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Les rubriques du Père Roger Larose


LISTE DES OISEAUX DANS CETTE PAGE
Coulicou à bec noir
Engoulevent d'Amérique
Goglu des prés
Grimpereau brun
Grive à dos olive
Grive fauve
Merle d'Amérique
 
Merlebleu de l'Est
Moucherolle des aulnes
Tangara écarlate
 
Tyran huppé
Tyran tritri
Viréo aux yeux rouges
 

LE GOGLU DES PRÉS

(Le Goglu)

"Je sais protéger mon nid!"Goglu des prés

Le goglu mâle n'est pas une carte de mode. Le dessous est tout noir, le dos est blanc et l'arrière du cou est plaqué d'une tache marron. Non, ce n'est pas une beauté! Cependant, il est loin de s'en faire des complexes. Écoutez son chant passionné: c'est un gargouillement d'assonances métalliques, un ensemble de notes cristallines qui se bousculent. C'est l'éclatement de sa joie de vivre. Son nom goglu est une allusion à son chant, mais plus encore son nom anglais Bobolink. Il peut chanter en se balançant sur une grande herbe ou posté sur un piquet de clôture, ou souvent en plein vol. C'est un oiseau qui fréquente les champs en culture et en friche.

Les goglus vont passer l'hiver plus loin qu'au milieu de l'Amérique du Sud, c'est-à-dire dans l'ouest du Brésil et en Argentine. C'est un voyage d'environ 8000 kilomètres. Seuls des oiseaux marins et des oiseaux de rivages peuvent en faire autant ou davantage. Au printemps, les mâles arrivent chez nous vers le milieu de mai. C'est tard, comparé à nos autres oiseaux migrateurs… mais, pensons à la distance. Ils s'approprient aussitôt un territoire, le défendent et sont bientôt rejoints par les femelles.

Le nid est construit par terre dans un champ où la végétation est haute: céréales, foin, trèfle, etc. La femelle pond de cinq à six œufs pendant près de deux semaines. Quand elle doit quitter le nid, elle s'éloigne d'abord en se faufilant dans les herbes avant de s'envoler. Au retour, elle se pose à distance du nid. Tout cela pour dérouter les ennemis possibles. Quinze jours après l'éclosion, les jeunes peuvent voler.

Pour se nourrir et élever leurs petits, les goglus comptent surtout sur les insectes: chenilles, sauterelles, criquets, etc. Les adultes ne dédaignent pas non plus les grains cultivés et les graines sauvages. J'en ai vu manger des graines de pissenlit et de salsifis. Bientôt la fin de l'été. Il faut penser à la migration. Déjà vers la fin de juillet les mâles commencent à changer de costume et cessent de chanter. Leur nouveau plumage les rendra semblables aux femelles jusqu'au printemps suivant.

Quand les colons anglais arrivèrent aux États-Unis dans les premières années 1800, les goglus étaient limités aux marais et aux tourbières. Après le défrichement, ils ont profité des champs cultivés pour se multiplier par millions. En automne, pendant leur migration vers le sud, ils ravageaient les champs de riz de la Caroline du Sud. Les fermiers sortirent alors leurs fusils et ils pouvaient, en une saison, en tuer près d'un million. Ils les vendaient comme plat de choix dans les grandes villes.

Actuellement, la culture du riz a bien diminué sur la route de migration des goglus et leur nombre n'est cependant pas remonté au niveau d'autrefois. Même que la loi les protège. Il ne leur reste, comme souvenir des années de jadis, que la qualification de leur nom scientifique latin Orysivorus : le mangeur de riz.

Article paru en septembre 2000

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LE COULICOU À BEC NOIR

"Coucou, c'est moi!" Coulicou à bec noir

C'est un oiseau svelte, élancé, avec les dessus tout bruns et les dessous tout blancs. Son bec est courbé vers le bas. Sa longue queue se compose en dessous de plumes de différentes longueurs disposées en étages. À remarquer aussi le rouge vif autour des yeux. Le mâle et la femelle ont un plumage semblable. Beaucoup de gens n'ont jamais observé cet oiseau. Il faut dire qu'il n'est pas très abondant et se montre rarement à découvert. Il aime à se faufiler à travers les branchages des buissons et les bois jeunes bien touffus. Son chant n'attire pas l'attention non plus; un genre de "clouc" émis par petits groupes.

Nous avons aussi au Québec le Coulicou à bec jaune. Les deux sont membres d'une famille qui compte plus de cent espèces dans le monde. Les coucous d'Europe sont bien connus, et on sait qu'ils ne font pas de nids et pondent dans les nids d'autres oiseaux qui élèvent les intrus. Qui n'a pas vu ces horloges où un petit coucou mécanique comptait les heures par le nombre de "coucous". Il arrive parfois qu'une femelle de nos coulicous laisse en passant son œuf dans un nid étranger. Nos deux espèces de coulicous font toujours un nid et y élèvent leurs deux ou trois petits. La construction du nid n'est pas très soignée, mais il est bien caché et ne dépasse pas deux mètres. Les petits coulicous viennent au monde tout nus et tout noirs et ne sont pas de couleur chair.

Pleins de vie, ils peuvent, après une semaine, grimper dans les branches hors du nid. En trois semaines leurs plumes sont prêtes et ils sont capables de voler. Les coulicous se nourrissent d'insectes et ils sont les seuls oiseaux à dévorer les colonies de chenilles à tente.

Au Canada, les Coulicous à bec noir viennent nicher un peu partout près des terres cultivées, à partir du milieu du pays vers l'est, jusqu'à la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Edouard. Il vont passer l'hiver dans la partie nord-ouest de l'Amérique du Sud.

Article paru en mars 2001

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LE GRIMPEREAU BRUN

"Vous avez du beurre d'arachides? C'est super!"Grimpereau brun

Un petit oiseau brun sans prétention: même couleur sobre pour mâle et femelle. Paisible, il préfère passer inaperçu. Grimpant en spirale le long des troncs d'arbres, il inspecte les recoins de l'écorce pour y trouver les petits insectes dont il se nourrit. Il se déplace par à-coups, scandant ses mouvements avec de petits cris de contentement.

Le Grimpereau brun n'a pas la posture des pics dont la tête s'écarte de l'arbre; il se tient tout plaqué contre l'écorce et son bec courbé, mince et pointu, est toujours prêt à entrer en action. Au moindre signe de danger (le cri d'alarme d'un autre oiseau ou l'ombre d'un oiseau de proie qui passe) le grimpereau se fige et s'aplatit sur l'écorce où il se perd, ni vu ni connu. C'est beau d'être tranquille tout le reste de l'année, mais quand arrive le temps des amours, le mâle grimpereau ne peut plus se contenir. Il retrouve, à l'intention de la femelle et pour chanter sa joie, les cinq ou six notes bien sifflées de son chant. Il y va de ses numéros de clown et d'acrobate aérien. Il va même recueillir un insecte pour l'offrir à sa bien-aimée. Celle-ci entre dans le jeu: frémissant des ailes et ouvrant le bec comme un jeune oiseau quémandant sa pitance, elle accepte en transe la becquée de son séducteur.

Sur le tronc d'un arbre mort, un lambeau d'écorce un peu soulevée servira d'abri pour le nid. Par exception, un trou déjà creusé dans un arbre ou un autre endroit inhabituel fera l'affaire. La femelle pond cinq à six oeufs et les couve pendant deux semaines. Quelle tâche pour les parents de nourrir ensuite pendant deux autres semaines une telle famille dont l'appétit est sans fond. Vu qu'il a l'habitude d'utiliser pour nicher des gros arbres morts dont l'écorce commence à se décoller, notre grimpereau habite dans de vieilles forêts. Il trouve aussi son compte là où la crue des eaux a fait périr des arbres: pensez aux tourbières ou aux étangs de retenue des barrages de castors.

La famille des grimpereaux compte d'autres espèces ailleurs dans le monde. Le Grimpereau brun est le seul qui niche en Amérique du Nord et il ne niche pas ailleurs. Il se retrouve dans l'ouest, à partir de l'Alaska jusqu'en Amérique Centrale, dans le sud et à partir des Rocheuses jusqu'à Terre-Neuve et aussi au nord-est des États-Unis. Pour l'hiver, plusieurs Grimpereaux bruns descendent vers le sud et la chaleur. Les autres se contentent de demeurer dans les régions où ils nichent. Amateurs de mangeoires, vous pourriez bien avoir la visite inattendue d'un Grimpereau brun comme sur la photo, avec sa becquée de beurre d'arachides.

Article paru en juin 1996

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L'ENGOULEVENT D'AMÉRIQUE

"Je vole le bec ouvert et je gobe tout."Engoulevent d'Amérique

Cet oiseau, on peut l'observer en fin d'après-midi et surtout au crépuscule, se promenant au-dessus des villes et des villages, émettant inlassablement son cri associé aux beaux soirs d'été: "Bzi-i-t, bzi-i-t, bzi-i-t". L'Engoulevent d'Amérique fréquente aussi les grands champs, les clairières des forêts et les rochers des montagnes.

Quelle merveille de mécanique volante! Un peu moins long que le merle de nos gazons, il peut déployer ses ailes pour atteindre une envergure de 58 cm (23 pouces). Pas étonnant qu'il évolue dans le ciel avec tant d'aisance et de maîtrise. Imprévisible, on dirait qu'il s'amuse à changer brusquement de direction: à droite, à gauche, en haut ou en bas. Bien sûr qu'il se grise de vitesse et d'acrobatie, mais il y a surtout les nécessités de la vie: c'est seulement en vol qu'il se nourrit. Les déplacements rapides des proies volantes expliquent le vol désordonné de notre oiseau chasseur.

Selon un dicton populaire, quelqu'un qui rit beaucoup a la bouche fendue jusqu'aux oreilles. Ce dicton s'applique littéralement à l'engoulevent. Son bec corné est petit, mais la fente du bec se prolonge du côté de la face jusqu'auprès des oreilles. Bien entendu, il ne rit pas. Grand ouvert, le bec est un entonnoir où s'engouffrent moustiques, fourmis volantes, papillons nocturnes et toutes sortes d'insectes aériens. En surplus d'équipement, ses deux grands yeux de forme allongée lui permettent un grand champ de vision et s'adaptent aux moindres lueurs de la nuit aussi bien qu'à la clarté du jour. C'est surtout un oiseau de nuit.

Il y a dans le monde 67 espèces d'engoulevents, cinq au Canada, dont deux au Québec. L'Engoulevent d'Amérique passe l'été dans le sud du Canada, dans presque tous les États-Unis et dans certains endroits au Mexique et aux Antilles. Il hiverne en Amérique du Sud, de la Colombie à l'Argentine. Pas de nid pour la femelle: elle dépose ses deux œufs sur du gravier, du sable, sur un rocher ou tout autre sol sec et nu, dans un endroit ouvert. Elle préfère les toits plats à gravier des édifices; d'où la présence des Engoulevents d'Amérique dans les villes et les villages. Un remblai de voie ferrée, le sol d'une clairière ou une corniche de rocher dans la montagne feront aussi l'affaire. L'incubation par la femelle dure 19 jours. Elle sait feindre l'oiseau blessé pour attirer et éloigner les intrus.

Une habitude inusitée de l'Engoulevent d'Amérique: perché sur une branche d'arbre, il aligne son corps dans le sens de la longueur de la branche. Serait-ce à cause de la faiblesse de ses pattes? Au temps des amours, pour épater la femelle, le mâle déploie tout son arsenal d'acrobaties aériennes. Le clou du spectacle: une plongée vertigineuse avec, en bas, une courbe rapide vers la remontée. Durant cette courbe, l'air fait vibrer le bout des ailes et produit un son qu'on croirait provenir d'un gros élastique. La nature a inventé bien des choses pour nous émerveiller. Merci au Créateur!

Article paru en juillet 1993

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LA GRIVE FAUVE

"Le soir, mon babillage est à son meilleur."Grive fauve

On compte au Québec cinq espèces de grives. Dans certaines régions les gens appellent aussi du nom de grive le "Merle d'Amérique". C'est de la même famille. Comme les merles, les grives sont élancées, élégantes et de fière allure. Chez les grives, mâles et femelles sont habillés d'un plumage identique.

En saison des nids, les Grives fauves habitent le sud de toutes les provinces du Canada et le nord des États-Unis. Si on faisait un concours de chant pour les oiseaux, les grives seraient parmi les mieux cotées. La Grive fauve, la Grive solitaire et la Grive des bois sont nos meilleures flûtistes. Moins de variations, cependant, pour la Grive fauve. Quelques notes en phrases musicales qui descendent comme une spirale en diminuant d'intensité. Un plaisir toujours renouvelé pour l'oreille. Si vous entendez la Grive fauve une fois, vous la reconnaîtrez toujours.

Beaucoup d'oiseaux, comme les merles, les pinsons et les chardonnerets, aiment chanter bien à la vue, perchés sur une haute branche ou sur la tête d'un arbre. Il n'en va pas ainsi pour la Grive fauve. Elle est discrète, réservée et un peu timide. Elle se sent à l'aise dans les branchages des saules et des aulnes, le long des cours d'eau et au bord des lacs, à l'abri des regards indiscrets. Quand tombe le soir, c'est alors surtout que, rassurée par la pénombre, elle laisse jaillir sa joie de vivre, en des notes si mélodieuses.

Presque toujours au sol ou pas très haut, elle connaît tous les recoins de son domaine. Elle y trouve insectes et chenilles pour se nourrir. Quand vient le moment, elle bâtît son nid par terre ou presque et le dissimule dans la végétation. Une talle de fougères ou d'autres plantes, quoi de mieux! La femelle pond trois à cinq œufs, bleus comme ceux des merles et les couve seule pendant au moins dix jours.

À la fin de l'été, la famille se déplace et on s'engraisse en prévision de la migration. Étant donné que les insectes se font rares, on se rabat sur les graines et les petits fruits dont c'est la saison. Partir pour l'Amérique Centrale et même pour la Colombie et le Brésil, c'est toute une aventure. On pourrait tout de même s'arrêter pour hiverner au premier endroit rencontré, où il y a chaleur et nourriture. Pas question! Les Grives fauves ont toujours volé jusqu'en Amérique Centrale et même en Colombie et au Brésil.

Article paru en juillet 1995

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LA GRIVE À DOS OLIVE

"M'entendre, c'est encore mieux que me voir."Grive à dos olive

Nos grives forment une famille peu nombreuse: Grive à dos olive, Grive fauve, Grive solitaire, Grive des bois, Grive à joues grises et Grive de Bicknell. Pas de couleurs voyantes: rouge, jaune ou bleu. Les préférences vont du chamois au vert olive. Pour une identification rapide et sûre de la Grive à dos olive parmi les autres, remarquez le cercle autour de l'œil et la joue de couleur chamois tous les deux. Aucune autre grive ne présente ces indices. Bien sûr, le dos de couleur olive uniforme justifie le nom qu'on lui a donné, mais les différences de teintes observées chez les individus peuvent porter à confusion.

Pour ce qui a trait au chant, elles font merveille. On peut dire qu'elles sont musiciennes flûtistes plutôt que chanteuses. Des successions, des arrangements de notes pures de cristal. On ne se lasse pas de les entendre. Il faut cependant classer la Grive à dos olive un peu après les virtuoses: Grive solitaire, Grive des bois et Grive fauve. Son chant comprend trois groupes de notes ascendantes se terminant dans le très aigu. Peut-être trop aigu pour les limites d'appréciation de notre oreille.

Beaucoup d'autres oiseaux se mettent en évidence pour lancer leurs mélodies, mais pas les grives. Vous pouvez facilement les entendre, mais, pour les voir, il faut mettre du temps et de l'astuce. Elles sont d'un caractère effacé, timide peut-être. Les Grives à dos olive habitent les grands bois dominés par les sapins et les épinettes, jusqu'à leur limite au nord et cela de l'est à l'ouest de tout le Canada. Elles se retrouvent aussi en Alaska et au nord-ouest des États-Unis.

Plus nombreuses dans le nord, elles nichent aussi, éparpillées jusque dans le sud du pays. C'est dans les migrations du printemps et de l'automne qu'on a le plus de chance de les observer dans les régions plus habitées du sud du Québec. Au temps des nids les forêts de conifères et les forêts mixtes ont la préférence. Elles acceptent aussi les bois de feuillus en repousse et le bord des bois enchevêtrés. C'est la coutume pour un couple de Grive à dos olive de choisir un sapin ou une épinette pour y construire leur nid. Pas de préférence pour la hauteur, que ce soit sur les branches bases ou dans la tête de l'arbre. La femelle pond ses trois ou quatre œufs et assure l'incubation pendant près de deux semaines. On se contente habituellement d'une seule couvée par année.

Comme c'est l'habitude, le mâle veille à la défense du terrain, propriété du couple. On a besoin d'un espace vital et d'un garde-manger. Merci aux grives qui dévorent quantité d'insectes nuisibles dans nos forêts. On leur concède volontiers quelques petits fruits en supplément. À l'automne, beaucoup de nos Québécois s'envolent vers la Floride... Bien des siècles avant Jacques Cartier, nos Grives à dos olive savaient déjà s'orienter et s'envoler de leurs propres ailes vers le chaud soleil du sud du Mexique, de l'Amérique Centrale et de l'Amérique du Sud. C'est une routine de revenir au printemps!

Article paru en juin 1998

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LE MERLEBLEU DE L'EST

(Le Merle bleu à poitrine rouge)

"Mon merle n'a pas perdu son bec!"Merlebleu de l'Est

Dans les traditions populaires, l'oiseau bleu signifie le bonheur. Notre Merle bleu, pour orner son dos, a choisi parmi certaines des plus belles teintes du ciel: un bleu surprenant, indéfinissable. Notre Merle bleu à poitrine rouge niche dans le sud du Canada, à l'est des Montagnes Rocheuses, jusqu'en Nouvelle-Écosse. On le trouve aussi dans l'est des États-Unis, du nord au sud, au Mexique et jusqu'au Nicaragua.

Les trois espèces de merles bleus de l'Amérique du Nord forment un genre unique au monde. Le Merle bleu à poitrine rouge est le seul qui niche au Québec. Vous le trouverez dans des endroits ouverts là où la végétation est courte ou clairsemée, avec des arbres épars ou au bord des bois. Il aime aussi les abords des fermes, les vergers et les jardins. Il choisit ses habitats en fonction de la nourriture et de la manière dont il se nourrit.

Du haut d'un de ses perchoirs favoris: arbuste mort ou branche dénudée, clôture, fil de ligne électrique ou même croix du chemin, le Merle bleu surveille le sol et au moindre mouvement d'une sauterelle, d'une chenille, d'un ver ou d'un papillon, il plonge par terre et saisit sa proie. On comprend pourquoi il fréquente les endroits où la végétation est peu dense et pas très haute, sur un perchoir d'où il peut faire le guet.

En plus des insectes, il mange aussi des graines et des petits fruits. En période de nidification, il défend âprement son territoire de trois à cinq acres, dont il a besoin pour sa nourriture et celle de sa couvée. Il niche dans la cavité d'un arbre, dans un poteau de ligne électrique ou dans un piquet de clôture ou un trou abandonné creusé par un pic. Il accepte aussi un nichoir artificiel dont le diamètre de l'ouverture est de 3,8 cm.

La concurrence d'autres oiseaux, surtout des moineaux et des étourneaux, qui occupent des cavités pour nicher, s'ajoute aux diverses causes du déclin des Merles bleus à poitrine rouge. Ce déclin, commencé il y a environ 60 ans, a été évalué à 90% de leur nombre. Un espoir cependant: des nichoirs artificiels sont installés en séries qu'on nomme sentiers de Merles bleus. Il semble qu'on est en train de les sauver.

Le Merle bleu est un oiseau discret; pour le voir, il faut profiter régulièrement des quelques jours où il construit son nid et encore mieux des deux à trois semaines où il nourrit ses petits. La ponte est de trois à cinq oeufs bleus et la couvaison dure environ deux semaines. Lorsqu'un couple fait deux nichées, les jeunes de la première couvée restent aux alentours et peuvent aider les parents à nourrir les jeunes de la deuxième couvée.

Le Jardin zoologique de Charlesbourg n'avait plus de Merles bleus depuis longtemps. Pour combler cette lacune, nous avons cueilli dans un de nos nichoirs un jeune Merle bleu prêt à s'envoler. Dix jours plus tard, un autre jeune d'une localité différente lui a été adjoint. Surprise! Le premier, qui était déjà habitué, s'est mis à nourrir son cousin qui venait d'arriver.

Article paru en avril 1991

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LE MERLE D'AMÉRIQUE

Merle d'Amérique

Fin mars, voici le printemps et les merles avec lui. Le Merle d'Amérique: un oiseau des plus connus, un favori de tout le monde. Chez nous, on l'appelle le Rouge-gorge ou la Grive, selon les régions. Vous le voyez sur vos gazons, bombant la poitrine, fier, sérieux, important. Écoutez son chant turlutant, teinté de mélancolie. Il vous réveille tôt le matin et vous endort tard le soir. Durant le jour, le ciel sombre surtout stimule ses talents de chanteur. Le merle fait vraiment partie de notre environnement.

Le nid, dont il ne s'éloigne guère, est le centre de ses activités. Si vous approchez trop, attendez-vous à des parades et des cris de colère: pas de compromission au sujet du territoire, d'où des batailles fréquentes et féroces avec les mâles voisins.

Le Mainate (quiscale) bronzé, son principal ennemi, lui fait la vie dure jusqu'à détruire parfois sa nichée. Un peu bandit ce mainate pour les oiseaux plus petits.

On peut attirer les merles à nicher sur une tablette à l'abri de la pluie, mais ils n'aiment pas s'enfermer dans une maisonnette. Les merles s'adaptent aux habitats les plus divers: en ville, à la campagne, dans les champs, en forêt, dans la plaine ou en montagne. Pas étonnant qu'ils soient si nombreux. Il faut dire qu'ils nichent facilement deux fois l'été, avec habituellement quatre petits par nichées.

À Nashville, au Tennessee, en 1975, au recensement des oiseaux de Noël (Christmas bird count), dans un territoire d'un rayon de 15 milles, on en a compté 400,000 en migration.

Inconnu en Europe, le Merle d'Amérique porte bien son nom, car l'Amérique du Nord est son domaine, depuis la limite des forêts au nord, en Alaska, et tout le reste du Canada et aux États-Unis jusqu'en Floride. Ses quartiers d'hiver sont le sud du Canada, jusqu'au sud de la Floride et en Amérique centrale. Occasionnellement, de petits groupes de merles affrontent un hiver rigoureux chez nous, plus au nord, se nourrissant de petits fruits restés sur arbres et arbustes. Ils fréquentent peu les mangeoires, acceptent des petits morceaux de pommes, de bananes, etc... et aussi des raisins secs et autres petits fruits.

En été les fermiers et jardiniers apprécient les merles car ils éliminent beaucoup d'insectes. En revanche, ils voudraient bien protéger contre les coups de bec les pommes, les cerises de France, les fraises et les framboises dont les merles sont friands.

Il faut bien payer un peu pour avoir autour de nous un compagnon aussi agréable et fidèle que le Merle d'Amérique.

Article paru en avril 1989

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LE MOUCHEROLLE DES AULNES

"Des mouches volantes, s'il vous plaît!"Moucherolle des aulnes

Les moucherolles forment une famille d'oiseaux qui comprend au Québec une dizaine d'espèces dont le Moucherolle des aulnes. Plusieurs espèces de moucherolles sont difficiles à distinguer les unes des autres.

Le nom de famille s'inspire de leur manière de se nourrir. Perchés dans un endroit plus ou moins dégagé, ils surveillent et capturent au vol tout insecte qui s'aventure aux alentours. Ils sont vêtus pour la plupart d'un plumage aux couleurs ternes, peu voyantes. Les teintes sont grisâtres, verdâtres, brunâtres, etc, qui attirent peu l'attention de leurs proies.

Le Moucherolle des aulnes se présente en plumage sobre : du gris, du noir, avec des barres pâles qui ornent les ailes. Un cercle blanc autour de l'œil et le jaune de la mandibule inférieure du bec s'ajoutent au reste. Un peu plus petit qu'un moineau, il est aussi un peu plus élancé. Comme chant, rien de bien musical : un petit cri de deux syllabes.

Vous pourrez observer le Moucherolle des aulnes bien sûr, là où poussent les aulnes, dans les endroits humides, marécageux, au milieu de petits saules et d'autres arbustes.

Le Moucherolle des aulnes est l'un des oiseaux qui couvrent le plus grand territoire au Québec, partout dans les lieux humides, parmi les arbres et les broussailles. Il en est de même aux États-Unis. Le couple fait son nid, pas très haut, dans un arbre ou un arbuste dans le milieu humide où il évolue. La femelle pond quatre œufs et les couve pendant deux semaines. À la fin de l'été, quand les mouches volantes se font rares, on déménage dans le sud du continent et en Amérique du Sud.

Article paru en avril 2002

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LE VIRÉO AUX YEUX ROUGES

"Ma passion, c'est le chant!"Viréo aux yeux rouges

Il y a au Canada huit espèces de viréos. Le nom de viréo est dérivé du mot latin viridis, qui se traduit par "vert". En effet, les viréos ont le dos verdâtre et le ventre blanc. Il y en a qui portent des barres blanches aux ailes. Le Viréo aux yeux rouges fait partie du groupe qui n'en porte pas. Il est le seul de la famille à avoir les yeux rouges. Il faut dire que ce rouge n'est pas évident, pas toujours facile à voir. Ce viréo vient nicher dans tout le sud du Canada et une grande partie des États-Unis. Il est chez lui dans les forêts de feuillus plus ou moins denses; il peut aussi se contenter de groupes d'arbres moins nombreux, comme dans les parcs des villes.

Les viréos sont des artistes dans la façon de construire leur nid. Il est fabriqué de morceaux d'écorce, de morceaux de nids de guêpes, de feuilles et d'autres matériaux. Le tout est collé ensemble par des fils d'araignée et fixé par les bords à une petite fourche horizontale. Il n'est pas très haut, dans les trois mètres environ. La femelle y pond ses quatre œufs et les couve pendant deux semaines.

Autre originalité chez ce viréo: le mâle est un chanteur infatigable, il n'arrête pas de la journée, du matin jusqu'au soir. Les courtes phrases se suivent: la première en montant, la deuxième en descendant. On dirait qu'il se parle à lui-même, se pose une question et y répond. Rien n'indique qu'il annonce sa présence ou défende son territoire. Il chante son bien-être et sa bonne humeur. Cela se poursuivra jusqu'à la fin de l'été, quand les jeunes se seront envolés du nid et quand viendra le temps de la migration à l'automne. Il y a alors de grandes forêts qui les attendent au centre de l'Amérique du Sud. Imaginez l'endurance qu'il faudra à ces tout jeunes, nés il y a deux mois à peine!

Article paru en novembre 2002

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LE TANGARA ÉCARLATE

"Me voir et m'entendre, ça vaut vraiment le coup!"Tangara écarlate

Quand pour la première fois on voit ce bel oiseau écarlate et noir, on peut se poser des questions. Est-ce bien un oiseau de chez nous? C'est peut-être un oiseau exotique égaré, échappé d'une cage ou d'un jardin zoologique. Pourtant il est bien de chez nous. Il se limite cependant au sud du Québec et du Nouveau-Brunswick, ainsi qu'au sud de l'Ontario et du Manitoba. Il occupe aussi l'est des États-Unis presque jusqu'au sud. Comme c'est la coutume chez les oiseaux, le mâle peut porter un costume très voyant. La femelle par contre se protège, elle et sa couvée, par une mise discrète. Le mâle porte ses beaux atours pour le temps des noces, c'est-à-dire la nidification. À la fin de l'été le mâle remplace l'écarlate par une couleur délavée tirant sur le jaune et le vert. Il garde le noir des ailes et de la queue. Pour la migration et le séjour dans le sud, il vaut mieux ne pas attirer l'attention des prédateurs.

Revenons au printemps. C'est un atout pour le mâle d'être flamboyant et il n'est pas négligeable d'avoir en plus une belle voix pour "chanter la pomme" à sa dulcinée, tout en proclamant sa joie de vivre et l'exclusivité de son territoire. Le tangara a la voix un peu enrouée pour rivaliser avec le Merle d'Amérique dont le chant ressemble au sien. Les deux espèces ont des phrases similaires qu'ils débitent au même rythme. Le Tangara écarlate a cependant un cri d'appel unique dans le monde des oiseaux. Pas facile de le décrire dans notre langage. Les ornithologues le traduisent: "Tchip-beûr ou Tchip-coeûr". Quand vous l'aurez entendu une fois, il vous sera impossible de vous tromper ou de l'oublier.

Dans quel habitat peut-on voir cet oiseau merveilleux? Pas facile! Pour ce qui est de l'entendre, pas de problème. Disons d'abord qu'il visite rarement les lieux ouverts près des habitations. C'est un oiseau de la forêt et une forêt de gros arbres feuillus: les bouleaux jaunes, érables à sucre et autres espèces mêlées parfois de conifères. Le couple se sent à l'aise, à l'abri des regards, caché bien haut dans le feuillage. Le mâle ne tient pas à se mettre en évidence pour chanter. Il arrive que la femelle se hasarde à chanter comme le mâle. C'est donc dans cet environnement discret que le couple chante, se nourrit et niche. Les tangaras sont des grands dévoreurs d'insectes et surtout de chenilles. Après un bon repas de chenilles on descend des hauteurs, à l'occasion, pour un dessert au sureau. Le sureau pubescent est un arbuste qui offre au mois de juillet de belles grappes de petits fruits rouges.

La femelle construit son nid et couve seule ses trois à cinq oeufs pendant deux semaines. Quand les jeunes sont élevés, que les jours raccourcissent et que les chenilles se font rares, c'est le signal du départ. Le mâle, incognito dans son costume d'automne, et toute la famille s'envolent pour la Colombie ou la Bolivie. Au printemps prochain!

Article paru en juillet 1998

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LE TYRAN TRITRI

"Les corneilles, j'en fais mon affaire!"Tyran tritri

Le batailleur de corneilles, tout le monde l'appelait comme ça quand j'étais jeune. Pour mes frères et moi, c'était un de nos oiseaux favoris. Un petit oiseau fier et audacieux. Si une corneille s'avise de passer dans l'espace aérien qu'il revendique comme sien là où il niche, il part en flèche et volant au-dessus, il l'attaque à coups de bec furieux. Après l'avoir chassé assez loin, il revient, célébrant sa victoire par quelques petites prouesses aériennes accompagnées de "tritris" stridents et joyeux. La corneille retient sa leçon et à l'avenir elle fera un détour pour éviter le démon de petit oiseau.

Tout gros oiseau reçoit le même accueil: corneille, buse, épervier et même le Grand Héron. Ce dernier, tout étonné, n'y comprend rien, n'ayant aucun goût pour les petits du tyran qui sont au nid. Tyran: un nom peu sympathique pour un petit oiseau courageux qui protège sa famille et en même temps les familles des autres petits oiseaux des alentours. Le nom scientifique latin insiste davantage: "Tyrannus, Tyrannus". Ce qui veut dire: "Le tyran des tyrans ou le tyran par excellence".

La famille des Tyrannidés, qui comprend les tyrans et les moucherolles, compte dans les 400 espèces qu'on retrouve seulement en Amérique du Nord et du Sud. Ces oiseaux ont la spécialité de se percher pour guetter les insectes volants qui se présentent et de les capturer en vol pour s'en nourrir. Ils ont donc un besoin exclusif d'un territoire qui leur offre assez de nourriture et ils en défendent vigoureusement l'accès à leurs semblables. Ils sont agressifs, chicaniers, etc. Le Tyran tritri, en plus de protéger son territoire contre ses compétiteurs, a canalisé sa fougue de caractère contre les gros oiseaux qui pillent les nids des plus petits. Le nom de "chevalier combattant", déjà décerné à un autre oiseau, lui aurait bien convenu.

Au temps des nids le Tyran tritri s'installe en des lieux ouverts où il ne peut rien manquer des insectes qu'il attrape et des ennemis qu'il combat. Vous le verrez perché sur la cime d'un arbre, sur une grande branche morte, à un fil électrique, à une clôture, etc. J'ai vu un nid posé pas très haut, bien à la vue, vers le bout d'une branche d'épinette. Malheur à l'ennemi qui oserait s'en approcher! Les quatre ou cinq oeufs de la ponte sont couvés par la femelle pendant une quinzaine de jours. Le défrichement des forêts en faveur de l'agriculture a valu au Tyran tritri l'expansion de son domaine de nidification. À lui le sud du Canada, jusqu'au sud-est des États-Unis. Équipé comme il l'est pour voler, il peut bien aller passer l'hiver en Amérique du Sud jusqu'au nord de l'Argentine et du Chili.

Avis aux corneilles: soyez sûres que les Tyrans tritri reviendront le printemps prochain.

Article paru en juillet 1996

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LE TYRAN HUPPÉ

(Le Moucherolle huppé)

"Une peau de couleuvre, s.v.p."Tyran huppé

C'est un bel oiseau surtout, si on le compare aux autres moucherolles qui ont tous un plumage terne. Le Moucherolle huppé se retrouve dans la moitié est du Canada et pas très au nord. Au Québec, il niche dans la vallée du St-Laurent et plus au sud, alors qu'il monte jusqu'au Lac St-Jean. Aux États-Unis, son domaine couvre aussi la moitié est du pays. Les Moucherolles huppés passent l'hiver au sud des États-Unis et poussent une pointe jusqu'en Colombie.

Autrefois, avant l'arrivée des Européens, notre province était couverte de grandes forêts. La colonisation a fait disparaître une grande partie des forêts au bénéfice de l'agriculture. Ce fut un changement d'habitat utile ou nuisible pour un grand nombre d'oiseaux. Les Moucherolles huppés se sont adaptés à cette situation. Plusieurs d'entre eux continuent à nicher dans les bois aux grands arbres feuillus. Les autres, qui sont maintenant en majorité, ont adopté des endroits plus ou moins dégarnis. Ces derniers ont même pris l'habitude de nicher près des fermes, dans les vergers et jusque dans les parcs des villes.

Le Moucherolle huppé, comme les autres moucherolles, se nourrit uniquement en capturant des insectes au vol. Ayant besoin d'un territoire assez grand, il défend âprement son espace vital. Les intrus, insouciants ou téméraires, qui envahissent son domaine, ne peuvent s'en tirer sans accrochage. Pourtant les avertissements ne manquent pas. Perché en haut sur une branche morte d'où il peut repérer sa nourriture et les envahisseurs, le mâle lance souvent une série de sifflements courts et puissants: "ouip, ouip, ouip" ou quelques cris énergiques bien roulés.

Maintenant, il faut penser à nicher. Trouvons un logement. Un ancien trou creusé par un pic fera l'affaire, ou encore quelque cavité offerte par la nature. On acceptera parfois un nichoir artificiel. La femelle seule assumera la charge de couver ses oeufs au nombre de 5 en général. Une tâche qui dure 2 semaines.

Les Moucherolles huppés font montre d'une originalité peu banale au sujet de leur nid. Ils utilisent comme matériel, en plus du reste, une vieille peau abandonnée par une couleuvre. Vous savez, une couleuvre change de peau quand elle grandit. La dépouille est d'un attrait irrésistible pour un Moucherolle huppé. Les deux nids où j'ai pu vérifier en étaient garnis.

Il paraît que maintenant, il accepte parfois en substitution un morceau de cellophane ou un autre matériel semblable. Quelle déchéance!

Article paru en juillet 1997

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