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Les rubriques du Père Roger Larose


LISTE DES OISEAUX DANS CETTE PAGE
Carouge à épaulettes
Corbeau, Grand
Corneille d'Amérique
Étourneau sansonnet
Mésangeai du Canada
Pic à dos noir
Pic à tête rouge
 
Pic chevelu
Pic flamboyant
Pic, Grand
 
Pic mineur
Quiscale bronzé
Vacher à tête brune
 

LE PIC À TÊTE ROUGE

"Si vous m'apercevez, vous avez de la chance!"Pic à tête rouge

C'est un oiseau magnifique. On remarque surtout sa belle tête rouge à laquelle il doit son nom. Les couleurs: noir, blanc et rouge sont bien tranchées, sans fioritures de détails. Malheureusement, on ne peut pas le voir en grand nombre partout au Québec. Il niche dans tout le sud du Canada, à part les Rocheuses. Au Québec, il se retrouve dans la partie sud de la vallée du St-Laurent et le long de la rivière Outaouais.

Il est chez lui: dans les endroits parsemés de gros arbres isolés, mais non dans les forêts denses. Le couple choisit un gros arbre mort et creuse un trou pour y faire son nid. La femelle pond quatre ou cinq œufs et parfois davantage. Les deux parents se partagent l'incubation pendant deux semaines.

En ce qui concerne la nourriture, aucun autre pic ne s'offre un menu aussi varié que le Pic à tête rouge. Est-ce par raffinement dans ses goûts? Ce serait plutôt par opportunisme. Il a appris à profiter de l'abondance des mets qui s'offrent à lui selon les saisons et les différents environnements. Au temps des insectes volants il s'installe à découvert et capture au vol ce qui se présente. En août les sauterelles sont abondantes et il en profite. En fin d'été et à l'automne les petits fruits sont mûrs. C'est une aubaine. À l'occasion tout est bon: des vers de terre, des mulots, des araignées, des œufs et des jeunes oiseaux, etc. En tout temps de l'année il y a des gros vers blancs qui se pensent en sécurité dans leur galerie creusée dans le bois mort. Un Pic tête rouge sait cela et il est outillé pour aller les surprendre.

Pour l'hiver, nos Pics à tête rouge passent la frontière et s'installent aux États-Unis, mais pas trop au sud. Prévoyance oblige et, comme les autres de la famille résident aux États-Unis, ils feront des provisions. On creuse un trou dans un gros arbre sec, on le remplit de noix et de glands et on bouche l'ouverture avec des débris d'écorce et de bois. Le garde-manger est toujours là, sans compter les occasions qui se présentent: vers blancs du bois mort, mulots imprudents, etc. S'il vous arrive un bon jour de rencontrer un Pic à tête rouge, vous en garderez longtemps le souvenir.

Article paru en juillet 2001

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LE PIC CHEVELU

"Je suis chevelu moi, pas mineur!"Pic chevelu

Des Pics chevelus, il y en a partout en Amérique du Nord, sauf dans l'Arctique. Ils se retrouvent au Canada, aux États-Unis, au Mexique et en Amérique Centrale. Quand une espèce d'oiseaux occupe un aussi grand territoire, il arrive nécessairement que des groupes d'individus évoluent en présentant des variations de plumage et de taille, tout en restant conformes aux critères qui caractérisent l'espèce. On énumère huit sous-espèces de Pics chevelus.

Les observateurs découvrent vite qu'il y a au Québec un autre pic qui ressemble au Pic chevelu. Il s'agit du Pic mineur. Plumage noir et blanc pour les deux espèces et tache rouge en arrière de la tête pour les mâles. Mais déjà le nom de Pic mineur indique une moindre taille. Il y a d'autres indices pour distinguer les deux espèces. D'abord, le bec du Pic chevelu est plus long en proportion de la longueur de sa tête. Ensuite, sa queue est ornée de deux plumes latérales entièrement blanches. Chez le mineur, ces plumes sont blanches aussi, mais parsemées de points et de traits noirs. Cette dernière observation vaut pour le Québec seulement. Si vous allez aux montagnes Rocheuses ou à Terre-Neuve vous pourrez voir des Pics mineurs dont les côtés de la queue sont complètement blancs.

Une oreille attentive peut aussi discerner la particularité de ces deux pics. Le cri d'appel "pit" est plus fort, plus strident chez le chevelu. Le chant, pour les deux, consiste en une répétition d'un même cri. Le Pic mineur descend la série en cascade, alors que le Pic chevelu garde la même tonalité. Habitude de famille, les pics ont un vol ondulé, quelques battements d'ailes vigoureux, puis on se laisse aller pour recommencer ensuite. Vous entendrez facilement le bruit des ailes à chaque élan.

Le Pic chevelu habite les forêts bien établies: forêts de feuillus ou mixtes. Dans les bois de conifères, il lui faut quelques feuillus. Il aime moins les résineux pour y creuser son nid. Tôt chaque printemps, il choisit un arbre mort pour y creuser un trou qui peut atteindre plus d'un pied (30 cm). La ponte est en moyenne de quatre œufs. L'incubation, partagée par les deux parents, dure deux semaines. Cependant, c'est le mâle qui passe la nuit au nid.

Les Pics chevelus sont des insectivores. Ils sont friands des larves de coléoptères. Ces vers blancs creusent des couloirs en mangeant le bois dont ils se nourrissent. Les pics les entendent gruger et percent le bois pour les atteindre. Par ailleurs, assidus aux mangeoires, ils aiment le suif, le beurre d'arachides et quelques graines de tournesol. En reconnaissance, ils se laissent approcher de très près.

Article paru en janvier 1999

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LE PIC MINEUR

"Je te vois derrière l'arbre: coucou!"Pic mineur

Nous avons au Québec sept espèces de pics. Le Canada et les États-Unis en comptent vingt-deux et le monde entier plus de cent soixante-dix. Mignon et familier le Pic mineur est le plus petit de nos pics. D'une longueur de 5 pouces et ¾ (15 cm) c'est un nain à côté du Grand Pic dont la longueur est de 15 pouces (45 cm). Le mâle a le privilège d'une tache rouge à l'arrière de la tête. Vous pourriez avoir de la difficulté à distinguer un Pic mineur d'un Pic chevelu qui a le même physique, mais en plus grand. Le meilleur indice: le bec du Pic mineur ne dépasse pas en longueur le reste de la tête. Le bec du Pic chevelu est plus long en proportion.

Le territoire occupé par le Pic mineur au Québec est limité au nord par une ligne horizontale se prolongeant vers l'est à partir du sud de la baie James. Pour le reste du Canada la ligne remonte vers l'ouest jusqu'au Yukon; il y en a aussi dans le sud de l'Alaska. Des Pics mineurs, il y en a aussi dans tous les États-Unis, mais pas ailleurs. Ils sont chez eux dans tous les bois mixtes ou de feuillus. Ils ne craignent pas les alentours de nos maisons, à condition qu'il y ait des arbres: dans les vergers et les jardins par exemple. Ils fréquentent souvent les jeunes arbres et les buissons. Les insectes sont la principale nourriture du Pic mineur. Il les recherche dans les écorces des troncs et des branches d'arbres. Il est assez acrobate pour aller au bout des branches fines capturer ses proies sous les feuilles. Il semble préférer les arbres vivants aux arbres morts. À l'automne il se paie des repas de petits fruits, même ceux de l'herbe à puces.

Revenons au printemps alors que le couple s'acharne à creuser un trou dans un arbre mort pour y installer son nid. Quatre ou cinq œufs y seront déposés et on couvera à tour de rôle pendant douze jours. À la sortie du nid, suivant les adultes, les jeunes apprennent à voler et à se déplacer sur les arbres. Habitués au nid, à recevoir la nourriture du bec de leurs parents, ils continueront ainsi pendant plusieurs jours. En trois semaines ils auront appris à se débrouiller seuls. Pour l'hiver les Pics mineurs n'émigrent pas. Seuls quelques résidents le plus au nord descendront un peu plus au sud.

On se demande si les couples sont permanents, mais on sait que l'hiver c'est chacun pour soi. Chaque individu se creuse une chambre à coucher. Si vous organisez des mangeoires, vous verrez les Pics mineurs arriver en compagnie des mésanges, des sittelles, des Pics chevelus, etc. Comme aliment riche en calories, il y a le suif. Les pics ajoutent à l'occasion des graines de tournesol. Pas trop peureux quand même, notre pic. Si vous approchez trop, il se cache en arrière d'un tronc d'arbre et de temps en temps, il viendra jeter un coup d'oeil furtif pour voir si vous êtes encore là: "coucou"!

Article paru en mars 1997

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LE GRAND PIC

"Changer de partenaire? Jamais!"Grand Pic

Impressionnant! On n'aurait jamais pensé qu'un "pic-bois" pouvait être si gros. Ses ailes étendues mesurent 30 pouces (75 cm). Pour nicher, il a besoin d'un trou de 2 pieds (60 cm) de profondeur avec une entrée de 8 pouces (20 cm).

Le Grand Pic, habillé de noir et de blanc, met son orgueil dans sa huppe et sa moustache qui sont d'un rouge écarlate. La femelle, plus humble, garde la huppe plus courte et la moustache noire. Le couple a opté pour la stabilité et reste uni pour la vie.

Bien sûr, un bel oiseau de cette taille n'a pas échappé à l'oeil des chasseurs. Au siècle dernier, ils en tuaient pour manger et pour vendre au marché, aussi bien au Canada qu'aux États-Unis.

Le Grand Pic, on le comprend, est établi dans les grands bois, dans des vieilles forêts avec de gros arbres où il peut nicher et avec des chicots à picosser *. Il y a aussi des Grands Pics qui se sont adaptés et vivent dans des bois moins étendus et pas trop loin des habitations, pourvu qu'il s'y trouve quelques gros arbres, par exemple dans les parcs et les banlieues. Ils sont sédentaires et gardent le même territoire d'une année à l'autre. Cependant en hiver, question de nourriture, ils peuvent errer aux alentours.

Le Grand Pic se retrouve dans tous les grands bois du Canada et des États-Unis et il n'y en a pas ailleurs dans le monde. Chaque printemps, c'est la loi de la nature et on ne peut y échapper: il faut s'organiser pour élever une famille. Creusons un nouveau logement; c'est un luxe mais rien n'est trop beau pour les petits qui viendront. Les parents sont pleins d'ardeur et bien outillés... et volent les éclats de bois.

Les trois ou quatre oeufs seront couvés par les deux pendant deux semaines et demie. Contrairement à la coutume observée chez d'autres oiseaux, comme chez les hirondelles par exemple, c'est le père qui passe la nuit sur les oeufs. La femelle ne couche pas dehors! Le couple a l'habitude de creuser quelques chambres toujours disponibles pour la nuit et le mauvais temps. Le logement de la saison passée est toujours là, à moins qu'on ne l'ait laissé à un couple de Canards huppés (Canards branchus) ou de hiboux.

Les Grands Pics sont très utiles en recyclant le bois mort et en mangeant des insectes ennemis de la forêt. Ils sont friands des fourmis qui creusent des galeries dans des troncs d'arbres vivants. On peut voir, bien faites à l'équerre, des entailles rectangulaires de 4 pouces (10 cm) de côté, pratiquées par notre Grand Pic pour y rejoindre les fourmis. Il aime bien aussi les gros coléoptères et leurs larves qui rongent les arbres morts. La maladie qui a décimé les ormes depuis plusieurs années a fourni aux Grands Pics nourriture et travail.

En saison, un Grand Pic ne dédaigne pas d'ajouter des petits fruits à son menu. Dans un endroit tranquille on peut attirer et nourrir les Grands Pics en hiver en leur offrant du suif: une aubaine pour eux et pour votre plaisir.

Note des webmestres:
* Picosser : expression québécoise signifiant équarrir une pièce de bois.

Article paru en octobre 1997

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LE PIC À DOS NOIR

"Les mélèzes, ça me connaît. Vous savez pourquoi?"Pic à dos noir

La plupart de nos pics sont munis de quatre doigts. Seulement deux espèces doivent se tirer d'affaire avec les trois doigts qu'ils ont reçus en héritage. Selon une logique inattendue, l'un de ces deux pics se nomme le Pic tridactyle (à trois doigts) et l'autre le Pic à dos noir. Ah! Ces ornithologues! À l'intérieur de ces deux espèces le mâle porte la calotte jaune. Question d'attirer l'attention sur le mâle et de protéger la femelle plus occupée aux tâches familiales.

Le Pic tridactyle* se retrouve dans les régions nordiques de l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord. Le Pic à dos noir, bien nôtre, se limite à l'Amérique du Nord. Il est aussi un peu moins nordique. On peut l'observer dans toutes les provinces du Canada, en Alaska et au nord des États-Unis. Son domaine: les forêts de conifères. Bien sûr, il y a d'abord les forêts de conifères dans le nord du Québec, mais aussi celles du sud. Les deux sont séparées dans l'ouest de la province par les bois de feuillus qui peuplent la vallée du Saint-Laurent.

Quand vient le temps de nicher, le couple s'établit de préférence dans les lieux assez ouverts: les endroits ravagés par le feu, par les tornades, par les inondations ou par l'invasion occasionnelle de la tordeuse des bourgeons de l'épinette. C'est la coutume chez les pics, mâle et femelle, de s'affairer à creuser une cavité pour nicher. Notre couple de Pics à dos noir s'attaquera à un arbre mort ou à un chicot, mais pas très haut de terre. La femelle pond ses quatre oeufs et partage avec le mâle l'incubation qui dure deux semaines.

Vu qu'ils se nourrissent presque exclusivement d'insectes, les pics sont des protecteurs attitrés de nos richesses naturelles que sont nos forêts. En tête du menu des Pics à dos noir, il y a les scolytes. Ce sont de petits coléoptères dont les larves, pour se nourrir, creusent des galeries dans la partie interne de l'écorce des arbres. Vous ne verrez probablement pas souvent un Pic à dos noir, même si vous demeurez près d'une forêt coniférienne. Ce n'est pas un oiseau très commun. Pourtant ne désespérez pas d'en rencontrer un dans son habitat et même ailleurs. Parfois un pic vagabond à dos noir peut se trouver non loin de chez vous, à la campagne, en train d'éplucher, par exemple, un mélèze dont l'écorce est bourrée de larves de scolytes. Facile à constater: les débris d'écorce jonchent la neige au pied de l'arbre. Votre pic restera autant de jours qu'il faudra pour écaler minutieusement toute l'écorce du tronc depuis le haut jusqu'en bas.

Pour la photo ci-jointe, c'était au début de l'été. J'aperçois un Pic à dos noir au bord d'un bois. Je m'approche. Il s'éloigne. Je sors mon couteau et commence à tambouriner; il revient, pensant avoir affaire à un compétiteur. Comme j'aperçois des petits vers blancs dans son bec... il m'a vite indiqué où était son nid.

Note des webmestres:
* maintenant nommé: Pic à dos rayé

Article paru en janvier 1996

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LE PIC FLAMBOYANT

"Un morceau de tôle...et me voilà heureux!"Pic flamboyant

En voyant la photo, vous direz sans doute: "Mais, c'est le Pic doré!" Il y a eu un problème: dans l'Est nous avons un pic dont les dessous des ailes et de la queue sont jaunes, d'où le nom de Pic doré. Dans l'Ouest il y a un autre pic qui lui ressemble, mais avec les dessous roses, d'où le nom de Pic rosé. Eh bien! les savants ont découvert qu'il s'agissait d'une seule et même espèce. Il a fallu trouver un nom qui convienne aux deux races. Le nom de "Pic flamboyant" a été adopté.

C'est un pic qui fréquente les bois pas trop denses, les bosquets près des fermes et même dans les banlieues. On peut le reconnaître facilement à son croupion blanc qu'il expose dans son vol ondulé. Il se retrouve jusqu'à la limite des arbres au Nord dans tout le Canada, ainsi qu'en Alaska et aux États-Unis. Pour l'hiver, ceux du Canada et du nord des États-Unis descendent au milieu et jusqu'au sud des États-Unis.

Contrairement à nos autres pics du Québec, le Pic flamboyant va très souvent au sol pour se nourrir. Les insectes forment le principal de sa diète. Il aime spécialement les fourmis: on en a compté plus de 5 000 dans un estomac. Il ne dédaigne pas non plus les petits fruits, même ceux de l'herbe à la puce.

Bien sûr, comme tous les autres pics il inspecte les arbres morts et, en écoutant, il localise les larves d'insectes qui rongent le bois. Un trou est percé et la langue du pic, terminée en pointe cornée, a vite fait de harponner la larve jusque dans ses galeries.

Pour faire leur nid les pics creusent une cavité dans le bois des arbres. Le Pic flamboyant accepte parfois un trou déjà utilisé ou un nichoir artificiel. La ponte est de six à huit oeufs et l'incubation dure 12 jours, partagée par les deux parents. En passant près d'un nid, si vous entendez un silement *, ne pensez pas qu'il y a des guêpes dans le creux de l'arbre. Mais non, c'est le cri des jeunes Pics flamboyants.

Il arrive souvent, et je l'ai observé, que les Étourneaux sansonnets, à force de harassements, évincent les Pics flamboyants de la cavité qu'ils viennent de creuser. Pourtant, d'un coup de bec ces pics pourraient percer le crâne d'un étourneau. Il semble qu'ils n'ont pas le caractère à cela.

Au temps des nids, les pics sont des oiseaux passablement bruyants, non seulement par leurs cris retentissants, mais aussi par une autre manifestation sonore: le tambourinage sur une branche morte ou sur un creux d'arbre résonnant. Tout cela pour annoncer et défendre leur territoire. Plus efficace encore est le roulement de coups de bec sur une tôle.

Un de nos confrères en a fait l'expérience à un chalet d'été. Un Pic flamboyant avait trouvé à son goût un cadre de fenêtre sur lequel il tambourinait très tôt le matin. Se croyant malin, le confrère cloua une tôle sur le cadre utilisé...vous devinez comment le pic lui en fut reconnaissant!

Note des webmestres:
* Silement: expression québécoise signifiant sifflement.

Article paru en octobre 1989

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LE GRAND CORBEAU

"Jamais je ne me laisserai avoir par un renard"Grand Corbeau

"Maître corbeau sur un arbre perché…" Pour beaucoup de nos gens le corbeau est plus connu à travers la littérature que dans la nature. Le gros oiseau noir, facile à identifier, c'est la corneille qu'on voit partout. Le corbeau est deux fois plus grand que la corneille et deux fois plus lourd. Son envergure peut atteindre plus de quatre pieds ( un mètre vingt ).

Autre trait distinctif: la queue du corbeau se termine par une pointe arrondie. Celle de la corneille est plutôt carrée. En vol le corbeau est beaucoup plus habile et fantaisiste que la corneille. Comme un aigle il pourra planer pendant des heures en suivant les courants des vents. Ou encore, volant très haut ( 200 mètres ou plus ), il peut faire un "piqué" vertigineux vers le sol ou se laisser tomber en s'amusant à faire des pirouettes.

Mâle et femelle du couple ont semblable plumage et ils demeurent fidèles l'un à l'autre pour la vie. Le corbeau niche dans presque tout l'hémisphère nord de la terre. Par contre, il est absent de l'Amérique du Sud, de l'Australie, de presque toute l'Afrique et du sud de l'Asie. Il se retrouve dans toute sorte d'environnements: les bords de mer de l'Arctique, et plus au sud les montagnes, les grands bois, les falaises, etc. Il peut nicher parfois dans des structures métalliques comme celles de l'Hydro Québec. Le nid du corbeau est toujours volumineux. La femelle pond trois à cinq œufs et les couve pendant trois semaines.

Durant l'été, les corbeaux se nourrissent de petits fruits, d'insectes, de petits animaux, ainsi que des œufs et des petits d'autres oiseaux. Certains couples ont l'audace de nicher au milieu des colonies d'oiseaux marins. Pour toute la famille corbeau, on peut dire que la table est bien garnie tout autour. Devant une telle abondance d'œufs et d'oisillons, père et mère corbeaux, astucieux et aux réflexes rapides, ne se gênent pas pour se servir.

Malgré leur habituel caractère méfiant, bon nombre de corbeaux ont constaté qu'ils sont en sécurité dans nos villes et qu'ils peuvent sans danger se nourrir dans les dépotoirs. En hiver, dans le Grand Nord, les corbeaux suivent les bandes de loups et profitent des carcasses de rennes et d'autres proies.

La réputation des corbeaux comme charognards est bien établie, et vous pourrez en voir mangeant des petits animaux tués le long de la route.

En terminant, sachez que pas un corbeau ne se laissera berner par un renard, contrairement à ce qu'on a pu lire dans la fable de monsieur de La Fontaine.

Article paru en janvier 2001

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LA CORNEILLE D'AMÉRIQUE

"Le noir préserve ma ligne et me donne un air digne!"Corneille d'Amérique

Elle est connue de tout le monde! Si vous demeurez dans un endroit ouvert et un peu retiré, vous avez pu la voir marcher sur votre gazon, sûre d'elle-même, d'une démarche calme et posée. Ou encore, il y a peut-être près de chez vous un grand arbre sur lequel un couple s'est invité à nicher. Alors vous savez ce que c'est d'entendre "brailler" les jeunes à partir des premières lueurs du matin. À l'automne c'est le rassemblement de grandes bandes de corneilles criardes qui se préparent à émigrer pour l'hiver. Quand j'étais jeune, on disait: "Tiens, un mariage de corneilles".

Dans le monde toutes les corneilles sont plus ou moins parentes avec notre Corneille d'Amérique. Celle-ci niche dans tout l'est du Canada et dans le nord-est des États-Unis. Dans l'ouest, c'est la Corneille d'Alaska. En Europe ils ont la Corneille noire (pas très original comme nom). Avez-vous une idée du nombre des Corneilles d'Amérique? Aux États-Unis, dans plusieurs "dortoirs" d'hiver, on avance le chiffre de quelques centaines de mille pour chaque endroit.

Jadis, les corneilles s'accommodaient des grandes forêts. Depuis le défrichement et l'établissement de l'agriculture, notre environnement leur va à merveille. Des champs en culture, des petites forêts, des bosquets, des grands arbres éparpillés, rien de mieux pour elles. Une aubaine, ces champs de maïs et d'autres grains. Les petits bois ne sont pas loin pour nicher et pour dormir en paix. Les fermiers sont loin d'en être contents. "Cette vermine qui vient manger et gaspiller nos récoltes". Les chasseurs de canards sauvages reprochent aux corneilles de détruire les couvées. On sait aussi que les corneilles vident les nids des petits oiseaux.

Il faut leur faire la guerre. Le fusil d'abord. Mais les corneilles deviennent méfiantes. On a même dit qu'elles peuvent à distance déceler la senteur de poudre qui reste dans le fusil. On a utilisé du poison, au risque de tuer d'autres oiseaux ou des animaux. Aux États-Unis, dans un dortoir d'hiver, on a chargé les arbres de dynamite et l'explosion le soir en aurait tué dans les 300 000. Intelligentes, rusées, prolifiques, douées et assez souples pour s'adapter, les corneilles sont là pour rester. Il faut reconnaître d'ailleurs qu'elles détruisent beaucoup d'insectes et de petits animaux nuisibles.

Quelques-unes se sont hasardées aux abords des villes. Elles se sont vite rendu compte qu'il y avait beaucoup de bruit, mais jamais de coups de fusil. Nous avons maintenant nos corneilles de ville qui sont en sécurité et ne manquent pas de nourriture (vidanges etc.). Elles passent facilement l'hiver avec nous. Les corneilles qui hivernent au sud, aux États-Unis et jusqu'au nord du Mexique, nous reviennent en mars. C'est ensuite le temps des nids pour tout le monde. Les nids sont très solides et peuvent servir les années suivantes à d'autres gros oiseaux comme les hiboux et les buses. La ponte est de quatre à cinq œufs et l'incubation dure deux semaines et demie. La majorité des spécialistes disent que c'est la femelle seule qui couve. Il est probable que le couple est uni pour la vie.

Article paru en janvier 1998

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L'ÉTOURNEAU SANSONNET

Voleur de nid, oui, je le suis!Étourneau sansonnet

Les européens venus s'établir en Amérique ont vite constaté que manquait autour d'eux la présence des oiseaux familiers de l'Europe. En effet, très peu d'espèces d'oiseaux sont communes aux deux continents. On amena donc des Moineaux domestiques pour les relâcher à New-York en 1850. Arrivèrent ensuite, en 1890-1891, une centaine d'Étourneaux sansonnets. C'est par millions que se comptent maintenant ces étourneaux en Amérique du Nord. Ils ont envahi les États-Unis, le Mexique, tout le sud du Canada et on en a vu même en Alaska et tout à fait dans le nord du Québec. Nous avons là un exemple de ce qui peut arriver quand on introduit dans un milieu vivant des espèces venues d'ailleurs.

L'Étourneau sansonnet, robuste, hardi, agressif et prolifique, s'est adapté à tout climat et à tout environnement. Vous en verrez partout sauf dans les grandes forêts. Ils sont dans les grandes villes, les petits villages, les fermes, les bosquets, les champs cultivés, les pâturages, le bord des routes, etc. Au printemps et à l'automne ils aiment se tenir en groupes et s'unissent à d'autres espèces pour former des hordes d'oiseaux noirs.

Pour nicher, une cavité quelconque fera l'affaire: trou dans un arbre ou une corniche de maison, creux dans une falaise, nichoir d'oiseaux et même une boîte aux lettres à la campagne. C'est à ce moment surtout que, battant des ailes, le mâle s'époumone à lancer des sifflements et des sons bizarres et à imiter d'autres oiseaux et jusqu'aux grincements de poulies de cordes à linge. La femelle pond quatre à six œufs, que les deux parents couvent pendant une douzaine de jours. Trois semaines plus tard les jeunes s'envolent et le couple peut nicher de nouveau.

Nos pics, nos hirondelles et nos Merlebleus, qui utilisent aussi des cavités pour nicher, ont subi fortement la compétition des sansonnets. C'est une des causes responsables en particulier de la grande diminution des Merlebleus. Surtout durant la nidification les sansonnets sont insectivores. À la fin de l'été et de l'automne ils dévorent céréales et petits fruits. Il en résulte des pertes considérables pour certains fermiers et producteurs de fruits. Il arrive aussi que nos oiseaux d'hiver cherchent en vain les fruits des "cormiers" (sorbiers) pour s'en nourrir: les sansonnets ont tout pillé.

Pour finir, permettez que je vous rapporte un incident dont j'ai été témoin par deux fois. J'ai vu un couple d'Étourneaux sansonnets voler à des Pics flamboyants le trou qu'ils achevaient de creuser dans un arbre pour y nicher. Effrontés et tenaces, les sansonnets ont harassé les pics jusqu'à ce que ces derniers abandonnent les lieux.

Article paru en septembre 1992

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LE CAROUGE À ÉPAULETTES

"Sans mes épaulettes, je ne suis rien"Carouge à épaulettes

Tout le monde a dû remarquer ces oiseaux noirs aux épaulettes rouge vif bordées de jaune clair. Ils attirent aussi l'attention par leurs habitudes bruyantes et leur nombre qui les classe parmi les oiseaux les plus nombreux de l'Amérique du Nord.

La femelle des Carouges à épaulettes est visiblement plus petite que le mâle et est habillée d'un plumage rayé aux couleurs ternes. Les jeunes mâles attendent deux ans toute leur parure adulte. C'est surtout au printemps, avant l'éclatement de la végétation, qu'on peut observer ces oiseaux et constater ces différences.

Les mâles sont parmi nos premiers oiseaux printaniers et ils ne tardent pas à établir chacun leur territoire. Les femelles arrivent une semaine ou deux plus tard. Viennent ensuite les jeunes de l'année précédente. Le domaine de nidification des carouges, ce sont les lieux humides, surtout où poussent les quenouilles: marécages, bord des étangs, des lacs, des cours d'eau. Également le bord des fossés, le long des champs et des routes. En ce dernier endroit, les carouges utilisent souvent comme perchoirs les lignes électriques qui s'y trouvent. Défendre son territoire est une tâche que le mâle Carouge à épaulettes prend très à coeur. Bien en vue, il a ses perchoirs qui délimitent son territoire. Il y proclame ses droits par différents cris, tout en découvrant ses épaulettes. Malheur au mâle voisin qui vient se poser là.

Une expérience intéressante a été faite au sujet des épaulettes du carouge. On a capturé un carouge et après avoir caché ses épaulettes avec des petits morceaux de linge, on l'a relaché. Le pauvre, il avait beau crier, il ne pouvait plus défendre son territoire. Un jour, j'étais dans ma cache pour photographier. Il y avait tout près un tournesol bien garni de ses graines. Un carouge vient s'y percher pour manger. Un deuxième carouge s'approche. Le premier ouvre tout simplement ses épaulettes, sans plus. Aussitôt l'autre s'est envolé. Si une corneille ou un oiseau de proie s'avise de passer aux alentours, l'intrus est vite attaqué et chassé au loin.

La femelle Carouge à épaulettes construit son nid dans les quenouilles ou d'autres herbages et parfois sur un petit arbre. Elle y pond trois ou quatre oeufs qu'elle couve seule pendant 10 à 12 jours. Au temps des nids, les insectes sont au menu des jeunes et des adultes. Les grains et les graines, c'est pour le reste de l'année. Les Carouges à épaulettes nichent de l'Est à l'Ouest dans tout le Canada, mais pas dans les régions les plus au nord. Ils nichent aussi aux États-Unis. Ils hivernent au sud jusqu'en Amérique centrale.

À la fin de l'été et de l'automne, il est impressionnant de voir des milliers d'oiseaux noirs, carouges et autres, évoluer avec ensemble, pour s'abattre dans un champ ou pour se diriger le soir vers un bois qui servira d'immense dortoir. Et quelle cacophonie avant de s'endormir!

Article paru en juillet 1992

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LE QUISCALE BRONZÉ

(Le Mainate bronzé)

"Pardonnez-moi d'aimer œufs et oisillons."Quiscale bronzé

Les mainates font partie d'un groupe d'oiseaux qui comprennent les goglus, les carouges, les vachers, les sturnelles et les orioles. Nous avons, au Québec, le Mainate bronzé et le Mainate rouilleux. Le Mainate bronzé est remarquable par les reflets métalliques de son plumage: reflets de couleur bleue-violette sur le haut de la poitrine, le cou et la tête; reflets bronzés pour le reste. La femelle est plus petite de taille et moins luisante.

Pas très sympathique ce gros oiseau noir aux yeux jaunes. Il ne se gêne pas pour nous écorcher les oreilles par ses cris discordants. Arrogant, sûr de lui, c'est lui le maître partout. Demandez à ceux qui entretiennent des mangeoires pour oiseaux au printemps et à l'été: à l'arrivée du mainate tout le monde décampe. Son plus grave défaut, c'est de piller parfois les nids d'oiseaux plus petits que lui pour en dévorer les œufs et les oisillons.

Le Mainate bronzé vient nicher au Canada depuis l'est des Rocheuses jusqu'à Terre-Neuve. Il habite aussi le centre et l'est des États-Unis. Sauf rares exceptions, tous nous laissent pour le sud à l'automne. Vous les verrez un peu partout en été dans les endroits dégagés. Ils se promènent sur les gazons, dans les champs, les clairières et même les parcs des villes. Ils aiment particulièrement les bords de l'eau: étangs, lacs, rivières et le fleuve.

C'est en petits groupes, sur des conifères, si ça adonne, qu'ils s'installent pour nicher. Les œufs, de quatre à six, sont couvés par la femelle pendant deux semaines. Sans trop les vanter, il faut reconnaître que les Mainates bronzés mangent beaucoup d'insectes. Par contre, surtout à la fin de l'été, alors qu'ils se rassemblent en bandes très nombreuses, ils peuvent s'abattre dans les champs de grains ou de maïs et y faire des ravages.

Un phénomène intéressant, au début de la migration, à l'automne: des milliers d'oiseaux noirs, Mainates bronzés, Étourneaux sansonnets, Carouges à épaulettes et Vachers à tête brune, choisissent un bosquet comme dortoir. Les groupes arrivent de tous côtés et jusqu'à la tombée de la nuit, c'est un concert gratuit d'une cacophonie assourdissante.

En France, on parle de l'hirondelle qui annonce le printemps. Ici, alors que l'hiver n'est pas encore fini, arrivent les corneilles et les Alouettes cornues, ensuite, au vrai printemps, parmi les premiers de retour, les Mainates bronzés. Leurs cris, sans s'être améliorés de façon sensible, nous semblent moins désagréables.

Article paru en septembre 1994

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LE VACHER À TÊTE BRUNE

"Je cherche un nid tout fait."Vacher à tête brune

C'est le printemps, la neige s'en va, le sol fait surface ici et là. Vous y verrez des bandes d'oiseaux noirs cherchant de quoi manger. Il y a, bien sûr, les Étourneaux sansonnets, qui ont passé l'hiver ici. Il y a aussi, revenus du Sud, des mainates, des Carouges à épaulettes et des Vachers à tête brune. Un phénomène d'astuce! Il a mis au point un stratagème qui lui épargne toutes les tâches ardues nécessaires à la survie de l'espèce. Il laisse à d'autres le soin de construire un nid, de couver ses œufs et d'élever ses petits. Ici, au pays, il est le seul à agir ainsi. Dans le sud de l'Amérique du Nord, le Vacher bronzé et en Europe le Coucou, ont les mêmes moeurs.

Au temps de la nidification la femelle Vacher à tête brune repère des nids d'oiseaux plus petits, surtout des nids de fauvettes, de pinsons, de viréos et de moucherolles petits de tailles. Si les propriétaires sont absents, elle jette dehors un de leurs œufs et pond le sien en quelques secondes, alors que la ponte dure plusieurs minutes chez des oiseaux de cette taille. On dit qu'au moins la moitié des propriétaires du nid parasité acceptent l'œuf étranger. D'autres le jettent en dehors du nid. Certains construisent un nouvel étage par-dessus, laissant en dessous l'oeuf du vacher et leurs propres œufs. On a trouvé ainsi des nids avec cinq ou six étages superposés.

Après 11 ou 12 jours d'incubation, l'œuf du vacher éclôt, habituellement avant les autres. Plus gros et plus fort, le jeune vacher repousse les autres pour accaparer la nourriture. Ces derniers dépérissent ou se font jeter hors du nid. Vous verrez par exemple une menue fauvette voleter avec à ses trousses un gros oisillon en quête insatiable de nourriture. Une fois tout élevé, "salut la mère!"; le petit vacher ira retrouver sa vraie "gang".

Pour les vachers, c'est la belle vie: le mâle ne fait que manger et courtiser les femelles, qui n'ont qu'à pondre une quinzaine d'œufs et à se bien nourrir. Leur nom vient de ce qu'ils aiment la compagnie des bêtes à cornes et des chevaux. Beaucoup d'insectes sont aux alentours et les pas des animaux en font lever de l'herbe. Les vachers se nourrissent d'insectes, des graines de mauvaises herbes, des graines cultivées et des petits fruits sauvages. En conséquence, vous pouvez les observer dans les pâturages, les champs cultivés, les jardins et aussi les parcs urbains. On les retrouve dans tout le Canada, sauf dans l'extrême nord. Ils occupent aussi tous les États-Unis et hivernent plus au sud jusqu'en Amérique Centrale.

La nature a confié au Vacher à tête brune le soin de contrôler le nombre d'autres oiseaux, tout en se reproduisant lui-même. Je suis un peu peiné à l'idée que chaque vacher élimine toute une couvée de fauvettes, de pinsons, de viréos ou de moucherolles.

Article paru en avril 1992

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LE MÉSANGEAI DU CANADA

(Le Geai gris)

Un peu de savoir-vivre, petit!Mésangeai du Canada

Bien des gens donnent le nom de pie au Geai gris. Il est vrai que la famille des Corvidés comprend les corbeaux, les corneilles et aussi les geais et les pies. La Pie bavarde, la seule au Canada, habite l'ouest du pays. Le Geai gris se retrouve au nord, à partir de l'Alaska jusqu'à Terre-Neuve, et au sud, jusqu'au nord de la Californie et du Minnesota et dans le Maine. C'est dans ces mêmes lieux qu'il passe l'hiver.

Il aime les forêts, surtout de conifères, les clairières et les tourbières parsemées de quelques arbres. On le voit rarement dans les plaines basses de la vallée du St-Laurent. Au printemps, alors qu'il y a encore de la neige et que les nuits peuvent être très froides, c'est le temps pour le Geai gris de construire son nid. Bien caché dans un conifère, le nid est soigneusement garni de plumes, de poil des bêtes sauvages et d'autres matériaux isolants. La femelle y dépose 3 ou 4 oeufs qu'elle couvera pendant 18 jours. Le mâle veille aux alentours. Après l'éclosion, 15 jours suffisent aux jeunes pour se développer et prendre leur envol. Ce sont 15 jours où, toujours affamés, les grands becs réclament sans cesse de quoi manger. Les parents prévoyants ont alors recours à des réserves entassées d'avance dans des caches bien dissimulées.

Avant d'aller plus loin, il est temps de présenter notre oiseau le Geai gris. À première vue, il fait penser à une grosse Mésange à tête noire. Robuste et bien bâti, il est plus gros que le Geai bleu et d'un plumage plus duveteux. Mais quelle différence de caractère! Le Geai bleu, hardi et prudent, se méfie toujours des humains. Pour le Geai gris, ces derniers sont signe de nourriture et n'inspirent aucune crainte. Cet oiseau cherche la compagnie des bûcherons, des campeurs, des chasseurs et des excursionnistes en forêt. Il quémande ou vole de quoi manger. On le dit effronté ou charmant, voleur ou espiègle.

Dans un camping, à l'heure du repas, il suffit d'un moment d'inattention pour qu'un morceau de pain ou de sandwich s'envole prestement de la table. À part la nourriture, les petits objets qui traînent sont souvent une tentation pour le Geai gris: par exemple, des allumettes, des crayons, des morceaux de chandelle ou de savon ou même une montre. Dans la nature, le Geai gris s'alimente de graines de conifères, de petits fruits, d'insectes et de souris. De plus, selon la coutume des Corvidés (corbeaux, corneilles et geais), il se croit permis de bouffer les oeufs et les jeunes d'autres espèces d'oiseaux. Là où il réside, on peut facilement l'attirer en hiver à une mangeoire, en lui offrant du suif, des graines de tournesol, des amandes de noix et d'arachides et des restes de table.

Mettant de la vie dans nos forêts, le Geai gris restera toujours d'un sans-gêne désarmant et d'une sociabilité sans complexe.

Article paru en mars 1992

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