Les amours orageuses de Roméo et Juliette

 

Les Australiens voulaient-ils impressionner le public et le jury par la puissance démesurée de leur feu 

au cours  cette démonstration ? Si c’était le cas, on peut dire qu’ils ont réussi à semer le doute dans les esprits. On avait l’impression de suivre une course effrénée à la conquête du Jupiter d’or coûte que coûte.

Du début à la fin, ils nous ont tenus en haleine sous un bombardement soutenu  en règle avec largage d’une orgie de bombes Une exhibition d’une extrême intensité qui ne nous laissait aucun répit ou alors si peu. Un feu fort agressant qui finissait même par nous épuiser.

Leur spectacle d’envergure fort bien rodé avec le scénario de Roméo et Juliette, sur une trame musicale version moderne offrait toutes les possibilités à un spectacle de prestige sachant jouer avec finesse sur tous les tableaux. Les Australiens n’ont pas fait dans la dentelle, ils ont misé sur le côté puissance .plus terre à terre qui, estiment-ils, sait rallier davantage le public en lui en mettant plein la vue et les oreilles.

A l’annonce brève en français et en anglais du spectacle, une voix grave annonçant Roméo et Juliette, Shakespeare laissait présager drame et intrigue, nous projetant tout de go dans le feu au moyen de lueurs rouges sur la rive du lac. Sans guère de transition on a su rapidement de quel bois ils allaient se chauffer. Et le moins qu’on puisse dire, ça a chauffé!

On aurait apprécié davantage de la firme Explosive Entertainment International, héritière de Syd Howard Fireworks, , qu’elle s’appliquât à diversifier des pièces plutôt que de répéter un chassé croisé entre bombes, gâteaux crépitants, comètes sifflantes, gerbes et chandelles. Nous enfermant toujours au cœur même des amours orageuses de Roméo et Juliette Quand même, ce drame de Shakespeare tiré à de nombreuses versions,  ne comporte t-il pas aussi des moments de calme et de beauté (amour et innocence), même si la violence couvait à chaque instant ? Ce qui aurait apporté un peu de fraîcheur et de répit aux tumultes de l’âme humaine.

Une démonstration réussie ne doit-elle pas pouvoir vagabonder dans tous les sens de manière à surprendre les spectateurs, non les agresser et les accrocher en hauteur ?  Comme ce fut le cas des Australiens, qui nous ont trop souvent contraints à ce va-et-vient de bas en haut.

Par un choix délibéré dans la variation de leurs pièces avec contrastes et une meilleure harmonie, sans nécessairement sombrer dans le répétitif, les concepteurs McDermott et Brown auraient sans aucun doute rehaussé le calibre de leur prestation. C’est là, me semble-t-il , une règle essentielle  pour une démonstration de prestige qui doit éviter de se complaire dans un arsenal de guerre.

Leurs grosses bombes étonnaient par leurs couleurs intenses(rouges, vertes, bleues) leurs anneaux doubles ou triples, les chrysanthèmes japonais sans oublier ces bombes  colimaçons et ces cœurs vermeils qui se prêtaient bien aux scènes d’amour et de sang.

Certes les Australiens nous ont habitués à leurs déploiements extravagant d’une intensité démesurée pour démontrer leur suprématie. Pourtant cette fois-ci aurait été l’occasion idéale de prouver aussi un savoir-faire plus varié, plus senti,  plus subtil. Offrant aussi une touche de raffinement accentué qui ne s’est pas manifestée. Leur démonstration d’envergure ne nous a pas laissé le temps de quelques surprises dans cette ronde infernale.

Pendant la scène du balcon(en français) sur la sixième séquence, on a pu admirer un ensemble de gerbes dorées fuser avec ces bombes japonaises aux rondeurs impeccables  tout comme ces cinq gerbes  se déployant au sol sur la rive du lac Un bref temps mort a brusquement surgi durant le Requiem de Juliette, mais l’espace de quelques secondes et tout reprenait en force

 Ces maîtres du pyromusical venus de si loin et expérimentés dans les déploiements intenses, ont su, pour leur sixième participation à Montréal ( Jupiter d’argent en 1994 et de bronze en 2000 ) exploiter avec doigté la présentation des séquences de Roméo et Juliette, passages très brefs en français complétés en anglais sans interruption de pièces. Dosage rarement vu au cours de ce prestigieux concours.

Un feu qui n’a cependant mis que modestement en valeur le lac des Dauphins avec quelques rares et timides nautiques rouges. Que dire de la musique, elle a trop souvent été submergée par le bruit qui devenait oppressant.

Quant au bouquet final, il s’est traduit en deux mouvements. Sans doute une autre façon d’impressionner ce public qui venait de subir de continuels assauts. Un premier où gerbes multicolores comètes blanches bombes et volées de lucioles se métamorphosaient, histoire de les préparer à l’apothéose emportée par une méli-mélo de pièces rivalisant de bruits et de hauteur pour se terminer par une inondation de paillettes dorées dans le ciel. Un final dans le style chaos : bouillant, percutant, écrasant et envahissant qui ne laissait pas une seconde pour reprendre son souffle, noyant complètement la musique. On en est ressorti de ce Roméo et Juliette la tête pleine, bourdonnante comme si l’on venait de traverser un enfer de feu..

Samedi les Américains de Atlas Pyrovision Productions, pour leur deuxième participation à Montréal (1995), nous inviteront à une Symphonie pyrotechnique.  D’ores et déjà on peut s’attendre à une autre démonstration de puissance.