Eddy Garnier

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   Littérature électronique - L'espoir à mille noms

L'Espoir à mille Noms
CD littérature orale - Taptap d'haïti, 2000

 

Oeuvre sonore (CD) où l'artiste transforme en litanie les noms des TapTap d'Haïti, son pays natal

Dieu n'est pas mort, comme on le prétendait en Europe, à la fin du XlXè siècle. Il existe bel et bien. La preuve? Les dénominations des tap-tap, les taxis collectifs haïtiens. Ces noms qui sont en réalité des invocations, des interpellations, des aphorismes, des proverbes ou des expressions à la mode, sont arborés à l'avant de ces véhicules de transport public et servent à les identifier en exprimant la philosophie de leurs propriétaires.

L'Espoir à mille Noms

Le mot mantra ,qui vient du sanscrit, désigne une formule sacrée utilisée par les brahmanes. En rassemblant les dénominations des tap tap sous le titre de L'espoir a mille noms et le sous-titre de Mantra du tap tap, Eddy Garnier souligne l'aspect religieux que finissent par prendre ces noms de tap tap, à les voir défiler dans les rues de Port-au-Prince.

Sur le disque, Eddy Garnier décline donc ces noms en les énumérant comme une longue liste. L' originalité de cette énumération cependant consiste à ne pas lui garder le caractère liturgique d'une litanie mais à lui faire prendre souvent un aspect théâtral. En effet ces dénominations sont rédigés en quatre langues: française, haïtienne, espagnole et anglaise, ce qui prête à des changements d'accents dans la récitation. Le diseur donne aussi l'intonation qui convient dans chaque cas. Si en effet la plupart de ces noms ont un aspect sentencieux, souvent aussi ils perdent leur sérieux, deviennent carrément facétieux et versent dans l'humour ou l'ironie.

Cette énumération de noms qui suit un ordre alphabétique fait alterner la voix solo du diseur et celle collective d'un chœur de femmes dans un dialogue qui est en fait contrepoint puisque les voix féminines reprennent en écho la dernière parole masculine. Par ailleurs cette alternance, en même temps opposition, de la voix seule et de la voix chorale, du masculin et du féminin, est rythmée par des étapes marquées par des plages de musique folklorique. Et celles-ci varient à chaque fois de sorte que l'on n'est guère éloigné de l'oratorio ou de la cantate créole. Un pas de plus et on y arrivait.

L'accent est donc nettement placé sur un côté musical des noms de tap tap. Cela surprend autant que la décision de faire un disque et non pas un livre d'images avec ces noms qui sont d'abord des inscriptions au fronton de véhicules ornés de peintures aux motifs hétéroclites et aux couleurs voyantes. La plupart des documentaires sur Haïti ne manquent pas de montrer le boulevard Jean-Jacques Dessalines où ces tap tap arrivent à se faufiler au milieu d'une foule de piétons. Lyonel Paquin, en novembre 1987, avait publié une liste de plus de mille noms de tap tap qui constituaient, selon lui, autant de messages et de slogans qui étaient, je cite, " le miroir d'un peuple chrétien croyant fataliste frondeur humoriste moraliste philosophe satiriste sentimental". Cette longue liste d'épithètes que je reproduis telle qu'elle figure, sans signe de ponctuation, sur la page couverture de son fascicule de 17 pages illustre sans doute par son enchevêtrement la variété de ces noms et la complexité des messages énoncés.

Eddy Garnier y a mis un peu d'ordre. Ce disque fait surtout preuve d'esprit créateur en ramenant ces noms de l'écrit à l'oral, leur point de départ. Ce qui permet d'en dégager le caractère religieux mais aussi bien d'autres traits.

Les esprits inquiets seront ainsi rassurés de voir que le patriotisme non plus n'est pas mort car il figure dans bon nombre de ces noms de tap tap. Ce qui nous pousse à croire qu'en Haïti non seulement Dieu n'est pas mort mais l'Histoire non plus n'est pas arrivée à sa fin, comme voudraient nous le faire croire Fukuyama et les post-modernistes. L'Histoire continue, ce qui sur le versant moral, rime fort bien avec: la lutte continue. C'est là d'ailleurs le sens d'expressions consacrées en créole haïtien comme: " N ap debat; n ap kenbe" qui tiennent lieu de réponses à l'habituelle question:" Comment ça va? D'où l'injonction:" kenbe pa lage".(1)

Maximilien Laroche

Eddy Garnier, L'espoir a mille noms, mantra du tap tap, CIDIHCA-Conseil des Arts du Canada, 2000. Distribution Miami: Librairie Mapou (305) 757-4345; Montréal:

1) N ap debat; nous nous débattons; n ap kenbe: nous tenons bon; kenbe pa lage: tiens bon, ne lâche pas.


Exemple sonore :    

 
 



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