Les oiseaux boudeurs, le chaton errant et …

 

Par un bel après-midi de février 2004, les mangeoires regorgent de nourriture et les oiseaux se relaient pour les vider de leur contenu. Quel beau spectacle nous est ainsi offert ! La nuit venue, notre chatte Krystal qui dort près du foyer, s’éveille soudain, tend l’oreille et accourt près de la porte patio. Elle scrute l’obscurité et que voit-elle ? Un pauvre petit minet, tout maigre,  qui semble réclamer une quelconque pitance. Elle se rebiffe, lui tonne de quitter les lieux sous réserve de…   mais quoi ?  elle est prisonnière à l’intérieur. Le pauvre minou éploré, voyant que ses requêtes ne sont pas considérées, poursuit donc son chemin vers d’autres horizons peut-être plus cléments.

Mon conjoint André et moi accourons à la cuisine et voyons le malheureux petit être quitter les lieux l’oreille basse. Le lendemain, je place un petit bol de nourriture à l’intention du pauvre minou qui semble abandonné, il est si frêle dans ce froid d’hiver. Effectivement, celui-ci se présente le soir venu et mange de bon appétit tout le contenu du bol. Il faut mentionner ici que cette nourriture avait été achetée pour mes merveilleuses chattes Krystal et Dounne, mais on a bien le droit de partager avec un pauvre petit être errant. L’expérience est renouvelée le lendemain soir. 

Le jour suivant, les mangeoires sont vides, je me rend donc à la remise pour y cueillir les grains nécessaires à les remplir. Qu’est-ce donc sous les mangeoires ? Du sang ? Un oiseau aurait-il été victime d’un prédateur ?  Je fais disparaître les traces suspectes et dispose la nourriture à l’intention de la petite faune ailée qui viendra se régaler. 

Les mangeoires pleines à craquer semblent attendre une volée d’oiseaux affamés. Toutefois, nul ne vient. Deux jours passent, trois jours…   La cinquième journée, une tourterelle présente timidement le bout de ses plumes. Quelques amies à elle surveillent discrètement les allées et venus tout autour. Les deux jours suivants, les amis ailés multiplient leurs présences et nous voyons poindre le bec des pics mineurs, mésanges, sittelles et compagnies, comme au beau temps des quelques jours d’avant.

 Ceci est très bizarre. Même si notre ami petit ami errant a réussi à trouver nourriture auprès de la faune ailée, jamais auparavant les oiseaux n’ont fuit les mangeoires à cause des allées et venues d’un chat, même s’ils s’y mettent à plusieurs. Nous vivons en bordure d’un boisé et d’une rivière alors les quadrupèdes carnivores ne manquent pas dans le coin. Lorsque les oiseaux viennent picorer, leurs sentinelles expérimentés font le guet et les alertent à l’arrivée de tout intrus. 

Alosr, quel drame s’est-il réellement déroulé pour que ces petits être ailés abandonnent ainsi un puits de nourriture  pendant plusieurs jours ? 

« Iriane ! Regarde sur la rampe du patio, il y a un nouvel oiseau. Qu’est-ce que c’est ? »  dit André le midi suivant. « Cela ressemble à une buse », je lui réponds.

 Je regarde l’oiseau avec les « jumelles », fouille dans un livre de description d’oiseaux, mais dans ma précipitation, je n’en trouve pas de semblable. Je prends alors la caméra et photographie l’oiseau à travers la fenêtre. J’ouvre la porte-patio, l’oiseau ne bouge pas, je m’approche de lui, arrête à environ cinq pieds et prends une seconde photo. Je commence à marcher lentement, fait deux pas vers l’oiseau, celui-ci me fixe intensément, « tu es trop près », semble-t-il dire. Il quitte son perchoir, décrit un demi-cercle près du sol et disparaît derrière la haie de cèdres.  

Je consulte encore le volume sur les espèces d’oiseaux, lentement cette fois-ci, quelques pages à peine tournées, je découvre la photo de l’oiseau que nous venons juste d’admirer. Nul doute à y avoir sur l’identité, c’est un épervier brun. Nous consultons la description et découvrons que celui-ci se nourrit, entre autres, d’oiseaux et de petits mammifères et qu’il n’a pas peur des humains. 

Voici donc l’énigme résolue, les oiseaux sont demeurés loin de leur nourriture à cause de la présence constante d’un prédateur ailé.

 L’auteur du « Guide illustré des oiseaux »  écrit dans son volume :  « La mangeoire nourrit le Junco qui nourrit l’épervier brun, les deux viennent s’alimenter dans votre jardin ».  Et aussi :  « En débarrassant la faune de ses moins bons sujets, l’épervier brun lui rend un grand service, car l’épervier brun n’est pas avantagé par la vitesse et les réflexes, il doit donc compter sur l’effet de surprise, l’infirmité ou la maladie de ses proies pour s’alimenter ».

 Nous n’avons pas revu l’épervier et j’ai recommencé à remplir régulièrement les mangeoires pour nos amis les oiseaux.

 Et pour le gentil petit minet errant ?  Nous continuons à lui donner un peu de nourriture tous les soirs, juste un peu, rien qui puisse le détourner de sa nature de chasseur, mais juste assez pour lui fournir l’énergie qui l’aidera à supporter la température en attendant le retour du doux printemps. Ainsi, il pourra profiter d’une période d’abondance et de chaleur que lui procurera la douce saison, ce qui lui permettra d’affronter les aléas de sa vie chaline.

 Ainsi va la Vie et la Nature suit son cours, l’épervier est heureux, le chaton peut compter sur notre soutien et nous savons maintenant que les oiseaux ne boudaient pas.

 Iriane

 

 

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