont depuis longtemps disparus. Sa signature demeure aujourd'hui le seul élément palpable de son souvenir. Sans s'en douter, Antoine laissera en héritage son amour de la nature, le défi de l'aventure et son nom, porté fièrement par ses descendants..



Jean Desclaux

Nous sommes au mois de mars 1753 et les quais de Bayonne regorgent d'activités. C'est la période de l'année où l'on prépare les navires de commerce et de pêche à prendre la mer. C'est à ce moment également où les passagers et engagés, se rendent au port afin d'être fin prêt pour le départ. Comme de nombreux compatriotes, Jean se rend sur les rives de l'Adour, pas très loin de chez lui. Il fait alors la connaissance de Gracien Dupoca, natif de Cambo en Labour (aujourd'hui Cambo-les-Bains), agé de 33 ans et menuisier tout comme lui. Gracien est accompagné de Jean Bordenave, 22 ans, qui avait fait le court voyage depuis Bidache dans le diocèse de Dax afin de faire le grand voyage. Tous trois avaient signé depuis quelque temps leurs contrats d'engagement pour Québec et partiront à bord du premier navire de l'année vers cette destination.

L'ordre du départ fut donné par le capitaine Simon D'Arragory. Celui-ci, un basque provenant d'une famille nombreuse de négociants et de capitaines dans le négoce en Espagne, connaît bien les traversées vers les colonies. Les passagers occupent les heures précédant le départ à faire les adieux aux parents et amis venus les reconduire. Certains partent seuls, d'autres en groupes, mais aucune personne est insensible à l'émotion qui règne sur les quais.

POURQUOI PARTIR AU PRINTEMPS?

Le choix de la saison pour pouvoir hisser les voiles et se diriger vers la Nouvelle-France était tout aussi important que l'attente d'un vent favorable, la ville de Québec étant inaccessible du 15 novembre au 1er mai de chaque année. Même si le fleuve St-Laurent est libre de glaces avant le 1er mai, les banquises se détachent des terres arctiques et dérivent vers le sud, rendant la navigation très dangereuse sur les bancs de Terre-Neuve. Les marins du temps jugeaient donc nécessaire de quitter la côte française avant le 1er mai et le port de Québec avant le début de l'automne. Notons que les autorités de Québec retardaient les départs vers la France le plus possible afin de compléter les chargements et surtout envoyer les dernières nouvelles en France. Comme on s'en doute, ce n'est pas seulement les conditions climatiques qui retardaient les départs mais également des raisons financières et politiques.

LE DÉPART

Le 17 mars 1753, le capitaine donna l'ordre d'appareiller au lever du jour. Par tradition, le matin du départ, membres d'équipage et passagers se font un devoir d'assister à la messe. Après celle-ci, c'est le signal de l'embarquement.

En embarquant sur le navire, Jean Desclaux sera le dernier des deux frères à dire adieu à sa mère et à ses compatriotes. Le voyage étant long, personne ne saurait avant l'automne si le navire a atteint sa destination. Les amarres furent larguées, les voiles hissées, et la Marie-Catherine s'éloigna du quai. La Marie-Catherine était un navire de dimension plus restreinte que celui sur lequel son frère avait voyagé, car le terme " navire " était réservé à des bâtiments jaugeant entre 100 et 500 tonneaux. Tout comme son frère Antoine, nous ne disposons pas de la date exacte d'arrivé du bateau en Nouvelle-France.

LA TRAVERSÉ

La durée des traversées était variable à cette époque. En moyenne, les navires parcouraient la distance entre les côtes de la France et l'entrée du golfe du Saint-Laurent en 45 jours. Il arrivait toutefois que certaines traversées prennent près de 2 mois et demi avec des conséquences fâcheuses: le risque de famine augmente, entraînant avec elle maladies, petites et grandes misères. Elles font partie du lot des voyageurs comme celui des engagés qui partent en sachant que ces épreuves devront être vécues dans la résignation, n'ayant aucun autre moyen d'y échapper. Il était plus aisé par contre d'effectuer le trajet inverse. Ainsi, il arrivait que des navires ne prennent que 26 ou 28 jours afin de se rendre en France, grâce au fort vent d'ouest qui souffle près de 260 jours par année. Mais Jean n'aura pas à effectuer le trajet de retour.

Malgré toutes ces difficultés, il y eut, de 1700 à la Conquête de 1759, près de quatre mille nouveaux colons, français pour la plupart, qui immigrèrent au Canada. Les 9 000 immigrants que la France envoya en Nouvelle-France en 150 ans (1608-1759), donnèrent naissance malgré tout à une population de près de 70 000 personnes en 1763. Entre 1608 et 1765, seulement 338 individus de la région natale de Jean firent le voyage vers la Nouvelle-France. Il y avait bien le Régiment de Guyenne qui y envoya plusieurs centaines de soldats, mais ceux-ci ne s'établirent pas en permanence et retournèrent dans leurs provinces d'origine peu après la Conquête.

JEAN EN NOUVELLE-FRANCE

Sa présence est signalée à plusieurs reprises près de la seigneurie de Pointe-du-Lac près de Trois-Rivières. En effet, le 3 septembre 1754, Jean agit comme témoin lors du mariage de son frère; le 13 avril 1755, il assiste au baptême de Marie-Anne Declaut, fille d'Antoine et Marguerite et une journée plus tard, soit le 14 avril, Jean est témoin du mariage entre Joseph et Thérèse, deux Amérindiens Algonquins dits " Tête-de-Boule " de la région. Puis, le 2 octobre 1758, Jean assiste aux funérailles de Dominique Dery, jeune fils (6 mois) de Maurice Dery, capitaine de milice de la région. Ses relations à l'époque de son arrivée en Nouvelle-France démontrent que Jean côtoyait des miliciens de Pointe-du-Lac. Ce n'est qu'après cette date que l'on perd sa trace dans cette partie du territoire. D'après les recherches, Jean s'établira quelques années plus tard à St-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis.

LES FIANÇAILLES

En 1762, Jean Desclaux fait la connaissance d'une jeune demoiselle du nom de Madeleine-Angélique. Fille de Joseph Huard dit Désilets et Marie-Suzanne Lemieux, Madeleine-Angélique vit le jour vers 1745 à la paroisse Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis. Ses grands-parents sont Mathieu Huard dit Désilets et Jeanne Jourdain, et sa famille semble avoir résidé exclusivement à Lauzon tout comme le reste de sa famille immédiate.

Le 23 janvier 1763, Jean et Marguerite se promettent l'un à l'autre lors de la rédaction du contrat de mariage passé devant le Notaire Loüet.

LE MARIAGE

Le 31 janvier 1763, 10 jours avant le Traité de Paris, alors que la France cède définitivement la Nouvelle-France à l'Angleterre, Jean, 31 ans, et Marguerite, âgée d'environ 18 ans, unissent solennellement leurs destinées. Le mariage eut lieu à Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis. La bénédiction nuptiale leur fut donnée par monsieur Charles Youville Dufrost, prêtre de cette paroisse et fils de la bienheureuse Mère d'Youville, fondatrice de la congrégation des Soeurs Grises. Les témoins de cet heureux événement furent Suzanne Lemieux, mère de l'épouse, Joseph Bégin, témoin de l'épouse, Jean-Baptiste Halé, beau-frère de Madeleine, Marguerite Halé, Étienne Lemieux, Augustin Halé ainsi que plusieurs autres invités.

LA MÈRE DE MARIE-MADELEINE VEND SES TERRES

Un peu plus d'une année après son mariage, soit le 24 juin 1764, la mère de sa femme, dame Marie- Suzanne Lemieux vend une terre, au nom de ses enfants, que lui avait laissé son défunt mari. L'acheteur, le Sieur Louis Quantin, habitant la paroisse Saint-Joseph, se porte acquéreur d'une terre de huit perches de front sur cinquante arpents de profondeur, situé au premier rang des tanneries de la Seigneurie de Lauzon. Le Sieur Quantin consent à verser à Marie-Suzanne Lemieux, sept cent cinquante livres en argent, dont la moitié à la signature et quatre-vingt-six livres à chaque mois de novembre jusqu'au paiement total de la dette.

JAMES MURRAY SE PORTE ACQUÉREUR DE LA SEIGNEURIE DE LAUZON

Le 29 avril 1765, à six heures du matin, Antoine Jean Vaillant, notaire public et avocat à Québec et au nom de son excellence Jacques Murray, Écuyer Capitaine Général et gouverneur en chef de la province de Québec, réquisitionne la seigneurie et fief de la Côte de Lauzon dit la Pointe de Lévy, propriété du Sir Charest. À cet effet, on demande aux paroissiens, censitaires et habitants, de se présenter au presbytère de Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévy afin qu'ils déclarent les propriétés qu'ils possèdent dans la dite seigneurie et effectuer les changements de titre de propriété. À la fin de la Conquête, le fief Lauzon compte plus de 300 familles, quatre moulins à farine et deux moulins à scie.

Étienne Charest, envisageant avec pessimisme l'avenir de ses activités commerciales vend donc ses propriétés, laissant les censitaires de Pointe-Lévy, dont Jean Desclaux fait partie, aux mains du général Murray. Le gouverneur de la province acquiert le fief de Lauzon pour 80 000 livres, le double de ce qu'il avait coûté au père d'Étienne. Il achète par ailleurs un peu partout dans la colonie. Jean Desclaux n'aura pas l'occasion de côtoyer souvent le nouveau seigneur car celui-ci est rappelé à Londres dès 1766, laissant la perception des rentes de ses seigneuries à ses chargés d'affaires.

LES ENFANTS DU COUPLE

Les recherches effectuées confirment que le couple Desclaux/Huard dit Désilets eut neuf enfants. Malgré les difficultés rencontrées lors du dépouillement des registres (certains actes sont manquants), nous avont la certitude que six fils et trois filles vinrent égayer cette famille. Un seul enfant, décédé peu après la naissance, ne laissa pas de descendance.

SUR LES TRACES DE JEAN

Unis par les liens du sang et l'union des coeurs, les héritiers de Jean n'oublieront jamais le courage et la ténacité qu'eut le premier couple au Canada. Après s'être prémuni contre le rude climat en bâtissant une demeure, il fallait aussi cultiver la terre pour subvenir aux besoins des enfants. À cet égard, nous pouvons dire maintenant que leur entreprise fut une réussite et que ses descendants ne sauraient trop les en remercier.

Après une vie mouvementée et remplie de voyages fructueux, Jean nous quitta pour un monde meilleur le 7 avril 1812 à l'âge respectable de 80 ans. Sa femme Madeleine demeurera auprès des siens quelques années de plus puis, son oeuvre terminée, alla rejoindre son mari en octobre 1815 après 70 années passées auprès de ceux qu'elle aime. L'arbre planté il y a près de 250 ans porte toujours leurs fruits...


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