"On a enregistré ma voix, c'est chouette!"
Les bruants, qu'on appelait pinsons, il y a quelques années, forment une famille nombreuse de plus d'une trentaine d'espèces. Ils sont tous plus ou moins rayés sur le dos et les ailes. Environ la moitié d'entre eux ont des rayures sur la poitrine, contrairement aux autres qui ont la poitrine d'une seule teinte. Ça prend un expert pour les identifier tous à première vue, sans consulter les guides d'identification.
Par contre, certains sont bien connus. Qui ne connaît pas le "Frédéric" à son chant sifflé? Le Bruant des marais a la poitrine sans rayure et de couleur pâle uniforme. Pour ce qui est de son chant, il y a des cassettes enregistrées en vente. Il y a aussi l'expérience sur le terrain.
Le Bruant des marais porte bien son nom. Il est chez lui dans les milieux humides remplis de quenouilles et d'autres herbes aquatiques; des iris, des joncs, des nénuphars, etc. Si vous le surprenez, il s'envole et disparaît dans une talle de quenouilles ou d'autres grandes herbes. Pour sa nourriture, pas de problèmes: les insectes et les graines de plantes ne manquent pas dans son entourage.
Les Bruants des marais nichent dans le sud de toutes les provinces de l'Est du Canada. Au Québec, le long des rives et des îles, le fleuve St-Laurent leur offre des milieux adaptés à leurs goûts, ainsi qu'à leurs besoins pour nicher. La femelle, qui construit le nid, le dissimule dans les herbages. Elle le munit d'un toit et garde un trou dans le côté comme entrée. Il est souvent placé tout près du niveau de l'eau. La ponte est de quatre à cinq œufs, couvés par la femelle pendant près de deux semaines. À l'automne nos Bruants des marais descendent pour hiverner vers le sud des États-Unis jusqu'au golfe du Mexique.
Ma gorge n'a qu'un soupçon de blanc!
C'est un oiseau qui niche dans le nord, au-delà des forêts, là où des arbres clairsemés et rabougris s'accrochent à la vie et même encore plus loin où il n'y a que de la mousse. Ces habitats se trouvent en Alaska et dans le nord des provinces canadiennes jusqu'à Terre-Neuve. Les montagnes Rocheuses, dans l'ouest du Canada et des Étas-Unis offrent en certains endroits des conditions identiques acceptables pour eux.
Pourquoi présenter un oiseau qui niche si loin au nord? Les gens de Sept-Îles et plus à l'est peuvent trouver des nids de Pinsons à couronne blanche dans leur voisinage. Surtout les amateurs d'oiseaux, plus au sud du Québec, sont à même de les observer à l'occasion des migrations du printemps et de l'automne. Ces oiseaux sont nombreux et fréquentent les mangeoires.
À première vue tous les pinsons se ressemblent. Il y a quand même des indices visibles et fiables pour distinguer les espèces. Le Pinson à couronne blanche n'a qu'un "soupçon" de bavette blanche. Rien de comparable à la gorge vraiment blanche du Pinson à gorge blanche. Celui-ci, de plus, s'orne, en avant de l'œil, d'une tache jaune bien visible. La première fois que j'ai vu un Pinson à couronne blanche, j'ai pensé voir une espèce de pinson que je n'avais jamais vu. Voyez la photo ci-contre.
Chez les oiseaux, une autre caractéristique, c'est leur chant. Artistes musiciens, ils s'expriment selon l'héritage reçu de leurs parents. Les Pinsons à gorge blanche répètent leurs notes sifflées qui leur ont valu le surnom de "Frédéric". Seuls deux sifflements peuvent débuter le chant des Pinsons à couronne blanche. Le reste n'est pas facile à décrire, mais se reconnaît à l'écoute. Le chant est court, porte bien, tout en étant paisible et harmonieux. À la migration du printemps les mâles n'attendent pas d'être arrivés dans le Grand Nord pour chanter. Tout au long du voyage ils sèment leur joie de vivre. Au retour, à l'automne, le chant sera moins régulier, un peu timide.
La période la plus active c'est, bien sûr, la nidification. Dans l'habitat le plus au nord, il n'y a que de la mousse et c'est là qu'on doit construire le nid. Un peu plus au sud, quelques herbages ou un arbuste peuvent abriter le nid, jamais bien haut du sol. La femelle s'occupe de la construction du nid. Elle y dépose ses quatre œufs et les couve pendant une dizaine de jours. Élever les petits est un travail incessant pour le couple. Il en faut des insectes, des graines ou des petits fruits pour que le petit, une fois sorti de l'œuf, soit capable, un mois plus tard, de s'envoler et ensuite d'entreprendre à l'automne le grand voyage vers le sud.
En chemin ils pourront, avec leurs parents, s'arrêter à vos mangeoires. Au printemps suivant ils reviendront en tant qu'adultes avec les autres. Offrez-leur du tournesol, du blé et du millet. Et c'est par une chanson qu'ils vous diront merci.
Parmi les quelque 40 espèces de pinsons d'Amérique du Nord, une douzaine se retrouvent chez nous, dont le Pinson à gorge blanche. Les pinsons, de la taille d'un moineau, sont de couleur peu voyante, ce qui complique leur identification. À noter que les deux sexes ont le même plumage. Aussi, seuls les ornithologues peuvent les distinguer à leur apparence.
Dans bien des cas, le chant est le meilleur indice d'identification des espèces. Tout le monde connaît le chant des Pinsons à gorge blanche. Il ressemble étrangement à la phrase: "Où es-tu, Frédéric, Frédéric?" On ne peut rester insensible aux notes douces et pures de ce chant: deux notes d'introduction, puis des groupes de trois notes, un peu roulées, répétées jusqu'à trois fois ou plus: "Frédéric, Frédéric". Même que parfois la mélodie s'arrête net, au beau milieu d'un mot.
Notre pinson est d'allure timide et paisible. Il se tient surtout au sol dans les clairières ou au bord des bois embroussaillés et des abatis, y trouvant quantité de graines et d'insectes. On peut l'entendre gratter dans les feuilles mortes et le voir repousser des débris végétaux à l'arrière d'un seul mouvement brusque des deux pattes en même temps. Pour manifester sa présence et le choix de son territoire, il se perchera bien haut sur une branche ou sur le haut d'un petit arbre qui émerge des buissons et il répétera sa mélodie: "Frédéric, Frédéric"... C'est le moment de sortir vos jumelles: vous verrez la gorge blanche et la tache jaune en avant de l'œil, ce qui le caractérise également.
Si vous approchez du nid, le couple, tout énervé, sautillant d'une branche à l'autre, poussera sans arrêt des cris d'alarme. Leur nid est souvent l'hôte d'un œuf étranger, celui du vacher, par exemple, qui laisse à d'autres le soin d'élever ses petits. Habituellement, le couple accepte cela, sauf que le petit vacher, plus vigoureux, accapare la nourriture, au détriment des petits pinsons, qui dépérissent. Le pinson fait son nid depuis l'est du Canada, jusqu'au centre de la Colombie Britannique; également au nord-est des États-Unis.
Au moment où ils émigrent, ils peuvent s'arrêter chez vous, si vous leur offrez du blé ou des graines de millet. Naturellement, tout cela suppose que vous habitez à la campagne ou en banlieue.
De grâce, ne me prenez pas pour un autre!
Pas besoin d'aller bien loin pour rencontrer un Pinson familier, à moins que votre porte ne donne sur le trottoir et que vous soyez entouré de pâtés de maisons. Un terrain ouvert avec pelouse, orné de quelques arbustes et de grands arbres, avec un caprice pour les conifères et votre oiseau familier est chez lui. Vous le verrez dans les parcs de la ville, près des maisons en banlieue, dans les fermes, les vergers, le long des champs, des routes et des grandes lignes électriques au bord des bois et des clairières et même près de votre chalet d'été. Remarquez: calotte rousse, bec noir, une bande blanche au-dessus de l'oeil, un trait noir à travers l'oeil, poitrine toute d'un gris pâle, etc.
Si vous pensez rencontrer un Pinson familier qui a une tache foncée sur la poitrine, détrompez-vous, vous avez affaire à un Pinson hudsonien. Regardez bien: il n'a pas le bec noir ni la bande blanche au-dessus de l'oeil. C'est pourtant lui qui ressemble le plus à notre familier. Pour un commençant porteur de jumelles, il faut du temps et de la perspicacité pour démêler le bon parmi la quinzaine d'espèces de pinsons du Québec. S'initier aussi aux chants des oiseaux est très utile pour les identifier et tellement plus agréable.
Comme artiste notre Pinson familier est modeste et sans prétention. Son chant consiste à répéter rapidement une même syllabe: "tsi, tsi, tsi". On dirait une machine à coudre. Le domaine des Pinsons familiers s'étend de l'Alaska à Terre-Neuve. Plus nordiques à l'ouest du pays, ils se contentent du sud de notre province. Ils négligent un peu la Côte-Nord, la Baie James, l'Abitibi et le Lac-Saint-Jean. Ils nichent aussi aux États-Unis, au Mexique et jusqu'en Amérique Centrale. L'hiver ils se prélassent au soleil du Mexique et du sud des États-Unis, mais la fin d'avril nous les ramène avec l'excitation de la nidification. Toute la journée les mâles proclament leurs droits territoriaux. Aucune tolérance pour tout rival téméraire.
Placé dans un buisson, un arbuste ou la branche basse d'un arbre, le nid peut être la proie d'un chat ou d'autres ennemis. Chez les Pinsons familiers la ponte est de quatre oeufs et l'incubation dure une douzaine de jours. Grands consommateurs d'insectes de larves pour se nourrir et élever leurs petits, ils protègent nos arbres, nos jardins et nos champs. Bien sûr, comme pour les autres petits passereaux la nichée n'est pas protégée contre les corneilles, les mainates bronzés et les autres rapaces. Il n'est pas non plus à l'abri des manoeuvres des Vachers à tête brune qui font élever leurs petits par les autres.
Plusieurs de nos gens qui nourrissent les oiseaux en hiver ont pris l'habitude de continuer à garnir leurs mangeoires le reste de l'année. Il est rare que des Pinsons familiers passent l'hiver par ici. Le printemps, l'été et l'automne vous pouvez leur offrir du blé, du tournesol et du millet. Nous sommes en avril, c'est bientôt que nous entendrons le "petit moulin à coudre".
"Pouvez-vous, comme moi, chanter toutes les douze secondes?"
Nos ancêtres, venus de France, ont vite fait de se rendre compte que les oiseaux du Canada étaient presque tous différents de ceux de leur mère patrie. Il leur manquait en particulier les mélodies de leur artiste chanteur, le rossignol. Cependant, nos grands-pères ont tôt fait de remarquer le chant vif, en cascades musicales, d'un petit oiseau de la taille d'un moineau. Ils le baptisèrent "le rossignol" ou "le petit rossignol". Plus tard, les savants n'ont pas manqué leur coup en le nommant du nom officiel scientifique: "melospiza melodia". Le mot spiza se traduit par pinson et les deux autres mots consacrent les talents musicaux de notre oiseau.
Le couple élève deux ou même trois couvées par été. Le mâle a donc raison de célébrer sa joie de vivre tout en indiquant sa présence dans son territoire, en chantant durant toute la belle saison. On a minuté un Pinson chanteur: à environ toutes les douze secondes il lançait sa ritournelle pour totaliser plus de trois cents fois en une heure. Quant au cri d'alarme de notre pinson, il est spécial: pas aigu comme celui de la plupart des autres pinsons, mais plus doux et d'un timbre agréable facile à reconnaître.
La femelle fabrique son nid par terre, bien dissimulé dans la végétation. Plus tard en saison, alors que tout a poussé le deuxième ou le troisième nid pourra aussi être placé en sécurité sur un arbuste ou dans un buisson pas très haut. Les œufs, de trois à cinq, sont couvés par la femelle pendant près de deux semaines. Les Pinsons chanteurs nichent à partir de la limite des arbres au nord dans toutes les provinces du Canada et vers le sud jusqu'au milieu des États-Unis. Pour l'hiver, ils descendent plus ou moins au sud de leurs territoires d'été et souvent se rendent jusqu'au sud du Mexique. Comme ils sont très nombreux et d'une distribution très étendue, il n'est pas étonnant que les Pinsons chanteurs se soient différenciés en plusieurs sous-espèces: on en mentionne huit au Canada.
On peut observer les Pinsons chanteurs un peu partout sauf à l'intérieur des grands bois et des concentrations urbaines. Ils se nourrissent surtout de graines d'herbes sauvages. Parfois ils peuvent passer l'hiver près de chez vous. Offrez-leur du tournesol et du millet dans une mangeoire posée sur la neige. Ce sont des oiseaux robustes et vigoureux. Un printemps, j'en ai vu se baigner dans un petit ruisseau coulant entre bordures de glace.
Pas bagarreur: timide et paisible.
Beaucoup de gens n'ont pas vu cet oiseau: il est discret, timide et craintif. Il cherche à passer inaperçu et y réussit. Son plumage lui sert bien, rien de bien voyant dans son costume. Pour le voir, il faut se rendre dans les tourbières parsemées de buissons, d'arbustes et d'épinettes rabougris ou dans les prés humides garnis de talles de petits saules et d'aulnes. Ces endroits sont peu fréquentés par les humains et notre pinson en connaît toutes les cachettes. Son chant peut trahir sa présence mais, contrairement aux autres pinsons qui aiment se mettre en évidence pour chanter , lui, il préfère ne pas se montrer. D'ailleurs, il n'a pas les notes pures de la petite flûte du "Frédéric", ni les trilles bien scandées du Pinson chanteur. Son chant est doux, paisible et joyeux, ce qui lui va bien.
Les autres peuvent bien chanter pour revendiquer leurs droits territoriaux et défier les concurrents; lui, il semble chanter plutôt pour célébrer l'amour de sa compagne et sa joie de vivre. Il ne cherche pas la chicane et ne livre pas de rudes combats contre les intrus de son espèce qui voudraient envahir son territoire. Si vous approchez de son nid, il devient inquiet, tout énervé et ne tient plus en place; il devient ébouriffé et se faufile à travers les branches, lançant de petits cris. Chanceux si vous pouvez trouver son nid bien caché par terre parmi les herbes. Il devrait y avoir dans le nid quatre ou cinq oeufs ou des jeunes. La femelle couve seule pendant deux semaines. Les parents élèvent les jeunes à grandes becquées d'insectes. La nourriture des adultes comprend, outre les insectes, beaucoup de graines de mauvaises herbes.
L'aire de nidification du Pinson de Lincoln s'étend au Québec depuis le sud jusqu'à la baie d'Ungava. Il habite aussi toutes les autres provinces du Canada, ainsi que les Territoires du Nord-Ouest. Ce pinson niche en Alaska et aux États-Unis, dans le nord-est, au sud des Grands Lacs et dans l'ouest où s'étendent les Rocheuses. Il est très rare que les Pinsons de Lincoln demeurent chez nous en hiver. Comme la plupart des autres pinsons, ils descendent dans le sud, profitant de la chaleur, à partir du sud des États-Unis jusqu'en Amérique Centrale. Amateurs de mangeoires d'oiseaux, surveillez bien! Aux migrations de l'automne et du printemps ce gentil pinson pourrait vous faire la surprise d'une visite. Un peu timide, il recherche la compagnie d'autres espèces de pinsons pour voyager.
"Faites comme moi: soyez discret!"
La Laponie, pays du Grand Nord de l'Europe, a prêté son nom à cet oiseau que je vous présente. Le territoire de nidification du Bruant lapon ne se limite pas à la Laponie, il occupe tout le Grand Nord du globe. Les Bruants lapons descendent à l'automne passer l'hiver un peu partout aux États-Unis. Au printemps, ils remontent aux régions situées autour du pôle Nord pour y nicher. Le sud du Québec est sur la route de migration d'un grand nombre d'entre eux.
Quand se prépare la nidification, les oiseaux renouvellent leur plumage. Les mâles prennent un plumage plus voyant et plus coloré. Les femelles, pour assurer leur protection et celle de leur couvée, ont un plumage plus terne qui sert de camouflage dans leur environnement. Les Bruants lapons mâles ornent le dessus et le côté de leur tête d'un noir qui descend sur leur poitrine. Les photos illustrant cet article ont été prises à Québec, au printemps, alors que la mue était commencée. Elle se terminera à la fin du voyage. Ainsi qu'on peut le voir sur les photos, il est possible de les attirer en leur offrant du blé répandu par terre. D'autres graines peuvent servir également.
Les Bruants lapons portent au bout du doigt postérieur de leurs pattes un grand ongle, ou, si vous voulez, une grande griffe. C'est peut-être pour résister aux grands vents qu'ils affrontent dans leur environnement dépourvu d'arbres. Au Québec les Bruants lapons nichent à partir de la Baie James jusqu'au Grand Nord. Leur nid est fabriqué par terre avec du matériel végétal: fibres, mousse, etc. L'environnement offre une végétation basse avec quelques touffes d'herbe et quelques arbustes, mais sans aucun arbre.
La femelle pond en moyenne cinq œufs et les couve pendant près de deux semaines. Pour l'observateur, le Bruant lapon est un oiseau discret, presque toujours par terre. Il faudrait aller dans le Grand Nord pour l'entendre chanter.
Si vous m'entendez chanter, vous avez de la chance!
Une famille qui compte une trentaine d'espèces d'oiseaux aux couleurs plutôt discrètes peut présenter des cas plus difficiles d'identification. Aucun pinson n'est habillé de rouge, de jaune, d'orange ou de bleu, mais plutôt de brun et de gris. Ces petits oiseaux peuvent se comparer aux moineaux pour la taille et les couleurs, mais chaque espèce possède des traits immuables bien précis.
Le Pinson hudsonien, dont nous allons vous entretenir aujourd'hui, se distingue facilement des autres membres de la famille. Seul il porte cette tache foncée au milieu de la poitrine qui est toute gris pâle. Ne comptez pas cependant voir un couple de Pinsons hudsoniens nicher dans votre jardin. Pour trouver un nid, il vous faudra aller loin vers le nord, là où les arbres font place aux arbustes et aux herbages. Dans cet habitat, le Pinson hudsonien niche dans tout le nord du Canada. Consolez-vous, car vous pouvez observer de nombreux individus en migration au printemps et à l'automne. Si, de plus, vous entretenez des mangeoires, leur présence est assurée.
Ils arrivent tôt au printemps et s'attardent à l'automne, parfois même jusqu'en hiver, si vous résidez bien au sud du Québec. Habitués à un environnement arbustif où ils nichent en été, ils fréquentent en migration des milieux dégarnis: de grands arbres, bord des champs, buissons et arbustes sauvages ou d'ornement. Ils fouillent et grattent partout. Ils réservent leurs chants pour le temps des nids, loin de chez vous. Vous devrez vous contenter, tout comme moi, des enregistrements qui sont en vente: deux ou trois notes pures, sifflées, suivies d'un gazouillement. C'est agréable à entendre.
Les détails concernant leur nidification se retrouvent dans plusieurs publications. Ces données s'accordent avec ce que nous pouvons observer chez les autres pinsons de notre entourage. Le nid est le plus souvent par terre ou près du sol. La femelle pond de trois à cinq oeufs qu'elle couve pendant près de deux semaines. Les pinsons sont surtout des mangeurs de graines, ainsi que le suggère leur bec conique et pointu. Rien n'empêche de s'accorder parfois une gourmandise du côté des petits fruits.
Pour ce qui a trait au besoin indispensable de protéines, surtout pour les jeunes, les insectes sont naturellement au menu. Quand arrive l'automne, on déménage au sud du Canada et jusqu'au milieu des États-Unis. Préparez vos mangeoires!
Sans être Caruso, j'ai du potentiel!
Le plus important de nos pinsons du Québec, il a tout pour lui et d'abord la prestance. De plus, il y a son costume. Dans une famille où le camouflage prime sur la couleur, il pourrait faire des jaloux. Diverses teintes de brun allant presque jusqu'au rouge, et le gris-bleu en complément, c'est un assortiment remarquable. Bon chanteur à part ça et la famille de pinsons n'en manque pas. Sa voix riche porte au loin et ses notes bien liées expriment une assurance et un calme que n'ont pas d'autres chants de pinsons.
Sûr de lui, malgré son caractère un peu "sauvage", il peut chanter toute la journée au temps des nids. Même en route de migration au printemps et à l'automne, il laisse jaillir à l'occasion ses notes joyeuses. Ce pinson niche à Terre-Neuve et au Labrador ainsi qu'au nord du Nouveau-Brunswick. Au Québec, il se retrouve en Gaspésie, à l'île d'Anticosti, sur la Côte-Nord et à partir de la Baie de James vers le nord.
Dans l'ouest son domaine s'étend dans toutes les Montagnes Rocheuses, de l'Alaska jusqu'au sud des États-Unis. Bien sûr, dans toute la Colombie-Britannique et aussi dans le nord-est des autres provinces canadiennes. On passe l'hiver en grande partie au sud des États-Unis. Répandus sur un aussi grand territoire et voyageant surtout du sud au nord et du nord au sud, des groupes deviennent isolés les uns des autres. Ils ont pu évoluer au long des siècles en plusieurs races de la même espèce présentant des différences de taille et de couleur. On peut trouver dans l'est une race aux couleurs plus voyantes.
Les Pinsons fauves sont chez eux dans tout ce qui est broussailles et buissons le long des bois de conifères ou de feuillus. Pensez par exemple au Bas du fleuve où, sur les côtes et sur les îles, des conifères poussent entremêlés, écrasés par le vent. Un beau refuge pour les Pinsons fauves. Ils y ont la sécurité et la nourriture. Par terre la plupart du temps ce sont des champions gratteurs: par de vigoureuses ruades des deux pattes à la fois ils dégagent le sol pour y découvrir les insectes et les graines dont ils se nourrissent. Et gare aux feuilles mortes!
Il faut aussi penser au nid et l'environnement s'y prête. Bien dissimulé par terre ou sur les branches basses, le nid accueillera quatre à cinq oeufs que la femelle couvera pendant une douzaine de jours. C'est ensuite pour les parents la corvée sans répit pour remplir des grands becs ouverts, toujours insatiables, quand il y a de l'amour... Pour ceux d'entre vous qui sont plus au sud et dans l'ouest de la province, le seul espoir d'observer chez vous un Pinson fauve, c'est de gérer un poste d'alimentation au bord d'un bois. Au printemps ou à l'automne, lors de migrations, qui sait si un magnifique visiteur affamé n'appréciera pas votre accueil.
L'hiver nous présente des images merveilleuses: tant de lumière dans les champs tout blancs! La neige éblouissante est façonnée en formes douces ou tourmentées sculptées par le vent. C'est la paix, rien ne bouge. La vie est figée par le froid.
Mais voilà que tout se réveille et s'anime, quand survient un vol de Bruants des neiges. Il y en a 50, 200, 1 000 ou même davantage. Unis par une mécanique subtile et infaillible ils évoluent dans un parfait unisson, montent et descendent et tournent en montrant leurs dos foncés, puis leurs dessous tout blancs.
À cause de cette dernière manoeuvre, les gens du Grand Nord les ont vus comme un brouillard de neige, d'où le nom de "snow flakes" qu'ils donnent à ces oiseaux. D'un seul mouvement, ils s'abattent sur la neige pour manger les graines de mauvaises herbes sur les tiges qui émergent de la surface du sol.
C'est une course fébrile d'une herbe à l'autre et les becs sont nerveux pour tout glaner. À l'avant du groupe, c'est comme une vague: avec un coup d'aile on saute par-dessus ceux qui précèdent pour être premier à la prochaine touffe. C'est en même temps un joyeux gazouillis continuel.
Ils passent l'hiver dans nos régions et jusqu'au milieu des États-Unis. Quand la neige disparaît, au printemps, les Bruants des neiges remontent vers le nord pour nicher.
Au Canada la nidification a lieu tout à fait au nord du Québec, au nord des territoires du Nord-Ouest et dans toutes les îles polaires. La ponte est de 7 à 8 oeufs et comme c'est le cas pour les oiseaux de cette taille, l'incubation dure 12 à 13 jours.
À l'île d'Orléans, il y a bien des années, les gens capturaient les Bruants des neiges pour les vendre au marché, à Québec. C'était un mets recherché. Pour les attraper, on étendait sur la neige des nattes garnies de noeuds coulants en crin de cheval et saupoudrées de balle venant du fond des batteries de la grange. Cette balle contenait plein de graines de mil et de trèfle, bien appréciées des oiseaux qui, en se régalant, se prenaient aux noeuds coulants, par la patte ou par la tête.
Une vieille dame, qui a connu ce temps-là, affirme qu'une famille de l'Ile pouvait en capturer 30 000 au cours d'un hiver. Actuellement, les bruants sont protégés par la loi. Sont-ils nombreux? Le printemps dernier, à St-Michel de Bellechasse, j'en ai vu une troupe qui devait bien en compter 10 000. Venu des États-Unis, et en migration vers le nord, le groupe a dû s'adjoindre quantité d'oiseaux en cours de route.
Quel spectacle de les voir évoluer et se percher sur un orme; c'était comme si l'arbre avait retrouvé toutes ses feuilles.
"Je chante, quand ça me le dit. Et vous?"
A-t-il dérobé un coin du ciel pour en parer son plumage? Il n'en est pas moins vrai qu'une première rencontre avec cet oiseau reste inoubliable. Un peu de brun foncé sur les ailes et la queue, et tout le reste d'un bleu vif et profond. Pas mauvais non plus comme musicien: un chant dans la tonalité du Chardonneret jaune, mais moins énervé, plus serein. Trois paires de notes bien distinctes descendent en cascade rythmée, avec un pianissimo à la fin.
D'autres chanteurs donnent leur concert à des heures déterminées, comme au lever du soleil ou à la tombée de la nuit. N'allez surtout pas les déranger à la sieste du milieu du jour. Notre oiseau bleu, lui, chante quand ça lui plaît, à n'importe quelle heure de la journée et cela jusqu'à la fin de l'été, quand d'autres ont déjà démissionné depuis longtemps.
Les Bruants indigo sont particulièrement chez eux dans les endroits garnis d'herbages avec des arbustes, des buissons et quelques grands arbres. Vous les trouverez surtout dans les champs en friche, les bois en repousse, les clairières, au bord des routes et des plans d'eau. Ils semblent préférer les feuillus aux conifères. Pour observer les alentours et manifester sa présence, le mâle choisit un grand arbre ou un fil électrique comme tour de guet et tribune de soliste. Tout en bas, la femelle s'affaire aux tâches familiales; elle tresse le nid avec grand soin, assez près du sol et bien dissimulé.
Après la ponte de trois ou quatre oeufs, elle assumera presque entièrement l'incubation durant douze jours. Au début de l'été et surtout pour élever les jeunes, les insectes seront au menu. Par la suite, on sera mangeur de graines et parfois de petits fruits.
Le Bruant indigo est un oiseau de l'est de l'Amérique du Nord. Il est peu abondant chez nous et pas très nordique. Au pays, il niche à partir du Manitoba jusqu'au Nouveau-Brunswick, en évitant la Gaspésie. Il habite aussi toute la moitié est des États-Unis. Pour hiverner, il peut descendre jusqu'en Amérique Centrale et dans les îles avoisinantes. Vraie petite merveille de la nature, ce Bruant indigo.
Montrez l'image de cet oiseau à un jeune enfant et il vous dira : "C'est un pipit" et il aurait raison. C'est bien son nom en français et aussi en anglais. Les savants n'ont pas cherché longtemps pour lui trouver un nom. L'oiseau lui-même en a fait la suggestion en émettant ces deux notes : " tsip-it " ou " tsip-tsip ", lancées surtout en plein vol.
C'est un oiseau un peu brunâtre, de la taille d'un moineau, mais plus élancé, dont le bec est mince et la poitrine rayée et foncée. Il agite souvent la queue en marchant posément sans sautiller. Bien visibles, deux plumes blanches ornent les côtés de sa queue.
Les pipits, de la famille des motacilidés, comptent 48 espèces dont deux seulement se retrouvent au Canada : le Pipit d'Amérique et le Pipit des prairies. Les pipits nichent par terre, cachant leur nid dans les grandes herbes ou encore abrité à même une pierre ou même dans un amas de pierres. Le nid est construit avec des brindilles végétales. La ponte est de quatre ou cinq œufs couvés par la femelle seulement, pendant environ deux semaines. Pour hiverner, nos Pipits d'Amérique descendent aux États-Unis et jusqu'au Guatemala.
Les renseignements publiés dans cet article proviennent de mes observations personnelles et du volume Les oiseaux nicheurs du Québec.