La Fleur de Lyse  
Patrons, livres et causeries historiques




Voici un court essai sur les habits des Canadiens et Canadiennes de l'époque de Louis XV, extrait de l'ancien catalogue de La Fleur de Lyse. Pour de plus amples détails, voir «Lexique illustré du costume en Nouvelle-France, 1740-1760» (épuisé chez l'éditrice mais disponible dans plusieurs bibliothèques) ou sa version anglaise, toujours disponible,  Costume in New France from 1740 to 1760: A Visual Dictionary

© Suzanne Gousse. Tous droits réservés. 


 

HABITANTS ET MESSIEURS

© Suzanne Gousse. Tous droits réservés.

L' habitant est le «paysan» de Nouvelle-France. Il se désigne comme Canadien, car il est né au Canada de parents français ou canadiens. Pour aller aux champs, il met une chemise de toile (qui lui sert aussi de vêtement de nuit) et une culotte. Certains curés se sont plaint que les Canadiens vont aux champs, en été, vêtus de leur seule chemise, sans culotte ni caleçon. Nous ne savons pas s'ils portaient le brayet sous la chemise, car celui-ci serait complètement caché. Par temps frais, l'habitant ajoutera une veste à manches ou un gilet. Il chausse des souliers de boeuf qui sont plus résistants que les mocassins fabriqués par les Amérindiens en peau de chevreuil ou d'orignal. Le botaniste suédois Pehr Kalm, durant son voyage en 1749, a remarqué que comme sa femme, l'habitant enfile parfois des sabots pour se garantir de l'eau ou de la boue. Il a aussi noté des tuques, le plus souvent rouges, et parfois bleues. Et il a rapporté que les paysans portent leurs longs cheveux en queue ou tressés.
 
Suzanne Gousse et ses enfants avec François Gousse, son frère, personnifiant des habitants pour des photos prises au musée du château Ramezay. Ces photos de Pierre McCann accompagnaient un article de Vivianne Roy paru le 19 juin1996 dans La Presse. 

Suzanne et François, avec leur soeur Hélène, sont les fondateurs de l'Association d'histoire vivante Québec-Canada.

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Ce sont les habitants qui forment les milices de chaque paroisse. Un milicien, c'est tout habitant valide âgé entre seize et soixante ans qui doit participer à des travaux collectifs commandés par le Roy ou se joindre aux troupes de la colonie en cas de conflit armé. Il prend part aux expéditions lancées sur les colonies anglaises, en compagnie d'alliés amérindiens et de soldats volontaires. Pour partir en expédition, il met une chemise de toile grise ou «rousse de brin» fermée au cou par un mouchoir de soie ou de coton. Pour la commodité, il a troqué sa culotte de tous les jours pour le brayet, les mitasses et les mocassins des Amérindiens qu'ont aussi adoptés les voyageurs et les engagés de la traite des fourrures. Il coiffe la tuque (bonnet de laine bien foulée) et s'enveloppe par temps froid d'un capot ceinturé. Le capot est le justaucorps de la plupart des Canadiens. Ils le portent, été comme hiver, et même pour aller à la messe et dans les cérémonies officielles.
 

L'engagé pour la traite est un homme payé par un marchand qui détient un permis appelé «congé» pour aller faire la traite des fourrures avec les Indiens. Une partie des vêtements qu'il emporte en expédition lui est souvent fournie par le marchand-équipeur. Il enfile une chemise de lin unie ou une chemise de coton rayé (appelé «zinga») comme celles qu'il apporte aux Indiens, un brayet, des mitasses et des mocassins ou des souliers de boeuf, plus résistants. Le brayet est un rectangle de tissu passé entre les deux jambes et retenu sur les hanches par une ceinture. Les mitasses sont une sorte de guêtres amérindiennes taillées dans du molleton et retenues sous le genou par des jarretières. Pour compléter son habillement, il porte une ceinture et une tuque. C'est un habillement simple et très commode pour courir les bois. Notons tout de suite que les mythiques «coureurs des bois» seraient probablement vêtus comme l'engagé mais qu'ils ont souvent exercé la traite de façon illégale et n'ont représenté qu'une minorité des hommes vivant en Nouvelle-France. Pour les soirées et les journées froides, l'engagé emportera un capot.

Le gentilhomme, comme ceux de France et d'Europe, portent l'habit à la française. Cet habit se compose du justaucorps, de la veste à manches et de la culotte. La chemise à jabot et à manchettes, le col de mousseline plissée, les bas fins de soie ou de laine, les souliers français, la perruque, le chapeau (tricorne), la canne et l'épée complètent sa tenue. Le gentilhomme pourrait choisir de s'habiller plus à son aise. Le surtout, le volant, la redingote sont quelques-uns des choix qui s'offrent à lui. Pour recevoir des amis chez lui, Monsieur enfilera une robe de chambre de soie par dessus sa veste ou un gilet et troquera sa perruque à bourse pour un bonnet. Pour sortir, le fin du fin est de s'envelopper dans un manteau ou grande cape d'écarlate.

Le marchand a des chemises de toile fine garnies de jabot et /ou de manchettes et des cols en mousseline. Il pourrait enfiler un habit : veste, culotte et justaucorps ou surtout. Le «surtout» est en fait un justaucorps de campagne qui n'a des boutonnières que jusqu'aux poches. Notre bourgeois aurait pu choisir de porter un volant, autre type de justaucorps sans poches, doté d'un seul bouton à l'encolure et parfois d'un col. Pour sortir, le marchand prendra son chapeau (tricorne) et une cape, pour se protéger de la pluie. Le marchand, le bourgeois et le gentilhomme se distinguent dans la rue par la qualité des tissus de leurs habits.

Dans son atelier, l'artisan porte une chemise de toile blanche fermée par un mouchoir de cou, culotte et veste à manches qu'on appelle au Canada «mantelet». L'artisan plus actif peut choisir de porter un gilet, version courte et souvent sans manches de la veste. S'il le porte sous sa chemise, ce gilet devient une camisole. Il chausse des souliers français et porte le bonnet à l'intérieur de sa boutique. Un tablier de toile ou de cuir (selon son métier) protège ses vêtements. Pour se protéger les pieds, l'artisan a parfois recours aux sabots. Pour sortir, il mettra son capot et sa tuque, vêtements typiquement canadiens.
 
 


 

DAMES ET HABITANTES

L'habitante, comme toutes les femmes de son époque, porte une chemise de toile blanche. Elle lui sert aussi de chemise de nuit. Cette chemise est taillée à la françoise ou à l'angloise. C'est la largeur de la toile utilisée qui décide de la coupe.  Sous ses jupons, elle porte des poches cousues sur un cordon. La Canadienne est reconnue pour porter ses jupons fort courts pour l'époque, on dit «à demi-jambe». Pehr Kalm nous dit aussi dans ses récits de voyage que l'habitante porte des sabots de bois ou des souliers de boeuf chez elle. Le corsage avec manches que toute femme porte dans la rue est un «mantelet» pour les Canadiens du temps. Ce justaucorps de femme ou «juste» comme on l'appelle en France, souligne la taille. C'est l'habit ordinaire des femmes. Sur la chemise et sous le mantelet, la femme porte un corsage souple appelé «corset»  qui lui soutient la poitrine. L'habitante couvre ses cheveux d'un bonnet ou d'un béguin et peut poser par dessus une cornette dont les pans sont portés tombants ou relevés. Elle aura grande envie de se procurer des chaussures de cuir françaises et y mettra le prix.
 

Suzanne Gousse et ses enfants avec François Gousse, son frère, personnifiant des petits bourgeois pour des photos prises au musée du château Ramezay. Ces photos de Pierre McCann accompagnaient un article de Vivianne Roy paru le 19 juin1996 dans La Presse. 

Suzanne et François, avec leur soeur Hélène, sont les fondateurs de l'Association d'histoire vivante Québec-Canada.

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L'artisane et la domestique portent chemise garnie, jupons, tablier et «mantelet». D'après d'Aleyrac, les Canadiens ont forgé des mots comme «celui de mantelet pour désigner un casaquin sans plis». Le casaquin est un corsage qui descend jusqu'aux poches et qui peut être soit à la françoise avec des plis au dos, ou à l'angloise c'est-à-dire ajusté au dos. L'artisane couvre aussi ses cheveux d'un bonnet et chausse des souliers à boucles. Comme les autres femmes, elle enfile une cape à capuchon pour se promener dans la rue; cela lui permet, dit-on, de sortir en habits négligés sans que cela paraisse. D'après le fin observateur Pehr Kalm, cette cape est soit bleue, brune ou grise.

L'épouse du marchand, qui le remplace parfois au magasin et suit de près les affaires, est vêtue comme la femme de l'artisan. Son habit du dimanche est probablement porté sur un corps à baleines. Elle a aussi dans son armoire une peut-être même deux ou trois robes. L'une serait-elle celle de son mariage ? Le bord en étant usé, elle l'a peut-être raccourcie et celle-ci sera devenue une demi-robe appellée «pet-en-l'air» ou casaquin à la française. Ses robes simples sont taillées dans des tissus moins luxueux que celles des dames: de la soie sur fil au lieu de la pure soie, de l'étamine unie au lieu de l'étamine jaspée, de la satinette au lieu du satin de soie. Sur sa tête, elle pose un bonnet ou même une cornette de toile fine garnie de dentelle et de rubans.

La dame pourrait être vêtue comme la décrivent les voyageurs étrangers qui sont venus au Canada et qui ont noté que: «même les dames portent des mantelets avec des jupons fort courts» au lieu d'une robe. Les robes sont taillées à la française. Les tissus plus luxueux permettent de distinguer les dames des habitantes et des simples artisanes quand on les rencontre les jours de semaine. Les curés se plaignent par contre que le dimanche, on ne peut distinguer à la messe les servantes de leurs maîtresses. Sous leurs robes, les dames portent le corps baleiné ou à demi-baleine, et parfois des paniers pour faire bouffer leurs jupes. Elles ont bien sûr dans leur garde-robe, comme les Européennes de l'époque, des corsets de toile piquée et des déshabillés composés d'un manteau-de-lit et d'un jupon assorti. Ce sont des habits plus simples et moins ajustés (on dira: négligés) que l'on porte chez soi, pour recevoir ses intimes. Sa coiffure se compose de plumes, d'aigrettes, de fleurs, de rubans, de dentelles et de cheveux postiches : elle se dit «coiffée en cheveux». Pour sortir, elle jettera sur ses épaules une cape doublée et garnie de ruchés d'étoffe découpée ou de fourrure.



 
 
 

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