Les Allemands de Nico-Lünig n’ont pas rompu avec
leur tradition. A titre de premiers
concurrents de ce 17e Mondial
SAQ, ils ont présenté un spectacle dans ce style classique qui leur
est cher: un feu bien cadré, bien rodé techniquement, mais très conventionnel.
Mais où se cachaient donc l’originalité et la fantaisie?
Heureusement, après une absence de cinq ans, côté
innovation des pièces, les Allemands de Stuttgart avaient apporté dans leurs
bagages leurs propres pièces de qualité aux couleurs chatoyantes. Ainsi on a pu
admirer des anneaux doubles, des comètes, des glycines, des gerbes, des cheveux
d’ange, des sifflets et des bombes aux coloris flamboyants se déployer sur un
feu plutôt en hauteur. Un spectacle presque statique qu’on visionnait comme un
déroulement de diapositives. En concepteur aguerri, Matthias Lünig aurait-il
oublié que le pyromusical a étonnamment progressé depuis les années 1980?
Dès le départ, pour cette soirée qu’on annonçait pourtant tumultueuse avec orages et grains de pluie - et finalement agréable -, les Allemands ont entrepris leur spectacle sur une note stimulante. Bombes, fusées crépitantes et girandoles à l’appui, ils nous ont fait vite oublier la soirée décevante de la semaine dernière. Mais petit à petit, ils sont retombés dans la banalité avec un déploiement répétitif de bombes et de quelques chandelles.
Côté
scénario musical, on aurait espéré un peu plus de diversité et de variations.
Lünig s’est borné à un vague thème qu’il n’a même pas respecté. Nuit d’opéra, en sept séquences plutôt
faciles et qui ne cadrait aucunement avec le spectacle. Difficile à comprendre
de la part d’un concepteur aussi averti que Matthias Lünig. Les morceaux Sol et Mio et le Concerto d’Aranjuez(Adagio),
que je sache, ne font pas partie du répertoire d’opéra. D’ailleurs, sur
cette dernière séquence pourquoi ne pas avoir choisi des pièces donnant plus de
variations aux mouvements, des pièces plus contrastantes que ces bombes tirées
sur le même rythme? Sur la deuxième pièce, Quatre
saisons (été), de Vivaldi, Lünig avait opté pour une suite ininterrompue de
bombes de 100 et 150 mm. On avait l’impression d’assister à un final trop vite
annoncé, entrecoupé d’un manque de synchronisation sur cette œuvre pourtant
grandiose et exaltante.
Hélas! Matthias Lünig, vainqueur de quatre trophées
à Montréal dans les années 1980, a surpris par son manque d’innovation et de
créativité. Il semble toujours se cantonner dans la formule gagnante: un
spectacle bien structuré techniquement avec de belles pièces sans trop
s’aventurer hors du cadre. Il a oublié que depuis ses années de consécration,
il doit désormais affronter des firmes dont la qualité des spectacles a aussi
grandement évolué.
Bref, un feu conventionnel qui aurait néanmoins gagné
en relief avec une pointe de surréalisme, de nouveautés, voire de dépassement.
C’est ce qu’on demande aux firmes qui viennent à Montréal. Certes, on reconnaît
chez Matthias Lünig la touche du maître qui sait orchestrer brillamment
l’ensemble. Bien entendu, avec un premier concurrent, la comparaison est
difficile.
Dommage, car ces Allemands, fignoleurs,
inconditionnels de feux tirés manuellement, savent manier les pièces avec
dextérité. Il leur manquait un scénario bien étoffé, qui apporte du piment dans un déploiement fastueux. Pourront-ils
rivaliser avec les prochains concurrents?
Samedi, les Portugais de Minhota
prendront la relève.