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Les rubriques du Père Roger Larose


LISTE DES OISEAUX DANS CETTE PAGE
Balbuzard pêcheur
Busard Saint-Martin
Chouette épervière
Chouette lapone
Chouette rayée
Faucon gerfaut
Grand-duc d'Amérique
Harfang des neiges
Hibou des marais
Hibou moyen-duc
Nyctale de Tengmalm
Nyctale, Petite

LE BUSARD SAINT-MARTIN

(Le Busard des marais)

"Mon meilleur atout, c'est la surprise"Busard Saint-Martin

La principale famille des oiseaux de proie diurnes (actifs durant le jour) compte 15 espèces qui vivent au Canada. On y mentionne les aigles, les éperviers, les buses et les busards. Ces derniers ont les ailes moins larges que celles des faucons, qui, de plus, ont les ailes pointues. Le mâle est gris et la femelle brune. Les deux ont le croupion blanc, bien visible quand ils sont en vol. Selon la norme pour les oiseaux rapaces, la femelle est plus grande que le mâle. Ce sont des oiseaux de taille respectable: leurs longues ailes ouvertes ont une envergure de 1m22 (39 à 48 pouces).

Ils nichent dans les Rocheuses à partir de l'Alaska jusqu'au Mexique. En Ontario, ils vont jusqu'à la baie d'Hudson et au Québec, même limite vers le nord jusque sur la côte nord du golfe du Saint-Laurent. Ils habitent aussi l'Europe et l'Asie.

Le Busard des marais aime les grands espaces, les endroits démunis d'arbres ou presque. Il se promène à faible hauteur au-dessus des champs, des marais, des tourbières, des rivages du fleuve et des rivières où poussent de grandes herbes. Ses perchoirs habituels sont les piquets de clôture, pas plus haut. Les autres rapaces guettent leurs proies de haut ou même de très haut, comme les buses qui planent en grands cercles à des centaines de pieds du sol. Le Busard des marais compte sur l'effet de surprise: on ne le voit pas venir. Par contre, il lui faut des réflexes rapides avec grande force et souplesse. À la fraction de seconde où la proie lui apparaît, il freine subitement des ailes et de la queue et plonge sur sa victime. Il peut aussi se redresser d'un coup de queue et faire un saut périlleux arrière pour arriver au même résultat.

C'est un oiseau magnifique à voir évoluer surtout lorsqu'il s'amuse à remonter le vent, en alternant coups d'ailes et vol plané. En planant, les ailes aux bouts retroussés forment un V très ouvert: une caractéristique qui aide à identifier l'oiseau de loin. Les vautours aussi présentent cette silhouette, mais ce sont des oiseaux de plus grandes dimensions que vous ne verrez pas souvent au Québec. Les Busards des marais mangent quantité de petits rongeurs et aussi des grenouilles et des couleuvres. À l'occasion, une jeune sarcelle ou tout autre oiseau fera l'affaire.

La femelle fait son nid par terre ou à faible hauteur. Elle pond de quatre à six oeufs. La couvaison est assumée par elle seule et dure trois ou quatre semaines. Nos Busards des marais peuvent passer l'hiver à certains endroits au sud du Canada, dans tous les États-Unis et jusqu'en Amérique centrale. Les oiseaux de proie jouent un rôle dans la nature et sont protégés par les lois.

Article paru en octobre 1994

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LE BALBUZARD PÊCHEUR

( L'Aigle pêcheur )

"L'eau ça me connaît!"Balbuzard pêcheur

En plongée, il est tout un spectacle. Planant bien haut au-dessus de l'eau, avec des ailes allant jusqu'à 180 cm (6 pieds) d'envergure, il voit tout ce qui bouge à la surface de l'eau. Brusquement il s'arrête et vole sur place, observant un poisson. Au moment voulu, il pointe les ailes vers le ciel et c'est la chute vertigineuse, toutes pattes tendues vers sa proie. À l'instant de l'impact dans l'eau, un grand jaillissement, puis notre oiseau, à grands efforts de ces ailes toutes mouillées, s'envole avec son poisson dans les serres.

Il lui arrive parfois de toucher à peine l'eau ou encore de disparaître sous la surface. En vol, tenant son poisson, il l'oriente la tête vers l'avant, pour diminuer la résistance de l'air. Ses pattes robustes, armées de pointes en corne défient tout poisson de lui échapper. De son bec crochu et tranchant, il dépèce sa proie pour la manger ou en nourrir ces petits.

Seul l'Aigle à tête blanche*, plus gros, pourrait lui voler le fruit de sa pêche. Harcelé en vol, l'Aigle pêcheur laisse tomber son poisson et l'autre s'en saisit, avant qu'il touche le sol ou l'eau. L'Aigle pêcheur se retrouve partout au Canada et aux États-Unis. L'hiver, il descend vers le sud des Amériques.

Les lacs, les grands cours d'eau, les estuaires et le bord de la mer, voilà son domaine. Son nid est installé sur le haut d'un arbre, un rocher et même sur une petite plate-forme mise à sa disposition sur un poteau. Le couple occupe le même nid d'année en année et est augmenté de nouveaux matériaux. La ponte est de deux ou trois oeufs et sa vie est d'environ 20 ans.

Le DDT, un insecticide, est une menace pour l'Aigle pêcheur. En effet le DDT, concentré dans la chaîne alimentaire, empêchait la femelle de produire une écaille assez épaisse pour ces oeufs. Les oeufs se brisaient à la ponte ou bien avant l'éclosion.

L'Aigle pêcheur se nourrit de poissons de peu de valeur. Seuls les éleveurs de truites ont parfois des problèmes. Quelle tentation pour l'Aigle pêcheur de voir tant de belles proies à la portée de ses pattes! Lui, il est protégé par la loi; les truites pourraient aussi l'être par des filets ou des broches rapprochées tendues au-dessus des étangs.

Quant au fusil, c'est une bien malheureuse solution contre un oiseau aussi magnifique et aussi spectaculaire.

Note des webmestres:
* Pygargue à tête blanche

Article paru en octobre 1990

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LA PETITE NYCTALE

"Souris, je vous ai à l'œil!"Petite Nyctale

La famille des hiboux compte dans le monde 133 espèces. De ce nombre, on peut en observer 10 dans l'est de notre pays. Trois portent le titre de ducs et leur tête est surmontée d'aigrettes plumeuses, qui font penser à des oreilles ou à des cornes. Deux se nomment chouettes, deux se nomment nyctales et la dixième espèce est désignée sous le nom de harfang. Voici donc la liste de nos hiboux: Harfang des neiges, Grand-duc d'Amérique, Hibou moyen-duc, Hibou des marais, Petit-duc maculé, Chouette cendrée*, Chouette rayée, Chouette épervière, Nyctale boréale** et Petite Nyctale.

Les nyctales sont des chouettes de petit format. Leur nom vient du grec "nuctalos" qui signifie nocturne: un mode de vie de presque tous les hiboux. Notre hibou miniature, la Petite Nyctale, est long comme la main. Qu'elle est mignonne, qu'elle semble douce, habillée de duvet soyeux de la tête aux griffes! Cependant, pour les souris, elle doit être un monstre sanguinaire terrible. La nuit, d'un vol sans bruit, elle survient de nulle part et les serres acérées ne manquent pas leur victime. La Petite Nyctale, comme les autres hiboux, a reçu de la nature le rôle de contrôler le nombre des petits rongeurs. Elle mange aussi parfois un petit oiseau et des insectes. Les Anglais l'ont surnommée "Saw-Whet Owl" (hibou aiguise-scie), en raison de son cri rappelant un coup de lime sur une scie à aiguiser.

La Petite Nyctale niche dans tout le sud du Canada, aux Étas-Unis et au Mexique. Elle habite les forêts de conifères et de feuillus et aime beaucoup les lieux humides où poussent serrés les petits saules et les aulnes avec des "cèdres"*** et des mélèzes. Pour nicher, il lui faut une cavité dans un arbre: souvent un ancien trou creusé et utilisé par un pic, ou encore un nichoir artificiel. La femelle pond cinq à six œufs et elle se met à les couver dès le premier œuf pondu. Les jeunes éclosent à tour de rôle et n'ont pas le même âge, comme on l'a constaté dans les nids.

Pas facile d'apercevoir la Petite Nyctale: elle est active la nuit. Durant le jour, petite, immobile, elle dort cachée dans le feuillage. En hiver, par contre, elle n'émigre pas et se promène à découvert aux alentours. C'est alors que durant le jour on pourra la trouver, par exemple, sur un arbre dépouillé de ses feuilles. En sortant, après une soirée, un de mes amis a aperçu comme une petite poupée attachée par un plaisantin à l'antenne de radio de son auto. Mais non! C'était la Petite Nyctale qui s'y était perchée!

Note des webmestres:
* Chouette lapone
** Nyctale de Yengmalm
*** Thuya occidental

Article paru en novembre 1991

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LA CHOUETTE RAYÉE

"Je mangerais bien une grenouille!"Chouette rayée

Parmi les hiboux et les chouettes que nous pouvons observer régulièrement au Québec, seule la Chouette rayée a les yeux foncés, plutôt que jaunes comme tous les autres. Elle se distingue aussi par les rayures brunes transversales de la poitrine et les rayures verticales de l'abdomen qui justifient son nom.

C'est un oiseau impressionnant qui peut étendre ses ailes à quatre pieds ou presque. On peut la voir surtout en hiver, alors qu'elle se déplace davantage et que les arbres sont dégarnis. En hiver 1984, en pleine ville de Québec, à Limoilou, une Chouette rayée avait pris l'habitude de venir dormir durant le jour dans un arbre en arrière de notre résidence. C'était son dortoir après ses chasses nocturnes. C'était facile de l'observer et de la photographier par la fenêtre du troisième étage.

Au début de mars les Chouettes rayées se préparent à nicher et deviennent plus actives et exubérantes. Leurs cris sont bien connus et ils portent au loin: hou hou houhou, hou hou houhou hâ. De plus, ces appels classiques peuvent être accompagnés de sifflements, de grognements, de grincements, de ricanements: une cacophonie à vous écorcher les oreilles et à vous donner des frissons. C'est le souvenir que j'en ai gardé. Alors que j'étais "p'tit gars", une Chouette rayée est venue un soir donner sa démonstration au bord du bois près de la maison chez nous. Depuis ce temps-là, les témoignages que j'ai entendus ou lus ne font que corroborer cette expérience. Au début de mars donc, c'est le temps des nids. Le couple cherche un creux dans un arbre pour y nicher. S'il n'en trouve pas à sa convenance, il pourra se contenter d'un vieux nid de corneille ou de buse.

En 1974, j'ai pu photographier, à Lac-St-Charles près de Québec, une femelle installée sur son nid dans le creux d'un gros arbre. Un peu à l'étroit, elle avait la tête tournée sur son dos. La femelle pond habituellement deux œufs qu'elle couve pendant un mois. Les ornithologues ont pu constater que le couple est uni pour la vie. Les chouettes sont résidentes à l'année dans tout le sud du Canada. Elles nichent dans les forêts là où les gros arbres sont abondants. Aux États-Unis, elles habitent tout l'est et une partie de l'ouest. Elles n'émigrent pas et passent l'hiver aux alentours de leur lieu de nidification. Leur rôle dans la nature est de limiter la prolifération des petits rongeurs qui peuplent nos forêts et nos champs. Au menu habituel, il y a les mulots, les souris, les musaraignes, sans dédaigner, à l'occasion, un petit oiseau, une couleuvre ou une grenouille.

Article paru en novembre 1999

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LA NYCTALE DE TENGMALM

( La Nyctale boréale )

"Ce nid ne sert plus? Parfait pour moi!"Nyctale de Tengmalm

La famille des hiboux comprend trois catégories. Premièrement, les hiboux proprement dits dont la tête est ornée de touffes de plumes qui ressemblent à des oreilles. Ensuite, les chouettes et les nyctales, qui sont privées de ces ornements. C'est la taille qui fait la différence entre les unes et les autres, les chouettes ayant de plus grandes dimensions. Par exemple, la Chouette cendrée (ou lapone) mesure 22 pouces (56 cm) de longueur et ses ailes ouvertes font 5 pieds (1 m, 5), alors que pour la Nyctale boréale, c'est 10 pouces (25 cm) et 2 pieds (60 cm).

On peut observer au Québec quatre espèces de hiboux, trois espèces de chouettes et deux espèces de nyctales: la Nyctale boréale et la Petite Nyctale. Ce qui fait en tout neuf espèces sur les 18 que compte l'Amérique du Nord. La Nyctale boréale porte au front des petits points alignés et la Petite Nyctale préfère des petits traits; chacun son goût.

Le domaine des Nyctales boréales ceinture tout le Nord du globe: nord de l'Amérique du Nord, de l'Europe et de l'Asie. Elles sont chez elles dans les grandes forêts de conifères du Nord. Nous, les résidents des régions les plus habitées du Québec, nous faudra-t-il faire un voyage au loin sur la Côte Nord ou dans le voisinage de la Baie de James pour observer cette jolie Nyctale? Pas nécessairement. Il arrive, en hiver, que des Nyctales boréales, poussées par un esprit d'aventure ou par la faim, descendent vers le Sud. L'une d'elles pourra vous attendre, perchée pas très haut sur une branche d'arbre, au bord d'un bois, même près de chez vous. Approchez sans mouvements brusques, vous irez près d'elle jusqu'à portée de la main. A ses yeux, ces grands animaux que nous sommes ne sont pas plus menaçants que ses gros voisins du Nord: les caribous, les ours, les orignaux, etc... Alors pourquoi s'énerver?

Un jour, au Cap Tourmente, j'ai voulu, question de photo, changer de place une Nyctale boréale. Je présente une branche sous son ventre, elle accepte; je recule un peu mais, d'un saut et d'un petit coup d'ailes, la voilà sur son même perchoir, étonnée de mon sans-gêne. Quand s'annonce le printemps, les visiteuses insolites remontent vers le nord pour retrouver leurs congénères, car c'est la saison des nids. Dans leur entourage un Pic flamboyant ou un Grand Pic a creusé son logement dans un arbre mort, l'été dernier. Comme il lui faut chaque année un appartement neuf, l'ancien ira au premier venu. Un couple de Nyctales boréales y sera à l'aise pour élever une famille de quatre à six petits.

En fait de nourriture, il n'y a rien comme les mulots. Les autres petits mammifères ne sont pas à dédaigner non plus et rien n'empêche d'ajouter une grenouille, un petit oiseau et quelques gros insectes. C'est efficace de chasser la nuit avec des yeux et des oreilles de chouette et avec en plus un vol parfaitement silencieux. On peut faire quelques sorties durant le jour aussi.

Gare à vous, les mulots!

Article paru en janvier 1997

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LA CHOUETTE ÉPERVIÈRE

"Ne me cherchez pas la nuit: je dors."Chouette épervière

Au Canada nous avons deux familles de hiboux. L'une est représentée par une seule espèce: l'effraie. Les effraies sont rares ici, étant donné que le sud du pays est à la limite nord de leurs territoires. L'autre famille comprend les hiboux proprement dits, remarquables par les aigrettes sur leur tête, tandis que les chouettes en sont dépourvues. La Chouette épervière a le physique de la famille, avec cependant des attributs personnels uniques comme sa longue queue dont elle est fière; la preuve en est qu'elle la balance souvent.

Les hiboux sont des oiseaux de nuit, alors que la Chouette épervière aime mieux dormir la nuit et rester en éveil le jour. Les Harfangs des neiges et les Hiboux des marais ont eux aussi l'habitude de chasser le jour. Regardez voler la Chouette épervière et vous comprendrez pourquoi on l'a ainsi qualifiée. Les éperviers sont rapides et utilisent tour à tour quelques battements d'ailes suivis de vols planés. Contrairement aux autres hiboux, la Chouette épervière émet des cris perçants à la manière des éperviers: "kii...kii...kii..."

Des plumages semblables habillent mâles et femelles; les juvéniles y ajoutent du brun. De taille moyenne parmi les hiboux, la Chouette épervière arbore une envergure de 84 cm (33 po.). Sa principale source de nourriture provient des petits rongeurs dont elle limite par le fait même l'expansion. Peu exigeante pour nicher, elle utilisera le creux d'un arbre ou un vieux nid de corneille, de corbeau ou tout autre vieux nid à sa taille. Assez prolifique la femelle pond jusqu'à sept oeufs. L'incubation dure près d'un mois. C'est quand même un oiseau relativement rare.

La Chouette épervière habite dans l'hémisphère nord du globe: Europe, Asie et Amérique. Elle niche dans les forêts de conifères jusqu'à la limite nord des arbres. Au Québec, cela veut dire, en gros, au nord du St-Laurent et en Gaspésie. Dans nos régions plus habitées, c'est en hiver qu'on peut plus facilement l'observer. D'autant plus que les chouettes ont l'habitude de demeurer au même endroit et aux alentours pendant quelques semaines.

C'est aussi un oiseau qui se laisse assez facilement approcher. En banlieue de Québec, on a vu une chouette perchée sur un arbre près d'un centre commercial. On en trouve en ville également, surtout là où il y a des arbres entre les maisons. Quand vous voyagez en hiver, surveillez les arbres le long des routes et dans les champs: un Harfang des neiges, une Buse pattue, un Grand-duc et peut-être une Chouette épervière vous y attend.

Article paru en janvier 1993

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LA CHOUETTE LAPONE

(La Chouette cendrée)

"Petit mulot, je t'entends sous la neige"Chouette lapone

Vraiment impressionnante, cette chouette! Aucun autre membre de la famille des hiboux ne peut rivaliser avec elle en dimension: envergure: 5 pieds (152 cm); longueur: 22 pouces (56 cm). Elle habite les forêts de conifères du Nord, aussi bien en Europe et en Asie qu'en Amérique du Nord. Elle niche dans les Rocheuses à partir de l'Alaska jusqu'en Californie. Dans l'Est, elle ne dépasse pas le centre de l'Ontario. On attend encore une preuve certaine de sa nidification au Québec.

Pour nicher, pas de complication. Elle s'accommode d'un vieux nid de corneille, de buse ou d'un autre oiseau de proie. La ponte est ordinairement de trois oeufs dont l'incubation par la femelle dure un mois. L'hiver, les Chouettes cendrées restent facilement aux alentours de leurs territoires de nidification. Cependant, chaque hiver, des individus plus hardis ou plus affamés viennent nous visiter au Québec dans nos régions habitées. On a même été favorisé d'une invasion dans l'hiver 1983-84. En décembre 1983, lors d'un après-midi au Cap-Tourmente, j'ai pu observer 15 de ces chouettes. Leur indifférence à la présence humaine nous permet de les approcher sans les inquiéter: de bons sujets à photographier.

Habitant le grand Nord, la Chouette cendrée connaît les jours d'été de 24 heures de lumière. Elle s'est adaptée pour chasser aussi bien de jour que de nuit. Dans mon après-midi au Cap-Tourmente, j'en ai vu une perchée pas très haut, fixant un point sur la neige. Pas de traces de mulot, pas de trous à la surface. Tout à coup, elle se laisse tomber et à demi enfoncée, capture un mulot avec ses pattes. Elle l'avale tout rond et repart. J'en ai vu une autre, passant au vol, se laisser choir dans la neige. Pas de traces, pas de trous. Cette fois elle a d'abord manqué sa proie, mais elle marche sur la neige, suivant à la surface le mulot qui se déplace sous la neige. Revenant là où elle s'était jetée, elle attrape le mulot et l'avale. Est-ce possible?

Quand la chouette fixe un endroit sur la neige, elle regarde, bien sûr, mais surtout elle écoute. Les grands ronds de plumes de sa face amplifient les sons en les concentrant aux oreilles cachées dans le duvet. Les mulots, dans leurs corridors de neige, communiquent par de petits cris qui les trahissent. Des serres puissantes viennent les saisir à travers la neige dans leurs labyrinthes d'une sécurité illusoire. La Chouette cendrée se nourrit aussi d'autres petits mammifères, comme les écureuils. Elle s'attaque même aux lièvres et aux perdrix. Imaginez la terreur d'un lièvre qui voit foncer sur lui cette grande face ronde aux cercles concentriques qui vous ramènent aux deux yeux jaunes, fixes et hypnotiseurs.

Article paru en mars 1994

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LE HARFANG DES NEIGES

Harfang des neiges

C'est la vraie tempête d'hiver, avec un froid qui brûle au visage. Le vent, à grands sifflements, chasse devant lui la poudrerie et la neige qui tombe. Dans une accalmie, une silhouette: face au vent, un Harfang des neiges sur un piquet de clôture. Il en a vu bien d'autres dans le grand nord, à moins 50 degrés, avec des vents d'ouragan.

Fascinant, ce hibou blanc, emblème du Québec. Il partage avec nous un environnement rude et symbolise le courage et l'effort de notre peuple pour survivre et grandir. Qui ne le connaît pas? Merveille de beauté et d'adaptation! Un plumage épais et léger le garde au chaud jusqu'au bout des pattes.

Le mâle adulte: presqu'entièrement blanc, tandis que chez la femelle et les jeunes le blanc est plus ou moins marqué de taches foncées qui donnent une apparence de gris. Des ailes larges et puissantes, garnies de plumes souples, lui permettent un vol tout à fait silencieux. Sa tête pivote d'un côté comme de l'autre jusque dans le dos. Ses grands yeux jaunes, capables de percer une obscurité totale pour nous, surveillent les alentours, de nuit comme de jour. Par contre, il peut et doit être actif au grand jour: il niche en été tout au nord de la province et dans les îles polaires, où il élève ses petits sous un soleil de 24 heures.

Outre son acuité visuelle, le Harfang des neiges possède un sens de l'ouïe incomparable. Les plumes de sa face forment un disque pour bien capter et diriger les sons vers ses oreilles ultrasensibles surtout aux très hautes fréquences. Il peut repérer avec exactitude les petits cris d'un mulot à travers la neige et les froissements de la neige sous la patte d'un lièvre. Des petits mulots du grand nord appelés lemmings, voilà sa proie favorite. Sans plus de cérémonies, il les avale tout ronds et son estomac fait le tri: les poils, les dents, sous forme de boulettes, seront rejetés par le bec.

Beaucoup de harfangs descendent sous nos latitudes pour l'hiver, lorsque la population des lemmings se fait plus rare. Et tant pis pour les mulots du Québec. Voilà pourquoi, au cours de leur quelques six années de vie, plusieurs harfangs sont visibles chez nous, de septembre à mars, dans des endroits découverts: par terre ou perchés sur un piquet, un poteau électrique, sur un arbre, parfois même en pleine ville.

Je vous souhaite d'en approcher un de très près, au bout de vos raquettes, comme j'en ai fait moi-même l'expérience.

Article paru en janvier 1989

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LE HIBOU DES MARAIS

"Attention, attention! J'arrive de nulle part"Hibou des marais

Trois pieds et demi, les ailes étendues, c'est respectable! Les couleurs, elles, sont bien tranchées: du pâle et du foncé. Pour la voix, on est loin de la Chouette rayée qui ébranle la nuit. Le Hibou des marais se contente d'une série de "toot" et de quelques aboiements de petit chien. Il a déjà porté le nom de hibou aux oreilles courtes, correspondant au nom anglais. Un autre hibou, le moyen-duc, porte un nom anglais qui signifie: hibou aux longues oreilles. On sait bien qu'il ne s'agit pas d'oreilles mais bien de touffes de plumes, qui d'ailleurs sont peu visibles sur le Hibou des marais.

Comme son nom le suggère, le Hibou des marais n'est pas un hibou des bois. C'est un maraudeur volant bas dans les espaces découverts. Son domaine de chasse comprend les champs, les plaines, les pâturages et, bien sûr, les marais. Il est actif surtout à la tombée de la nuit, mais au besoin il fait ses excursions en plein jour. D'un vol bas, aisé et silencieux il arrive de nulle part et plonge sur un mulot qui ne peut aucune esquive. C'est une menace constante jour et nuit pour les différents petits rongeurs qui se faufilent dans les herbages. Des petits oiseaux se font également surprendre.

Le Hibou des marais peut compter sur ses grands yeux jaunes qui lui servent en plein jour et s'adaptent aussi bien au peu de lumière qui reste dans la nuit. Un autre atout pour les hiboux, c'est leur sens de l'ouïe extrasensible. Le disque de plumes de leur face est un réflecteur parabolique qui amplifie les sons en les dirigeant vers les oreilles cachées sous les plumes. Petits cris et froissements d'herbe suffisent pour localiser les proies. J'ai vu en hiver une Chouette cendrée (Chouette lapone) se laisser choir dans la neige et attraper un mulot dans sa patte sous la surface. Ni trou ni traces ne pouvaient servir d'indices: seulement des petits cris de mulots dans les tunnels.

Il y a des Hiboux des marais qui hivernent dans le sud du Québec: ils doivent sûrement imiter cet exploit. Les Hiboux des marais nichent en Alaska, dans tout le Canada jusqu'aux îles polaires, dans tout le nord des Étas-Unis, dans le sud de l'Amérique du Sud et le nord de l'Europe et de l'Asie. Dans tous ces territoires, il faut toutefois exclure les régions boisées.

Le couple se forme au printemps pour la durée d'une seule nidification. La femelle garnit de brindilles un creux au sol qui sert de nid. La ponte est de quatre à sept œufs et peut dépasser une douzaine, lorsqu'il y a grande abondance de proies. La couvaison dure environ quatre semaines et commence à la ponte du premier œuf. Les jeunes au nid ne sont donc pas du même âge, ni au même stade de développement. Pour une telle bande de gloutons, amenez-en des mulots, des taupes, des musaraignes, etc. Les parents doivent aller chasser parfois à de grandes distances. Une fois la famille élevée, c'est bientôt le temps d'émigrer pour l'hiver. Nos Hiboux des marais du Québec descendent s'installer pour la saison à partir du sud de la province jusqu'en Amérique Centrale.

Article paru en mars 1999

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LE HIBOU MOYEN-DUC

Regardez-moi bien dans les yeux!Hibou moyen-duc

Les hiboux, oiseaux nocturnes aux grands yeux fixes et jaunes, ont toujours fasciné les humains. Il fut un temps où on qualifiait leur présence de mauvais augure, tel un signe de malheur. Mais depuis qu'on les connaît mieux, on les apprécie davantage. Trois espèces peuvent revendiquer un titre de noblesse: ce sont les "ducs". D'abord le Grand-duc d'Amérique dont l'envergure est de près de 1m50 (4 pieds et demi), ensuite le Hibou moyen-duc d'environ un mètre (40 pouces) et enfin le Petit-duc maculé, 50 cm (20 pouces). La taille du Hibou moyen-duc est comparable à celle d'une corneille.

De fière allure, notre Moyen-duc est plus élancé que le Grand-duc, il est aussi plus coloré et il peut être fier de ses longues aigrettes. Les Anglais le nomment "Long-eared Owl", c'est-à-dire le Hibou aux longues aigrettes. Bien entendu, ils doivent préciser que les ornements plumeux ne sont pas des oreilles. Tous les oiseaux ont des oreilles, naturellement, mais elles sont cachées dans les plumes. Le sens de l'ouïe chez les hiboux est encore plus étonnant que leur vue pourtant sensible aux moindres lueurs de l'obscurité de la nuit. Pour ne citer qu'un exemple, on sait que la Chouette cendrée peut repérer exactement un mulot en entendant ses petits cris à travers la neige. Dans une expérience, on rapporte qu'un Moyen-duc a pu capturer une souris dans une chambre où l'obscurité était totale. La précision de l'ouïe des hiboux s'explique par le fait qu'ils ont une oreille située plus bas que l'autre sur le côté de la tête. À noter aussi que leur disque facial offre une plus grande surface pour capter les sons.

On ne voit pas souvent les Hiboux moyens-ducs; durant le jour ils dorment cachés dans les forêts serrées ou dans les branchages des aulnaies. Aussi ils sont passablement silencieux. Ils sortent de la forêt la nuit pour chasser dans les champs, les tourbières et autres endroits découverts. D'autres Hiboux moyens-ducs sont présents en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et quelque peu en Afrique. Au Québec, c'est au sud qu'ils nichent. En fait, ils ne construisent pas de nids. Pourquoi s'en donner la peine, quand il y a de vieux nids de corneilles ou d'autres oiseaux qui peuvent très bien faire l'affaire?

Ce sont les petits rongeurs, surtout les mulots des champs, qui sont au menu principal des Moyens-ducs. Le Hibou moyen-duc est un oiseau magnifique qu'on aimerait voir plus souvent. Chanceux les amateurs d'oiseaux qui ont pu l'observer!

Article paru en novembre 1995

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LE GRAND-DUC D'AMÉRIQUE

"Rien ne m'échappe, croyez-moi!"Grand-duc d'Amérique

Les légendes et l'imagerie populaires nous le présentent associé aux méchantes sorcières. Ses aigrettes en forme d'oreilles, ses grands yeux jaunes et la forme de sa tête lui donnent une face de chat. D'ailleurs, on le nomme aussi "chat-huant". Il est puissant, robuste, fascinant et mystérieux, surtout par sa vie active nocturne.

Bien équipé pour la chasse de nuit, grâce à sa vue sensible au peu de lumière de l'obscurité, à son ouïe infaillible et à son vol silencieux, il surprend et capture sa proie. Des gens pensent que le grand-duc ne voit pas durant le jour, aveuglé par trop de lumière. Pour sûr, ils ne l'ont pas vu voler aisément à travers les branches des arbres en plein midi, s'il est dérangé dans son sommeil du jour.

Les petits rongeurs forment le principal de sa nourriture. Il mange aussi des oiseaux et s'attaque à des lièvres, des porcs-épics, des mouffettes et parfois à des chats domestiques. Comme c'est le cas pour les autres oiseaux de proie la femelle du grand-duc est plus grande (envergure de 140 cm, 55 pouces) et plus forte que le mâle, elle qui surtout, doit nourrir et défendre les petits.

Un ancien nid de corneille ou de buse ou bien une cavité dans un arbre, c'est là que la femelle pond ses deux œufs, parfois trois. La ponte a lieu en février et dès le premier œuf, la femelle doit le protéger de la gelée; elle restera au nid pour un mois. Le mâle viendra la nourrir.

Couvé tout de suite, le premier œuf éclôt plus vite; d'où la différence d'âge et de grosseur bien visible entre les petits. Ceux-ci ont besoin de deux mois pour se développer et pouvoir s'envoler. Deux fois j'ai vu des petits qui étaient tombés du nid; les parents les ont nourris au pied de l'arbre.

Le Grand-duc d'Amérique porte bien son nom: merveille d'adaptation et de réussite, il occupe les deux Amériques à partir de la limite des arbres au nord, jusqu'à la pointe sud de l'Amérique du Sud. Les savants ont distingué une dizaine de races de Grands-ducs d'Amérique dont les teintes varient. La race la plus nordique comprend des individus presque aussi blancs que les Harfangs des neiges.

Les hiboux, contrairement aux chouettes, portent des aigrettes qui ressemblent à des oreilles ou des cornes. En français cette distinction s'exprime par les deux mots: hibou et chouette. En anglais, pas de complication: tous se nomment "owl".

Nous avons au Québec trois espèces de ducs: le Grand-duc d'Amérique, le Hibou moyen-duc et le Petit-duc maculé. Ce dernier est à peine plus long que la main. Le Grand-duc d'Amérique est le plus commun de nos hiboux. On peut le voir plus facilement en hiver, quand il dort perché sur un grand arbre, parfois même en ville. Il ne présente aucun danger pour nous. Avis aux chasseurs de trophées: les hiboux et les chouettes sont protégés par la loi. Ils sont plus beaux vivants qu'empaillés et empoussiérés sur le piano du salon.

Article paru en mars 1989

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LE FAUCON GERFAUT

"Prendre un pigeon au vol? C'est mon sport!"Faucon gerfaut

Un oiseau splendide

Certains ont les dessous tout blancs, sauf le bout des ailes, qui est noir. Les dessus sont plus ou moins tachetés de brun. D'autres sont complètement foncés. La femelle Faucon gerfaut, tout comme les autres femelles d'oiseaux de proie, est plus grande que le mâle. C'est elle surtout qui capture les proies pour nourrir les jeunes. Elle peut atteindre plus de 130 cm (4 pieds et demi) d'envergure.

Les faucons se nourrissent surtout d'oiseaux. Il arrive parfois que des Faucons gerfauts viennent hiverner au Québec, surtout le long du fleuve St-Laurent. En janvier 1982, je suis allé plusieurs fois dans le port de Québec, où il y a des élévateurs à grains. Beaucoup de pigeons se nourrissent du grain répandu. Mais quelle aubaine que ces pigeons pour quelques Faucons gerfauts descendus du grand Nord! Quelle aubaine aussi pour un photographe d'oiseaux!

J'ai vu un Faucon gerfaut prendre un pigeon au vol et aller le manger sur la glace dans le port. Les plumes du pigeon s'envolaient au vent.

Durant la saison des nids, au printemps et en été, les Faucons gerfauts se trouvent dans tout le nord du globe. Ils nichent sur de hauts rochers d'où il peuvent surveiller les alentours en quête de proies. Les grandes étendues plates des tourbières et de la toundra ne les intéressent pas. Au Québec, ils se plaisent dans les régions accidentées de l'Ungava et de la Baie d'Hudson. Ils vont aussi plus au nord, jusque dans tout le nord du globe. D'un vol rapide ils vont à la chasse aux lagopèdes, aux canards, aux oiseaux marins, et, occasionnellement, aux lièvres.

La femelle construit son nid, pond ses trois ou quatre œufs, les couve pendant un mois. Le mâle choisit en général le même territoire de nidification d'année en année. Il faut toujours protéger la nichée. Un renard ou un corbeau aurait tôt fait de chiper un petit. Un fait intéressant: le couple est uni pour la vie.

Les renseignements publiés dans cet article proviennent de mes observations personnelles et du volume "Les oiseaux nicheurs du Québec".

Article parue en janvier 2003

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