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Les rubriques du Père Roger Larose


LISTE DES OISEAUX DANS CETTE PAGE
Alouette hausse-col
Bec-croisé bifascié
Crécerelle d'Amérique
Durbec des sapins
Geai bleu
Gros-bec errant
Jaseur boréal
 
Jaseur d'Amérique
Junco ardoisé
Oriole de Baltimore
 
Sizerin flammé
Sturnelle des prés
Tourterelle triste
 

LE DURBEC DES SAPINS

(Le Gros-bec des pins)

"Quand j'ai froid, je me mets en boule."Durbec des sapins

Le Gros-bec des pins est un oiseau remarquable par ses couleurs, qu'on pourrait imaginer venir des régions tropicales. Pourtant il niche dans les forêts de conifères du nord. Le gros-bec habite tout le nord en Amérique et en Europe. Il est chez lui dans les forêts boréales de tout le Canada.

Un habitat semblable se présente à lui dans les hautes montagnes comme au New Hampshire et dans les Rocheuses, à partir de l'Alaska jusqu'au centre de la Californie et le nord du Nouveau Mexique. Couvrant de grands territoires, cette espèce d'oiseau a évolué en six sous-espèces, détaillées et de couleurs un peu différentes.

Le Gros-bec des pins construit son nid sur un conifère. La ponte est de quatre à cinq œufs et la femelle se charge de l'incubation qui dure 13 à 14 jours. Les femelles ont un plumage moins voyant : pas de rose mais du gris et un peu de brun-doré. Les jeunes mâles ressemblent aux femelles et attendent deux ans avant de prendre leurs couleurs définitives. Beaucoup de ces oiseaux hivernent dans les habitats où ils nichent. Dans nos régions plus habitées, c'est en hiver qu'on peut les observer assez régulièrement. Ils aiment se tenir en petites bandes et quand ils se déplacent en leur vol ondulé ou quand ils sont perchés sur des arbres, ils communiquent entre eux par deux ou trois sifflements qui signalent leur présence.

Ils fréquentent les petits bois, les bouquets d'arbres, les arbustes à fruits, que ce soit à la campagne, dans les villages ou en banlieue et dans les parcs des villes. Leur alimentation comprend des graines de conifères qu'ils extraient des cocottes et de graines de frênes restées sur les arbres en hiver. Les fruits gelés sur les arbres et arbustes sont aussi de leur menu: d'un bec robuste ils mordent dans les pommes, écrasent les petites pommettes ainsi que les fruits du cormier et du pimbina. Ils ne manquent jamais de nourriture, puisqu'ils mangent aussi des bourgeons d'arbres, fourniture inépuisable.

Les Gros-becs des pins ne fréquentent pas beaucoup les mangeoires. On peut leur offrir du tournesol, des morceaux de pommes et des petits fruits. Lorsqu'il fait très froid, ils ont l'habitude, pour se protéger, de gonfler leur duvet et de se mettre vraiment en boule. Le gros-bec est un oiseau magnifique, sympathique et peu craintif. Il se laisse approcher, si on avance lentement sans faire de mouvements brusques. J'ai vu sur les Plaines d'Abraham, à Québec, un enfant tendre la main pour en attraper un perché dans un buisson. L'oiseau a changé de branche, juste à côté, hors d'atteinte de la petite main.

Article paru en janvier 1992

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LE JASEUR D'AMÉRIQUE

(Le Jaseur des cèdres)

"Moi, un mangeux de fraises?"Jaseur d'Amérique

Un oiseau sobre de couleurs, au plumage soyeux, avec un masque noir et une huppe. Il est élégant, raffiné, bien mis et soigné de sa personne. De bonne éducation, il se tient bien droit lorsqu'il est perché. Et pourtant il n'est pas snob, hautain ou querelleur, mais plutôt discret, humble, modeste, sociable et familier. Des petits cris faibles et très aigus répétés à toute occasion et qui n'attirent pas l'attention lui ont valu le nom peu imaginatif de "jaseur". Pourquoi "des cèdres"? Notre oiseau ne semble pas avoir de prédilection spéciale pour les thuyas, appelés familièrement cèdres chez nous, où les vrais cèdres n'existent pas.

La liste est longue des habitats où peuvent se trouver les Jaseurs des cèdres. On peut les voir dans les bois clairsemés, feuillus ou conifères; en bordure des champs, au bord des lacs, des rivières, des marais et des tourbières; dans les fermes ou les banlieues près des habitations, surtout s'il y a des jardins ou des vergers. Partout ils sont attirés par des arbres, des arbustes et des buissons qui produisent des petits fruits. Tous les habitats mentionnés offrent le menu désiré: insectes et petits fruits.

Vous verrez souvent le Jaseur des cèdres capturer les insectes à la manière des moucherolles. Perché sur un arbre mort d'où la vue est parfaite pour apercevoir tout insecte volant, il n'en manque pas un. Quelques coups d'ailes, il happe sa proie et revient à son perchoir. Cette chasse est particulièrement efficace là où beaucoup d'insectes se reproduisent. De plus, les Jaseurs des cèdres se régalent de pétales de fleurs de pommiers, à la floraison.

La nidification se fait tard en saison et coïncide avec la maturité des baies et petits fruits. Le nid, plutôt gros, est fait de fibres et de tiges végétales auxquelles se mêlent quelques papiers, ficelles, etc. À ce moment-là, on dit que le Jaseur des cèdres est assez familier pour venir prendre une ficelle à votre main. La ponte est de quatre à cinq oeufs et l'incubation dure de 12 à 13 jours: la femelle seule s'en charge. Les Jaseurs des cèdres, en notre pays, nichent jusqu'à la limite des arbres au nord. L'hiver, ils descendent aux États-Unis et jusqu'au Panama. Cependant, s'il y a des petits fruits en abondance qui restent sur les arbres, des bandes de Jaseurs des cèdres s'en nourrissent pour passer l'hiver chez nous. Alors, ils peuvent se joindre aux magnifiques Jaseurs boréaux qui viennent du nord-ouest du pays.

Les Jaseurs des cèdres ne sont pas les bienvenus partout. Les producteurs de cerises doivent utiliser des filets pour protéger leur récolte contre les coups de becs de ces oiseaux attirés par une telle aubaine. Dans le jardin, chez nous, ils visitaient souvent les plates-bandes de fraises et en conséquence ils ignoraient qu'on les avait appelés "les mangeux de fraises".

Article paru en juin 1991

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LE JASEUR BORÉAL

Des fruits de cormiers, même congelés, j'adore cela!Jaseur boréal

Il n'a pas le rouge flamboyant d'un Tangara écarlate ou d'un cardinal, ni le bleu céleste du Merle bleu, d'un Geai bleu ou d'un Bruant indigo. Pourtant , quelle beauté d'oiseau! De couleur cendrée, mêlée de brun et douillettement habillé de soie ou de douce "fourrure", il n'a pas tort de porter le nom scientifique de Bombycilla. Ce nom est dérivé de Bombyx, autre nom du ver à soie.

Regardez la tête du Jaseur boréal: le masque et la gorge de velours noir, le mince trait blanc qui souligne le bas de l'oeil et la lisière marron qui va en dégradé vers des teintes plus pâles. N'oubliez pas la huppe légère et gracieuse. Passez aux ailes décorées de blanc et de jaune avec des bijoux de cire rouge au bout de quelques plumes. Terminez avec la bande jaune au bout de la queue. Après l'avoir si bien pourvu en tout le reste, la nature a décidé qu'il n'avait pas besoin d'être un grand musicien. Il doit se contenter de "silements" très aigus qui justifient son titre de Jaseur.

Les aînés parmi les amateurs d'oiseaux se rappellent qu'on le nommait Jaseur Bohême. Les anglophones canadiens et les américains disent encore Bohemian Waxwing. La Bohême est un ancien pays d'Europe. Il faut dire que la distribution géographique du Jaseur boréal comprend l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord. Au Canada il niche dans l'ouest, à partir du Manitoba. Aussi en Alaska et dans quelques états du nord-ouest des États-Unis. Au temps de la nidification, il habite les bois conifériens ou mixtes, la toundra arbustine ou forestière. Il bâtit son nid en juin, sur un conifère, à une hauteur très variable. La ponte est de quatre à six oeufs que la femelle couve pendant deux semaines.

Nous avons au Québec les Jaseurs des cèdres (Jaseurs d'Amérique) dont la beauté est quand même remarquable. Ils nichent ici mais plus tard en saison. Les jaseurs s'alimentent de petits fruits et d'insectes. Ils ont l'habitude d'imiter les moucherolles, spécialistes de la chasse aux insectes. Perchés sur une branche morte, d'où ils peuvent surveiller les alentours, ils s'élancent sur tout insecte imprudent qui passe à leur portée. Revenus à leur perchoir, ils reprennent le guet. C'est en hiver seulement que les Jaseurs boréaux nous favorisent assez régulièrement de leur présence au Québec. Les fruits des sorbiers (cormiers) surtout, quand ils restent en abondance sur les arbres, incitent les charmants visiteurs de l'Ouest à entreprendre un long voyage jusqu'ici. Ils peuvent arriver par centaines pour s'abattre sur les cormiers et tout dévorer.

Depuis quelques années, un ami et moi cueillons à l'automne quantité de fruits des cormiers pour les garder en réserve congelés. Au milieu de l'hiver, les jaseurs se "garrochent" * sur cette manne partout ailleurs épuisée. Quel plaisir de les voir manger tout près de nous et même sur nos mains. Je suis toujours étonné de voir un Jaseur boréal, par un grand froid d'hiver, avaler tout ronds, à la suite, cinq ou six fruits gelés durs comme pierre.

Note des webmestres:
* Se garrocher: expression québécoise signifiant se hâter, aller vite.

Article paru en janvier 1995

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L'ALOUETTE HAUSSE-COL

(L'Alouette cornue)

"Nous autres, on arrive très tôt le printemps!"Alouette hausse-col

L'hiver s'en va. Messagères de l'espoir, les Alouettes cornues sont arrivées en même temps que les Corneilles. Elles sont bienvenues chez nous ces gentilles créatures. Dans des pays de même latitude que le nôtre, bien d'autres amateurs d'oiseaux saluent leur arrivée: ce sont des Suédois, des Norvégiens, des Russes, des Chinois, des Coréens et d'autres.

En Amérique du Nord, les Alouettes cornues nichent en Alaska, dans les îles polaires, dans le reste du Canada, aux États-Unis et jusqu'au sud du Mexique. Dans l'ancien monde on les trouve en Europe, en Asie et au nord de l'Afrique. C'est la seule espèce parmi les 75 de la famille qui est indigène en Amérique du Nord. Avec une si grande distribution géographique il arrive nécessairement que des groupes d'individus se différencient en sous-espèces. Dans le monde on compte 21 sous-espèces d'Alouettes cornues dont huit en Amérique du Nord. L'Alouette cornue est un oiseau robuste, habitué à la misère. Quand elle revient chez nous, elle doit affronter le froid avec le vent et la poudrerie. Est-ce pour servir d'ancrage que son doigt arrière est armé d'un ongle très long et bien pointu? Peut-être.

L'alouette est élégante mais peu remarquée. À son arrivée, quand les champs sont encore enneigés, elle fréquente, en petits groupes, le bord des routes où se dégage une lisière garnie d'un peu d'herbe. Elle pourra y trouver quelques graines poussées ou déposées par le vent. C'est le meilleur temps pour l'observer. Si on la dérange, elle s'éloigne un peu à petits coups d'ailes au ras de la neige, se pose et reviendra, l'alerte passée. Ne soyez pas déçus: les petites cornues ne sont pas toujours bien apparentes. Écoutez son chant: de petites notes qu'elle laisse jaillir par deux ou trois, surtout durant son vol, des notes vives et limpides sans doute inspirées des ruisseaux printaniers.

Passent les semaines et nous les retrouvons au temps des nids. Bien choisi le nom scientifique grec de l'Alouette cornue: Eremophila, ou amie du désert. Les alouettes se plaisent dans des endroits ouverts, avec des sols de pierres, de graviers ou de sable, tous les terrains secs et dégagés depuis les îles polaires jusqu'au Mexique. La femelle fait un petit creux au sol et y construit son nid, souvent abrité par une touffe d'herbe. Elle seule couve deux ou trois oeufs, pendant onze jours. Les alouettes rendent de précieux services en mangeant quantité de graines, de mauvaises herbes, même en hiver, alors que les tiges dépassent la neige. Elles détruisent aussi un grand nombre d'insectes surtout pour nourrir leurs petits. En terminant, il faut rapporter une parade nuptiale du mâle qui veut ébahir et conquérir sa compagne. Lui si terre-à-terre et qui ne se perche pas plus haut qu'une clôture de champ, le voilà qui s'élance et monte, monte, laissant sans arrêt tomber des notes claires et joyeuses à l'intention de sa bien-aimée clouée au sol. On a évalué une de ces folles ascensions à 250 mètres (800 pieds). Dans un piqué casse-cou il va retrouver sa belle, sans doute émerveillée devant pareille performance.

Article paru en mars 1995

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LE SIZERIN FLAMMÉ

"La tristesse? Connais pas!"Sizerin flammé

À l'approche de l'hiver, beaucoup de nos gens s'en vont en Floride pour y jouir d'une autre saison d'été. Beaucoup de nos oiseaux également esquivent le rude hiver et s'envolent vers le Sud en quête surtout de la nourriture indispensable à leur subsistance. Quand on est Sizerin flammé et mangeur de graines, on peut bien passer l'été et faire un nid au-delà des forêts et jusque dans les îles polaires. Mais on sait aussi qu'aux premières neiges la végétation basse du Nord sera bientôt inaccessible.

Dans nos régions, quantité de graines sont toujours disponibles. Les tiges d'herbes sauvages (chicorée, onagre, etc,) dépassent la neige dans les endroits dégagés, alors que des arbres et des arbustes, dans les boisés ou ailleurs, gardent leurs semences. Par groupes considérables, en hiver, les Sizerins flammés, toujours joyeux et en train de pépier, sont là pour égayer nos champs et nos forêts. De leur bec pointu, pointu, il leur est facile d'épingler une à une les minuscules graines sur les chatons des aulnes et des bouleaux. Envahis par une bande de sizerins, les grands bouleaux laissent tomber par milliers des petites écales brunes et des graines sur la grande nappe blanche tout en bas. Plusieurs de nos oiseaux descendent sautiller sur la neige pour glaner et voir à ce que rien ne se perde.

Vous qui avez des mangeoires, vous les gâterez avec du petit tournesol noir, du chardon et du millet blanc. Certains hivers, les sizerins sont moins visibles: ils ont dû rester plus au nord que chez nous. On sait aussi qu'ils peuvent descendre au sud jusqu'au milieu des États-Unis. N'allez pas croire que le Sizerin flammé est réservé au Canada. Il niche dans tout le tour des régions polaires: en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. La femelle construit son nid dans un buisson, une touffe d'herbe ou dans un creux de rocher. Elle pond cinq à six oeufs qu'elle couve pendant une dizaine de jours. Étant surtout mangeur de graines, le sizerin doit quand même nourrir ses petits avec des insectes. Peu craintif, le Sizerin flammé se laisse approcher facilement. Plusieurs fois j'en ai fait manger un sur ma main. Je tournais la main d'un côté et de l'autre pour l'observer, sans qu'il s'en offusque.

Il y a quelques années, à Charlesbourg chez un ami, lors d'une journée de pluie en février, nous avons vu des sizerins creuser des trous dans la neige, au bord d'un toit, pour s'abriter. Ingénieux, n'est-ce pas? On dit que les gens de la Côte-Nord les nomment les " p'tits pissous ". Pourquoi? Des gens de l'île d'Orléans m'ont mentionné la même appellation, mais nous sommes toujours à la recherche d'une explication.

Article paru en janvier 1994

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LE BEC-CROISÉ BIFASCIÉ

(Le Bec-croisé à ailes blanches)

"Pas beau mon bec? Il est indispensable."Bec-croisé bifascié

Bien peu d'oiseaux dans le monde sont affublés d'un tel bec. En fait, quatre espèces en tout justifient le nom de bec-croisé. Au Québec, on peut observer les Becs-croisés rouges (des sapins) et les Becs-croisés à ailes blanches. Ces derniers sont plus nombreux. Deux barres blanches aux ailes et la forme du bec: c'est suffisant pour identifier le Bec-croisé à ailes blanches. Ils nichent dans les forêts de conifères jusqu'à la limite au nord. Ils habitent tout le nord du globe: Europe, Asie et Amérique du nord. En dépendance vitale de la production des cônes, ils descendent vers le sud, à supposer que leur nourriture se fasse rare dans le nord.

Dans nos régions habitées, c'est surtout en hiver qu'on a l'occasion d'observer les Becs-croisés à ailes blanches. En cette saison leur plumage est plus terne, présentant des rouges ou des roses plus ou moins "fanés". En été, le mâle s'habille de rouge ou de vermillon éclatant. La femelle garde toujours des teintes d'un vert ou d'un gris de camouflage. Avec un peu de chance vous pourrez voir ces oiseaux de près; ils se laissent facilement approcher.

Ajoutons que le mâle est un bon chanteur. Son répertoire comprend en particulier des séries de notes défilées au même rythme et sur le même ton, et qu'on peut traduire par "Tiriri, tiriri, tit, tit, tiriri, tit, tit, tit, tiriri, tiriri". On dirait un télégramme à déchiffrer que le mâle débite à la femelle. Même M. Morse, l'inventeur du télégraphe, n'y comprendrait rien. Mais pas de problème pour la femelle.

Revenons à ce drôle de bec pas très élégant, dont une mandibule courbe à droite et l'autre à gauche. C'est un outil de spécialiste: un extracteur efficace de graines de conifères. Le bout des mandibules s'insère entre les écales des cônes pour les écarter et permettre à la langue d'aller cueillir les graines. Ces graines, vous le devinez, servent de nourriture essentielle à ces oiseaux. Ils peuvent bien y ajouter des graines d'autres arbres, quelques petits fruits et des insectes. Ils préfèrent les cônes d'épinettes et de mélèzes, laissant les gros cônes de pins aux Becs-croisés rouges.

Il y a des temps dans l'année où les conifères commencent à ouvrir leurs cônes en décollant les écales. Pour les épinettes blanches, c'est en hiver et en été. S'il y a abondance là où se trouve le couple, il peut décider de nicher même en hiver. En hiver? Pas d'importance! La femelle, dès le premier oeuf pondu, restera sur le nid et le mâle viendra la nourrir. La nature a tout prévu: les trois ou quatre oisillons sortiront de l'oeuf habillés de duvet.

L'hiver dernier j'ai vu, à Boischatel, la neige autour des épinettes jonchée de "cocottes" vides. Les Becs-croisés à ailes blanches étaient passés par là. Ils auraient peut-être eu la tentation d'y nicher.

Article paru en novembre 1997

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LA CRÉCERELLE D'AMÉRIQUE

"Des sauterelles, s.v.p. J'adore ça!"Crécerelle d'Amérique

Un oiseau mignon aux couleurs voyantes, avec une tête ronde et de grands yeux. Attention, voyez son bec crochu et tranchant, ses griffes puissantes et ses longues ailes pointues: c'est un faucon. En fait, le plus petit des faucons. De la grosseur d'un Merle d'Amérique, ses deux ailes ouvertes font une envergure de 53 cm (21 pouces). Il est bien petit comparé au plus grand de nos faucons, le Gerfaut, dont l'envergure est de 122 cm (4 pieds). Les faucons sont des oiseaux robustes, combatifs et les plus rapides au monde. Un Faucon pèlerin peut atteindre près de 300 km à l'heure (180 milles) quand, partant de haut, il plonge vers sa proie.

La Crécerelle d'Amérique niche en Amérique du Nord, à partir de l'Alaska, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud jusqu'en la Terre de feu, tout à fait à la pointe sud. Au Québec, elle se retrouve vers le nord jusqu'à la baie James et en Gaspésie. À l'automne elles quittent pour des régions plus chaudes vers le sud. Cependant, j'en ai déjà vu en hiver près de Québec.

Vous pouvez observer les crécerelles un peu partout, sauf dans les grandes forêts. Vous les verrez dans les lieux ouverts garnis de quelques arbres, dans les clairières, au bord des bois et même dans les parcs des villes. Regardez surtout les grands arbres morts où elles aiment se percher pour surveiller les alentours. Souvent dans ces arbres il y a des trous où elles peuvent nicher. Des creux dans les rochers ou les constructions servent parfois à abriter leur nid. On peut aussi leur offrir des nichoirs fabriqués à leur intention.

On dit que le mets favori de la Crécerelle d'Amérique, ce sont les sauterelles. Elle mange aussi des mulots et d'autres petits rongeurs, des couleuvres, des grenouilles et des oiseaux. Remarquez qu'en anglais on la nomme "Sparrow hawk" ou faucon des moineaux. Il m'est arrivé de voir une crécerelle tendre la patte dans l'ouverture d'un nichoir pour cueillir une jeune Hirondelle bicolore bientôt apte à s'envoler. Voilà pourquoi, dans certains endroits, il vaut mieux construire plus profonds les nichoirs à Hirondelles bicolores. Il faut laisser au moins 15 cm (6 pouces) entre le plancher et le bas de l'entrée. Pour que les hirondelles, surtout les jeunes, puissent atteindre la sortie, on peut fixer à l'intérieur un grillage, des petits bâtons ou faire quelques traits de scie peu profonds.

Tout le monde aime les hirondelles, mais on ne peut demeurer indifférent devant ce joyau de la nature qu'est la Crécerelle d'Amérique.

Article paru en juillet 1994

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L'ORIOLE DE BALTIMORE

(L'Oriole du Nord)

"Je tricote à merveille!"Oriole de Baltimore

Habillé d'un costume flamboyant orange et noir et muni d'une voix sonore, le mâle Oriole du nord ne peut passer inaperçu. Ses chants ou plutôt ses cris ne révèlent pas une grande inspiration musicale; ils lui servent à manifester sa présence, à revendiquer son territoire et à courtiser sa bien-aimée.

Celle-ci, pour sa part, est une artiste spécialisée dans la construction du nid. Elle seule y travaille. Elle fabrique un sac dont les bords sont attachés aux branches d'une petite fourche. Elle trouve de longues fibres végétales dont l'abondance produira la grosseur et la longueur du nid. Offrez-lui des bouts de ficelles et surveillez bien le résultat. Elle sait faire une trame, faufiler, tricoter, etc. Pour les sortes de nœuds, elle pourrait se qualifier dans un concours organisé par les scouts. Pas étonnant que le nid puisse résister à l'hiver qui viendra.

Depuis longtemps les nids que j'ai observés se balançaient au bout d'une longue branche pendante d'un orme. Il arrive aussi qu'un couple d'Orioles du nord s'installe dans le haut d'un arbre. La femelle pond quatre, cinq ou six œufs qu'elle couve pendant deux semaines. Les orioles se nourrissent de petits fruits et d'insectes.

À titre d'exception chez les oiseaux, les orioles ne dédaignent pas les chenilles à tente. Vous pouvez les attirer en installant un abreuvoir contenant de l'eau sucrée. On en vend dans des commerces. Vous verrez chez vous des Orioles du nord, si vous habitez le long du fleuve St-Laurent jusqu'à Québec. Plus à l'est et dans les Laurentides, il vous faudra un peu de chance.

Article paru en octobre 2001

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LE JUNCO ARDOISÉ

"Je fais comme un éclair en volant"Junco ardoisé

L'espèce Junco ardoisé comprend plusieurs sous-espèces qui se ressemblent par l'aspect général, mais qui diffèrent par les teintes de leur plumage. Dans la famille de nos pinsons le Junco ardoisé se singularise. Tous nos pinsons présentent des rayures, alors que les Juncos ardoisés ont des couleurs unies. En conséquence, il devient plus facile de les identifier.

La sous-espèce dominante de l'est du Canada se démarque par des teintes plus contrastées. La tête est très foncée ainsi que la poitrine qui se découpe nettement du ventre qui est blanc. Le bec et les pattes sont de couleur pâle. Deux plumes blanches aux bords de la queue complètent les traits distinctifs. Vous verrez un petit éclair blanc s'allumer et s'éteindre quand l'oiseau sautille ou quand il vole.

Ce petit oiseau bien mis, discret, humble et paisible arrive un des premiers au printemps. Il sème la joie par son gazouillement comparable au roulement doux d'une machine à coudre. En migration il se promène un peu partout à la campagne, même près des maisons: là où il y a de l'herbe et des arbustes. En été, il habite les bois, mais pas le cœur des grandes forêts; il préfère les clairières et le bord des bois. Il cache bien son nid dans les herbages, par terre ou à faible hauteur. Il choisit souvent comme abri une souche ou un tronc d'arbre couché. La femelle couve ses quatre ou cinq œufs pendant une douzaine de jours. Arrivé tôt en saison le couple en profite pour faire deux couvées.

Le Junco ardoisé niche presque partout dans les bois du Canada et du nord des États-Unis. Comme nourriture principale il consomme surtout des graines de mauvaises herbes. Bien sûr, il ne dédaigne pas non plus les insectes. Les juncos passent l'hiver dans les parties les plus au sud du Canada et jusqu'au Mexique. Vous êtes amateurs de mangeoires? Vous serez choyés si des juncos décident de passer la saison froide chez vous, assurés d'une bonne ration quotidienne de tournesol et d'autres graines dont ils auront grandement besoin. Rappelez-vous qu'ils préfèrent manger par terre. Ils picoreront ce qui tombe des mangeoires élevées et y monteront, s'il le faut. Vous leur ferez plaisir en leur présentant une mangeoire sur le sol, abritée sous une épinette ou simplement posée sur la neige près d'un buisson. Bon hiver!

Article paru en novembre 1993

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LA TOURTERELLE TRISTE

Un peu triste, mais sympathiqueTourterelle triste

La Tourterelle triste nous est venue des États-Unis au Québec pour y demeurer et s'y multiplier depuis une vingtaine d'années. De la même famille que le pigeon, qui nous est venu d'Europe, la Tourterelle triste est un oiseau indigène de l'Amérique du Nord. Dans le monde, cette famille de Columbidés compte plus de trois cents espèces dont les pigeons, colombes, tourterelles et autres. En Nouvelle-Guinée, on peut voir une sorte de pigeon qui mesure près d'un mètre de long.

La Tourterelle triste se distingue facilement du Pigeon biset par sa longue queue pointue et, de plus, en été, par son cri plaintif souvent répété: "o-hou-hou". Elle est répandue au sud du Canada, dans tous les États-Unis et vers le sud jusqu'aux Tropiques. Dans le sud des États-Unis elle est chassée comme gibier, mais protégée dans le nord. On peut l'observer dans différents habitats: bosquets, bois, parcs des villes, jardins en banlieue, champs, terrains vagues et bord des routes.

Elle niche sur un arbre, un conifère de préférence, et même près des habitations. Il arrive que plusieurs couples se retrouvent en colonies pour nicher. La ponte est de deux œufs blancs qui sont couvés pendant 14 à 15 jours par les deux parents. Les jeunes s'envolent deux semaines après l'éclosion. Les couples font deux couvées par année. Comme les pigeons, les Tourterelles tristes ont l'habitude de se nourrir au sol. Elles mangent du grain: blé, avoine, orge, maïs, sarrasin. Les graines de plantes cultivées ou sauvages sont aussi au menu: graines de tournesol, de moutarde et autres.

Le recul des forêts et l'aménagement des terres pour la culture ont profité aux Tourterelles tristes, qui se sont considérablement multipliées, spécialement aux Étas-Unis. Au Québec, l'hiver est dur pour elles, et si ce n'était de la nourriture qu'elles trouvent aux mangeoires, elles pourraient difficilement subsister. De plus, il arrive souvent que leurs ongles et leurs doigts de pattes soient attaqués par la gelée et tombent. Nous avons vu une de ces Tourterelles tristes à qui il ne restait qu'un doigt pour se percher.

Il est intéressant de noter que la Tourte que nos ancêtres ont connue, pensons au mot tourtière, ressemblait beaucoup à la Tourterelle triste, mais avec des dimensions d'un tiers plus grandes. En migration, les Tourtes, par leur nombre, obscurcissaient le ciel. En 1810, dans l'état du Kentucky, un ornithologue, du nom de Alexandre Wilson, a estimé qu'une volée de Tourtes de un mille de large pouvait s'étendre sur 240 milles de longueur, d'après leur vitesse en vol et le nombre d'heures pendant lesquelles elles ont passé sans interruption. Un siècle plus tard, l'espèce n'existait plus. Massacres constants: fin incroyable!

Article paru en mars 1991

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LE GROS-BEC ERRANT

"Mettez-moi de côté les noyaux de cerises"Gros-bec errant

C'est un oiseau bien connu de ceux qui installent des mangeoires pour attirer les oiseaux de l'hiver. Habituellement, les Gros-becs errants arrivent en petits groupes. Et amenez-en des graines de tournesol! Leur bec "surpuissant" décortique ça comme rien. Vous pouvez observer les Gros-becs errants un peu partout où il y a des arbres: en forêt, en ville, en banlieue et près des fermes, surtout aux mangeoires bien garnies à leur intention.

Il y a une cinquantaine d'années ils venaient occasionnellement en hiver, de l'Ouest jusqu'au Québec. Par la suite, peu à peu ils ont envahi l'est du pays et ils nichent maintenant jusqu'en Nouvelle-Écosse. On a attribué cette migration à l'implantation dans l'Est de l'érable à Giguère. C'est un arbre introduit de l'Ouest et dont les samares restent sur les branches en hiver. Les Gros-becs errants s'en nourrissent régulièrement. On mentionne aussi que l'invasion de la chenille tordeuse des bourgeons de l'épinette a pu contribuer à l'extension vers l'Est du territoire de nidification du Gros-bec errant.

Granivore, son bec en est témoin. Cet oiseau se nourrit surtout de graines de différentes sortes. Il mange aussi des fruits sauvages, comme ceux du cormier, des bourgeons d'arbres et des insectes. Il faut dire que les insectes sont nécessaires à l'alimentation des jeunes oiseaux, même si les parents sont granivores. Comme d'autres oiseaux, les Gros-becs errants aiment bien le sel répandu sur les routes en hiver. Ils sont souvent victimes de leur insouciance du danger devant les véhicules.

La femelle Gros-bec errant bâtit son nid à une hauteur variable, de préférence sur un conifère. La ponte est de trois ou quatre œufs couvés pendant environ 13 jours. Après l'éclosion, les jeunes ont besoin de deux semaines pour devenir aptes à s'envoler. Quand je pense au Gros-bec errant, je me rappelle ma surprise, lorsque pour la première fois j'en ai vu un qui mangeait des cerises à grappes. Il mâchait et laissait tomber la pulpe que nous mangeons et brisait le noyau pour se régaler de l'amande. Un craquement, et un morceau d'écale tombait de chaque côté du bec. Avez-vous essayé de croquer ces noyaux avec vos dents? Vous comprendrez l'étonnement que j'ai toujours devant ce phénomène.

Pour terminer, voici un fait qui démontre que le Gros-bec errant mérite bien le qualificatif d'errant. Il y a quelques hivers, 5 000 Gros-becs errants ont été capturés à Charlesbourg. On leur a mis à la patte un anneau d'aluminium avec numéros. L'été suivant, un de ces oiseaux a été retrouvé en Louisiane.

Article paru en janvier 1991

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LE GEAI BLEU

Geai bleu

Depuis quelques années, bien des gens ont pris l'habitude de nourrir les oiseaux en hiver. La maîtresse de maison va secouer sur le perron la nappe du repas; les miettes de pain sont attendues par les moineaux et autres volatiles. Les mangeoires, artisanales ou commerciales, plus ou moins sophistiquées, sont à la portée de tout le monde ailé. Si vous habitez près d'un boisé, vous aurez la visite de plusieurs espèces d'oiseaux.

Annoncé par son double cri retentissant "djé djé" ou "bip bip", un visiteur surtout vous éblouira: le Geai bleu. Il est beau, admirable et bien sûr il le sait! Observez-le: vaniteux, bruyant, espiègle, audacieux, arrogant, rusé, querelleur, adroit, prudent, hardi, badin et parfois malfaisant. À son arrivée, les autres prennent leurs distances. Et pour se mettre en vedette il a tout un répertoire de cris même bizarres et parfois des monologues très doux qu'il se fait à lui-même.

En fait de nourriture aux mangeoires, il s'accomode de ce qu'on lui offre: tournesol, noix, beurre d'arachides, grains, pain, suif, restes de table, etc. Selon les saisons son menu comprend des fruits, des glands, des faînes, des insectes et des graines de toute sorte.

Membre de la famille des corvidés au même titre que les corneilles et les corbeaux, c'est un mange-tout, un omnivore, comme disent les savants. Sa famille lui a aussi légué en héritage une habitude détestable: celle de dévorer, à l'occasion, des oeufs et des oisillons que les parents ne peuvent défendre. Lui-même défendra son nid avec acharnement contre des prédateurs plus puissants.

Rendre service autour de lui? C'est possible. Par exemple, à l'automne, lui qui voit tout et qui se mêle de tout, il lancera des cris d'alarme au grand désespoir du chasseur qui veut passer inaperçu.

Le domaine du Geai bleu s'étend de Terre-Neuve aux Rocheuses, mais pas trop au Nord. On le retrouve aussi à l'est des États-Unis et même au sud en Floride.

Fait surprenant: nos Québécois de Floride trouvent notre Geai bleu plus familier, moins méfiant que chez nous. Faut croire que la chaleur est capable de tempérer le caractère.

Article paru en mars 1990

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LA STURNELLE DES PRÉS

" Deux couvées? C'est exact! "Sturnelle des prés

C'est un oiseau assez trapu dont les couleurs des dessous, noire et jaune, font contraste. Remarquez ses pattes longues et fortes. Le dos est moins voyant et se perd dans les teintes des environnements herbeux. La femelle ressemble au mâle pour ce qui a trait au plumage, mais sa taille est de moindre dimension. Elle pond ses œufs et les couve seule pendant environ deux semaines. Elle peut faire une deuxième couvée comptant quatre œufs. Le mâle se charge de la majeure partie des soins à prodiguer aux petits, lorsque la femelle commence la deuxième couvée. Au temps des nids, les sifflements fréquents du mâle portent au loin.

Dans ses déplacements en vol la Sturnelle des prés alterne avec des battements d'ailes et de vol plané. C'est un oiseau des terres cultivées. Les couples s'installent pour nicher dans des endroits où l'herbe est haute : pâturages, prés, champs de foin. Il leur faut un continu d'herbes sèches et denses. Ces conditions se retrouvent dans des grands champs et parfois dans des vergers et même sur des terrains de golf. Le mâle ne déteste pas d'avoir un perchoir qui domine les grandes herbes près du nid. Pour faire les photos ci-jointes, j'ai planté une branche morte non loin d'un nid. Quelques jours plus tard, j'ai installé ma cache portative. Vous voyez le résultat sur les photos que vous avez devant vous.

Les Sturnelles des prés se nourrissent surtout au sol ou près du sol. Elles dévorent quantité d'insectes : sauterelles, criquets, fourmis, punaises, scarabées, chenilles, etc. elles nichent au sud-est du Canada, dans la moitié est des États-Unis, au Mexique, en Amérique centrale et au nord-ouest de l'Amérique du Sud. Au Québec, elles nichent dans les basses terres du St-Laurent et parfois plus au nord.

Les renseignements relatifs à cet oiseau proviennent de mes observations personnelles et du volume Les oiseaux nicheurs du Québec.

Article paru en janvier 2004

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