Quand innovation et créativité piétinent

30 juillet 2001

La 17e saison du Mondial SAQ, ne figurera pas dans les fastes en matière d'innovation et de créativité.

On aurait tellement espéré des firmes qu'elles amènent dans leurs bagages de nouvelles tendances, venues notamment de Taïwan(San Taï Fireworks) et des États-Unis (Pyro Spectaculars by Souza). Hélas ! la surprise n'est pas venue.

En dépit d'une année de bouleversements : nouveau commanditaire, nouvelle administration et vide artistique créé par le départ de Panzera, les organisateurs ont néanmoins réussi à présenter une saison de calibre. Mais certainement pas de grands crus, malgré l'arrivée de la SAQ comme principal commanditaire.

Une constatation s'impose : pourquoi les médias continuent-ils à bouder l'événement ? Si rarement on réussit à assurer une couverture, elle est diffusée des jours après l'événement. Peut-être serait-il rentable pour les réseaux de télévision de redécouvrir autre chose que les reprises de programmes d'été? La diffusion des spectacles des feux en direct. ne pourrait-elle pas être une de ces avenues?

Et les médias écrits ? Le vide total. Ainsi La Presse, commanditaire depuis 17 ans des feux et qui a toujours suivi l'événement côté journalistique, s'est contentée cette année de rares couvertures( oubliant presque les concurrents ) et d'un court texte de la Presse canadienne pour annoncer les gagnants du concours. Piètre consolation !

Evénement estival populaire par excellence, les feux d'artifice c'est le hockey de l'été pour les vacanciers. Il rejoint tous les milieux : de baconville à la marina. On envahit La Ronde, le pont Jacques-Cartier, le Vieux- Port, les parcs, le long de la 132, les marinas et même le fleuve en bateau. Comme le hockey, les spectateurs ont le goût de commenter après chaque spectacle. Et ils le font avec l'enthousiasme des connaisseurs. Ils recherchent un point de référence pour le faire. Côté hockey, la rubrique des sports leur offre cette possibilité en parcourant les commentaires de journalistes. Pour les feux d'artifice ? Est-ce imputable aux deadlines, à un choix délibéré ou aux impératifs journalistiques ?

Il reste que les feux s'autofinancent et génèrent aussi des retombées économiques comme bien des événements populaires pour Montréal, tout en ouvrant une fenêtre sur d'autres cultures. Des cultures que le concours nous fait chaque fois mieux connaître et nous met en évidence lors de la remise des Jupiters.

Rappelons que l'Espagne, l'Australie et Taïwan ont obtenu les faveurs du jury de 25 membres. Dommage qu'il n'ait pas retenu la France (Brezac Artifices)qui avait apporté une touche personnelle axée sur la créativité et l'originalité. sur un scénario très cohérent.

Pourtant ces trois firmes ne se sont pas lancées dans une orgie de pièces pour démontrer leur puissance : quelque 3 000 pièces bien choisies tout au plus auront suffi pour présenter un spectacle de bon goût. Seuls les Américains de Pyro Spectaculars by Souza, pour leur première participation à ce concours, avaient mis le paquet pour impressionner le public. Plus de 7 700 pièces, le plus important arsenal de la saison et parmi les plus puissants (depuis 1985). Et même en présentant un spectacle bien agencé, mais marqué de ratés et d'un début d'incendie, ils n'ont pu prouver, une fois de plus, que la quantité n'influe pas nécessairement sur la qualité d'un spectacle

Quand donc les firmes concurrentes comprendront-elles qu'il ne suffit pas d'inonder bruyamment le ciel de bombes sur une musique avec un thème banal et général qu'elles ne suivent d'ailleurs jamais ou presque ? L'art du pyromélodique ne consiste-t-il pas à savoir marier juste à propos les deux éléments qui le composent : musique et pièces pyrotechniques?

Ce qu'on retient aussi de cette saison, c'est que le système de mise à feu pyrodigital, même s'il commence à gagner des adeptes en Europe, doit toujours compter avec des irréductibles comme les Espagnols, les Portugais, les Italiens et les Allemands.

Et la musique ? On s'oriente de plus en plus vers la musique techno, très rythmée et cadencée mais qui à la longue agace les tympans. Bien sûr, il faut penser à la jeune génération ! Cette année encore deux concurrents : l'Allemagne et les Etats-Unis avaient inscrit à leur répertoire des mêmes morceaux de musique : Le Danube Bleu et le Concerto d'Aranjuez. Même air au feu des États-Unis et à celui de clôture : Musique pour des feux d'artifice royaux,de Haendel.

Les organisateurs du prochain Mondial SAQ ont un défi de taille sur les bras. Il leur reste à rechercher des éléments nouveaux pour apporter plus d'ampleur à cette compétition et éviter qu'elle ne glisse finalement vers la banalité, voire l'usure. Tout un contrat !

Cette année avait tout de même mal commencé avec du temps pluvieux et humide durant les trois premiers.feux. Un casse-tête pour les artificiers qui installaient leurs pièces comme pour les organisateurs qui, eux, misaient évidemment sur la clientèle de La Ronde. Heureusement Dame Nature s'est largement rachetée par la suite avec d'exquises soirées.

En dépit du temps maussade des trois premiers feux, les organisateurs de l'événement ont de quoi se réjouir . En effet, ce qu'à la Direction des relations publiques on appelle bonne saison, s'est en fait traduite en chiffres appréciables : une augmentation d'environ dix pour cent sur l'an dernier.On estime à plus de 250 000 le nombre des spectateurs sur la seule Ronde qui ont assisté aux feux . Quant à l'affluence extérieure (aux alentours du parc d'attraction), les services policiers l'évaluaient à quelque 250 000.