
Le père Girard répond à
mes questions
Question 1: Sur la foi
Question 2: Sur le support à donner à
nos enfants devenus adultes.
Question 1 :
Monsieur Girard, je regarde vos pensées tous les jours et
je trouve cela beau, très beau. J'aime ce que je lis et j'entends.
Mais je le reçois comme une poésie, un beau conte.
Dans mon coeur, ça vient me réchauffer et comme j'aimerais que cela soit vrai.
Cependant je crois que la vie que je vois, que je sens est tout autre. Je nais et je
meurs. Il y a du beau et du laid. La vie vaut la peine d'être vécu jusqu'au bout. Dieu
existe et il est présent dans tout cela.
Cependant je ne peux voir autre réalité que celle-là. Comme j'aimerais croire qu'il y a
autre chose !
Vos paroles me bousculent mais je demeure toujours dans le doute. Pourtant je suis ouvert,
disponible à la grâce.
J'ai fait ma théologie et j'ai enseigné 25 ans (enseignement religieux) j'ai prié, j'ai
fait des retraites, j'ai suivi une de vos sessions et je demeure ouvert. mais mon doute
augmente .
Quel conseil me donner vous ?
Réponse 1 :
Votre questionnement est précisément votre
réponse !
En effet, tout progrès dans l'ordre spirituel, à l'inverse de ce qui se passe dans
l'ordre matériel, est perçu comme une perte, comme un appauvrissement et surtout comme
une entrée dans la solitude : votre voie, en devenant de plus en plus personnalisée, se
différencie de tous les chemins balisés par et pour les autres.
Vous ne vous retrouvez plus dans les modèles qui vous avaient guidé jusque-là.
Comme l'enfant qui imite ses parents dans ses jeux, jusqu'au jour où, adolescent, il
exige d'avancer dans la vie avec ses propres critères.
Si le changement est déjà bouleversant pour le jeune, que dire quand il y va du
cheminement spirituel ?
J'ai comparé déjà ce passage difficile, l'irruption de son nouveau moi spirituel,
construit de toutes pièces par l'Esprit Saint, à la situation de Joseph quand il voit
revenir sa fiancée enceinte, il ne sait comment.
Le pauvre, il aura beau chercher dans toute la bible une situation qui puisse l'éclairer
dans cette difficile situation, il ne trouvera rien, absolument rien de semblable : cela
ne s'est jamais présenté dans le peuple de Dieu, une femme qui conçoit Dieu sans père
humain. Joseph doit composer au meilleur de sa connaissance.
J'ajoute une autre remarque : en avançant dans la foi, les certitudes d'ordre humain
disparaissent graduellement.
Le croyant est alors conduit à vivre ce qu'expérimentait Thérèse de l'Enfant-Jésus
quand elle disait : "Je crois parce que je veux croire". Il n'y a plus aucun
support. C'est la foi nue.
Il n'y a rien de satisfaisant pour l'intelligence dans la foi.
La foi, à la limite, n'est plus qu'une bonne disposition du coeur qui opte pour
l'existence de la Bonté, de la Beauté.
Aussi longtemps que l'on a des raisons de croire, on n'est pas parvenu à la foi parfaite.
Il n'y a pas de preuve de l'existence de Dieu.
J'ai alors le choix de dire : je n'ai pas d'évidence que Dieu existe, qu'il est pardon et
bonté, alors je refuse de croire, je ne prends aucune chance de me tromper.
Mais celui qui parle ainsi a autant de chance de se tromper que s'il disait, je choisis de
croire.
Car il n'y a pas de preuve que Dieu existe.
On parle alors de preuves de convenances seulement.
Quand je vois un écureuil courir avec joie, il semble plus plausible de dire :
"C'est bien possible qu'il puisse exister une Intelligence et un Amour quelque part
pour faire jaillir un être aussi beau, sinon il faut que la nature soit bien plus
intelligente que moi. "
C'est un pari pour tout le monde, et je dois opter pour l'existence ou la non-existence de
Dieu.
En d'autres termes, j'opine pour l'existence de la Bonté et de la Lumière parce que cela
est plus conforme à mon désir profond.
Si je ressens la soif, je fais confiance à mes besoins biologiques et je vais chercher de
l'eau pour réaliser que j'avais raison de croire au besoin qui se faisait sentir en moi.
Mais quand, au fond de moi, je sens qu'il y a quelque chose qui appelle la Beauté, la
Joie et la Lumière, pourquoi devrais-je dire que mon intérieur me trompe ?
C'est dire qu'il est plus "NATUREL" de croire que de ne pas croire !
Assez révolutionnaire n'est-ce pas ?
Et quand j'en suis là, et que j'ouvre la Bible qui raconte une irruption d'un Dieu dans
l'histoire des hommes, je reçois une confirmation de ce que mon "coeur" m'avait
suggéré, mais jamais une évidence d'ordre intellectuel.
Habituellement, quand des croyants nous parlent de leur foi hésitante, chancelante ou
inexistante, il ne s'agit pas de la foi elle-même mais d'une évidence d'ordre purement
intellectuel.
Or la foi n'est jamais une évidence satisfaisante pour notre entendement.
La foi appelle un bon mouvement de notre coeur.
Elle nous invite à laisser parler notre coeur. J'ai déjà expliqué ailleurs que chacun
est appelé à créer Dieu, i.e. à lui permettre d'exister. Il serait trop long d'entrer
ici dans ces explications.
Et pour ce qui est de votre cheminement où tout n'est que doute, il s'agit d'imiter
Thérèse de Lisieux qui répondait en ces termes à une novice, inquiète de ce qu'il y
avait aussi de la Justice en Dieu et non seulement de la Miséricorde comme Thérèse
semblait le croire : "Ma Soeur, si vous désirez de la Justice, vous aurez de la
Justice ; si vous désirez de la Miséricorde, vous aurez de la Miséricorde."
Paroles de profonde sagesse qui laisse entendre que c'est à nous de choisir librement ce
que nous désirons.
Ce qui veut dire aussi qui si mon "coeur" choisit le Beau et le Bon, c'est le
signe que ce coeur est habité par ces mêmes valeurs.
Mais ceci, non au niveau sensible ou intellectuel. Il s'agit d'une intuition profonde de
mes racines qui disent : "Je serais heureux que l'Amour, la Tendresse et la Bonté
existent et m'attendent." Je donne raison à ce désir profond comme j'accorde foi à
ma soif dans l'ordre biologique.
C'est cela la foi.
L'important n'est pas de trouver, mais de chercher, de chercher toujours.
Je suis alors un vivant parce que je souffre de n'être pas plongé dans la Vie.
A la fin de sa vie, Charles de Foucauld écrivait ceci : "Mon Dieu, je ne sais pas si
vous m'aimez, et je ne sais si je vous aime".
Voilà la prière d'un spirituel et d'un témoin de la foi.
Vous pourrez commencer à vous inquiéter quand, chez vous, il n'y aura plus de questions
ni de quête douloureuse.
Ce jour-là, je m'inquiéterai aussi pour vous, mais pour l'instant il ne semble pas y
avoir à craindre.
Paix à vous. fr Yves

Question 2 : Comment aider nos jeunes adultes dans leur
cheminement de vie ?
Serge,
J'allais dire: "Le seul moyen que tu as d'aider tes enfants".
Mais je nuance en disant: "Il est une attitude qui, à elle seule, est plus
efficaces que toutes les autres réunies.
Elle consiste à regarder tes enfants de la même manière que le père de
l'enfant de la parabole a regardé le sien.
Aucune correction, aucune morale (il est même allé jusqu'à l'aider à prendre
le mauvais chemin en lui donnant l'argent que le petit ne méritait pas.
Il l'a regardé en lui laissant entendre qu'il voyait en lui une lumière que
l'enfant n'avait pas encore aperçue en lui-même.
L'enfant est parti en se disant: "Je ne comprends pas! Je sais que "j'agis"
à l'encontre des valeurs de mon père mais lui, il "réagit" comme si j'avais
bien "agi". Pourquoi "agit-il" ainsi avec moi alors que je le
contrarie?
Mon père m'a regardé comme s'il voyait une lumière en moi alors que je
prends le parti de la délinquance et que j'opte pour l'ingratitude.
Il ne m'a fait aucun reproche alors que j'en méritais tellement!
Il m'a donné ce que je ne méritais pas alors qu'il aurait dû me retirer le
peu qui me restait."
Le souvenir de cet événement va suivre l'enfant tout au long de ses parcours
de mensonge.
Et quand l'amertume viendra saupoudrer ses joies illicites, (saint Augustin)
ce souvenir va l'aider à revenir à la maison.
S'il avait été rejeté et banni, il n'aurait probablement jamais eu le
courage de revenir, lui qui s'y est résolu avec peine alors même qu'il avait
toujours été traité avec bonté.
Il faut être capable d'un peu, passablement, pas mal de folie pour agir
ainsi.
L'Évangile n'est pas tellement en accord avec notre logique et il nous
presse d'en sortir.
Bonne chance!
Fr yves
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