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Les rubriques du Père Roger Larose


LISTE DES OISEAUX DANS CETTE PAGE
Bernache du Canada
Canard branchu
Canard colvert
Canard d'Amérique
Canard noir
Canard pilet
Canard souchet
Eider à duvet
Grèbe à bec bigarré
Harle, Grand
Harle huppé
Oie des neiges
Plongeon huard
Sarcelle à ailes bleues
Sarcelle d'hiver
 

L'OIE DES NEIGES

(L'Oie blanche)

Oie des neiges

À la fin de mars, suivant la vallée de la Chaudière, commencent à arriver les Oies blanches, dessinant de grands V dans le ciel et claironnant sans arrêt. Parvenues au Saint-Laurent elles vont occuper des battures à partir des îles du lac Saint-Pierre, jusqu'à Rimouski.

Leur nombre est passé de 3 000 qu'elles étaient au début du siècle à 300 000 environ actuellement. Uniquement végétale leur nourriture comprend les rhizomes de scirpes, de spartines et d'autres plantes des battures. Au besoin, toutes sortes de végétaux font l'affaire. Des champs cultivés sont aussi visités et dévastés, au désespoir des propriétaires.

Rien ne résiste à leur bec robuste et tranchant. Elles n'hésitent pas à plonger la tête dans la vase pour y trouver leur pitance. De cette pratique résulte la couleur de rouille de leur tête. Pendant qu'elles mangent ou se reposent la tête sous l'aile, quelques-unes la tête bien haute, en sentinelles, surveillent tout, prêtes à donner l'alarme.

Elles passent l'hiver au bord de l'Atlantique dans les marais du Delaware, de la Virginie et de la Caroline du Nord. D'un seul vol, montant jusqu'à 600 mètres elles font le voyage jusque chez nous. Après s'être bien reposées et bien nourries, elles repartent avant la fin de mai pour aller nicher dans les îles du Grand-Nord, non loin de la mer, surtout sur les pentes des ravins, en colonies pas très serrées.

La ponte est en moyenne de cinq œufs, couvés pendant 23 à 25 jours par la femelle seule. Le mâle surveille tout près du nid toujours au même endroit. Au départ la femelle prend soin de cacher les œufs avec le duvet du nid pour les protéger. Dès l'éclosion, les jeunes sont amenés sur des étangs où ils trouvent une certaine protection et une nourriture végétale adaptée à leur âge. Les belettes et les corbeaux sont les prédateurs des œufs ou des jeunes.

Les oies qui ne nichent pas, comme les vieilles ou les jeunes adultes en deçà de trois ans, passent l'été au bord de la mer ou dans les étangs. Au milieu de juillet, c'est la mue. Les oies perdent leurs grandes plumes qui seront renouvelées après 3 semaines. On est prêt à s'envoler vers le sud, la deuxième semaine de septembre: d'abord celles qui n'ont pas niché, ensuite les familles dont les jeunes se distinguent par leur plumage gris-bleu. Direction Cap-Tourmente et Montmagny. À l'automne il y a la chasse; les oies le savent et connaissent les réserves où les fusils ne tonnent pas.

Bien sûr, la chasse contrôlée est permise. Les chasseurs se servent d'objets blancs, comme des contenants vides en plastique, disséminés sur le sol pour inciter les oies à se poser ou à passer à portée de fusil. Gibier de choix pour les chasseurs, les Oies blanches sont sujet d'admiration pour les amateurs de la nature.

Au printemps c'était l'éparpillement, mais à l'automne ce sont les rassemblements monstres. On ne peut rester indifférent devant des dizaines de milliers d'oies qui en même temps prennent l'envol à grands coups d'ailes dans une clameur étourdissante. Au Cap-Tourmente, quand les oies sont du côté des falaises, ajoutez comme fond de scène la féerie des couleurs de l'automne! À mesure que l'automne avance et devient froid et triste les Oies blanches nous quittent pour les quartiers d'hiver. Fin novembre, il ne reste plus que les battures gelées. Au printemps prochain!

Article paru en avril 1990

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LA BERNACHE DU CANADA

Chez nous, c'est fort l'esprit de famille!Bernache du Canada

Les Bernaches du Canada sont des oies sauvages appelés aussi "outardes" par nos gens, comme Jacques Cartier autrefois les avait nommées. Les outardes, ce nom évoque chez nous de grands V dans le ciel, formés de files d'oiseaux puissants claironnant leur présence par de retentissants "karunk...karunk..."

Dans nos régions on les voit au printemps et à l'automne pendant leurs haltes migratoires. De l'Atlantique au Pacifique c'est le même phénomène. Les Bernaches du Canada ont l'habitude de s'organiser en clans et il en est résulté, au cours du temps, que certaines caractéristiques de couleur et de taille se sont développées chez les différentes colonies. De fait, une dizaine de races sont énumérées. Le poids des outardes peut donc varier de deux à huit kilos (de 5 à 18 livres). Les plus petites sont de la grosseur des canards et les plus grandes peuvent atteindre près de deux mètres d'envergure (6 pieds).

Elle nichent dans le Nord, mais sans dépasser la partie sud de l'île de Baffin. Il s'en trouve aussi à Natashquan et à l'île d'Anticosti. Les couples font leur nid dans les grands marécages ou près des étendues d'eau. La femelle pond cinq à six oeufs et se charge de l'incubation qui dure environ 25 jours. Le mâle fait le guet et chasse les prédateurs.

Après l'éclosion, la famille se rend à un lac ou à un étang pour se nourrir de plantes aquatiques et aussi de baies sauvages de la toundra. A l'automne et au printemps les Bernaches du Canada cherchent leur nourriture sur les rivages, les champs cultivés et les marécages. Elles aiment particulièrement les grains de maïs, de blé et autres céréales laissées après les moissons.

Pour l'hiver, la plupart descendent presque au golfe du Mexique. Cependant, de petits groupes restent à Terre-Neuve, au sud de l'Ontario et en Colombie Britannique. La Bernache du Canada est un oiseau prudent, circonspect, toujours sur le qui-vive. Les chasseurs le savent: il n'est pas facile de l'approcher, car les sentinelles donnent l'alarme. Sa chair est très appréciée.

Chez les outardes les liens familiaux sont très forts: les couples s'unissent pour la vie et les jeunes restent avec les parents jusqu'à la nidification suivante. S'il arrive qu'un petit est séparé de sa famille, d'autres adultes vont l'adopter. La splendeur de l'automne, c'est aussi un vol d'outardes suivant la vague d'un invisible sillage.

Article paru en septembre 1990

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LE CANARD SOUCHET

Qu'avez-vous à regarder mon bec?Canard souchet

Il l'a, le bec! En le voyant, vous ne pouvez pas vous tromper. Aucun autre canard ne porte un tel bec. On peut remarquer aussi chez le mâle les couleurs bien contrastées: du blanc, du roux, du vert foncé. Pour ce qui est de la femelle, le bec suffira. Chez les canards, la femelle, en vue d'une plus grande protection pour elle-même et sa couvée, est camouflée avec du gris et du brun. D'une espèce à l'autre, les femelles se ressemblent et deviennent donc plus difficiles à identifier.

Le souchet a déjà porté le nom scientifique de "spatula" et cela se comprend. En anglais, le nom populaire est "shoveler" ou le pelleteur, en voulant désigner son bec, ainsi que l'utilisation qu'il en fait. On peut bien rire de son bec, mais rien n'empêche que c'est un instrument très utile et d'une efficacité garantie. Fixées au bord du bec, des rangées de lamelles peu espacées forment comme un peigne qui sert de filtre. En "pelletant" dans l'eau et la vase, ce filtre garde à l'intérieur du bec tout ce qu'il rencontre. Ensuite, il laisse passer l'eau et la vase et retient à l'intérieur ce qui est bon à manger: des lentilles, des petits mollusques, des têtards, des petits poissons, des insectes aquatiques, etc. Le Canard souchet préfère les endroits dégagés et marécageux, où se trouvent des plans d'eau profonds et aux fonds vaseux: petits lacs, étangs et petits cours d'eau lents. Contrairement à beaucoup d'autres canards, le souchet, nerveux, peut d'un saut se mettre en vol.

Le couple s'établit dans son territoire que le mâle défend avec vigueur, surtout contre les autres souchets. Le nid est bien caché dans les hautes herbes. En général, l'eau n'est pas loin. La femelle pond jusqu'à une douzaine d'œufs et se réserve l'incubation qui dure trois semaines. Le mâle quittera la femelle à la fin de l'incubation. En effet, c'est pour lui le temps de muer: ses plumes tombent et sont remplacées par de nouvelles plumes, même celles dont il a besoin pour voler.

Dès l'éclosion, la femelle conduit ses petits vers l'eau. C'est là qu'ils vont se nourrir et grandir. À l'automne, ces petits canetons duveteux devront être capables de s'envoler vers le sud. La distribution géographique des souchets occupe presque tout le nord de l'Europe et de l'Asie. En Amérique, ils se retrouvent principalement à partir de l'Alaska jusqu'au Manitoba et dans le nord-ouest des États-Unis. Au Québec, leur présence est passablement disséminée, mais le plus grand nombre se retrouve le long du Saint-Laurent vers l'est, jusqu'à Trois-Rivières.

Article paru en novembre 2000

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LE CANARD D'AMÉRIQUE

"Tête chauve: tu parles d'un nom!"Canard d'Amérique

Vraiment! Un de nos beaux canards. On peut remarquer les grandes plumes de couleur pâle avec la ligne foncée au centre et les grandes plumes noires bordées de blanc. Bien sûr, le dessus de la tête attire aussi l'attention et lui a valu de la part des chasseurs américains le surnom de baldpate (tête chauve). Si vous avez l'occasion d'entendre les petits sifflements du mâle, vous réaliserez la pertinence du choix de son nom de "siffleur". Pourquoi d'Amérique? Pour le distinguer du Canard siffleur d'Europe. Aux États-Unis son nom officiel est: American Widgeon, d'après ses petits sifflements qui semblent dire: "wid, wid, widgeon".

Les canards siffleurs font partie du groupe de canards surnommés "barboteurs" qui se nourrissent à partir de la surface de l'eau. Les autres se nomment "plongeurs".

Les plantes aquatiques forment le plat de résistance des Canards siffleurs d'Amérique, comme pour beaucoup d'autres canards. Ils se tiennent dans les lacs, les étangs et le long des cours d'eau, partout où l'eau est peu profonde et où ils peuvent se nourrir facilement.

Pour nicher, le couple choisit un endroit caché dans les hautes herbes et au sec, plus ou moins loin des plans d'eau, où ils évoluent habituellement. On sait qu'en général les canards ont une couvée assez nombreuse. La couvée des Canards siffleurs d'Amérique peut se chiffrer aux alentours d'une dizaine d'œufs. L'incubation, assumée par la femelle seule, peut durer un peu plus de trois semaines, comme pour la plupart des autres espèces de canards. Par sa distribution géographique, le Canard siffleur d'Amérique peut être qualifié de canard de l'ouest, aussi bien au Canada qu'aux États-Unis. Au nord il est présent jusqu'en Alaska. Il y en a en Ontario, mais pas tellement au Québec où, cependant, sa présence augmente depuis quelques années. Il aime moins les endroits montagneux et les grandes forêts. La vallée du St-Laurent lui convient, surtout dans le sud-ouest. On peut quand même le rencontrer dans l'est, vers l'Atlantique.

Pour hiverner, bon nombre de Canards siffleurs d'Amérique bravent le froid jusqu'au nord de la moitié des États-Unis. Les autres cherchent la chaleur plus au sud, jusqu'en Amérique Centrale.

Article paru en novembre 2001

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LE CANARD PILET

Canard pilet

Un grand cou, des ailes étroites et longues, une queue effilée, voilà le Canard pilet: le plus élancé, le plus élégant, le plus gracieux et pour le vol, le mieux profilé des canards. Paré de ses couleurs nuptiales, le mâle connaît peu de rivaux; on ne se lasse pas de l'admirer. Quant à la femelle, son plumage brun et gris, moins visible, lui sert de "camouflage" dans son environnement. À retenir qu'elle seule fabrique le nid, couve les oeufs et s'occupe des canetons.

Au temps de la nidification, les Canards pilets fréquentent les eaux peu profondes: marais, étangs, petits lacs, etc. car ils font partie du groupe des canards barboteurs. Ils ne plongent pas. Pour se nourrir, à partir de la surface de l'eau, ils enfoncent la tête le plus possible, pointant la queue vers le haut et dans une drôle de gymnastique, gardent l'équilibre en "pédalant" des pattes. Un bec plat indique qu'ils se nourrissent en grande partie de matières végétales.

La femelle pilet fait son nid assez près de l'eau et y conduit aussitôt ses canetons, au nombre de 7 à 10. Les couvées nombreuses ne sont pas un luxe, car j'ai vu moi-même, aux îles du Lac Saint-Pierre, de nombreux nids pillés vraisemblablement par les ratons laveurs, les moufettes ou encore par les goélands. Durant l'été les canards muent, perdent leurs longues plumes et ne peuvent voler. Dans l'intervalle, les grandes herbes leur servent de refuge. La nouvelle livrée rend les Canards pilets semblables aux femelles et ce n'est qu'à l'automne que les mâles reprendront leur brillant plumage.

En Amérique du Nord, le Canard pilet est le deuxième ou troisième plus abondant des canards et celui qui couvre le plus grand territoire. Il niche dans tout le Canada, mais surtout dans l'ouest. Depuis quelques années, on note une augmentation dans l'est. Aux États-Unis, il occupe tout l'ouest. L'hivernement se fait au sud: États-Unis, Mexique, etc. Plusieurs demeurent dans les Maritimes, aux Grands-Lacs et au sud de l'Ontario.

C'est maintenant l'automne: temps de la chasse. Et les chasseurs vous diront: "le Canard pilet, c'est un bon gibier dans notre assiette".

Article paru en septembre 1989

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LE CANARD NOIR

"Mon faible, je l'avoue, c'est le riz"Canard noir

Le Canard noir a toujours été connu comme le mieux coté des canards de l'est du pays. Gros, charnu, délicieux sur la table, il est aussi un défi pour le chasseur. Toujours aux aguets et rapide à l'envol, il est difficile de l'approcher. Pourquoi l'avoir appelé "noir", alors qu'il est plutôt brun? Si on le voit de loin, sa couleur est foncée et sans contraste, par opposition aux autres canards qui ont des teintes plus pâles ou des couleurs vives et contrastées.

Le Canard noir niche au Canada à partir du Manitoba jusqu'au Labrador. Il se retrouve aussi dans le nord-est des États-Unis. La femelle choisit un endroit tranquille, pas très loin de l'eau, pour y faire son nid. Le nid est par terre dans les herbages ou même dans le creux d'un arbre ou sur une grosse fourche. La ponte est de neuf œufs environ. La mère attend l'arrivée du dernier œuf pour commencer à couver. Il est très important que les petits éclosent en même temps: aussitôt après l'éclosion, tous ensemble on s'en va à l'eau. La nourriture des Canards noirs comprend majoritairement des matières végétales: feuilles, pousses et graines de plantes aquatiques ou autres. Ils raffolent du riz sauvage qui pousse dans nos cours d'eau. Comme ils ne plongent pas mais se contentent de barboter, la tête dans l'eau et la queue en l'air, ils fréquentent les eaux peu profondes: marécages, étangs, bords des lacs et là où le courant est lent, enfin partout où peuvent pousser les plantes aquatiques.

Les canards subissent une mue durant l'été: les plumes des ailes tombent et ils ne peuvent voler jusqu'au renouvellement de leur plumage. Les mâles, à qui cela arrive d'abord, restent cachés pour se protéger. Pendant ce temps, les femelles s'occupent du nid, des œufs et des jeunes. Quand la tâche des mères est terminée, alors qu'apparaissent les grandes plumes des jeunes, les femelles commencent à muer à leur tour et vont rejoindre les groupes de mâles des alentours. Tout le monde sera réuni à la fin de l'été pour l'automne et la migration. Les Canards noirs hivernent sur les bords de l'Atlantique à partir de Terre-Neuve, vers le sud jusqu'en Floride, aux Bermudes et dans le golfe du Mexique. Régulièrement, plusieurs canards bravent l'hiver dans les eaux de glace, spécialement aux rapides de Lachine, près de Montréal.

Il y a quelques années, en janvier, j'allais en raquettes dans les champs, au bas des côtes de Charlesbourg. Imaginez le gros froid et la neige épaisse partout. Soudain un Canard noir s'envole devant moi d'un petit étang non gelé alimenté par des sources. Bien sûr, par la suite, je lui ai apporté du grain et des croûtes de pain.

Article paru en octobre 1992

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LE CANARD BRANCHU

"J'ai remporté le prix de beauté"Canard branchu

En fait de beauté aucun autre canard ne peut l'approcher. Silhouette et couleurs: rien ne lui manque. Il est considéré comme le plus beau de nos canards sauvages. Il a même été classé parmi les plus beaux oiseaux du monde. Le nom scientifique latin qu'on lui a choisi Aix Sponsa en est témoin. Aix est le nom d'une classe d'oiseaux aquatiques et Sponsa veut dire "mariée" ce qui évoque un canard en vêtement de mariée.

Il y a quelques années on l'appelait "canard huppé". La nouvelle appellation de Canard branchu fait moins romantique, mais souligne le fait qu'il peut se percher dans les arbres. En fait pour nicher il utilise un trou dans les gros arbres creux, soit qu'il ait été creusé par un pic ou résulte de la pourriture dans un arbre mort.

Au temps de la colonisation, aux États-Unis et chez nous, il y avait surtout de la forêt, et les Canards branchus y trouvaient les arbres pour y nicher. Avec l'expansion de l'agriculture tout a changé et les gros arbres creux sont devenus rares. Il faut ajouter qu'il y a de la concurrence dans l'utilisation de ces arbres. D'autres espèces de canards les utilisent également: les Becs-scie couronnés et les Grands Becs-scie. Il y a pour ces canards un allié naturel, et c'est le castor. Il construit les barrages et ainsi de gros arbres sont inondés. Une fois morts, ils peuvent devenir avec le temps des sites possibles de nidification. On a réalisé quand même que les Canards branchus s'en allaient vers l'extinction. Les amis de la nature et les chasseurs ont trouvé la solution. Ils ont fabriqué des milliers de nichoirs pour ces canards: de grosses boîtes en bois munies d'une entrée assez grande pour ces canards. Et c'est le succès! Ces canards se sont beaucoup multipliés et leur présence prend de l'expansion au Québec.

À l'arrivée du printemps la femelle choisit l'endroit où faire son nid. Elle pond une douzaine d'œufs et les couve pendant un mois. Peu après l'éclosion les jeunes sautent dans le vide vers le sol. Ils se nourrissent en premier lieu d'insectes, et de plantes par la suite. Le Canard branchu est essentiellement un canard des sous-bois où il se promène pour manger des fruits, des graines, des glands et des insectes. Il fréquent aussi les étendues d'eau peu profondes pour se nourrir de plantes aquatiques. Quand arrive l'automne nos Canards branchus descendent vers le Mexique pour y passer l'hiver.

Article paru en janvier 2002

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LE CANARD COLVERT

(Le Canard mallard)

Ma tête et mon cou surprennent à tout coup!anard colvert

Le canard "par excellence". D'autres canards peuvent attirer l'attention par des couleurs voyantes, alors que lui se présente dans une mise plutôt sobre, classique. D'autres encore exhibent une silhouette élancée; lui, est bien bâti, gros et puissant. On reconnaît le mâle à sa grande taille, à son cou et sa tête d'un beau vert luisant, sans oublier les deux petites plumes qui retroussent à la queue. Comme chez tous les canards, le costume de la femelle, peu voyant, lui permet de passer inaperçue. Canard puissant, voyez-le s'élancer de la surface de l'eau mouvante pour un envol instantané.

Pas étonnant qu'il soit un gibier très apprécié des chasseurs. Il a aussi ses attraits pour les non-chasseurs. D'un naturel confiant, les mallards se laissent apprivoiser facilement si on leur présente du grain ou des morceaux de pain. C'est un plaisir surtout de voir une mère et ses canetons manger à vos pieds. Par exemple, au parc de Maizerets à Québec et aux sentiers de la nature au nord du lac Saint-Charles, les gens ont l'habitude de les attirer en les nourrissant.

On peut comprendre que depuis les temps anciens les mallards ont été domestiqués et ont donné naissance à peu près à toutes les races de nos canards de basse-cour. Communs depuis toujours, ils sont répandus partout dans le monde, en Amérique, en Europe, en Asie et en Australie. Au Québec ils étaient rares au début de ce siècle. Actuellement on en voit des deux côtés le long du fleuve Saint-Laurent et dans les îles. Ils nichent un peu partout où il y a des terres en culture, au sud de la province et jusque sur la Côte-Nord et en Gaspésie. Ce sont des canards d'eau douce et vous les verrez rarement en eau salée.

Le Canard mallard niche d'habitude par terre et pas trop loin de l'eau. Le nid est bien caché dans les herbages. Tous les habitats sont possibles: un champ, un bois, une île, un marais, le bord d'un étang, d'une rivière, du fleuve, etc. La femelle couve seule ses oeufs (de six à une douzaine), pendant près d'un mois. L'incubation commence après la ponte du dernier oeuf, de sorte que l'éclosion se fasse en même temps. Alors toute la famille, sous la conduite de la mère, se hâte vers l'eau qui est parfois assez éloignée. Le mâle a déjà pris le large dès les débuts de l'incubation. Les jeunes se nourrissent eux-mêmes, sous la protection de la mère.

Au début, les insectes sont au menu. Peu à peu, à l'exemple des adultes, on se nourrit surtout de graines et de pousses végétales. Il faudra bien six semaines pour que les jeunes grandissent et soient capables de s'envoler. L'automne arrive et nos mallards vont passer l'hiver dans l'est des États-Unis. Ce n'est pas le froid qui les chasse mais le besoin de nourriture. Vous pourrez voir un nombre de mallards habitués à se faire nourrir par les gens, affronter l'hiver par chez nous dans des endroits où l'eau ne gèle pas.

Comme on dit: C'est pas évident! Faut le faire!

Article paru en septembre 1999

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LE GRÈBE À BEC BIGARRÉ

Je suis timide, mais mon cri est remarquableGrèbe à bec bigarré

Un canard en raccourci, armé d'un bec pointu. Comme ornement: un cercle noir autour du bec et une tache noire sur la gorge. Même accoutrement pour les deux sexes. Rien d'élégant ou de voyant: du gris, du brun et du noir. Se faire remarquer? Le grèbe n'y tient pas. Timide et aux aguets il passe le meilleur de son temps caché dans la végétation aquatique d'un lac, d'un marécage ou d'une rivière tranquille. Il pourra s'aventurer dans des plans d'eau dégagés, si tout est calme et que personne n'est en vue. Pas de chicane non plus avec d'autres couples: ils sont loin et ne se voisinent pas.

Devant le danger, le meilleur refuge est la plongée. Pour un grèbe s'envoler est un exploit. Il lui faut une certaine longueur de piste sur une surface d'eau dégagée. On reconnaît en cela leur parenté avec les huards. La plongée se fait sans bruit, sans éclaboussure. Il lui suffit, pour s'enfoncer, de se débarrasser du surplus d'air qu'il y a entre les plumes. La tête et le cou peuvent rester hors de l'eau en guise de périscope, si on veut. Une autre similitude avec les huards, c'est la puissance de la voix. Bien caché dans les grandes herbes (c'est moins gênant pour un timide), le mâle Grèbe à bec bigarré pousse une série d'une dizaine de cris qui porte jusqu'à un mille. Cela se produit surtout au temps des amours, alors que le mâle a peine à contenir son énervement.

On choisit pour le nid un endroit secret où l'on peut arriver et partir en plongée. Mâle et femelle s'affairent à entasser des débris végétaux pour fabriquer un radeau flottant amarré aux tiges solides des grandes plantes, qui sont enracinées au fond de l'eau. On construit parfois sur le fond, là où c'est peu profond. La ponte est de quatre à sept œufs et les deux parents assurent l'incubation qui dure trois bonnes semaines. Dès l'éclosion les poussins, habillés de duvet, les yeux grands ouverts, émerveillés, sautent à l'eau, cette eau qui vous porte en vous laissant libre de tous les caprices de vos ébats: que c'est amusant. Suffit! Il faut partir et trouver sa nourriture. Papa prendra quatre petits sur son dos et maman les trois autres... chacun de son côté à travers les joncs. Continuellement on chuchote et on se parle pour garder le contact.

Les insectes sont au menu pour les jeunes: larves aquatiques, nymphes de libellules, etc. À mesure qu'on grandit, amenez- en des escargots, des sangsues, des petits poissons, des têtards... Les Grèbes à bec bigarré sont présents presque partout dans les deux Amériques. Au Québec, ils se limitent au sud. Arrivés au printemps, dès que la glace est partie, ils resteront jusqu'à ce que la glace s'annonce à l'automne. Pour un plumage un peu plus sobre en hiver, ils laissent de côté l'anneau noir autour du bec et la tache noire de la gorge. Nos grèbes vont hiverner au sud des États-Unis.

Article paru en mai 1997

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LA SARCELLE D'HIVER

(La Sarcelle à ailes vertes)

"Aussitôt nées, aussitôt à l'eau; c'est comme ça!"Sarcelle d'hiver

Une beauté de canard! Chez le mâle au printemps on remarque la tête rousse ornée d'une bande verte et le ventre qui est blanc. Quant au "miroir" (speculum en langage savant), la partie de l'aile souvent colorée chez les canards et qui s'étale au vol, il est vert avec une bordure blanche. C'est ce qui justifie le nom de Sarcelle à ailes vertes. Les sarcelles sont des espèces de canards parmi les plus petits. La plus petite des sarcelles, c'est même la Sarcelle à ailes vertes (poids de 1/2 à 1 livre). Elle n'est pas complexée pour autant. Peu d'autres canards peuvent la suivre au vol. Elle est imbattable en vitesse et en acrobaties.

Elle fait partie du groupe que l'on a qualifié de canards barboteurs et plus précisément ceux qui, pour se nourrir, étirent le cou vers le fond de l'eau, le corps à moitié immergé et l'arrière pointé vers le ciel. En comparaison, les "plongeurs" nagent sous la surface de l'eau pour trouver leur pitance. Cependant, notre sarcelle "barboteuse" n'hésite pas, pour fuir un danger, à plonger pour aller refaire surface au loin. Les Sarcelles à ailes vertes ont pour domaine tout le nord du Canada et de l'Alaska. Dernièrement les savants ont décidé que les Sarcelles d'hiver habitant le nord de l'Europe et de l'Asie étaient une race formant une même espèce avec la race des Sarcelles à ailes vertes. Quelle grosse famille! Au Québec nos Sarcelles à ailes vertes nichent à partir du sud jusqu'à la baie James et au Labrador. On peut les voir par milliers, lors des migrations du printemps et de l'automne, au Cap-Tourmente et dans les îles de Montmagny. A l'automne c'est le rassemblement pour aller hiverner surtout aux États-Unis.

Comme elles se chiffrent par millions au Canada on pourrait s'attendre à les voir en grand nombre durant la saison des nids. Non, elles ne nichent pas en grosses colonies, comme les Eiders à duvet par exemple, mais elles s'éparpillent sur d'immenses territoires.

Pas facile de trouver un nid de Sarcelle à ailes vertes: les grandes herbes poussant drues sont des bonnes cachettes. Le nombre d'oeufs par couvée atteint souvent la douzaine et l'incubation par la femelle dure trois semaines. Les jeunes éclosent le même jour et vite le cortège, avec la mère en tête, gagne l'élément vital: une étendue d'eau. Il faut pour les jeunes grandir vite avant la migration d'automne. Pas question de nourrir cette troupe à la becquée. Ces petits gloutons savent ce qu'il faut manger. Au menu: des insectes aquatiques et d'autres bestioles qui vivent dans l'eau et aussi des graines de plantes du milieu. La présence de la mère, c'est la protection. Attention aux goélands, aux corneilles, aux Busards des marais, aux renards. Les jeunes, s'ils échappent à ces ennemis et au fusil des chasseurs à l'automne, pourront, pour les plus vigoureux, vivre jusqu'à une vingtaine d'années. Bonne chance à ces mignons et gracieux petits canards!

Article paru en octobre 1998

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LA SARCELLE À AILES BLEUES

"Si j'ouvre mes ailes, vous allez me reconnaître"Sarcelle à ailes bleues

Les sarcelles sont simplement des canards du genre modèles réduits. Pour justifier leur nom les Sarcelles à ailes bleues n'ont qu'à ouvrir leurs ailes et montrer la large bande bleue, qui n'est pas visible sans cela. Cependant, on peut identifier tout de suite le mâle de cette espèce par le croissant blanc, bien voyant, en avant de l'oeil. Au Québec leur territoire de nidification va jusqu'à la Baie de James et comprend jusqu'à la Gaspésie à l'est. Dans le reste du Canada il s'étend depuis l'Ontario jusqu'au Yukon. Il couvre aussi, aux États-Unis, tout le nord-ouest. Pas de Sarcelles à ailes bleues dans l'ancien monde: car c'est l'Amérique qui s'en réserve l'exclusivité.

Les sarcelles sont des canards d'eau douce qui fréquentent les rivières, les ruisseaux (même les plus petits), les marécages, les étangs et les lacs. La femelle cache son nid dans les herbes et pas trop loin de l'eau. Elle pond neuf à douze oeufs et les couve seule. Après la ponte le mâle ne s'occupe plus de rien: c'est de règle chez tous les canards. Le bec plat, comme en portent la plupart des espèces de canards, indique la préférence des Sarcelles à ailes bleues pour la nourriture végétale. Elles pourront quand même, à l'occasion, apprécier des colimaçons ou des insectes.

On les classe parmi les canards barboteurs, vous savez, ces canards qui de la surface de l'eau tendent le cou vers le fond et "pédalent" dans l'eau pour se tenir en équilibre le derrière en l'air. N'en demandez pas trop aux Sarcelles à ailes bleues; elles se contentent de glaner ce qui traîne à la surface. Les plus hardies iront parfois fouiller dans le fond des endroits peu profonds tout en restant confortablement à l'horizontale.

Vers la fin de l'été, avant l'ouverture de la chasse, c'est la migration vers le Sud. C'est peut-être parce qu'elles ne connaissent pas les humains de chez nous comme des chasseurs qu'elles sont moins méfiantes que la plupart des autres canards. Une autre raison de partir tôt, ce sont les grandes distances à parcourir. Nos Sarcelles à ailes bleues dépassent presque toutes la limite sud des États-Unis et les plus aventureuses iront jusqu'au Brésil et en Équateur.

Pour finir, je tiens à vous raconter un souvenir qui m'est resté bien vivant à la mémoire. Dans un boisé, en arrivant près d'un tout petit ruisseau, j'ai surpris une mère Sarcelle à ailes bleues avec sa jeune couvée. Elle s'est immobilisée à la rive et les petites se sont toutes collées sur elle. Et puis on ne bouge plus. J'étais tout près, à une dizaine de pieds. J'ai reculé lentement, lentement, pour m'éloigner sans les énerver.

Article paru en mai 1995

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L'EIDER À DUVET

"Plus doux que moi tu meurs!Eider à duvet

Le mot eider, comme "espèce de canard sauvage", est familier aux amateurs de mots croisés. Les Indiens l'appellent "moyac", comme bien des gens de l'estuaire du St-Laurent. C'est précisément le fameux duvet qui fait la renommée de l'eider. La femelle s'en départit pour garder chauds ses oeufs et aussi pour les cacher pendant qu'elle laisse le nid en quête de nourriture. Tôt après l'éclosion, les jeunes quittent le nid et on peut recueillir ce duvet. On en fabrique des tissus très chauds, des sacs de couchage et des couvertures nommées édredons. Cet usage est très ancien en pays scandinaves où les Eiders à duvet sont même à demi domestiqués.

Surprenante la qualité de ce duvet. Lors d'une démonstration que j'ai vue on a pris une grosse boule de duvet et on l'a comprimée en un tout petit volume dans le creux de la main. Dès que la main s'est ouverte, le duvet a repris instantanément son volume initial. Très léger, il faut dépouiller jusqu'à 40 nids pour en obtenir une livre. Au Québec la Société Duvetnord a le privilège exclusif de ramasser le duvet dont les revenus des ventes servent à acheter des terrains ou des îles pour en faire des sanctuaires naturels.Les Eiders à duvet se trouvent dans tout le nord du globe: en Amérique, en Europe et en Asie. Canards de mer, ils nichent dans les îles et sur les côtes. Vous pouvez les observer spécialement dans l'estuaire et le golfe du St-Laurent.

Les canards noirs et blancs portent d'habitude le blanc en dessous et le noir en dessus. Pour les Eiders à duvet c'est le contraire. Autre originalité: les eiders en vol font alterner des séries de battements d'ailes avec des bouts de vols planés. Ils aiment voler en file en rasant les vagues. Ils doivent plonger pour se nourrir, et les mollusques au menu sont souvent en eau profonde. On niche en colonies et non loin de l'eau. Le nid peut être abrité par une palette naturelle de rocher ou caché dans des herbages. La femelle couve ses oeufs (de 4 à 6) pendant 28 ou 29 jours. Les jeunes mâles attendent leur quatrième année pour endosser leur costume définitif. Les eiders chanceux pourront vivre près de 20 ans. Chez eux, les liens familiaux ne sont pas forts; c'est plutôt le clan qui est important. Aussitôt que les poussins fraîchement éclos arrivent à la mer, plusieurs nichées sont prises en charge ensemble en "garderies" par deux ou trois femelles libres ou immatures qui s'occupent tant de leur éducation que de leur sécurité. Les accidents sont assez nombreux: le petit poussin qui s'éloigne du groupe est gobé et avalé tout rond par un goéland. Quant aux adultes qui évoluent dans différentes mers avec les saisons, ils sont souvent la proie des phoques, des cachalots et des requins. C'est une loi inévitable de la nature.

Article paru en octobre 1993

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LE GRAND HARLE

(Le Grand Bec-scie)

"À tout le moins, on ne nous mangera pas!"Grand Harle

Le mâle Grand Bec-scie a le dos et la tête foncés et le bec rouge. Le reste est blanc. La femelle a le corps gris et la tête ornée d'une huppe brun-roux. Nous avons au pays le Bec-scie couronné, le Bec-scie à poitrine rousse et le Grand Bec-scie. Ce sont de très beaux canards, pour ce qui a trait à l'élégance et aux couleurs.

Les mots bec-scie viennent de ce que les bords de leur bec étroit sont en forme de petites dents. C'est pratique pour capturer les petits poissons, dont ils font leur principale nourriture. Le Grand Bec-scie se range parmi les plus gros de nos canards sauvages, il se retrouve en eau douce dans presque toute la partie nord du globe. C'est un canard hardi et robuste, qui se plaît dans les plans d'eau de nos forêts. Vous pouvez même le voir en plein hiver, là où l'eau n'est pas gelée. Cependant, à l'automne la plupart d'entre eux descendent vers le sud, et un grand nombre atteindront le sud des États-Unis et le Mexique.

Très tôt au printemps les Grands Bec-scies reviennent occuper l'endroit où ils nichent chaque année. Ils préfèrent nicher dans le creux d'un gros arbre et même à une hauteur d'une cinquantaine de pieds ( 16 mètres ) et plus. La femelle pond sa douzaine d'œufs ou un peu moins et les couve pendant environ un mois. Le lendemain de l'éclosion, les petits décident de sauter du nid, quelle qu'en soit la hauteur. Il semble qu'ils arrivent en bas sans trop de dommage. On comprend que les gros arbres creux ne soient pas toujours et partout disponibles.

Des couples se contentent d'un trou dans une falaise. D'autres cachent leur nid posé par terre dans un buisson ou de grandes herbes. Les jeunes peuvent voler vers l'âge de deux mois. Les bec-scies se nourrissent surtout de petits poissons, ce qui comprend les jeunes saumons, les jeunes truites et d'autres poissons appréciés des pêcheurs. Par contre les chasseurs de canards sauvages ne gaspillent pas leurs plombs pour un Grand Bec-scie, en raison du mauvais goût de sa chair. Un de mes amis, chasseur de canards depuis toujours, m'a dit: "C'est pas mangeable!" Les Grands Bec-scies peuvent donc se multiplier en toute sécurité.

Article paru en juin 2001

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LE HARLE HUPPÉ

(Le Bec-scie à poitrine rousse)

Ne faites pas un plat avec moi!Harle huppé

Qu'ils sont splendides les Becs-scie à poitrine rousse: élégants de forme et de costume. Le nom même leur vient de leur bec droit dont le bord est façonné comme en petites dents de scie. Quant au nom scientifique latin: «mergus», il a la même racine que les verbes français immerger et submerger, mettant en évidence la qualité de plongeur de ce canard.

Mâle et femelle sont différents de plumage. La femelle, naturellement d'apparence plus effacée en vue de la protection de l'espèce, est quand même loin d'être dépourvue d'attraits.

Les pays du nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique du Nord offrent des sites de nidification aux Becs-scie à poitrine rousse. Ce sont des canards plus nordiques que la plupart des autres canards et ils préfèrent en général l'eau salée à l'eau douce. Dans l'Ouest, ils nichent en Alaska et au nord-ouest du Canada. Dans l'Est, c'est à partir du sud jusque dans la Terre de Baffin. Aux États-Unis, on les trouve seulement au nord-est, près de la frontière. Au Québec, plus nombreux en eau salée, ils sont quand même disséminés un peu partout ailleurs.

Quand vient le temps de nicher, on cherche, dans divers habitats et non loin de l'eau, un endroit pour y dissimuler le nid posé par terre. Les buissons, les branches basses des arbres, les tas de bois de grève, les creux dans les rochers, servent d'abris. La couvée est de huit oeufs en moyenne et c'est la femelle qui s'occupe de l'incubation qui dure un mois. Après la ponte, le mâle disparaît pour aller en cachette changer de plumage. À peine éclos, les jeunes quittent le nid avec la mère: «à l'eau tout le monde!» L'alimentation des Becs-scie à poitrine rousse se compose surtout de petits poissons auxquels s'ajoutent d'autres bestioles à l'occasion: insectes, vers, mollusques et crustacés. Bonne pour la santé, il ne faut pas non plus dédaigner une petite salade de tendres feuilles et tiges végétales.

Quand vient l'automne, les petits sont devenus grands. Arrivent aussi les chasseurs avec les pétarades des fusils et le sifflement des plombs. Deux raisons cependant pour ne pas avoir trop peur. D'abord, les Becs-scie à poitrine rousse (les chasseurs le savent) ont un vol des plus rapides. Ensuite et surtout, ils ne sont pas bien bons dans une assiette. En hiver, les Becs-scie à poitrine rousse s'éparpillent à partir du nord jusqu'au sud le long des côtes du Pacifique et de l'Atlantique. Les plus braves du côté de l'Atlantique hivernent dans les eaux glacées du golfe du St-Laurent et de la baie des Chaleurs. Les plus douillets iront jusqu'au golfe du Mexique. D'autres s'installent à l'intérieur du continent sur de grandes étendues d'eau qui ne gèlent pas, par exemple les Grands Lacs.

Article paru en septembre 1996

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LE PLONGEON HUARD

(Le Huart à collier)

Plongeon huard

Avez-vous, par temps calme, entendu sur un lac les cris du Huart à collier? C'est inoubliable! Longue plainte émouvante qui va s'amplifiant et dont l'écho prend la retombée. S'il est énervé, le huart pousse des cris puissants au trémolo affolant qualifiés par certains de ricanements diaboliques. Ou encore il émet des hurlements lugubres et éclatants à en donner le frisson: à croire qu'il y a des loups aux alentours.

Le huart est un oiseau magnifique à voir, à entendre et à observer. Son envergure atteint un mètre quarante-cinq centimètres, soit près de cinq pieds. Comme plongeur, il n'a guère son pareil. Si vous l'approchez de trop près, il disparaît sous l'eau et bien malin qui dira où et quand il refera surface. La plongée peut durer jusqu'à trois minutes ou plus. Pourquoi plonger au lieu de s'envoler? C'est tout un effort pour le huart de prendre l'envol; même qu'il en est incapable, à partir du sol. C'est pourquoi il place son nid à proximité de l'eau, où il peut se glisser en cas d'alerte. Sur l'eau il doit courir et frapper des ailes longtemps avant de pouvoir s'élever.

Les couples ne se voisinent pas et le lac doit être assez grand, pour recevoir plus d'un couple. Nos huarts nichent au nord jusqu'en l'Ile de Baffin. Ils hivernent près des côtes de l'Atlantique, de Terre-Neuve au sud des États-Unis. Dans l'ouest du pays ils hivernent dans l'eau du Pacifique. De petits poissons capturés en plongée forment le menu ordinaire du huart. Ces poissons sont sans grande valeur pour la pêche. Quand la pêche est moins bonne, ce ne sont pas les huarts qu'il faut incriminer, mais plutôt la pollution, les pluies acides et sans doute, le braconnage.

Les huarts n'élèvent que deux petits à la fois. Le couple est très uni et plein d'attentions pour les jeunes, tandis que chez les canards seule la femelle s'occupe de la bande de canetons. D'après les individus bagués et recapturés, la longévité des huarts serait, en moyenne, de sept à dix ans.

Enfin, mentionnons qu'il existe aussi au Canada le Huart à bec blanc* et le Huart arctique** au centre et au nord-ouest. Quant au Huart à gorge rousse***, tout l'été il occupe l'arctique, les côtes nord du Québec, ainsi que l'estuaire du Saint-Laurent, Terre-Neuve et le Labrador.

Note des webmestres:
* Plongeon à bec blanc (Yellow-billed Loon)
** Plongeon arctique (Arctic Loon)
*** Plongeon catmarin (Red-throated Loon)

Article paru en juillet 1989

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