La passion fulgurante du feu et du tango

 

Etourdissante et fulgurante démonstration de puissance que celle des artificiers argentins, samedi. Ils ont fait passer les dizaines de milliers de spectateurs de La Ronde et du pont Jacques-Cartier pour toutes les émotions, jouant adroitement  avec leur arsenal au rythme d’une musique typiquement sud-américaine.

    Sur un rythme endiablé de trente minutes ils nous en ont mis plein la vue et surtout plein l’ouie par une extravagance tonitruante de bombes qui explosaient en bouquets finals, emplissant le ciel de La Ronde transportant les amateurs dans  un élan de délire.  

        Dès le départ, les Argentins intriguaient… Durant quelques secondes, seule une sourde complainte  enveloppait le lac dans une mystérieuse obscurité ! Dans quelle expédition ces Argentins nous entraînaient-ils ? Soudain, tout se déclenche! L’éclatement du ciel? La magie des couleurs !  Les détonations de bombes !

      Au son du bandonéon de Piazzolla, le spectacle s’ouvrait sur une chevauchée de gauchos à travers la vaste pampa argentine. Bombes, gerbes et chandelles mono-coups blanches et rouges entrecroisées rivalisaient dans un déploiement de couleurs pastel.

      Vers la mi-spectacle les spectateurs des gradins ont  pu admirer un couple éclairé par des spots, dansant le tango sur une plate-forme au milieu du lac des Dauphins. Une pause bienfaisante - il en aurait fallu davantage- qui permettait au public de rependre son souffle.  Hélas!  Du côté VIP et de la section presse, je n’ai pu  apprécier ce qui a été décrit  par des collègues comme une performance d’exécution des danseurs.          <

       Certains passages forts  intéressants privilégiaient  le choix de pièces plus douces dont les soucoupes. Comme durant Adios Nonino, les bombes et girandoles se sont succédé pour retomber lentement et silencieusement  en pluie de lucioles au son entraînant du bandonéon de Piazzolla. Moment magique que ces cheveux d’ange qui redescendaient en longues grappes dorées.Par ailleurs, une variation d’effets s’est développée durant El Boulevard. Notamment avec  les serpentins virevoltant à bonne hauteur dans un étrange ballet aérien.

       Sur Fuga y Misterio, jets et torsades ont ouvert la voie à un tapis rouge et vert qui s‘est sur l’eau, suivi de l’ouverture de trois grands soleils. Se terminant par une pluiede gerbes dorées de geysers et de jets siffleurs. En prélude au bouquet final le lac

s’est littéralement embrasé sur un éventail puissant de bombes araignées et nautiques monochromes dorées dans une étonnante apothéose. Quant au bouquet final lui-même, après un scintillement de paillettes dans un étalement monochrome doré, il s’est couronné par le sempiternel tonnerre d’étonnantes bombes multi-bris italiennes, de craquelins et de jets siffleurs inondant la Ronde qui tremblait dans ses moindres coins.

       Un feu qui a su exploiter subtilement et habilement tous les tableaux : sur la rive et le lac des Dauphins, à mi-hauteur et surtout en hauteur, au grand plaisir des spectateurs agglutinés sur le pont Jacques Cartier. Ralliant d’emblée le public chaleureux et admiratif de La Ronde qui applaudissait  à qui mieux-mieux ces magiciens du feu en cette superbe soirée estivale. Un spectacle enlevant se déployant à un rythme effréné.

       Comme première participation à L’international des feux Loto-Québec  les artificiers de Fuegos Artificiales Jupiter ont valorisé une variété de pièces sur  les quinze séquences musicales du  programme intitulé Passion du Sud. Prestation exclusivement centrée sur des musiques authentiquement sud-américaines et argentines dont le tango, âme du peuple avec ses mélopées, qui a su bouleverser le public tout au long du spectacle.

      Chapeau!  pour ce compétiteur qui a  puisé avec art dans son répertoire musical de son pays dont  le réputé Astor Piazzolla et son bandonéon, symbolisant toujours avec mélancolie le tango, qui trônait dans cette trame musicale.

      Tout avait été agencé en fonction de la réussite par la firme, ne laissant  aucune place à l’improvisation.. Elle avait opté pour des pièces espagnoles signées Igual et italiennes Pagano (Ipon)  dont on a apprécié une fois de plus la qualité des produits et l’intensité des couleurs.

       Dommage que cette fumée compacte déployée par les pièces et stagnant sur le lac ait rapidement  enveloppé la vue des amateurs, masquant souvent les pièces qui s’élevaient très haut dans le ciel. Le spectacle valait bien une séance de désintoxication! La fumée s’infiltrait  par les pores de la peau, imprégnait les vêtements. Quel fumeur pouvait encore avoir le goût de s’adonner à sa passion après avoir subi cette atmosphère de fumoir?  Pièces qui  ont  également dégagé une foule de débris de carton et de papier s’éparpillant sur  la Ronde tout au long du spectacle.

       Un feu qui convenait davantage aux ados aventureux en mal de décibels qu’aux papis pantouflards mais non aux petits chérubins.

       Dans l’ensemble, un pyromusical bien travaillé qui a su marier techniquement l’adresse et l’intensité des couleurs; les Argentins ont su combiner magistralement pyrotechnie et musique.

       Troisième firme argentine à venir rivaliser dans la compétition de feux d’artifice

de Montréal ((1995 et 2003 ) Fuegos Artificiales Jupiter amenait dans ses bagages plusieurs trophées d’excellence: en Chine et à Rio de Janeiro(2004), aux Jeux Panaméricains de 2003, et  à Hanovre(Allemagne) en 2002.

       Leur prestation à Montréal offrait  à ces Argentins une autre occasion de montrer leur talent et entrouvre la grande porte vers le podium.

       Les Suédois de Göteborgs Fyrverkerifrabrik nous invitent samedi à une soirée à Gothenburg.