L'éléphant d'Afrique
Historique:
L'éléphant d'Afrique est classé dans le "Red Data Book" de l'IUCN (International Union for the Conservation of Nature) comme "menacé d'extinction"
La population de l'Eléphant de l'Ouganda est tombée de 16 000 à seulement 1 600 en 16 ans avant 1989, chute accélérée par les troubles civils.
La réserve de Selous en Tanzanie comptait
109 000 Eléphants en 1977, et seulement 29 600 en 1989 ! En Afrique australe, où des zones protégées sont bien définies et contrôlées, les populations d'Eléphant ont augmenté, contrairement à celles du reste de l'Afrique. Aujourd'hui, 8 840 Eléphants, dont 7 470 dans le parc national de Kruger, sont en sécurité et bien contrôlés en Afrique du sud.
Le premier ancêtre des Eléphants connu a vécu il y a 25 millions d'années. L'Eléphant moderne est
apparu il y a environ 5 millions d'années.Quand Hannibal a franchi les Alpes pour aller faire la guerre au 3ème siècle avant JC, il a été aidé par des Eléphants d'Afrique domestiqués. À cette époque, les Eléphants étaient probablement
répandus du Cap au Caire, sans doute par millions. Aujourd'hui le nombre d'Eléphant représente moins d'un quart de cet ancien effectif, avec une population actuelle évaluée à environ 610 000 individus.
Habitat:
Les Eléphants d'Afrique vivent dans presque tous les habitats : régions semi-désertiques, savanes,
brousses, forêts tropicales, hautes montagnes, marais, vallées fluviales, rivages marins…Ils vivent préférentiellement dans les forêts et prairies de Savane, toujours à proximité d'eaux
permanentes et de végétation abondante (à l'exception de l'Eléphant du Désert de Namibie, qui s'est adapté pour survivre dans les conditions arides de cette zone) : les Eléphants n'ont pas de glandes sudoripares, aussi l'eau joue-t-elle un rôle important en les aidant à se rafraîchir.
Taille:
Eléphant de Forêt (L. a. cyclotis) : hauteur à l'épaule de 160 à 286cm pour les mâles, 160 à 240cm pour les femelles. L'Eléphant de Savane (L. a. africana) : hauteur à l'épaule de 300 à 400cm pour les mâles et 240 à 340cm pour les femelles. Nouveau-nés : environ 90 cm.
L'Eléphant d'Afrique est le plus grand mammifère terrestre. La longueur du corps (avec la tête) est de 550 à 750cm, la longueur de la queue est de 100 à 150cm. Outre sa grande taille, il diffère de l'Eléphant asiatique par ses plus grandes oreilles et défenses, un front en pente, et deux "doigts" à l'extrémité de sa trompe, alors qu'il n'y en a qu'un dans l'espèce asiatique.
La majeure partie de la croissance a lieu avant 15 ans, mais l'Eléphant continue de se développer
durant toute sa vie.
Poids:
Les mâles pèsent de 4 000 à 7 000 kg,
Les femelles de 2 300 à 3 500 kg.
Nouveau-nés : environ 90 kg.
Caractéristiques physiques:
La peau des Eléphants d'Afrique est d'un gris moyen, habituellement plus pâle sur le ventre, en
particulier entre les pattes avant. Leur tête est massive avec un grand front en pente et de très grandes oreilles mobiles portant des entailles irrégulièrement espacées le long du bord extérieur.
Ces grandes oreilles en éventail portent un vaste réseau des vaisseaux sanguins. En "battant des
oreilles" au vent, l'Eléphant peut efficacement se rafraîchir. Les Eléphants ont la vue faible, et l'audition seulement moyenne, mais leur odorat est très développé et constitue leur premier repère pour la défense. Les Eléphants d'Afrique ont 6 lots de dents (quand le dernier lot est perdu, l'animal ne peut plus s'alimenter et meurt).
Les incisives allongées forment des défenses d'ivoire, aussi bien chez les mâles que chez les
femelles (celles des mâles sont les plus lourdes et peuvent peser jusqu'à 50 kg). Ces défenses sont utilisées pour combattre, gratter l'écorce des arbres, ou creuser pour trouver de l'eau…
Longévité moyenne:
Environ 50 à 70 ans.
Alimentation:
Presque toute végétation : herbes, feuillages d'arbres, écorces, roseaux, racines, brindilles, fleurs, fruits… Etant végétariens, les Eléphants ont besoin de beaucoup de nourriture, ils consomment parfois plus de 250 kg de végétaux par jour. Ils peuvent même ingérer des petits fragments de sol si leur teneur en minéraux est élevée. Ils boivent environ 150 à 200 litres d'eau par jour.
Comportement et structure sociale:
L'Eléphant de Savane (L. a. africana) est plutôt un animal migrateur et grégaire, vivant en
troupeaux de 10-20 à parfois des centaines d'individus (cependant la plupart du temps, au-delà de 30 animaux, le groupe se dédouble pour former de nouveaux groupes qui restent toujours les uns en contact avec les autres au niveau des sources d'alimentation et d'eau). Diurnes (actifs pendant le jour). Communiquent par une variété de sons Se baignent 3-4 fois par jour (bons nageurs). Aucun prédateur ou ennemi naturel en dehors de l'Homme.
L'Eléphant de Forêt (L. a. cyclotis)est plus enclin à être territorial et vivre en plus petits groupes de 5 à 10 animaux. Les femelles sont généralement plus agressives que les mâles.
Les Eléphants sont des animaux très intelligents, doués d'une mémoire légendaire…
Structure sociale:
Vit en groupes étroitement organisés de femelles et de jeunes, menés par une femelle dominante
(la plus vieille). Les mâles adultes (à partir de 14 ans) quittent leur groupe d'origine et forment des petits groupes avec d'autres mâles du même âge ou plus vieux, ou voyagent seuls ; ils ne sont pas attachés de manière permanente aux groupes de femelles, mais peuvent s'associer avec elles pour l'alimentation et la reproduction. Dans ces groupes de mâles la hiérarchie est bien observée et comprise par tous les mâles ; si un groupe de mâles trouve par hasard une femelle en oestrus à ce moment, l'animal occupant le rang le plus élevé est celui qui s'accouple.
Reproduction:
Les femelles sont sexuellement matures à 10-12 ans et s'accouplent en allant rencontrer des mâles. Après une période de gestation de 18 à 22 mois, la femelle donne naissance à un Eléphanteau unique dont le poids peut atteindre 130 kilogrammes. La femelle allaite son petit pendant environ 3-4 ans (les Eléphanteaux commencent pourtant à manger des solides à 6 mois), période pendant laquelle elle ne s'accouple plus.
Raisons du déclin des Eléphants d'Afrique:
1. La plus grande menace pour l'espèce a été jusqu'ici le braconnage pour l'ivoire, du fait d'une
demande d'ivoire souvent démesurée.
2. Le déboisement et la désertification sont les causes principales de la disparition de l'espèce en
Afrique du Nord et au Sahara, et continue de menacer les minuscules populations restantes du
Sahel.
3. Dans long terme, la plus persistante menace résulte d'une perte d'habitat liée à la concurrence
pour la terre, la nourriture et l'eau, entre l'Homme et l'Eléphant. En Afrique la population humaine augmente à un rythme alarmant, avec des nombres d'habitants qui doubleront d'ici 2020 dans des pays tels que le Kenya et l'Ethiopie, ce qui causera une diminution significative de l'habitat des Eléphants, augmentant le conflit entre les Eléphants et les Hommes, particulièrement quand les cultures agricoles sont en danger.
Problème de l'ivoire:
L'ivoire, "l'or blanc" du monde animal, a été exploité par l'homme depuis l'âge de pierre pour
produire des oeuvres d'art, des objets religieux et plus récemment une gamme d'articles allant de
la boule de billard aux touches de piano. Aujourd'hui, le Japon est le plus grand utilisateur de l'ivoire travaillé.
En Afrique australe, la chasse pour l'ivoire a détruit beaucoup de populations d'Eléphants aux
18ème et 19ème siècles, ce qui s'est poursuivi avec les massacres perpétrés d'Ouest en Est de
l'Afrique au 19ème et au début du 20ème siècle.
Ce grand mammifère étant l'un des plus intelligents et des plus dangereux, avec un aspect de créature d'un autre temps, il a longtemps captivé l'imagination des chasseurs : connu pour être l'un des animaux les plus difficiles à chasser, car il peut se cacher étonnamment bien dans la brousse, et possédant en outre une capacité étonnante à se déplacer discrètement en dépit de sa grande taille, sa chasse présente un ensemble de difficultés qui n'ont fait que rendre plus excitants les "safaris" très prisés il y a quelques décennies encore…
Cependant, avec l'effondrement de la demande d'ivoire après la première guerre mondiale, et
l'introduction de la législation de préservation de la faune, les Eléphants ont vécu une courte
période de reprise. Cela ne devait pas durer.
Une rapide élévation de la demande d'ivoire dans les années 70 et 80, en a conduit les prix de
60 $/kg en 1979 à 300 $/kg en 1989, stimulant une vague de massacres, et une augmentation du
commerce illégal de l'ivoire. Dans un continent où 325 millions de personnes ont un revenu annuel
de moins de 100 $ par an, la tentation de braconner était considérable.
Une orgie de massacres a débuté au Kenya, et s'est répandue rapidement à l'Ouest et au Sud.
Durant cette période 1979-1989, la population d'Eléphants s'est presque réduite de moitié, avec
jusqu'à 300 Eléphant éliminés chaque jour : à la fin des années 80 la plupart des mâles reproducteurs avaient disparu.
La majeure partie de l'argent, cependant, n'était pas produite par les braconniers, mais par les
distributeurs et intermédiaires qui cachaient ce commerce en dehors des règles de l'environnement
urbain, et privaient ainsi le gouvernement africain de millions de dollars qui auraient pu constituer
un revenu légal.
L'interdiction du commerce légal:
L'ivoire des différentes régions d'Afrique varie en dureté, translucidité et composition chimique,
reflétant la nourriture ingérée par les Eléphants ainsi que la géologie et la composition du sol à
l'endroit où ils vivent. Ces différences permettent à des scientifiques d'identifier la provenance
d'une défense venue d'Afrique, fournissant un nouvel outil puissant pour le contrôle du commerce
illégal d'ivoire.
En Octobre 1989, des délégués venus de tous pays se sont réunis en Suisse lors d'un réunion de la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora), pour aborder les problèmes de commerce liés à la faune. Parmi les plus importants thèmes abordés se trouvait celui du commerce de l'ivoire. Après une discussion houleuse, la majorité des délégués
ont voté pour interdire ce commerce, et la décision a été mise en pratique à partir du 18 Janvier 1990.
En raison de cette interdiction, le commerce international d'ivoire s'est effondré. Par exemple, les ventes au détail en Inde ont diminué de 85%, et deux-tiers des artisans de l'ivoire de ce pays sont sans emploi.
L'interdiction du commerce d'ivoire a-t-elle intrinsèquement mis fin au braconnage des Eléphants ? Il y a assurément eu un déclin significatif du braconnage de l'Eléphant dans tout le continent. L'interdiction du commerce en 1990 a été accompagnée par une augmentation massive des fonds pour la protection des Eléphants dans ce domaine. Le renforcement de l'effort d'application de la loi qui en a résulté a incontestablement été aussi important pour réduire les massacres d'Eléphants que l'interdiction du commerce proprement dite.
Cependant, en dépit de cet effort, du fait de la longue période de gestation (22 mois) et des
longues périodes entre les accouplements reproducteurs (3-4 ans), la population prendra des années à se reconstituer.
L'avenir des Eléphants:
En dehors des quelques zones strictement protégées servant à maintenir une démographie viable, l'ivoire pourrait représenter, plutôt que la mort garantie des Eléphants, une source de revenus conséquente, si le bénéfice des ventes légales d'ivoire profitait aux gouvernements locaux et aux personne prêtes à contrôler les populations d'Eléphants dans le cadre d'une exploitation raisonnable.
Dans le cadre de l'interdiction actuelle, les pays ayant des populations d'Eléphant ont
économiquement peu d'intérêt à maintenir ces populations, à moins qu'une compensation soit
offerte pour compenser la perte de gains liés à l'exportation. Comme une telle compensation est
peu envisageable, il semble utile de donner une valeur intrinsèque à cette ressource et de ce fait
d'inciter les communautés locales à s'assurer que leur principale source de revenus potentiels ne
disparaisse pas.