Voici un court essai sur les habits des Canadiens et Canadiennes de
l'époque de Louis XV, extrait de l'ancien catalogue de La Fleur
de Lyse. Pour de plus amples détails, voir «Lexique
illustré du costume en
Nouvelle-France, 1740-1760» (épuisé chez
l'éditrice
mais disponible dans plusieurs bibliothèques) ou sa version
anglaise,
toujours disponible, Costume in New France from 1740 to 1760:
A
Visual Dictionary .
© Suzanne Gousse. Tous droits réservés.
|
Suzanne Gousse et ses enfants avec François Gousse,
son frère, personnifiant des habitants pour des photos
prises au musée du château Ramezay. Ces photos de Pierre
McCann accompagnaient un
article de Vivianne Roy paru le 19 juin1996 dans La Presse.
Suzanne et François, avec leur soeur
Hélène, sont les fondateurs de l'Association d'histoire
vivante Québec-Canada. AHVQC.freeservers.com |
Ce sont les habitants qui forment les milices de chaque
paroisse. Un milicien, c'est tout habitant valide âgé
entre seize et
soixante ans qui doit participer à des travaux collectifs
commandés
par le Roy ou se joindre aux troupes de la colonie en cas de conflit
armé.
Il prend part aux expéditions lancées sur les colonies
anglaises,
en compagnie d'alliés amérindiens et de soldats
volontaires. Pour partir en expédition, il met une chemise de
toile grise ou «rousse de brin» fermée au cou par un
mouchoir de soie ou de coton. Pour la commodité, il a
troqué sa culotte de tous les jours pour le brayet, les mitasses
et les mocassins des Amérindiens qu'ont
aussi adoptés les voyageurs et les engagés de la traite
des
fourrures. Il coiffe la tuque (bonnet de laine bien foulée) et
s'enveloppe
par temps froid d'un capot ceinturé. Le capot est le justaucorps
de la plupart des Canadiens. Ils le portent, été comme
hiver,
et même pour aller à la messe et dans les
cérémonies officielles.
L'engagé pour la traite est un homme payé par un marchand qui détient un permis appelé «congé» pour aller faire la traite des fourrures avec les Indiens. Une partie des vêtements qu'il emporte en expédition lui est souvent fournie par le marchand-équipeur. Il enfile une chemise de lin unie ou une chemise de coton rayé (appelé «zinga») comme celles qu'il apporte aux Indiens, un brayet, des mitasses et des mocassins ou des souliers de boeuf, plus résistants. Le brayet est un rectangle de tissu passé entre les deux jambes et retenu sur les hanches par une ceinture. Les mitasses sont une sorte de guêtres amérindiennes taillées dans du molleton et retenues sous le genou par des jarretières. Pour compléter son habillement, il porte une ceinture et une tuque. C'est un habillement simple et très commode pour courir les bois. Notons tout de suite que les mythiques «coureurs des bois» seraient probablement vêtus comme l'engagé mais qu'ils ont souvent exercé la traite de façon illégale et n'ont représenté qu'une minorité des hommes vivant en Nouvelle-France. Pour les soirées et les journées froides, l'engagé emportera un capot.
Le gentilhomme, comme ceux de France et d'Europe, portent l'habit à la française. Cet habit se compose du justaucorps, de la veste à manches et de la culotte. La chemise à jabot et à manchettes, le col de mousseline plissée, les bas fins de soie ou de laine, les souliers français, la perruque, le chapeau (tricorne), la canne et l'épée complètent sa tenue. Le gentilhomme pourrait choisir de s'habiller plus à son aise. Le surtout, le volant, la redingote sont quelques-uns des choix qui s'offrent à lui. Pour recevoir des amis chez lui, Monsieur enfilera une robe de chambre de soie par dessus sa veste ou un gilet et troquera sa perruque à bourse pour un bonnet. Pour sortir, le fin du fin est de s'envelopper dans un manteau ou grande cape d'écarlate.
Le marchand a des chemises de toile fine garnies de jabot et /ou de manchettes et des cols en mousseline. Il pourrait enfiler un habit : veste, culotte et justaucorps ou surtout. Le «surtout» est en fait un justaucorps de campagne qui n'a des boutonnières que jusqu'aux poches. Notre bourgeois aurait pu choisir de porter un volant, autre type de justaucorps sans poches, doté d'un seul bouton à l'encolure et parfois d'un col. Pour sortir, le marchand prendra son chapeau (tricorne) et une cape, pour se protéger de la pluie. Le marchand, le bourgeois et le gentilhomme se distinguent dans la rue par la qualité des tissus de leurs habits.
Dans son atelier, l'artisan porte une chemise de toile blanche
fermée par un mouchoir de cou, culotte et veste à manches
qu'on appelle
au Canada «mantelet». L'artisan plus actif peut choisir de
porter un gilet, version courte et souvent sans manches de la veste.
S'il le porte sous sa chemise, ce gilet devient une camisole. Il
chausse des souliers français et porte le bonnet à
l'intérieur de sa boutique. Un tablier de toile ou de cuir
(selon son métier) protège ses vêtements. Pour se
protéger les pieds, l'artisan a parfois recours aux sabots. Pour
sortir, il mettra son capot et sa tuque, vêtements typiquement
canadiens.
L'habitante, comme toutes les femmes de son époque, porte une
chemise de toile blanche. Elle lui sert aussi de chemise de nuit. Cette
chemise est taillée à la françoise ou
à l'angloise.
C'est la largeur de la toile utilisée qui décide de la
coupe.
Sous ses jupons, elle porte des poches cousues sur un cordon. La
Canadienne
est reconnue pour porter ses jupons fort courts pour l'époque,
on
dit «à demi-jambe». Pehr Kalm nous dit aussi dans
ses
récits de voyage que l'habitante porte des sabots de bois ou des
souliers de boeuf chez elle. Le corsage avec manches que toute femme
porte
dans la rue est un «mantelet» pour les Canadiens du temps.
Ce
justaucorps de femme ou «juste» comme on l'appelle en
France,
souligne la taille. C'est l'habit ordinaire des femmes. Sur la chemise
et
sous le mantelet, la femme porte un corsage souple appelé
«corset»
qui lui soutient la poitrine. L'habitante couvre ses cheveux d'un
bonnet
ou d'un béguin et peut poser par dessus une cornette dont les
pans
sont portés tombants ou relevés. Elle aura grande envie
de
se procurer des chaussures de cuir françaises et y mettra le
prix.
|
Suzanne Gousse et ses enfants avec François Gousse,
son frère, personnifiant des petits bourgeois pour des
photos prises au musée du château Ramezay. Ces photos de
Pierre McCann accompagnaient un
article de Vivianne Roy paru le 19 juin1996 dans La Presse.
Suzanne et François, avec leur soeur
Hélène, sont les fondateurs de l'Association d'histoire
vivante Québec-Canada. AHVQC.freeservers.com |
L'artisane et la domestique portent chemise garnie, jupons, tablier et «mantelet». D'après d'Aleyrac, les Canadiens ont forgé des mots comme «celui de mantelet pour désigner un casaquin sans plis». Le casaquin est un corsage qui descend jusqu'aux poches et qui peut être soit à la françoise avec des plis au dos, ou à l'angloise c'est-à-dire ajusté au dos. L'artisane couvre aussi ses cheveux d'un bonnet et chausse des souliers à boucles. Comme les autres femmes, elle enfile une cape à capuchon pour se promener dans la rue; cela lui permet, dit-on, de sortir en habits négligés sans que cela paraisse. D'après le fin observateur Pehr Kalm, cette cape est soit bleue, brune ou grise.
L'épouse du marchand, qui le remplace parfois au magasin et suit de près les affaires, est vêtue comme la femme de l'artisan. Son habit du dimanche est probablement porté sur un corps à baleines. Elle a aussi dans son armoire une peut-être même deux ou trois robes. L'une serait-elle celle de son mariage ? Le bord en étant usé, elle l'a peut-être raccourcie et celle-ci sera devenue une demi-robe appellée «pet-en-l'air» ou casaquin à la française. Ses robes simples sont taillées dans des tissus moins luxueux que celles des dames: de la soie sur fil au lieu de la pure soie, de l'étamine unie au lieu de l'étamine jaspée, de la satinette au lieu du satin de soie. Sur sa tête, elle pose un bonnet ou même une cornette de toile fine garnie de dentelle et de rubans.
La dame pourrait être vêtue comme la décrivent les voyageurs étrangers qui sont venus au Canada et qui ont noté que: «même les dames portent des mantelets avec des jupons fort courts» au lieu d'une robe. Les robes sont taillées à la française. Les tissus plus luxueux permettent de distinguer les dames des habitantes et des simples artisanes quand on les rencontre les jours de semaine. Les curés se plaignent par contre que le dimanche, on ne peut distinguer à la messe les servantes de leurs maîtresses. Sous leurs robes, les dames portent le corps baleiné ou à demi-baleine, et parfois des paniers pour faire bouffer leurs jupes. Elles ont bien sûr dans leur garde-robe, comme les Européennes de l'époque, des corsets de toile piquée et des déshabillés composés d'un manteau-de-lit et d'un jupon assorti. Ce sont des habits plus simples et moins ajustés (on dira: négligés) que l'on porte chez soi, pour recevoir ses intimes. Sa coiffure se compose de plumes, d'aigrettes, de fleurs, de rubans, de dentelles et de cheveux postiches : elle se dit «coiffée en cheveux». Pour sortir, elle jettera sur ses épaules une cape doublée et garnie de ruchés d'étoffe découpée ou de fourrure.
Retour à la page principale La Fleur de Lyse