"Ne me comparez surtout pas aux moineaux!"
Le mâle est vraiment un bel oiseau, qui ne manque pas d'élégance. Voyez-le les ailes ouvertes dont l'envergure atteint presque un mètre. La femelle est plus petite et moins voyante que le mâle, sans doute pour assurer sa protection.
C'est impressionnant surtout de voir le mâle en compagnie de plusieurs oiseaux de rivage qui ne sont pas plus gros que des moineaux. Il y a en effet plusieurs espèces d'oiseaux de rivage qui en multitude sont en migration. Ils cherchent leur nourriture sur le bord de l'eau peu profonde.
Les Chevaliers semipalmés sont divisés en deux sous-espèces dont l'une se reproduit dans l'ouest du Canada et des États-Unis. L'autre niche sur le bord de l'Atlantique, à partir de la Floride jusqu'à la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard. On a vu aussi des Chevaliers semipalmés dans le golfe du St-Laurent, à La Pocatière et près de Rimouski, sans qu'il y ait de certitude de nidification.
Le couple bâtit son nid simplement dans un creux sur le sol et le garnit d'herbes sèches. La ponte est de quatre œufs, qui sont couvés durant le jour par la femelle, et la nuit par le mâle. Cela dure de trois à quatre semaines. À peine éclos, les jeunes quittent le nid et suivent leurs parents pour se faire nourrir. Les parents doivent être vigilants et assez combatifs pour défendre leurs petits contre les renards et les ratons laveurs. Après six semaines la couvée se disperse. À l'automne, les Chevaliers semipalmés descendent vers le sud sur les bords de l'Atlantique pour se rendre même jusqu'en Floride.
Les renseignements au sujet de cet oiseau proviennent de mes observations personnelles et du volume "Les oiseaux nicheurs du Québec".
Les savants ont recensé sur notre planète plus de deux cents espèces d'oiseaux de rivage. Ces oiseaux passent leur vie au bord de l'eau et ils s'y nourrissent et nichent sur place ou pas très loin. Près de cinquante espèces sont présentes au Canada. Elles sont regroupées en trois familles: chevaliers, bécasseaux et pluviers. Les pluviers ont le bec court ainsi que les pattes. Pas de grande taille ni de silhouette élancée dans la famille. Ils sont à peu près de la taille des moineaux, mais un peu plus élancés.
À remarquer que ces pluviers n'ont pas un quatrième doigt des pattes dirigé vers l'arrière, comme c'est le cas pour la plupart des autres oiseaux. Ils doivent le qualificatif de semipalmé au fait qu'un peu de peau relie dans le fond les trois doigts de leurs pattes.
Une caractéristique bien visible du Pluvier semipalmé, c'est le large collier noir qui orne sa poitrine. C'est seulement au printemps et à l'automne qu'on peut observer ces pluviers en migration dans le sud du Québec. Ils s'arrêtent le long du fleuve Saint-Laurent et au bord des lacs et des rivières. Leur territoire de nidification se situe dans tout le grand nord du Canada, à partir des extrémités nord des provinces. Ils nichent sur le sol dans un creux et y élèvent trois ou quatre jeunes.
Quand arrive l'automne, ils vont s'éparpiller à partir du sud des États-Unis et du Mexique jusque loin en Amérique du Sud. C'est à l'occasion de cette migration d'automne que j'ai pu les photographier au bord du fleuve à Beauport.
"À marée basse, je bouffe en grand! "
Le nombre des oiseaux d'hiver chez nous est limité. Accueillez donc pour cette fois le Bécasseau semipalmé, un petit oiseau de l'été. Il fait partie du groupe des oiseaux de rivage. Il niche à partir de l'Alaska jusqu'aux rives de la baie d'Hudson, remontant ensuite à la pointe nord du Québec et redescendant jusqu'à l'extrémité sud du Labrador. Couvrant un si grand territoire, cette espèce est également la plus nombreuse de nos oiseaux de rivage.
Les bécasseaux qui nichent ou passent au Québec comptent une vingtaine d'espèces pas toujours faciles à identifier. Ils peuvent être de la grosseur d'un moineau, comme c'est le cas pour le semipalmé, jusqu'à atteindre la grosseur d'un merle. Après le retour du sud, au printemps, le couple installe son nid bien caché dans les herbes et pas loin de l'eau. La ponte est de quatre œufs et la couvaison dure près de trois semaines. Deux semaines et demie après l'éclosion, les jeunes peuvent voler.
Les bécasseaux se nourrissent en fouillant de leur bec dans la vase ou le sable humide. Ils y prennent des vers, des insectes et autres bestioles. Près de Québec, où ils font halte de migration par milliers, j'ai pu les observer depuis la fin de juillet jusqu'au début septembre. Pour se nourrir, ils profitent surtout de la marée basse qui leur offre de grandes étendues où pour eux la table est mise.
Que ce soit de jour ou de nuit, ils mangent à marée basse et dorment à marée haute, orientés face au vent et le bec dans les plumes. Ailleurs, là où il n'y a pas de marée, c'est la vie régulière qui est de rigueur. Ça bouge dans tout le sud du Québec, tout le long du Saint-Laurent.
Les Bécasseaux semipalmés vont passer l'hiver dans le nord de l'Amérique du Sud, au bord de la mer. Un de ces oiseaux, auquel on avait mis à la patte une bague numérotée, a été retrouvé, après quatre jours, dans le sud, à 2 800 milles de son point de départ (près de 5 000 kilomètres). Faut le faire, surtout si on n'est pas plus gros qu'un moineau.
Je bouge tout le temps: c'est plus fort que moi!
Au lieu du nom traditionnel, vous trouverez dans les publications le nom de "Chevalier branle-queue". Ce petit oiseau à longues pattes est bien connu. Il passe l'été dans tout le Canada, à l'exception des régions polaires et se trouve aussi dans tous les États-Unis. C'est un oiseau de rivage qui patrouille le bord du fleuve, des rivières, des ruisseaux, des lacs et des étangs. Il ne s'éloigne jamais beaucoup de l'eau. Vous reconnaîtrez facilement la Maubèche branle-queue à sa démarche: elle a un drôle de balancement presque continuel du postérieur et de la queue. N'allons pas la ridiculiser pour autant. Peut-être qu'elle bat la mesure au rythme d'une musique inconnue qui l'habite.
Si elle s'envole, c'est au ras de l'eau, les ailes arquées pointées vers le bas. Le vol s'accompagne de cris aigus répétés: "pruhuit, pruhuit, pruhuit" ou encore "huit, huit, huit, huit". Qu'un oiseau de proie la poursuive, elle peut plonger et nager sous l'eau le temps de s'échapper. Au printemps, elle arrive toute pimpante, avec son tablier blanc parsemé de petits pois. À la fin de l'été la livrée est plus sobre: les dessous sont d'un blanc moins éclatant avec un peu de gris. Les petits pois ont disparu jusqu'au printemps suivant.
Comme d'autres oiseaux migrateurs, La Maubèche branle-queue descend vers le sud pour l'hiver. Quelle belle saison, par exemple, à se promener au soleil des plages du golfe du Mexique! Les plus hardies voudront connaître le Brésil ou pousser une pointe jusqu'au Chili. Au menu des maubèches il y a toutes sortes de petites "bibites": vers, insectes et autres, capturées sur le sable, dans la vase ou dans l'eau. Elles vont aussi inspecter les souches du rivage et les troncs d'arbres échoués ou flottants.
En fait de nid la maubèche se contente d'un petit creux au sol garni d'un peu de matériel végétal. Après la ponte des quatre œufs, la femelle laisse au mâle la plus grande part de la couvaison qui dure 21 jours. Des ornithologues américains mentionnent qu'une femelle peut laisser le tout au mâle et partir s'associer à un autre mâle pour une deuxième nichée. Une femelle pourrait ainsi faire quatre ou cinq pontes successives dans la saison. À la fin elle partagerait le travail avec le mâle de la dernière nichée. Dans le sud, les étés sont plus longs... Tout est possible, si on se rappelle le cas des Phalaropes de Wilson, où les femelles, plus colorées, se battent entre elles pour la conquête des mâles. Après la ponte, les mâles seuls couvent les œufs et élèvent les petits. Au Québec et au Canada aucune mention n'est faite du comportement rapporté par les Américains au sujet de la Maubèche branle-queue. Il faudrait peut-être mieux observer; la nature nous réserve souvent des surprises.
"Ne cherchez pas mon nid par terre"
Les Chevaliers solitaires nichent surtout dans les forêts de conifères du nord à partir de Terre-Neuve jusqu'en Alaska. Pour l'hiver, ils descendent au sud des États-Unis et les plus aventureux peuvent se rendre jusqu'en Argentine. Dans nos régions plus habitées, ils passent en migration à l'automne et au printemps.
Solitaire de son nom, cela laisse présumer que vous ne verrez jamais ce chevalier en groupe, ni en voyage, ni pour nicher. Regardez-le: son cou est gris, son dos est foncé, parsemé de taches blanches, son ventre est blanc et ses pattes sont vertes. En vol il montre le dessus de sa queue barrée de noir et de blanc.
En marchant il balance la tête comme font les pigeons, mais plus doucement. Quand il arrive au vol, vous le verrez pointer en haut ses ailes un moment après s'être posé. C'est une habitude commune à plusieurs dans la famille. Il se promène sur les rivages et dans l'eau peu profonde même des plus petits ruisseaux et des moindres flaques d'eau dans les bois et les champs.
Pas bête la tactique qu'il emploie quand il est dans l'eau: de sa patte il bouge un peu la vase du fond de l'eau pour y déloger les insectes aquatiques et leurs larves, et il ne manque pas de s'en nourrir. Sur le rivage, d'autres bestioles s'ajoutent au menu.
L'été, au temps des nids, notre chevalier s'installe dans les tourbières des forêts boréales. Les oiseaux à grandes pattes, comme les chevaliers, et qui trottent sur les rivages, ont l'habitude de nicher par terre. Seul le Chevalier solitaire a vu l'avantage d'avoir un nid tout fait et placé dans un arbre. Il prend possession d'un vieux nid de merle ou d'un autre oiseau. Le nid peut se trouver parfois peu élevé, mais aussi bien à 20 ou 30 pieds de hauteur.
Les quatre œufs de la ponte sont couvés pendant un peu plus de trois semaines. C'est une semaine de plus que pour beaucoup d'autres oiseaux, comme les merles qui, à l'éclosion sont incapables de quoi que ce soit. Les petits chevaliers, eux, à la sortie de l'œuf, sont habillés de duvet, ont les yeux ouverts et peuvent courir. Une semaine de plus d'incubation, ça paraît.
Nos petits chevaliers doivent courir, c'est urgent, l'instinct est là. Vite on saute en bas du nid, même si c'est très haut. Battant vigoureusement de leurs "moignons" d'ailes sans plumes, les petits peuvent arriver en bas sans trop de dommage. De toute façon la survie de l'espèce ne semble pas menacée. Ensuite les jeunes se nourrissent eux-mêmes. Les parents sont là pour la vie de famille et la protection. C'est quand même important!
"Mes longues pattes ne sont pas de trop!"
La Maubèche des champs fait partie d'une famille d'oiseaux comptant au Canada plus d'une vingtaine d'espèces dont les chevaliers et les bécasseaux. Ces derniers courent leur nourriture et fouillent dans la vase sur tous les genres de grèves et bords de l'eau. Seules les Maubèches des champs, fidèles à leur nom, n'aiment pas se mouiller les pieds. Elles habitent au sec, loin de l'eau, dans les champs, les prairies, etc. Elles n'aiment pas non plus les montagnes. Leurs territoires préférés, ce sont les grandes plaines de l'ouest du Canada et de la moitié nord des États-Unis. Dans un tel milieu à végétation plus ou moins dense, il est bon d'avoir de longues pattes pour se déplacer à l'aise et enjamber les herbages qui font obstacle. Munies de telles "échasses" qui supportent un corps long de 30 cm (12 pouces) à partir du bec jusqu'au bout de la queue, la Maubèche des champs fait figure de géant à côté de ses cousins les bécasseaux dont beaucoup ne dépassent pas la taille des moineaux.
"Un oiseau comme ça, ça doit faire un bon ragoût, se disent les chasseurs. Vite, passe-moi mon fusil". À la fin du siècle dernier, on les avait presque anéanties, malgré leur multitude. Bien tard sont venus les règlements pour la protection de la faune. Actuellement, les Maubèches des champs sont disséminées sur leurs vastes territoires de nidification. Au Québec elles sont assez rares et se trouvent seulement au sud. Il y a quelques années, on en avait noté une augmentation. Des photos que j'ai prises dans les champs de Beauport datent des années 1979 et 1982. Il semble y avoir une diminution depuis. Avec un peu de chance, vous pourrez en voir une sur un piquet de clôture. Elle a l'habitude, en se perchant, de garder un moment les ailes ouvertes.
Au temps des nids, comme elle passe presque tout son temps à marcher sur le sol, c'est là que la Maubèche des champs construit son nid caché dans la végétation. La ponte est normalement de quatre œufs. Le père et la mère se relaient pour l'incubation qui dure une vingtaine de jours. Dès l'éclosion, les petits sont aptes à marcher et à courir. Toute la famille se promène à la recherche de nourriture. On mange beaucoup d'insectes et aussi des graines. Les jeunes sont d'une voracité insatiable. Ils doivent atteindre rapidement la taille et la résistance des adultes, afin d'entreprendre la migration de l'automne qui s'en vient. Le voyage à entreprendre les mènera aussi loin que la pointe sud de l'Amérique du Sud. Ça fait dans les 12 000 kilomètres. Chaque année de sa vie la petite maubèche née de l'été fera ce même trajet à l'automne et au printemps. Que Dieu lui donne la force et la protège!
Un fait étonnant: deux fois j'ai vu une Maubèche des champs perchée sur un fil électrique. Ses pattes étaient posées à plat sur le fil sans l'enserrer de ses doigts: il faut le faire! Quel équilibre! J'ai une photo qui en fait preuve.
"Chez nous, l'élégance va de soi!"
Vraiment il a de l'allure ce Petit Chevalier. L'élégance est de mise dans la famille. On compte huit espèces de chevaliers au pays. Je vous présente cet oiseau qui pourtant ne niche pas au Québec. Rassurez-vous, les Québécois, vous pourrez l'observer chaque été en halte de migration au Québec, de la fin de juillet jusqu'au milieu de septembre. Le territoire de nidification du Petit Chevalier à pattes jaunes s'étend à partir de l'Alaska, en allant vers l'est jusqu'à la baie James.
Ces oiseaux font partie d'un groupe qu'on appelle les oiseaux de rivage. En général, ils sont munis de longues pattes et se promènent en se nourrissant au bord de l'eau: bord des étangs, des lacs, des ruisseaux, des rivières, des fleuves et des océans. Parmi ces oiseaux, en plus du Petit Chevalier à pattes jaunes, on mentionne le Grand Chevalier à pattes jaunes, les bécasseaux, les pluviers, les maubèches, les phalaropes, les bécassines, les tournepierres et quelques autres.
Au printemps, nos Petits Chevaliers à pattes jaunes ne s'attardent pas en route et arrivent tôt sur les territoires où ils vont nicher. Ils sont chez eux dans les muskegs, ces endroits marécageux où poussent quelques conifères. Ils aiment bien aussi les clairières des forêts du nord. Ils font leur nid par terre, non loin d'un étang ou d'un cours d'eau.
La ponte est de quatre œufs qui sont couvés par les deux parents pendant environ trois semaines. Aussitôt après l'éclosion, toute la famille s'en va au bord de l'eau. Pour les jeunes, il est urgent de grandir. On en mange des insectes, des vers, des petits poissons, etc. On cherche partout dans l'eau, dans la mousse et dans la vase.
En trois semaines les petits poussins auront grandi. Ils seront habillés de plumes et ils pourront s'envoler grâce à leurs grandes ailes toutes neuves. On est à la fin de juillet; maintenant, plus besoin des parents. Ceux-ci partent pour les bords du Saint-Laurent, d'un bout à l'autre jusque dans le golfe. Les jeunes les rejoindront peu à peu. Vous ne pouvez pas les manquer sur les rives du fleuve. Vous en verrez jusqu'au milieu de septembre, car ils sont parmi les plus nombreux.
Ils vont hiverner ensuite sur les côtes de la Caroline du Sud et du golfe du Mexique et vers le sud jusqu'au milieu de l'Amérique du Sud.
"De l'eau salée? Pas de problème!"
En plus du Phalarope hyperboréen, on peut trouver au Québec le Phalarope de Wilson et le Phalarope roux *. Le Phalarope hyperboréen a les mêmes dimensions que le Chevalier branlequeue, bien connu autrefois sous le nom de Maubèche branlequeue.**
Chez les phalaropes il y a des surprises qui nous attendent au sujet de ce que nous considérons comme naturel, normal et universel dans le monde des oiseaux. Les femelles sont plus grandes et plus colorées que les mâles et bataillent entre elles pour la formation du couple, lequel ne dure que le temps de la pariade. Le mâle fabrique le nid, la femelle y pond ses œufs et s'en va sans se soucier de rien.
Donc, notre petit mâle a fabriqué avec des herbes un nid bien caché dans la végétation parmi les étangs et les marécages. Il couve les œufs pendant trois semaines. En sortant de la coquille les petits courent, nagent et se nourrissent sous la protection du mâle. Les petits ont besoin de larves, d'insectes, de petits poissons et de graines de plantes.
Les Phalaropes hyperboréens nichent dans le nord du Québec à partir de la baie James et dans toutes les régions de cette latitude autour de la terre entière.
À l'automne, ils vont hiverner sur l'eau, en pleine mer au large de la côte ouest de l'Amérique du Sud et de l'Afrique. On a observé, à la fin d'août, des rassemblements de deux à trois millions sur la côte du Maine, jusqu'à la frontière du Nouveau-Brunswick. J'ai pu photographier une femelle dans un étang près du cap Tourmente. Ce sont de très bons nageurs et ils tournent souvent en cercle pour se nourrir d'insectes. Des membranes en forme de petites rondelles sont fixées aux doigts de leurs pattes qui sont en outre réunis par une petite membrane à la base.
Un problème: passant 24 heures sur 24 à la surface de l'eau salée de la mer, ils ont besoin d'eau douce pour vivre. Où vont-ils trouver cette eau? Voici la réponse: deux glandes à la base du bec extraient le surplus de sel avalé et le rejettent dans une solution plus concentrée. Quelqu'un y a pensé!
Les renseignements au sujet de cet oiseau proviennent de mes observations personnelles et du volume Les oiseaux nicheurs du Québec.
Je ponds les œufs, et " good bye!"
Les Phalaropes de Wilson font partie du groupe nombreux des oiseaux de rivage. Ils nichent dans presque toute la partie ouest du Canada et des Étas-Unis. Dans l'est, ils se retrouvent au sud-est de l'Ontario et au sud-ouest du Québec. Ils sont rares plus à l'est, le long du Saint-Laurent.
Il existe deux autres espèces de la même famille: le Phalarope hyperboréen (Phalarope à bec étroit) et le Phalarope roux (Phalarope à bec large), qui habitent dans le grand Nord et les îles polaires du pays. Il n'y a pas de phalaropes ailleurs au monde. Un observateur novice, voyant un couple de phalaropes pour la première fois, dira: "Le mâle est vraiment beau, plus coloré et plus gros que la femelle; c'est comme ça chez les oiseaux." Erreur! Ce beau mâle, c'est la femelle du couple. C'est comme ça chez les phalaropes, seule exception chez les oiseaux. Les rôles sont inversés.
La femelle, plus pimpante et plus robuste, prend l'initiative et engage la bataille contre les autres femelles pour la formation du couple. Imaginez la scène: deux femelles rencontrent un mâle: "Ce petit mâle est à moi!" "Oh non! Je le veux et on va régler ça tout de suite." Le petit mâle n'y peut rien; il regarde et attend l'issue du combat.
L'attirance du sexe est là, mais il n'a pas le choix. Il acceptera de suivre celle qui aura gagné. Quand le couple est formé, on choisit l'emplacement du nid et on éloigne les intrus. Le mâle prépare le nid bien dissimulé par terre dans les herbes, pas loin de l'eau. Quand la femelle a pondu, sa tâche est terminée. Elle va bientôt rejoindre la "gang" des femelles et l'été se passe à se promener, à manger, à se baigner, à échanger des commérages et à dormir. C'est la grande vie! Pendant ce temps le mâle couve les quatre œufs pendant trois semaines et il est heureux. Une fois éclos, les petits restent ensemble et se nourrissent eux-mêmes en compagnie du mâle et sous sa protection. À peine sortis de l'œuf, ils courent et savent nager. Les pattes à demi-palmées des phalaropes en font de bons nageurs.
Contrairement à ses deux cousins mentionnés ci-dessus, qui passent leur temps sur l'eau, le Phalarope de Wilson aime bien, en plus de l'eau, se promener sur les rivages et dans les tourbières pour trouver sa nourriture. Seules les petites bestioles sont au menu pour un bec plutôt fragile. Rien de meilleur que les larves de moustiques, d'après les phalaropes, et elles sont d'une abondance inépuisable. Si, dans vos promenades d'été, vous rencontrez des phalaropes, rappelez-vous que dame nature a plus d'un tour dans son sac. Si, par l'évolution, elle a pu aboutir à présenter un couple de Phalaropes de Wilson, c'est fort.
"Oubliez-moi, ou alors cherchez-moi."
Pas étonnant que son nom commence par "bec". Avec un tel appareil d'une longueur de 6,5 cm (2,5 pouces), elle l'emporte d'emblée sur ses cousins les chevaliers et les bécasseaux, qui se contentent de moins pour fouiller dans la vase des rivages et des battures. La Bécassine des marais fréquente aussi les tourbières, les champs humides, les étangs peu profonds garnis de plantes, les fossés et les bords des ruisseaux. Elle enfonce son long bec dans la terre ameublie par l'eau pour en extraire des vers, des larves et des insectes. Elle capture aussi tout ce qui grouille dans l'eau et sur l'eau: gros insectes aquatiques, petits crustacés, etc. Il semble que l'eau douce, sauf exception, lui convient mieux que l'eau de mer.
La bécassine cache son nid dans les grandes herbes. La femelle y pond quatre oeufs qu'elle couve toute seule ou presque, pendant 20 jours. Le mâle reste aux alentours. Après l'éclosion les petits ne tardent pas à gambader hors du nid, cachés dans les herbages. La Bécassine des marais niche dans tout le Canada, sauf dans les îles polaires. Également en Alaska et dans presque tous les États-Unis. À l'automne elle s'envole vers le Sud et ses quartiers d'hiver comprennent même les Antilles et le nord de l'Amérique du Sud. Cet oiseau se retrouve non seulement en Amérique du Nord, mais aussi en Europe et en Asie et il hiverne jusqu'au milieu de l'Afrique.
Un phénomène surprenant et déjà mentionné: j'ai vu en plein hiver, à Charlesbourg, une bécassine près d'un petit ruisseau alimenté par des sources qui ne gèlent pas. Il faut que je vous raconte un fait qui démontre comment une bécassine peut se camoufler dans l'environnement: c'est pas possible! Sur le terrain de notre maison de Pointe-aux-Trembles, il y avait une bécassine sur son nid. Le sol est sablonneux avec un peu d'herbe et quelques petits cailloux. On amène un confrère pour lui faire voir l'oiseau. C'est en plein jour, en terrain dégagé. On pointe l'oiseau du doigt, à environ quatre pieds: "Regarde, la tête est là à gauche et la queue à droite." "J'y vois pas." Après plusieurs secondes: "Ah oui, je vois." Mes confrères et moi avons eu d'ailleurs la même réaction.
La silhouette de l'oiseau, brisée par quelques lignes, attire l'attention et tout est fondu dans le décor. C'est une protection pour la bécassine dont la chasse est permise. Un autre atout en sa faveur: l'effet de surprise quand elle lève au dernier instant de l'approche et surtout son vol décevant tout en zigzag.
En terminant, il vaut la peine de mentionner que les parades nuptiales du mâle bécassine ont quelque chose d'unique. Très haut dans le ciel, au cours d'acrobaties aériennes, il produit au moyen de ses ailes et de sa queue étalée des sons ascendants qui peuvent se traduire par des "hou-hou-hou".
"J'ai plus d'un truc dans mon sac."
Cet oiseau, à peine plus gros qu'un Merle d'Amérique, et qui, sur ses courtes pattes, court si vite dans les champs en culture, a toujours attiré l'attention des fermiers. Arrivé tôt au printemps, il se présente lui-même à ceux qui ignorent son nom: à tout moment, surtout en vol, il répète en série: kildir, kildir, kildir. Il possède en outre tout un répertoire d'autres cris plus ou moins plaintifs.
Au temps des nids, de bonne heure en saison, vous verrez le Pluvier kildir surtout dans les terrains secs: champs cultivés, prés à l'herbe courte, étendues caillouteuses. C'est dans ces endroits qu'il niche. Un petit creux dans le sol suffit pour recevoir les quatre oeufs de la ponte. Tout est bien à la vue et rien n'échappe aux parents qui couvent à tour de rôle. L'incubation dure vingt-cinq jours. Même si le nid n'est pas dissimulé, les oeufs où l'oiseau couve sont difficiles à distinguer de leur environnement.
Pour protéger ses oeufs ou ses petits, le Pluvier kildir est un très bon acteur. C'est l'artiste de l'aile cassée. Il s'écrase au sol, l'aile traînante, avec des plaintes à vous arracher la pitié. Vous approchez, il s'éloigne un peu et recommence son manège. Peu à peu l'intrus est entraîné au loin et l'oiseau "blessé", guéri comme par miracle, s'envole allègrement. Aussitôt éclos, les petits peuvent courir et quittent le nid. Ils se nourrissent seuls, sans l'aide des parents qui les accompagnent et les protègent. À la moindre alerte, ils s'écrasent par terre et, ni vu ni connu. Les jeunes gagnent leurs ailes après quarante jours d'entraînement à la course à pied: un sport où ils sont déjà passés maîtres dès leur naissance.
En fait de nourriture, les Pluviers kildirs consomment quantité d'insectes, de larves et de vers de toute sorte. Ils y ajoutent des graines de mauvaises herbes. Les kildirs ont leur truc pour la chasse aux insectes. Dans un endroit vaseux, j'en ai vu un tendre une patte en avant et la faire trembler dans la vase pour faire bouger ses proies et les capturer. En terrain sec, un autre frappait de la patte sur le sol pour obtenir le même résultat.
Après la nidification et quand les jeunes savent voler, les kildirs fréquentent surtout les lieux humides: bord du fleuve, des rivières, des lacs, etc. À ce moment ils sont probablement les plus connus des oiseaux de rivage. Cependant, ils semblent ne pas aimer l'eau salée.
Le Pluvier kildir niche dans tout le sud du Canada, au États-Unis, au Mexique et aux Antilles. Pour l'hiver, il quitte les régions où il y a du gel et descend vers la chaleur, même jusqu'en Amérique du Sud.
"Moi tenir tête à un renard? C'est vrai!"
C'est un oiseau un peu plus petit qu'un Merle d'Amérique, qui niche dans les territoires de la calotte polaire du nord du globe. La photo illustrant cet article a été prise près de Québec à l'occasion des migrations de l'automne. Elle présente donc un Tournepierre à collier dans un plumage plus terne que celui qu'il a au printemps.
En effet c'est au temps des nids et des amours que les oiseaux se parent de leurs plus beaux costumes. Consultez si possible un livre illustré sur les oiseaux et vous verrez à son meilleur le Tournepierre à collier.
Comment un petit oiseau peut-il se nommer tourne-pierre? Voilà: il fait partie du groupe des oiseaux de rivage cherchant leur nourriture au bord de l'eau. Ils se promènent au bord de la mer, des fleuves, des rivières et des lacs. Il s'y trouve des cailloux et toute sorte de débris laissés par les vagues ou les marées. Plantant le bec sous le bord d'une pierre un Tourne-pierre a vite fait de la renverser en réalisant son nom. Quelle aubaine abritée sous cette pierre: des fourmis, des vers, des mille-pattes, des araignées, des cloportes, etc. Il y a de quoi aussi dans les débris de toute sorte accumulés par la marée et les vagues.
Chaque printemps les Tournepierres à collier retournent dans le royaume du pôle nord. Ils font leur nid par terre dans la végétation ou dans un endroit dégagé. La ponte est de quatre œufs et l'incubation dure une vingtaine de jours. Ce sont de petits oiseaux très courageux et combatifs. Ils peuvent tenir tête aux oiseaux de proie et même aux renards.
Pour passer l'hiver à la chaleur ils descendent au sud des États-Unis, au Mexique ou en Amérique Centrale. Un bon nombre de Tournepierres à collier se rendront loin en Amérique du Sud, jusqu'au Chili et au sud du Brésil.
Au printemps prochain et à l'automne, si vous en avez l'occasion, surveillez les rivages. Vous pourriez apercevoir un de ces petits visiteurs qui ne manquent jamais au rendez-vous.
Les renseignements publiés dans cet article proviennent de mes observations personnelles et du volume Les oiseaux du Canad par W.Earl Godfrey.
Mes yeux voient tout autour de moi!
Un oiseau surprenant! Il faut voir son bec long d'environ trois pouces, sa grosse tête ronde, presque pas de cou. Les deux gros yeux sont en haut dans le côté de la tête. Ils peuvent surveiller en même temps tout le tour de l'horizon. On peut dire, selon l'expression, que la bécasse a des yeux tout le tour de la tête. C'est une protection contre les oiseaux de proie. Les oreilles ont trouvé place en avant des yeux. Les ailes sont courtes pour faciliter le vol à travers les buissons. Quelques plumes plus étroites font siffler l'air dans les mouvements rapides. Les couleurs de la bécasse se marient parfaitement aux teintes du tapis de feuilles mortes où elle évolue continuellement. Les deux sexes ont même apparence.
Comme nourriture, nos bécasses comptent presque uniquement sur les vers de terre. C'est bien utile un grand bec pour saisir les vers jusque dans le sol. On comprend pourquoi les bécasses fréquentent les boisés humides et serrés, formés d'aulnes et de trembles. Elles y trouvent nourriture et sécurité. En une journée, un individu peut avaler autant de vers de terre que la moitié de son poids. En fait de protection les bécasses se fient à leur camouflage. Il m'est arrivé de mettre le pied tout près d'une femelle au nid. Au lieu de s'envoler, elle s'est faufilée à travers les branchages.
Au printemps, peu après son arrivée, le mâle choisit un territoire qui servira pour les parades nuptiales. C'est un espace peu étendu, entouré d'arbres, d'arbustes laissant comme une grande cheminée ouverte vers le ciel. Il y attire les femelles et n'y endure aucun autre mâle. Les démonstrations se produisent au crépuscule, le soir et le matin. Après quelques courtes envolées le mâle s'élance vers le haut où il peut atteindre 200 ou 300 pieds. Peu après, c'est la descente planée en spirale ou en un balancement de feuille morte. Le tout s'accompagne d'un sifflement d'ailes et de petits cris. À l'atterrissage suivent des cris nasillards: "piint". Il fait tout pour impressionner la femelle qui a été attirée. Il se pavane, il fait son frais, il gonfle ses plumes, il tourne sur place, etc. Et ça réussit. L'accouplement se fait avec une femelle et parfois avec une ou deux autres. Les femelles s'éloignent ensuite pour nicher et élever seules les petits. Le mâle peut répéter jusqu'à une vingtaine de fois sa parade en un soir et un matin. Par un beau clair de lune, il peut répéter toute la nuit.
Au Québec, la Bécasse d'Amérique ne s'aventure pas plus au nord que la région de la baie James et la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent. Rappelons-nous que nos bécasses sont des gibiers qu'il est permis de chasser. Ce doit être un mets de choix, puisque, chaque année juste au Québec, on en tue dans les 30 000. N'étant pas chasseur, je préfère les observer vivantes.