"Ou vous me verrez, ou vous m'entendrez!"
Comment passer inaperçu, quand on est costumé d'un jaune éclatant coupé de noir et d'un peu de blanc? Passer inaperçu? Mais le Chardonneret jaune n'y tient pas. Son chant où se bousculent les notes et les phrases manifeste aussi sa présence. Et c'est comme ça; pour lui, ça n'a pas d'importance. Son chant fuse tout simplement de sa bonne humeur spontanée, pétillante, enfantine, inépuisable. Pendant qu'il mange, il monologue ou babille avec le voisin. Dans les airs, il ne peut s'empêcher de rythmer chaque ondulation de son vol par quatre notes bien scandées que l'on traduisait chez nous, quand j'étais jeune, par les mots: "petit quêteux, petit quêteux".
Le Chardonneret jaune n'est pas un oiseau des grands bois, mais il aime les buissons, les arbres, les bosquets, avec beaucoup d'espaces découverts. Vous le verrez dans les pâturages, les champs en culture ou abandonnés, au bord des routes et près des fermes. C'est dans ces endroits qu'il niche, dans un buisson ou sur un arbre. Il n'est pas pressé, et c'est en été qu'il se décide à nicher, quand se préparent à mûrir en abondance les graines nécessaires à la nourriture des petits.
La femelle construit le nid, le garnit de duvet végétal et y dépose quatre à six œufs. Elle s'occupera seule de la couvaison durant douze à quatorze jours. Les deux parents nourrissent les jeunes, prêts à s'envoler du nid deux semaines après l'éclosion. Le Chardonneret jaune est un grand consommateur de graines de plantes sauvages de toutes sortes. Regardez-le extraire minutieusement, de son bec pointu, une à une, chaque petite graine des capitules d'un chardon, pendant que le vent emporte les aigrettes. Même manège sur les capitules de pissenlit et de salsifis. À l'occasion, il pourra bien manger quelques insectes: pucerons, chenilles, etc.
La majorité de nos petits oiseaux nourrissent leurs jeunes avec des insectes. Le chardonneret, lui, régurgite dans le bec de ses oisillons des graines végétales déjà humectées et ramollies dans son jabot. En été, le Chardonneret jaune se retrouve dans tout le sud du Canada et dans tout le nord des États-Unis, jusqu'au milieu, en allant vers le sud. Il semble que de plus en plus de Chardonnerets jaunes aiment passer l'hiver dans maintes localités de chez nous, en compagnie des Chardonnerets des pins, des Sizerins flammés et des Roselins pourprés. Le fait que bien des gens installent des mangeoires pour les oiseaux doit y contribuer. Offrez-leur avant tout des graines de chardon et de tournesol. Des amis l'ont essayé. Ravis du résultat, mais surtout intrigués, ils m'ont dit: "Il n'y a que des femelles qui viennent manger". À l'automne, les Chardonnerets jaunes subissent une mue et les mâles prennent le même plumage que celui des femelles. Soyez assurés qu'au printemps les mâles retrouveront leur magnifique livrée d'un jaune éclatant.
"Que pensez-vous de moi, quand j'ouvre mes ailes?"
Amateurs de mangeoires, novembre est arrivé! Il est temps de vous organiser pour les oiseaux de l'hiver. Bien sûr, on compte sur les mésanges, les pics, les sittelles et les Tourterelles tristes. Et puis, qui sait? Il y aura peut-être aussi des Sizerins flammés, des Chardonnerets jaunes ou des Chardonnerets des pins? Ces trois derniers ont des airs de famille: souvent ensemble ils forment des groupes pleins de vie et de gaieté. Les trois ont en commun des bandes pâles aux ailes. Ils ont des comportements et des cris similaires. De bon caractère, ils se laissent facilement approcher.
Contrairement aux Chardonnerets jaunes qui ont deux mues par année changeant radicalement leur apparence, les Chardonnerets des pins se contentent du même costume en toute saison. Ce qui les distinguent, ce sont les rayures brun foncé abondantes sur presque tout le corps et le même plumage pour les deux sexes. Ils ne sont pas pour autant si dépourvus et c'est en ouvrant les ailes qu'ils étalent leurs atours animés par un peu de jaune. Autre différence, les Chardonnerets jaunes nichent tard en été, alors que les Chardonnerets des pins peuvent nicher même très tôt au printemps.
En saison des nids, ils habitent toutes les provinces du Canada à partir du sud jusqu'à la limite des arbres au nord. Ils se retrouvent au nord-est des États-Unis et dans l'ouest ils descendent au sud jusqu'au Mexique et en Amérique Centrale. En hiver, beaucoup demeurent dans leur territoire de nidification tandis que les autres peuvent s'éparpiller au sud jusqu'en Floride. Ne vous fiez pas trop au fait qu'ils sont habituellement présents aux alentours depuis plusieurs années, soit en hiver, soit en été. Ils sont d'un caractère vagabond et vous serez déçus de ne pas les revoir chez vous pour une saison ou l'autre. Patience, ils reviendront quand ça leur dira.
Les Chardonnerets des pins se nourrissent principalement de graines de conifères, d'aulnes et de bouleaux. Aux mangeoires ils se régalent de chardon et de millet. Ils glanent aussi sur la neige les miettes des grains de tournesol broyés par d'autres oiseaux au bec plus fort. Pour nicher, ils choisissent surtout les conifères. Les œufs, de trois à six, sont couvés par la femelle durant une douzaine de jours. Le mâle vient la nourrir sur le nid. Les Chardonnerets des pins sont sociables et pacifiques. Oublions les petites chicanes passagères aux mangeoires. Ils sont habités à la vie de groupe. Cependant, il m'est arrivé d'en observer un qui avait réellement mauvais caractère. Il s'est accaparé une mangeoire et chassait les autres oiseaux qui s'en approchaient. Il gonflait ses plumes, ouvrait ses ailes et menaçait du bec tous les intrus. Ça prend toute sorte de caractères pour faire un monde!
Apprivoiser, ça veut dire: créer des liens (Saint Exupéry)
Amateurs d'oiseaux, aux premières neiges, c'est le temps de garnir vos mangeoires. Notre petit "lutin" de l'hiver vous attend. La Mésange à tête noire, qui ne l'aimerait pas? Vive, toujours en éveil, acrobate, fureteuse, espiègle, gentille, très familière, déjà presqu'apprivoisée, jamais maussade mais pétillante de gaieté, même aux plus grands froids de l'hiver.
Tout le Canada est son territoire d'Est en Ouest. Dans l'Ouest elle va plus au nord, tandis que dans l'Est elle ne dépasse pas le sud de la baie James, l'île d'Anticosti et Terre-Neuve. Aux États-Unis on la trouve vers le sud, jusqu'au milieu du pays.
La Mésange à tête noire n'émigre pas. Cependant, l'automne et l'hiver, elle peut errer aux alentours en petites bandes avec des sittelles, des Pics mineurs, des roitelets et des grimpereaux. C'est un oiseau de bois. Même si en hiver les mangeoires l'attirent près des maisons, il lui faut des arbres pour s'abriter.
Les deux sexes ont même plumage. Au temps des nids, le printemps, c'est la discrétion: on ne l'entend pas. Chaque couple s'isole. La femelle pond 6 à 8 œufs minuscules dans la cavité d'un arbre. Cette cavité peut être naturelle ou laissée par un pic, ou encore creusée par le couple dans du bois pourri: 10 cm et 2,5 cm pour l'entrée.
Insectivore surtout, la Mésange à tête noire soulage des arbres de la forêt de quantité d'insectes. Elle mange aussi des graines de conifères et des petits fruits. Même en hiver, lorsqu'elle trouve aux mangeoires des graines de tournesol et du suif en abondance, elle ne manque pas de fureter partout sur les branches des arbres et dans les fissures pour y déloger des œufs et des larves d'insectes blottis et congelés.
Mentionnons une autre espèce de mésange: celle à tête brune, qui a même caractère et mêmes habitudes. Elle fréquente plutôt les montagnes et les bois de conifères. Vous pourrez rencontrer les deux espèces l'hiver sur le terrain de pèlerinage de Lac-Bouchette.
Ce qui fait surtout le charme de la mésange c'est sa familiarité. On peut l'attirer facilement sur la main avec des graines de tournesol ou des morceaux de noix ou d'arachides. Une fois habituée, elle vous quémandera de la nourriture, même loin de votre mangeoire.
Un ami m'a raconté comment un gaillard bien bâti et assez fruste en tremblait d'avoir une mésange sur sa main. Je le comprends!
Ta main, une mangeoire? Pourquoi pas!
Le nom de mésange évoque d'abord à notre esprit la Mésange à tête noire, bien connue de la majorité de nos gens. La Mésange à tête brune habite les forêts de conifères, ce qui l'éloigne d'un grand nombre d'observateurs d'oiseaux. À Lac-Bouchette, nous avons les deux espèces de mésanges. Ce sont les meilleures amies des amateurs de mangeoires. Gentilles, elles viennent manger dans la main. La Mésange à tête brune est différente, bien sûr, par son plumage, de la Mésange à tête noire. Elle se fait aussi remarquer par son cri nasillard, en peu traînant et mélancolique. C'est surprenant pour un oiseau si pétillant de vie.
On sait que les mésanges restent chez nous toute l'année et c'est en hiver qu'on les rencontre plus facilement. Le territoire occupé par les Mésanges à tête brune couvre presque entièrement toutes les provinces du Canada. Il s'étend aussi en Alaska et au nord-est des États-Unis. Au Québec, il monte jusqu'à la baie d'Ungava. Rappelons-nous qu'il faut des forêts de conifères pour les Mésanges à tête brune. Les régions en culture, comme la vallée du St-Laurent et le sud du Québec ne leur conviennent pas beaucoup. Quand arrive à l'annonce de l'été, le temps fort de la vie des couples, la nidification, les Mésanges à tête brune cherchent un endroit retiré et difficile d'accès. Un trou déjà tout fait dans un arbre ayant servi à un pic ou une sittelle ou dans un creux naturel ou même dans un nichoir, c'est une aubaine. On peut aussi creuser dans du bois ramolli par la pourriture.
La femelle pond cinq à sept œufs qu'elle couve pendant près de deux semaines. Après l'éclosion, il faudra pour élever une telle famille jusqu'à des centaines de becquées par jour: chenilles, insectes, etc. Pensez à toutes les acrobaties qu'il faut pour trouver, capturer et ramener ces proies. Les adultes, en plus de ce menu des jeunes, mangent des graines de conifères, d'aulnes et d'autres végétaux. Aux mangeoires en hiver on sait leur offrir du tournesol, des amandes de noix et d'arachides, du beurre d'arachide et du suif.
Si vous allez dans les bois en hiver, vous avez sûrement aperçu des petits groupes d'oiseaux qui se déplacent ensemble. Il y a des mésanges, des sittelles et des pics. Question de sécurité, l'un ou l'autre des compagnons aux aguets pourra repérer un oiseau de proie en chasse et lancer le cri d'alarme qui peut sauver la vie. Les Mésanges à tête brune ne sont pas des oiseaux migrateurs. Cependant, à l'automne et au printemps, alors qu'il y a partout abondance de nourriture et que rien ne retient aux quartiers d'hiver ou d'été, arrive la tentation d'aller voir d'autres horizons. Une Mésange à tête brune pourra vous faire une apparition là où vous ne l'attendez pas.
"Pourquoi les gens se retournent quand je chante?"
Habillé de rouge éclatant et portant fière huppe, un tel oiseau ne peut passer inaperçu. Tout le monde le connaît au moins pour l'avoir vu en image. Il est de plus remarquable pour la variété et la portée de ses chants. Des coups de sifflet purs et répétés alternant avec des roulés, etc. Si vous avez la chance d'avoir un couple établi près de chez vous, vous avez pu observer que la femelle est aussi bien douée que le mâle pour la qualité de son chant. Ils se répondent l'un à l'autre pour indiquer leur présence et garder le contact. C'est en même temps un avertissement que le terrain est occupé: avis aux envahisseurs. Le cardinal habite le sud des provinces, à partir de l'Ontario vers l'est. Il niche aussi dans tout le nord-est et tout le sud des États-Unis, ainsi que jusqu'en Amérique Centrale.
Il n'y a pas si longtemps, les cardinaux étaient exclusivement des oiseaux du sud. Ce n'est que depuis les années soixante qu'ils ont passé New York et sont montés jusque chez nous pour s'y installer en permanence. Ils ne migrent pas l'hiver, et c'est une occasion pour nous de les nourrir et de les observer à nos mangeoires. Au menu: tournesols et grains cultivés. Il y a une vingtaine d'années, j'ai vu à l'île d'Orléans mon premier cardinal. Durant l'hiver 1995-1996, il y avait à Beauport quatre femelles et trois mâles, que j'ai pu observé à une mangeoire. La photo ci-contre du mâle a été prise en 1982 au pied de la falaise des Plaines d'Abraham. L'établissement et la multiplication des cardinaux chez nous sont dus au fait que ces oiseaux font jusqu'à trois nichées par année et que les mangeoires leur permettent de passer l'hiver bien nourris et en santé.
Le couple a l'habitude de nicher près du sol et pas plus qu'à une dizaine de pieds de hauteur. Pour raison de sécurité, le nid est placé dans les "fouillis" de branchages au bord des bois et autres endroits semblables. Les cardinaux ne craignent pas le voisinage des habitations et nichent dans les haies et les arbustes d'ornement des jardins et même des parcs de la ville. Durant l'hiver on fraternise facilement entre oiseaux de la même espèce, surtout aux mangeoires. L'été, au temps des nids, c'est la "tolérance zéro". Tout autre congénère est chassé des alentours. La ponte chez les cardinaux est de trois ou quatre œufs et l'incubation, assurée surtout par la femelle, dure une douzaine de jours. Les jeunes sont nourris presque exclusivement d'insectes. Si le couple décide de faire une deuxième ou une troisième couvée, pas de temps à perdre. La femelle entreprend une autre couvée et laisse au mâle le soin de terminer l'élevage commencé. La robustesse et la forme de son bec indiquent que le cardinal est un mangeur de graines: graines sauvages et grains cultivés. En quantité moindre il ajoute à son menu des insectes et autres petites bestioles. Amateurs de mangeoires d'oiseaux, quelle fierté de montrer votre cardinal à vos amis!
"J'ai un faible pour les bêtes à patates!"
Il a une mise distinguée, notre Gros-bec à poitrine rose. Redingote ouverte, noire ornée de blanc, grand triangle rouge sur devant de chemise blanche. Si ce n'était de ce bec énorme... Le plumage est plus discret chez la femelle: noir et blanc pour la tête, la poitrine pâle avec de fines rayures foncées. Le mâle est un de nos bons musiciens. La joie de vivre l'inspire à tel point qu'il ne peut se retenir et laisse jaillir son chant même quand c'est son tour de couver sur le nid. Il doit, quand il dort, faire de beaux rêves, car cela lui arrive aussi durant la nuit. La femelle chante aussi, mais en y mettant beaucoup de retenue.
En fait de cri d'appel et d'énervement, le couple échappe un "tic" difficile à décrire mais facile à identifier. On peut comparer le chant du Gros-bec à poitrine rose à celui du Merle d'Amérique. Il y a une certaine ressemblance entre les deux chants. Pour ce qui a trait au rythme et à la sonorité, à l'écoute on a tôt fait de constater la différence. Le gros-bec est un flûtiste: les notes sont liées, mesurées. Le merle, lui, est un chanteur: les notes se bousculent, il raconte, il "turlutte".
Armé d'un tel bec qui a raison des écales les plus dures, notre gros-bec devrait se classer parmi les amateurs de noisettes, de glands et de faines. Pourtant, il aime bien aussi les petits fruits tendres et juteux, spécialement les sureaux. Son régime alimentaire compte également quantité de chenilles et d'insectes adultes. À mentionner spécialement: son goût pour les "bêtes à patates". Les jeunes, pour leur part, sont nourris surtout aux insectes: chenilles diverses et "bibites" de toutes sortes.
Au temps des nids notre oiseau se retrouve dans les forêts plus ou moins grandes formées d'arbres à feuilles ou mêlées de conifères. Dans son environnement, en plus des grands arbres, il aime toujours avoir des buissons où il choisit souvent de construire son nid. Le nid peut se trouver entre quatre et quinze pieds de hauteur. La ponte est de quatre ou cinq œufs couvés par les deux parents pendant près de deux semaines. Dans la parenté, on ne s'endure pas dans le voisinage. On est toujours prêt à se battre pour protéger son domaine qui est aussi le "garde-manger" de la famille.
Les Gros-becs à poitrine rose nichent à partir de l'Ontario jusqu'aux Rocheuses, ainsi qu'au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Au Québec ils se limitent aux territoires les plus habités. Ils nichent aussi au nord-est des États-Unis. Pour l'hiver ils se dispersent à partir du Mexique jusqu'au nord de l'Amérique du Sud.
Savez-vous qu'il existe sur notre planète 32 espèces de colibris, toutes dans les Amériques du Nord et du Sud et nulle part ailleurs? Le plus petit mesure 5,5 cm, du bout du bec au bout de la queue. Le plus gros se compare au Merle d'Amérique de nos gazons. Nous avons hérité d'une seule espèce de colibris au Québec: le Colibri à gorge rubis. Son domaine ne dépasse pas au nord le lac St-Jean et la Gaspésie.
Pour nos ancêtres français ce genre d'oiseaux était complètement inconnu. Nicolas Denys, gouverneur de l'Acadie, au début du 17e siècle, a écrit: "La gorge de cette petite créature est plus brillante que le rubis". En effet, selon l'angle de la lumière, sa gorge passe du noir au rouge flamboyant. Son dos est irisé de reflets métalliques. La femelle, pour sa part, a des reflets gris argentés sur la gorge.
Ces minuscules oiseaux sont d'une énergie et d'une agilité incomparables. Ils peuvent s'immobiliser en vol, alors que leurs ailes vibrent jusqu'à 75 fois à la seconde. Cabrioles et vols à reculons? Aucun problème. Les muscles des ailes comptent pour 25 à 30 % du poids de leur corps entier, qui totalise 3 grammes ( un dixième d'once). L'énergie dont a besoin le colibri, il la puise toutes les dix ou quinze minutes dans le sucre du nectar des fleurs. Il lui faut chaque jour la moitié de son poids en sucre. Imaginez un homme de 150 livres absorbant chaque jour 75 livres de sucre!
Bien organisé, le colibri: sa langue est un tube aspirateur qui peut sortir par un trou au bout du bec et aussi loin que la longueur de ce bec. Bien sûr, il peut aussi ouvrir son bec pour manger de petits insectes. Les fleurs préférées sont rouges ou orange et en forme de tubes. Si vous voyez une talle d'impatientes sauvages en fleurs, attendez: les colibris ne manqueront pas d'y venir. Surveillez aussi les bouleaux, où les Pics maculés percent des séries de trous dans l'écorce pour boire la sève qui s'écoule. Vous pouvez aussi les attirer chez vous, s'il y a des fleurs, en installant des fontaines commerciales contenant de l'eau sucrée.
Petit oiseau sans peur, querelleur, batailleur, curieux et bien conscient de ses capacités en prouesses aériennes, il chasse les intrus, même les oiseaux plus gros que lui, qui violent son territoire de fleurs nourricières. À le voir, on peut penser qu'il engage des combats aériens continuels par sport ou pour le simple plaisir de la chose.
La femelle construit le nid en fixant du duvet végétal et des écailles de bourgeons sur une branche d'arbre au moyen de fils d'araignée... Elle orne l'extérieur avec des morceaux de lichen, de sorte que le nid ressemble à un noeud sur la branche. Profondeur du nid: 2,5 cm; diamètre intérieur: plus petit qu'une pièce de 25 cents. Deux œufs gros comme des pois sont pondus et l'incubation dure de 12 à 16 jours. Deux semaines plus tard les jeunes peuvent s'envoler. Seule la femelle s'occupe du nid, des œufs et des petits.
À la fin de l'été, nos Colibris à gorge rubis nous quittent pour hiverner au sud des États-Unis, au Mexique et en Amérique Centrale. Avant d'entreprendre la migration ils augmentent leur poids de 50 % en réserve de "carburant". Plusieurs traversent d'une seule envolée le golfe du Mexique. Pour un si petit oiseau, "faut le faire!"
"J'imite tout… et quelques autres choses."
C'est un oiseau assez bien mis, mais sans couleurs voyantes. Contrairement aux couples de la plupart de nos oiseaux, mâle et femelle ont le même plumage. Le Moqueur polyglotte se plaît au voisinage de l'homme. Il aime les jardins, les haies, les arbustes, les plantes grimpantes et les grands arbres.
Le mâle pourrait bien se présenter lui-même, tellement il attire l'attention dans les environs de son domaine. Il chante souvent, il chante très bien et il chante fort. Au temps des nids, vous pouvez l'entendre même au milieu de la nuit. Son nom lui vient du fait qu'il imite et répète les sons qu'il entend. Un mâle peut reproduire parfaitement une quarantaine de chants d'oiseaux. Son habitude consiste à défiler sans arrêt des séries de petites phrases répétées de trois à cinq fois, avant de passer aux suivantes. Il lui arrive souvent d'entrecouper son concert, en y ajoutant des cris d'enfants, des aboiements de chiens, des avertisseurs d'auto, des grincements d'une poulie de corde à linge ou de la penture d'une porte de hangar… tout peut y passer. On observe qu'il est capable de changer ses ritournelles une centaine de fois en dix minutes.
Pour élever sa couvée, le couple bâtit un assez gros nid dans un arbuste, un buisson, une haie, une plante grimpante ou un arbre. La femelle pond ses quatre ou cinq œufs et les couve pendant une douzaine de jours. Le mâle s'occupe alors à chanter et à chasser les intrus de son territoire. Il se joindra à la femelle pour nourrir les petits. Comme nourriture, les Moqueurs polyglottes consomment des petits fruits et des insectes.
Ils nichent au centre des États-Unis et en remontant aux limites du Canada. Ils sont présents au Québec, surtout au sud et le long du St-Laurent jusqu'à Québec. Ils sont plus rares vers le nord et l'est. C'est leur habitude de passer l'hiver là où ils nichent. La difficulté pour eux de se nourrir en hiver fait qu'ils ne sont pas très nombreux chez nous. J'en ai observé quelques-uns à Québec, St-Foy et Charlesbourg, depuis 1976, aux mois de décembre et janvier.
C'est heureux qu'ils semblent augmenter en nombre pour nous égayer en été par la volubilité joyeuse et surprenante de leur répertoire d'artiste.
"Je fais des imitations: ne le dites pas à André-Philippe Gagnon!"
Un oiseau svelte et de belle prestance. Remarquez sa longue queue, ses ailes ornées de barres blanches, ses yeux jaunes, son costume brun-roux agrémenté de jolies rayures. Ici, au Québec, on peut voir trois espèces de la famille des moqueurs: le Moqueur chat, le Moqueur polyglotte et le Moqueur roux. Les moqueurs, leur nom l'indique bien, imitent le chant des autres oiseaux, comme pour s'en moquer. Ils y ajoutent toutes sortes de sons et de cris hétéroclites qu'ils entendent ou inventent.
Le Moqueur roux est cependant plus personnel et plus musicien qu'imitateur. Perché bien en vue, la tête dressée, le bec tout grand ouvert, le corps vibrant de passion, notre chanteur débite ses courtes phrases de deux ou trois syllabes répétées deux fois. Son répertoire n'a pas de limites. Il s'amuse dans ses variations. Sans le savoir, il pourrait dire, comme ça lui vient: "minou minou, pourri pourri, as-tu vu, as-tu vu, sur le top sur le top, dans l'trou dans l'trou, " etc, etc.
Le Moqueur roux n'aime pas les lieux humides ni l'intérieur des forêts. Il est chez lui dans les branchages qui poussent dru au bord des bois et aime aussi les repousses denses de feuillus. Les épines non plus ne lui font pas peur. Sautillant deçà delà sous les buissons, armé de son long bec pointu, il lance les feuilles mortes d'un bord et de l'autre pour dénicher les insectes dont il est friand. "Et ôtez-vous, les feuilles mortes!"
En plus des insectes, les graines et les petits fruits font partie de son menu. C'est dans cet environnement qu'il bâtit son nid et élève ses petits. Le nid est donc peu élevé du sol, ou à même le sol. L'incubation des quatre ou cinq œufs dure une douzaine de jours. Doué de vigueur et de caractère, le Moqueur roux défend énergiquement son nid et ses petits.
Durant l'été la présence des Moqueurs roux au pays se limite au sud de l'Alberta, du Manitoba, de l'Ontario et du Québec. Il y a quelques chances de les voir au Lac-Saint-Jean, à Rimouski et à la baie des Chaleurs, mais pas plus au nord. Cette aire de nidification, qui commence au Canada, s'étend aux États-Unis jusqu'au golf du Mexique. À l'automne nos Moqueurs roux fuient le rude hiver et prennent la route vers la chaleur et l'abondance de nourriture du sud des États-Unis.
"Vous avez la migraine? Écoutez-moi chanter."
Roselin: le nom est bien choisi pour la couleur de notre oiseau, mais pourpré me paraît moins heureux. Quant à la femelle, elle est plutôt grise avec des rayures brunes. Il en est de même pour le jeune mâle alors qu'il peut se reproduire un an après l'éclosion; ensuite il revêtira son plumage rutilant. Non seulement il est splendide, notre Roselin pourpré, mais de plus son chant est un débordement de gaieté et d'entrain. Vous pourrez l'entendre et le voir dans les forêts de conifères ou les forêts mélangées, mais pas dans les bois trop denses. Il se plaît aussi dans les bosquets des fermes.
Il y a plusieurs années nous avions un chalet construit dans une pente et le dessous était assez élevé et ouvert. Régulièrement on y surprenait des Roselins pourprés affairés sur le sol. Après s'être envolés ils revenaient toujours quand il n'y avait personne. J'ai vu la même chose ailleurs; c'était en dessous d'un perron.
La nourriture du Roselin pourpré comprend surtout des graines d'arbres et d'herbages qu'il décortique facilement de son bec court et conique. Des petits fruits sauvages et des insectes s'ajoutent à ce menu. Le tournesol aux mangeoires peut attirer ce charmant visiteur. Pour nicher, le Roselin pourpré choisit de préférence un conifère. La ponte est de quatre à six oeufs qui sont couvés par la femelle pendant une douzaine de jours. Il niche dans les forêts de tout le Canada et dans une bonne partie des États-Unis. Il passe l'hiver au sud du Canada et jusqu'au sud des États-Unis.
Depuis une dizaine d'années nous est venu un autre Roselin: le Roselin familier, qui est un peu moins coloré que notre pourpré. En 1940, des oiseleurs avaient capturé dans l'ouest des États-Unis des Roselins familiers pour les vendre à New-York comme oiseaux de cage. Vu que c'était illégal, on les a relâchés; ils se sont établis dans l'Est et sont montés jusque chez nous. Notons qu'au Canada aussi il faut un permis spécial pour capturer et garder des oiseaux sauvages en captivité. Les oiseaux en cage qui se vendent dans les pet shops (animaleries) sont des oiseaux exotiques et un contrôle est exercé pour leur entrée au pays. La venue dans l'Est du Roselin familier est intéressante parce qu'il vit près des humains dans les villes, les villages et les fermes. Il peut avec succès faire compétition au Moineau domestique, cet intrus venu d'Europe.
"Vous avez des noix? C'est parfait!"
Elle n'a pas le physique ou l'allure de l'image classique que nous nous faisons d'un bel oiseau. Une tête un peu grosse munie d'un long poinçon. Le corps massif, tronqué, à queue courte et carrée. Les pattes très fortes et armées de griffes longues et acérées. Un genre hors du commun? Oui, sans doute, mais pas laide quand même. Le dos bleu, la tête et la nuque noires, les dessous blancs, ornés d'une petite traînée de brun. Costume identique pour les deux sexes.
Très active, vous la verrez souvent descendre en zigzag ou en cercle le long des troncs d'arbres, la tête en bas. Elle inspecte minutieusement les replis de l'écorce, à la recherche de nourriture. Elle procède nerveusement, par saccade, se fiant à la force de ses pattes et à la prise de ses longues griffes. Il lui faut souvent retrousser la tête pour observer les alentours. À regarder une telle posture, on a presque mal au cou pour elle. Pour manifester sa présence et communiquer, la Sittelle à poitrine blanche émet des cris nasillards groupés le plus souvent trois par trois. Dès que vous les avez entendues, vous pouvez les identifier par la suite. C'est un des premiers oiseaux à mettre sur la liste des ornithologues débutants. Assez commune, cette sittelle habite les bois de feuillus. Elle n'émigre pas et ne craint pas le voisinage des habitations. Qui n'en a pas à ses mangeoires, en hiver surtout, une Sittelle à poitrine blanche? Elle y a toujours sa place avec les mésanges et les pics.
En règle générale, partout où poussent les bois à feuilles caduques en Amérique de Nord, on y trouve les Sittelles à poitrines blanches. Elles nichent et hivernent dans le sud des provinces du Canada et vers le sud, jusqu'au sud du Mexique. Pour nicher, le couple creuse un trou dans un tronc d'arbre ou bien, par chance, trouve un creux tout fait. Il lui arrive d'accepter un nichoir artificiel. La femelle pond une demi-douzaine d'œufs et s'occupe seule de les couver pendant près de deux semaines. Le régime alimentaire d'été comprend surtout des insectes. L'hiver, on se rabat sur les noix, les glands, les faînes, avec un complément de quelques fruits. Pour avoir les amandes, il faut de toute évidence briser les écales. Pas de problème: la sittelle a vite fait de fixer un gland ou une noix dans un coin de l'écorce d'un arbre pour faire éclater l'écale à grands coups de bec.
On comprend pourquoi, en anglais, la sittelle se nomme "nuthatch", c'est-à-dire briseur de noix. À vos mangeoires, en plus des noix, ajoutez du tournesol et du suif; elle sera, comme on dit, aux petits oiseaux, naturellement.
"La photo est dans le bon sens: je mange la tête en bas"
Les sittelles habitent une grande partie de notre planète. Elles sont cependant absentes de l'Amérique Centrale, de l'Amérique du Sud, du centre et du sud de l'Afrique. La famille compte 30 espèces dont quatre seulement en Amérique du Nord, trois au Canada et deux au Québec. Nous avons donc ici la Sittelle à poitrine blanche et plus petite, la Sittelle à poitrine rousse. Les Sittelles à poitrine rousse nichent dans les forêts de conifères de tout le Canada. Aux États-Unis elles se retrouvent dans les Montagnes Rocheuses jusqu'au sud et dans les Appalaches à l'est. L'hiver, elles demeurent aux alentours des endroits où elles ont niché ou bien elles descendent vers le sud et un peu partout aux États-Unis. Parfois elles vont profiter du soleil jusqu'au golfe du Mexique.
Elle est bien nôtre cette sittelle, de son nom scientifique latin: "Sitta canadensis". Elle a le profil de la famille: queue courte, ailes longues et pointues, bec droit et acéré comme l'alène d'un cordonnier. Acrobate, elle descend le long des arbres la tête en bas... Le vertige? Connaît pas! N'essayez pas de lui faire admettre qu'il est plus naturel de se promener la tête en l'air. Les pics remontent le tronc des arbres la tête en haut. Tant pis pour eux. Avec son point de vue par en bas, la sittelle cueille dans les craques * de l'écorce des insectes qu'elle n'a jamais vus. Naturellement, ça prend des pattes et des griffes robustes pour soutenir ainsi tout le poids du corps. Le pic, lui, s'aide en s'appuyant sur sa queue: long appendice inutile pour la sittelle. Elle se déplace à petits coups en "marmonnant" presque continuellement ou en "klaxonnant" de sa petite trompette nasillarde.
Quand arrive le temps de nicher elle choisit un arbre mort au bois ramolli pour y creuser un trou. Elle acceptera parfois un nichoir artificiel. Fidèle à la tradition elle ne manque pas d'appliquer soigneusement de la résine collante autour de l'entrée. Est-ce pour éloigner les insectes ou les prédateurs? Peut-être. Quatre à sept oeufs pour la ponte et douze jours pour l'incubation dont s'occupe la femelle. Les jeunes sont nourris aux insectes. Les sittelles sont relativement nombreuses et protègent les forêts contre la prolifération des chenilles et de toutes sortes d'insectes nuisibles.
Selon la saison le menu comporte aussi des noix que les sittelles coincent dans les fentes de l'écorce des arbres pour les faire éclater à coups de bec. Fréquentant les conifères les sittelles en profitent pour se nourrir des petites graines qu'elles extraient méthodiquement des "cocotes" **. En hiver, les Sittelles à poitrine rousse sont facilement attirées aux mangeoires qui leur offrent des noix, du beurre d'arachide, du suif et des graines de tournesol. C'est un oiseau intéressant, facile à observer et à apprivoiser.