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Hubert Ranger dit Laviolette |
Hubert est l'ancêtre des familles
RANGER du Québec.
Le registre de la paroisse des Saints-Anges de Lachine nous fournit d'autres informations pour déduire la suite des événements. Comme il était membre de la Compagnie du Sieur Guillaume De Lorimier, il a suivi son commandant que les documents historiques placent à Lachine à partir de 1685. A l'époque, il n'y avait pas de caserne pour les soldats qui devaient habiter chez les colons. Hubert aurait sans doute été hébergé par René Cuillerier qui possédait une demeure fortifiée à Lachine. Hubert a peut-être aussi été posté dans un des autres forts de Lachine (fort Rolland ou fort Rémy) jusqu'à son mariage avec Anne Girardin, le 30 juillet 1686, à Lachine.
Une permission du gouverneur Dennonville a été accordée au jeune couple soit parce qu'ils étaient mineures (du moins Anne qui devait avoir 12 ou 13 ans), soit pour permettre au soldat Hubert de prendre épouse, alors que son contrat d'engagement (qui aurait dû être de 6 ans) n'était pas terminé. Une dispance du grand vicaire leur a également été accordée vu la non-publication des trois bans d'usage pour annoncer leur mariage lors de la messe dominicale, comme ce fut la coutume religieuse durant plusieurs années (même jusqu'au XXe siècle). Y avait-il une crainte que l'on s'oppose au dit mariage ?
La guerre iroquoise
Une petite note historique s'impose, car nous sommes à ce moment en pleine guerre iroquoise. En effet. depuis le départ du régiment de Carignan en 1668, la colonie avait connu une période de relative accalmie; mais, depuis 1680 environ, les hostilités avaient repris de plus belle. Sans doute poussés par les anglais qui leur fournissaient des armes, les iroquois attaquaient de plus en plus souvent les colons français, surtout lorsqu'ils se trouvaient au champ, sans défense. Le gouverneur de LaBarre avait demandé de l'aide militaire à la métropole et il du céder sa place au Sieur Denonville... Peu après, le roi confirma l'envoi des détachements de la Marine. Ces compagnies avaient été formées par le cardinal Richelieu pour mener sa guerre sainte contre les protestants.
Si Hubert a été protestant comme plusieurs habitants de Larochelle, il avait sans doute abjuré lors de son engagement, comme ce fut le cas pour un autre soldat du nom de Jean Ranger dit Lavallée, que certains auteurs considèrent comme son frère. A l'époque, on confirmait sans doute les soldats avant de les envoyer au combat. De plus, sa confirmation à Québec était également nécessaire pour pouvoir se marier. Ses intentions semblent dès lors assez claires, il voulait sans doute davantage s'établir comme colon que de servir comme soldat, vu son mariage dès 1686.
Activités agricoles et achat d'une terre
Dès 1690, Hubert s'est associé à Pierre Cardinal dans des activités agricoles. Ainsi, le 23 fev. 1690, le notaire Hilaire Bourgine au nom de René Cuillerier lui loue, pour six ans, ainsi qu'à Pierre Cardinal, deux terres à Lachine moyennant cent minots de blé, 20 minots de pois ou de blé d'Inde et 5 minots d'avoine par année. Puis le 2 avril 1690, il passe une convention (encore devant le notaire Bourgine) avec Pierre Cardinal. Ce dernier a 4 boeufs, un taureau et 2 vaches alors qu'il n'a pour sa part qu'un taureau. Il s'entendent que tous les animaux seront élevés ensemble à frais et profits communs. De plus, ils ensemenceront la moitié de la terre à frais communs et Cardinal conservera tous le blé récolté sauf 10 minots qu'il lui remettra.
Un fait important demeure: le 22 octobre 1695, soit neuf ans après son mariage, Hubert achète une terre de 4 arpents de front par 20 arpents de profondeur au prix de 65 livres. (située en la partie supérieure de l'Ile de Montréal) appartenant à Etienne Cardinal. Or, ce dernier est aveugle et s'est fait accompagner de sa mère, Michèle Garnier et de son beau-père, Jean Chevalier. Par le registre de Lachine, on sait aussi que deux enfants sont nés depuis son mariage (entre 1686 et 1695), soit une fille née et décédée en janvier 1691, dont René Cuillerier fut le parrain, puis un fils (Hubert jr.) baptisé le 20 janvier 1694, dont Gabriel Cardinal fut le parrain. Il semble que ce 2e enfant connu également une fin malheureuse, car il n'y a aucune trace de descendance. Sur ces deux actes de naissance (de meme que ceux de tous ses enfants baptisés par M. Remy), Hubert est indiqué comme étant "laboureur" et "habitant de cette paroisse" (
Or, Pierre, Gabriel et Etienne sont des fils de Simon Jean Cardinal, pionnier venu avec la recrue de 1659 et décédé en 1679. Il avait obtenu en 1665 une concession de terre située dans l'île de Montréal, sur le bord de la grande rivière et fleuve St Laurent; par la Société de Notre-Dame de Montréal, seigneur propriétaire de l'île de Montréal. Ses fils Simon et Etienne ont également obtenu des concessions en 1686. Simon Cardinal a reçu en concession en 1686 (selon Not. Pottier, 20 dec.1686) une terre, qui aurait été désignée par Désiré Girouard, comme étant le terrier 120 (cadastre 325) de la cote Ste-Anne, près de la mission St-Louis (aujourd'hui la Pointe-à-Caron de Baie-d'Urfé) et qu'on désignait alors comme étant "située en la partie supérieure de l'Ile de Montréal". Celle obtenue par Etienne en concession le 10 dec. 1686, selon le notaire Basset, correspondrait à la terre achetée par Hubert, en 1695. A noter également que Guillaume deNoyon, témoin au mariage d'Anne et Hubert, aurait reçu le lot voisin (121) en 1686 et les Ladouceurs (Joseph, beau-frère d'Hubert et Etienne) ont eu les lots 122 et 123.
Les faits historiques nous rappelent que la mission St-Louis a été attaquée en septembre 1687, faisant des morts parmi les colons et forçant la fuite de son missionnaire, le sulpicien François Lascaris D'Urfée. Plus tard, Lachine a subi la fameuse et sanglante attaque iroquoise en aout 1689 qui a contraint le gouverneur à ordonner aux colons de rester confinés dans les fortifications pour la nuit, abandonnant leurs maisons et ne sortant le jour que pour aller aux champs sous escorte armée. Cette guerre iroquoise dura au moins jusqu'à la fin du siècle. Ce n'est qu'en 1701 que la Grande Paix de Montréal apporta une trêve durable aux hostilités des iroquois. Où sont demeurés Hubert et sa petite famille durant cette période agitée ?
La difficile fondation d'une famille qui puisse survivre
Le 16 sept 1696 est baptisé à Lachine par Mr Remy, Pierre Ranger, 2e fils, mais considéré comme l'ainé de la famille et qui fut bedeau à la paroisse de Ste-Anne. Son parrain fut Pierre Tabau, qui avait épousé à Lachine en 1688, Marie Braban, la veuve de Jean De Lalonde, tué par les iroquois lors de l'attaque de la mission St-Louis en 1687. Des recherches archéologiques récentes ont situées cette mission à la Pointe-à-Caron, à Baie d'Urfée, où les descendants "Lalonde" y ont érigé un monument commémoratif.
Deux ans plus tard, presque jour pour jour, est baptisée le 15 sept. 1698, une fille nommée Marie Joseph, dont le parrain est Joseph Madeleine dit Ladouceur et la marraine, son épouse et soeur d'Anne, soit Catherine Girardin. Aucun autre document ne concerne cette enfant qui n'aurait pas eu de descendance, mais Tanguay l'a confondue avec une autre fille nommée également Marie-Josephe par Pierre Ranger-Dit-Paquet de Rivière-des-prairies. A noter que son parrain, Joseph Madeleine obtient la concession du lot 123, ainsi que du lot 122 avec son frère Etienne, en 1699. Leur père Vivier Madeleine (1641-1708, soldat de carignan) aurait eu le lot 119 en 1686 (source: Girouard).
Le 7 mars 1700, le notaire Adhémar indique qu'Hubert est habitant de Lachine, alors qu'il rédige une "Obligation portant solde de compte par Hubert Ranger dit Laviolette, habitant de Lachine, à catherine Teyssier, veuve de Vincent Dugast, de la ville de Villemarie, tutrice des enfants mineurs d'elle et dudit défunt". Plus tard cette même année 1700, le 26 septembre, on baptise à Lachine, un autre fils, Thomas, dont le parrain est Thomas Brunet et la marraine Catherine Cesire (ou Cecyre)
Ensuite, le 17 mai 1703, aurait été inhumée (à Ste-Anne ou à Lachine ?) , une fille (Anne) née le 11 mai, d'après certaines sources qui restent a vérifier.
C'est en 1704 qu'on trouve la preuve qu'Hubert et sa famille n'habitent plus Lachine. En effet, le registre de Ste-Anne relate le baptème de Joseph, le 11 mai 1704, (né le 9 mai), par Mr De Breslay, sulpicien. Celui-ci a repris la charge de la mission St-Louis
Le 3 avril 1706, Hubert et Anne font la location "d'une terre située au haut de l'Ile de Montréal, par François Legantier de Rané", qui est le commandant du fort Lachine. Cette même année 1706, nait Louise-Angélique, mais le régistre de son baptème (à Ste-Anne) est perdu. Par la suite, le 28 mars 1708, Hubert et Anne contracte une obligation à Francois Legantier de Rané, devant le notaire Nicolas Senet.
En 1706 et 1707, deux ordonnances de l'intendant Raudot ordonne l'ouverture d'un chemin de front le long du fleuve, depuis la Présentation (actuel Dorval) jusqu'au bout de l'isle. Le texte de Girouard qui relate le tout mentionne qu'après l'ordonnance du 15 juillet 1706 "... les habitants Robillard, Brunet, Laviolette, Laplaine (sans doute Laplante) et quelques autres, ayant négligé de se conformer ... ", l'intendant renouvela son ordonnance le 11 juin 1707. Or, le nommé Guenet (propriétaire de Beaurepaire) fut spécialement chargé de voir à l'exécution de cette ordonnance. (Edits et Ord., vol.3, p. 417 - tiré de Girouard, Lac-St-Louis-1892, p.15)
En 1709, le 3 avril, Hubert représente ses associés, Thomas Brunet, Etienne Magdelaine et un nommé Laplante, devant le notaire P. Raimbault pour louer "certaines prairies situées dans la profondeur des bois dans l'Ile de Montréal sur les terres non concédées au-dessus de la pointe Naouy, par le séminaire de St-Sulpice de Montréal, seigneur de l'Ile de Montréal". La pointe nommée "Naouy" sur ce document, s'appelle aussi "pointe Anaouy" ou Pointe-a-Guenet ou Quenet (Girouard-1892) et fait partie aujourd'hui du quartier Beaurepaire de Beaconsfield.
Le 18 mai 1710 est baptisé par M. de Breslay, le dernier fils, Paul, dont le parrain fut Jean Quenet. Or, le 11 décembre 1710, Hubert obtient une "concession d'une terre située au haut de l'Ile de Montréal, par le séminaire de St-Sulpice", et que Girouard désigne comme étant les lots 117-118 (cadastre 322-323), situés à proximité du site initial de la mission St-Louis, à Baie-d'Urfé.
Il semble qu'Hubert et sa famille ont fort probablement habité, vers la fin de la guerre iroquoise (1701), la terre achetée à Etienne Cardinal en 1695 (lot 120), près de la Pointe-a-Caron, aujourd'hui Baie-d'Urfé. Par la suite, en 1710, soit 15 ans plus tard, Hubert obtint une concession de deux lots voisins (117-118). Le lot 119 situés entre ceux-ci aurait été concédé à Vivien Madeleine, selon Girouard. (voir cartes)
Hubert a-t-il habité le village de Ste-Anne ?La présence du nom de ses voisins sur les documents d'époque (régistres paroissiaux et actes notariés) vient renforcer la déduction qu'Hubert et sa famille se sont établis sur les bords du lac St-Louis aux environs de la Baie-d'Urfé, après la fin de la guerre iroquoise ou un peu avant, soit entre 1695 et 1701. Auparavant, soit entre 1686 et 1695-1700, ils ont sans doute habité Lachine, à l'intérieur d'une fortification, suivant les directives des autorités pour se protéger des attaques iroquoises.
On peut aussi retrouver sur le site du patrimoine de Montréal la description d'une maison historique, sise au 20122 chemin Lakeshore, la " Maison Rangé", batie par un descendant ... sur la terre d'Hubert ...
La succession
Le dernier document notarié (M. Lepailleur de LaFerté) concernant Hubert permet de déduire que son décès est survenu avant le 26 fev. 1728 (mais après les mariages de Joseph et Louise en 1726). Il s'agit d'un "acte de donation de biens meubles et immeubles par Anne Girardie, veuve de Hubert Rangé dit Laviolette", à ses enfants. Or, seuls cinq enfants (Pierre, Thomas, Joseph, Louise et Paul) y sont mentionnés ainsi que le mari de Louise-Angélique, Pierre Sauvé et ces deux personnes (Louise et Pierre) sont indiquées comme étant "de l'ile Perot".
(a suivre, avec des fils "coureurs des bois" ... )