Impétueux et astucieux argentins                                                     

 

Une démonstration magique d’une intensité soutenue de pièces qu’emportait une bande sonore originale vivante, passionnante et typiquement latino-américaine. Il n’en fallait pas davantage aux artificiers argentins de Cienfuegos pour que les milliers de spectateurs de La Ronde se laissent gagner par une poussée d’adrénaline dans un élan de liesse. Tantôt pris dans un tourbillon de feu, tantôt entraînés sur des airs de tango et de mambo, les amateurs avaient de quoi s’ébaudir. La veille du feu, Griselda Montero, conceptrice avec Luis Oscar Borca du spectacle argentin, notait que le spectacle donnait aussi l’occasion pour les spectateurs d’entrer dans le jeu. J’aimerai les voir danser! ajoutait-elle. Et ces amateurs ont répondu avec entrain à son appel par des applaudissements répétés.                                        

Pour leur première venue à Montréal  à ce 19e Mondial SAQ les Argentins ont produit un pyromusical de grande qualité qui, non seulement  a su relever le défi des maîtres de cet art par un volcan musical, s’insérant parfaitement au spectacle, mais aussi par un choix de belles pièces pyrotechniques qu’on aurait aimé mieux équilibré. Choix qui a laissé un peu trop de place aux gâteaux (torta brésiliens), ces pièces peu coûteuses qui permettent de combler bien des vides.

Pour une des rares fois, un thème choisi, ici Les Contrastes du Sud, reflétait  les ambitions des concepteurs du feu, appuyant adéquatement l’ensemble du programme présenté.

Un feu qui , dès les premières notes, a soulevé les spectateurs dans une ronde endiablée de rythmes et de couleurs  Pour inaugurer leur participation et fêter en même temps l’Indépendance de leur pays, les artificiers argentins ont ouvert leur exhibition  par un mur de feu puissant pendant Conquête du Paradis, Hispaniola, de Vangelis,  monumentale pièce musicale qui  permet toutes les audaces. Une entrée en matière fulgurante qui voulait surprendre le public, mettant en relief  la rive du lac par un muret de flammes, des gerbes de feu, des serpentins et des sifflets, suivis de lance-flammes et de bombes puissantes. On voulait rappeler que la conquête espagnole s’était faite dans un climat de violence. On était vraiment dans le feu…

L’intérêt de cette démonstration de prestige portait en particulier sur le choix de la trame musicale - dont certaines peu connues ici -, de la grande orchestration (Vangelis) aux tangos en passant par le mambo, la flûte de pan et les mieux connues Guantanamera et  Garotas de Ipanema. Finalement avec l’imposant Orquestra filarmonica de Buenos Aires(Malambo).

Forts d’un éventail de pièces pyrotechniques qui se voulait varié et consistant, les artificiers  argentins ont opté pour un programme qui jouait tantôt sur la fureur, tantôt sur la légèreté, tantôt sur la mélancolie(tangos).Durant les 30 minutes d’intensité, le public est une série de moments rappelant à la fois le passé tumultueux de la conquête espagnole,  les couleurs et les traditions aussi joyeuses des habitants de cette vaste contrée. Apportant au programme en 17 tableaux une fraîcheur et une certaine richesse de subtilités. Dommage que dans leur quête d’une fête pour les Montréalais, les Argentins n’aient pas pensé utiliser davantage le lac des Dauphins.

Au cours des cinquième(Quebradeno) et sixième(Para los Rumberos) morceaux, des temps morts et des passages à vide se sont prolongés, déroutant quelque peu la succession du spectacle. Par exemple sur Quebradeno le son des guitares a rapidement supplanté les pièces qui se faisaient tristement attendre si ce n’est quelques bombes isolées qui semblaient sortir de nulle part. Aussi durant Para los Rumberos, le ciel de la Ronde sombrait dans l’obscurité totale pendant plusieurs secondes sous le roulement des tambours. Coupant carrément le tempo. Finalement quelques fusées crépitantes et des bombes aux gerbes retombant en cheveux d’ange ont comblé tant soit peu ce temps mort. On aurait également apprécié plus de variations voire de subtilités notamment dans le choix des pièces au cours de ce montage qui tournait parfois à vide.

Pour une fois depuis le début de cette compétition, le vent ayant agréablement viré, la fumée développée par le nombre impressionnant de tortas brésiliens n’a pas incommodé la foule. C’est au cours de la série des quatre incontournables tangos argentins que le tempo s’est adouci quelque peu, permettant au public de reprendre son souffle. Violons et accordéons  se sont unis aux gerbes, aux chandelles et aux girandoles blanches pour ouvrir et fermer le bal sur des notes mélancoliques et saccadées. Notamment sur Tanguedia:où gerbes, gâteaux, soucoupes et girandoles rivalisaient d’adresse pour se clore par une finale prenante et bien exécutée.

Sur le Tango de Roxanne, une volée de fusées rouges et vertes  s’élançant dans tous les sens a jailli,  appuyée par des bombes et des fusées crépitantes

Petite astuce, les Argentins  ont choisi une finale en deux temps: avec Jacekkoman et, Malambo une première, histoire de mettre le public en appétit, une deuxième en guise de clôture véritable où l’on a assisté à une véritable chevauchée fantastique au rythme  endiablé où sifflets, comète gâteaux, girandoles, bombes et craquelins se déployaient à l’unisson. Surprise dans le public: cette incursion de coups des lance-flammes crachant d’étonnantes boules de feu cadencées sur la musique et dont la chaleur des flammes parvenait jusqu’aux gradins.. 

L’enchaînement et le synchronisation sur Mambo Caliente se sont accordés superbement sur un rythme saccadé déclenchant gâteaux, bombes, comètes et cheveux d’ange. On a pu apprécier certaines couleurs comme le lilas et le blanc des bombes qui s’ouvraient comme d’immenses fleurs rouges et blanches sur un rythme puissant et fort entraînant

A la deuxième partie du dernier tableau du bouquet final  Malambo,  de l’Orquesta filarmonica de Buenors Aires les concepteurs avaient inséré un temps mort de 15 secondes sans aucun mouvement et  sur un fond de bruit sourd impressionnant, voire inquiétant. Laps de temps permettant l’évacuation de la fumée mais aussi pour impressionner les amateurs en cette fin de spectacle.

A peine quelques secondes et on est entré sans autre transition dans le vrai final. Un final époustouflant à un rythme effarant où chandelles craquelins, comètes bombes vertes et rouges, bombes à double anneaux lilas et blanches et sifflets bien cadencés sur la musique s’en donnaient à cœur joie. Il y en avait tellement que lorsque la musique s’est tue ça sautait encore.Une prestation qui  a eu l’avantage d’apporter de l’originalité dans sa trame musicale  mais qui aurait eu avantage à varier un peu plus dans le choix des pièces.

La firme Cienfuegos fabrique 50 pour cent de ses produits dans deux usines argentines et une brésilienne. Le tiers des pièces employés dans leur feu ont été créées spécialement pour Montréal.

Samedi, les Portugais de Pirotecnia Minhota LDA, que l’on a applaudi en 2001, seront les  cinquièmes participants de cette compétition. Leur thème choisi : Moments magiques.